9 avril La mère maintenant dans la famille Baudelaire !

caro aupick signature 1850

Quarante ans après, Mme AUPICK  se souvient  de son premier mari: Il a été 

 h é r o ï q u e

8 novembre 1867.  Après la mort de Charles, elle écrit à Charles Asselineau, ami de son fils. Elle lui envoie des tableaux qu’elle le prie d’accepter en souvenir

     Les deux tableaux dans votre caisse sont pour vous, mon enfant, Charles les avait suspendus lui-même dans sa chambre ; celui à l'huile, vieux tableau, est un Saint-Antoine dans sa solitude, où il se croyait obsédé par le démon ou un mauvais ange ; il a près de lui une croix. M. Baudelaire s'était amusé à faire pour pendant à ce tableau, un tableau profane. A la place du saint, il a mis une bacchante qui tient un thyrse au lieu de la croix de Saint-Antoine ; elle est entourée d'amours au lieu d'anges.(Crepet p.13)

Décidément l’ancien prêtre  avait pris ses distances avec la religion.

boilly diligence

Un des rares tableaux que Baudelaire conservait de la collection paternelle était « l’arrivée de la diligence » ,  –une copie  d’après l’original  (1m x 0,60m ) au Louvre d’un tableau de Boilly que Michelet interprète comme une « touchante scène de famille », un retour d’émigrés ( Révolution française VIII ,1872 p.259). Dans des notes (Œuvres posthumes) Baudelaire en a laissé une description en vue d’un petit poème en prose dont on ne connaît que le titre « la Cour des messageries » (catalogue expo de 1958 n°19). En 1864, il le réservait à Manet.

En 1868, à la demande d’Asselineau qui prépare une biographie de son ami, elle se livre plus longuement sur son premier mari qu’elle pare de toutes les qualités, jusqu’à en faire un héros , sinon de la contre-révolution du moins de fidélité aux amitiés anciennes. Même si, selon les spécialistes sa mémoire n’est pas toujours fidèle, elle est la seule source précise sur celui qui guida les premiers pas du poète(Crepet p.264)

M. Baudelaire n'a pas été secrétaire de Condorcet, mais son ami. Mais cela importe peu ; j'aime mieux cela que s'il avait été dit qu'il a débuté, en quittant le collège, par faire l'éducation des fils de Praslin. Ce malheureux nom de Praslin aurait fait tache dans cette belle notice.

précepteur

On aurait pu croire qu'il a été l'instituteur de l'assassin [le duc de Choiseul- Praslin, pair de France, assassin de sa femme en 1847] tandis que c'est le père de l'assassin qui a été son élève[Charles Raynard Laure Félix 1777-1841 qui fit partie du conseil de famille à la mort de François]. Puisque me voilà en train de vous parler de M. Baudelaire, dont j'ai conservé un très doux souvenir […] je ne puis résister au désir de vous donner quelques détails qui vous intéresseront peut-être sur le père de votre ami.

 M. Baudelaire était un homme très distingué sous tous les rapports, avec des manières exquises, tout à fait aristocratiques. Est-ce étonnant, ayant vécu dans l’intimité des Choiseul, des Condorcet, des Cabanis, de Mme Helvétius ? Il avait connu tout ce monde d’élite chez le duc de Choiseul-Praslin, quand il était précepteur de ses enfants. Dans ce temps-là, un précepteur chez un grand seigneur, n’était pas dans une position quasi servile, comme le sont les précepteurs, de nos jours, ainsi que les pauvres institutrices. Les enfants de Praslin ne demeuraient pas chez leurs parents, comme c'était l'usage alors dans les grandes familles. Ils avaient leur maison avec leurs précepteurs, leurs domestiques, leurs voitures. M. Baudelaire jouissait là d'une grande liberté, recevait du monde donnait des dîners et souvent au duc et à la  duchesse  de Praslin. Quand la Révolution a éclaté, M. Baudelaire a déployé un bien beau caractère ; il a été héroïque. Cela m'a été confirmé par de vieux amis à lui, ses contemporains. Il a risqué vingt fois sa vie pour le duc et la duchesse qui, dans ces malheureux temps de proscription, ont dû se sauver en laissant leurs enfants à M. Baudelaire. Je ne sais s'ils étaient

amis

condamnés à mort; mais leurs biens étaient confisqués, ainsi que ceux de Condorcet ; celui-ci était en prison.

                         M. Baudelaire ayant retrouvé quelques amis de collège dans le parti révolutionnaire, et qui y étaient influents, de ces vieilles amitiés qui survivent au temps, aux événements, aux opinions, il s'est servi d'eux dans l'intérêt de ses amis, tout en leur disant de dures vérités sur la voie où ils étaient enlisés, sur leurs excès, sur le but vers lequel ils marchaient, et tout cela avec une éloquence qui les subjuguait. Ils admiraient sans doute ce courage et cette audace qui semblaient courir au-devant de la mort qu'il méprisait pour lui-même, pourvu qu'il pût sauver ses amis. » Il était infatigable dans ses démarches ; il courait, jour et nuit, les prisons, les tribunaux. […].

              Lorsque j'ai connu M. Baudelaire, c'était chez M. Pérignon, mon tuteur, chez qui j'ai été élevée, par sa femme, avec ses filles. Il avait aussi des fils. C'était une famille nombreuse, très riche, une maison princière par le luxe et la dépense. M. Pérignon et M. Baudelaire étaient d'anciens camarades de Sainte-

baudelaire père

la font

 

Barbe et étaient restés très liés. Il était l'ami de la maison ; il y était choyé, fêté. J'entendais constamment faire son éloge.

          Ce vieillard (il me paraissait vieux — j'étais si jeune ! — avec ses cheveux gris frisés et ses sourcils noirs comme de l'ébène) me plaisait par son esprit si original. On répétait souvent dans la famille (je m'en souviens) : Baudelaire, avec son esprit si brillant, a aussi la naïveté et la bonhomie de La Fontaine. Je me rappelle que les jours de gala, lorsqu'il y avait beaucoup

baudelaire fcs 1821 promenade le long de la berge

d'invités à dîner à Auteuil, campagne de  M. Pérignon, et que je voyais M. Baudelaire descendre d'une voiture armoriée avec un laquais à cheveux blancs, l'air vénérable, galonné sur toutes les coutures, tout resplendissant d'or, et qui restait debout derrière lui, à dîner, pour le servir, comme c'était l'usage alors d'emmener avec soi un domestique pour vous servir à table, M. Baudelaire me faisait l'effet d'un grand seigneur. Quand, depuis, étant sa femme, je lui ai raconté cela, il me dit : « Mais, enfant, vous ne pensiez donc pas que cette voiture aux armes du Sénat et ce domestique étaient mis à ma disposition pour les convocations que j'avais à faire, et, lorsque je m'en servais pour mon compte, je ne manquais jamais de donner un louis au cocher, au retour, comme si j'avais pris une remise ».

      Si le père Baudelaire avait vu grandir son fils, il ne se serait certes pas opposé à sa vocation d'homme de lettres, lui qui était passionné pour la littérature qui avait le goût si pur ! Il avait été répétiteur, en rhétorique, à Sainte-Barbe, pendant deux ans, tandis que le proviseur, qui l'aimait beaucoup, lui cherchait une éducation à faire. Il aurait été bien fier de le voir entrer dans cette carrière, malgré tous les déboires, toutes les tortures qui y sont attachés, et que Théo Gautier décrit si bien !

fusées

 

On laissera au poète, le dernier mot 

                                                     

                                                         --o-((((----oo-oo----))))-o-

BOILLY «L’ arrivée d’une diligence dans la cour des Messageries »

https://collections.louvre.fr/media/cache/medium/0000000021/0000059158/0000373128_OG.JPG

CREPET  Eugène et Jacques biographie de Ch. Baudelaire

https://www.geneanet.org/archives/ouvrages?action=detail&livre_id=49798&page=9&book_type=livre&search_type=livre&name=BAUDELAIRE&with_variantes=0&tk=dded0ca3d61a1d21

                                                         -o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-