Donc on déconfine  à la sainte Ninon ?

ste ninon

… ou  Nina.  En tout cas, c’est sa fête, ce 15 décembre.   Une sainte de Géorgie depuis longtemps honorée par les églises orientales.  Capturée  là-bas  par des Scythes dans les années 30  -du IVe siècle- on ne connaissait d’elle que sa religion : Chrétienne fut-elle

arisitide bruant

appelée, Christine diminutif  Nina … Notre sainte caucasienne  est nouvelle venue au calendrier catholique. Des  Ninon  existaient  bien avant cette révolution liturgique issue de  Vatican II -  Ninon de Lenclos bien sûr   -  en tant que diminutif probable d’Anne, comme Ninette, et Nini : A la Bastille  on l’aime bien Nini peau d’chien… beuglait BRUANT (le lien est à la fin; ça gratte atrocement mais c'est historique). Sur mes tablettes familiales, aucune Ninon mais quelques Chrétienne.

               Les vieux almanachs ne connaissent que MESMIN,  équivalent populaire de Maximin, un diminutif de Maximus « le très grand ».  Du banal pourrait-on croire  mais les vies de saint.e.s,  comme les contes populaires  n’ont rien d’un parc aux allées bien ratissées. Ce sont plutôt jardins des supplices ;  on s’y enfonce comme dans une jungle. Même s’agissant d’un saint dont le succès comme prénom est resté confidentiel : complétement inconnu au Nord de la Loire,   il n’a jamais été très en vogue au Sud.  Et pourtant il existe deux Mesmin.

   

st mesmin aube

Le MESMIN de l’Est,   aussi  appelé Memorius, Nemorius  devenu Saint Mémor, ou Mémier, ou encore Mémie a laissé des reliques. Sa couronne de martyre, il la devait à Saint Loup, évêque de Troyes successeur de Saint Ours (oui !). En guise d’offrande chargée d’apaiser Attila, ce nouveau Minotaure, le prélat  envoya l’un de ses diacres avec sept jeunes clercs, croix en tête, évangiles brandis au-devant  d’un détachement de Huns  pour les dissuader de franchir la  Seine.  Conforme à sa réputation,  Attila fit massacrer les ambassadeurs.  Notre pauvre Mesmin vint grossir une cohorte bien connue des folkloristes, celle des céphalophores  modèle St Denis : décapité, il aurait ramassé sa tête et marché jusqu'à l'actuelle église du village qui détient ses reliques. Une version  de sa légende  propose  un motif à la réaction violente du fléau de Dieu : « Les rayons du soleil, qui donnaient sur les textes  [les évangiles aux reliures enjolivées de pierreries], frappèrent, par réverbération, les yeux d'un cheval, monté par un des généraux de l'armée, parent d'Attila : ce cheval s'emporta et renversa son maître qui fut tué. Attila, furieux de cet accident, s'écria que ces gens-là étaient des magiciens, et il ordonna leur mort : on les arrêta, et ils furent égorgés sur le bord du grand chemin. Ce modeste diacre a laissé  son nom au village de l’Aube où il fut sacrifié ainsi qu’à une bourgade de la Côte-d’Or.   On le fête le 7 septembre

       

beraire brochure

L’autre MESMIN honoré de longue date ce 15 décembre, avait fondé sur un terrain accordé par Clovis  l’abbaye de Micy près d’Orléans – dont il ne reste rien (la Révolution  est passée par là).  Il eut de nombreux disciples, (tout) en  faisant  souvent retraite dans une grotte en bord de  Loire, au  village de Béraire qui prit après sa mort  en 520 le nom de La Chapelle-Saint-Mesmin  et fit des petits aux environs :  Saint-Hilaire-Saint-Mesmin, Saint-Pryvé-Saint-Mesmin, la Chapelle Saint-Mesmin de Sainte-Maure-de-Touraine, et jusqu’en Vendée.

 15 décembre 1582 : Impossible à commémorer : n’a pas existé. Une année de rêve en comparaison de ce 2020, annus horribilis comme aurait pu dire une spécialiste des catastrophes, la Queen.  Pourquoi donc ? Parce qu’une dizaine de jours passèrent à la trappe : du dimanche 9 décembre on sauta au lundi 20 décembre.  Dix jours de confinement en moins ! Ne me demandez pas pourquoi « en raison de l’adoption du calendrier grégorien », il fallait recourir à ce remède de cheval. Il dut s’ensuivre un beau désordre pour les scribes, secrétaires,  mémorialistes  et comptables  divers du temps. Et dans la vie quotidienne bien sûr, même si le rythme des jours n’exigeait pas une aussi grande exactitude que maintenant.

                           Pour les autres commémorations, j’ai déjà commis  sur ce blog un billet  « Thé ou café » puisque c’est la journée internationale du thé. J’y renvoie les curieux. Le lien est à la fin.  C’est aussi le Zamenhofa Tago journée d’une  utopie : l’espéranto  dont le créateur   Louis-Lazare Zamenhof  , ophtalmologiste polonais est né ce jour-là, le 15 décembre 1859 dans ce qui était alors l’empire russe. Il est mort à Varsovie le 14 avril 1917. Quand j'étais gamin, je lisais tout ce qui me tombait sous les yeux , y compris  dans le catalogue Manufrance les notices techniques de commande! C'est par ellesque j'ai découvert l'espéranto: elles étaient rédigées  en plusieurs langues  bien identifiables mais aussi dans ce mélange  un peu baroque, façon sabir de français, d’espagnol, d’italien, d’anglais, d’allemand, de russe. Quelques exemples pour les amateurs de langues :

mi enigis ĉion en la komputilon. « J'ai tout introduit dans l'ordinateur. ». Mi iros al la hotelo per biciklo. ~ Mi alhotelos bicikle. ~ Mi biciklos hotelen. « J'irai à l'hôtel à vélo.».    Mi iros al la kongreso per aŭto. « J'irai au congrès en voiture. ». Ni havas la saman opinion « Nous sommes du même avis. ».

Et  s’il vous plaît, on n’oublie pas Isaac de Castro Tartas,  brûlé vif  à 24 ans en plein 17ème siècle le 15

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décembre 1647. Le bourreau, ou plutôt le commanditaire (car ON voulait garder les mains propres), était en l’occurrence l’Église catholique elle-même, pour le triomphe de « la vraie foi ». Le martyr, l’autodafé,  eut lieu  sur la place royale de Lisbonne, sous les yeux  du  roi et de sa cour installés aux  premières loges. « Écr.l'inf. »  écrivait Voltaire à la fin de chacune de ses lettres : « Écrasons l'infâme ». Dans le Monde du 11 décembre 2020 Roger-Pol DROIT souligne l’actualité d’un  combat qu’on croyait dépassé.

     Isaac  Castro Tartas s’ajoutait ainsi au tableau de chasse d’une institution cléricale, l’Inquisition  qui poursuivait avec acharnement  en Europe et au-delà des océans, dans  les colonies  qui théoriquement

pirates caraîbes

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cori le moussaillon détail

échappaient à leur champ d’action,  les convertis soupçonnés de « judaïser », les marranes   tout comme les « nouveaux chrétiens ». Victime des limiers de   « la firme »,  le jeune Isaac Castro Tartas le fut aussi de ses atermoiements et de sa légèreté. Un moussaillon sans expérience aurait dit le capitaine de Haddoque : il aurait été bien  inspiré de suivre l’exemple de ses aînés,  « les pirates juifs des Caraïbes ». Ces juifs de Hollande n’ont rien du sage Spinoza polisseur de lunettes. Ils ne tiennent pas en place,  sillonnant  les mers de  la France à Amsterdam  jusqu’au Brésil et dans les Caraïbes sans  crainte d’affronter les océans ni de jouer au chat et à la souris avec les inquisiteurs. Ils  avaient su s’y construire un sanctuaire  à la Jamaïque puis dans l’île de la Tortue, faisant bon ménage avec les flibustiers qu’ils n’hésitaient pas à enrôler. Rabbins à Amsterdam et chefs respectés de leur communauté, ils ne reculaient pas,   même à un âge avancé,  à traverser l’océan sur de frêles caravelles pour venir défendre leurs intérêts au Brésil ou à la Jamaïque. Quitte à se chamailler pour le partage d’un prétendu trésor légué à leur famille par Christophe Colomb. Astucieusement associés à la guerre de course au service de la Hollande ou de l’Angleterre  ils armaient des navires toujours prêts à s’emparer  des galions espagnols ou portugais chargés d’or et d’argent. Je n’invente rien : tout est dans l’étonnant récit d’Édouard  Kritzler, mal écrit mais riche d’informations.

15 décembre 1890  Commémoration encore d’une victime, Sitting Bull mort par traîtrise dans la réserve

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SittingBull Marijac Dut 1945 3 cases

indienne de Standing Rock. Medecin man et guerrier valeureux il avait  triomphé  le 25 juin 1876  du général Custer lors de la bataille de Little Bighorn. Comme antidote à sa fin lamentable, il faut revoir  Little Big Man, (1970) récit picaresque d’un enfant blanc fils adoptif du chef cheyenne « peau de vieille hutte », Old lodge skins, qu’incarne  Chef Dan Georg né Geswanouth Slaholt, (1899-1981), un authentique chef indien de Colombie britannique, devenu  à la soixantaine acteur, poète, musicien après avoir fait tous les métiers - débardeur ou conducteur de bus scolaire. En France, dès l’après-guerre la BD a su parfois aborder les guerres indiennes du point de vue des Indiens d’Amérique grâce à  la série Sitting Bull  que Dut et Marijac faisaient paraître  dans Coq Hardi  entre 1948 et 1951

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15 décembre 1870  88ème jour de siège. Comment vont nos confinés parisiens?  Finis les articles

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1870 15 dec Gaulois accents

humoristiques sur les ressources gastronomiques inattendues du jardin des  Plantes.  Le rationnement inquiète: il faut penser hygiène élémentaire car les rats sont porteurs de la trichine et doivent être cuisinés avec précaution. On se doit aussi de distraire un lectorat inactif frustré  de

1870 15 dec Gaulois campagne hiver

nouvelles fraîches. Les reporters du Gaulois décrivent  longuement une banlieue « francilienne »  restée étonnamment campagnarde et prise dans la guerre et le froid  (il a fait jusqu’ à -14°). Dans sa tournée des popotes,  le journaliste  parisien découvre parmi les troupes hétéroclites entassées dans  Paris  la diversité des accents régionaux,   et le particularisme breton : il faut chercher un interprète  pour comprendre des blessés. On  se doute qu’il se passe des choses  à l’extérieur mais l’information fait totalement  défaut. Le froid est fatal aux pigeons voyageurs.  Les deux seuls qui arrivent ont été manipulés par les prussiens : une  fausse dépêche est signée  d’un membre du gouvernement bien présent à Paris. Du coup  l’occupation  (réelle) de Rouen qu’elle mentionne passe pour une intox. Rien n’a filtré dans la presse de la reprise d’Orléans le 4 décembre par la coalition allemande ni du rôle joué par le  général Chanzy à la tête de l’armée de la Loire. Ce dernier, malgré ses tentatives, ne réussit qu’à limiter l’offensive  et la poussée allemande jusqu’au Mans. Avec des conséquences catastrophiques pour les assiégés : cette armée de la Loire  ne pourra jamais les secourir. Aucune trace non plus des opérations au Nord de Paris, sinon le récit des  accrochages quotidiens entre les Prussiens et les francs-tireurs. Et quelque espoir fallacieux fondé sur des mouvements de locomotive. Pourtant, les départements du Nord  de la France ne restent pas inactifs:  à l’instigation de Gambetta  la levée en masse  de la garde nationale, l’appel aux volontaires, l'intégration  des francs-tireurs,  permettent d’étoffer tant bien que mal des troupes régulières venues de

1870 prise de ham récit par Pigouche

faidherbe gravure détail

1870 Pont Noyelles récit du Cdt Pigouche p

divers horizons. L’efficacité n’est guère au rendez-vous selon les spécialistes. L’arrivée de Faidherbe à Arras début décembre  galvanise les militaires comme  le commadant Pigouche. Le 9  Ham est pris par surprise.  Amiens est réoccupé un court moment mais  fin décembre, le 23,  à Pont-Noyelles  (appelée aussi la bataille de l’Hallue)  Faidherbe se voit contraint de battre en retraite,  devant le froid terrible (-20°;  des sentinelles ont gelé pendant la nuit), et le dénuement de ses soldats. Les allemands peuvent se diriger vers Péronne. De tous ces événements  la presse parisienne, par la force des choses ne dit mot.

15  décembre 1920.

1920 17 dec l'intransigeant -9 degrés froid

 

 

1920 15 dec excelsior cata aérienne

1920 16 dec l'intransigeant oeufs marocains détail

La neige  qu’on annonçait est  tombée en abondance le 17, cruelle aux chevaux de fiacres  s’émeut l’Intransigeant, mais sauvant des flammes en Angleterre les victimes d’une des premiers accidents de l’aviation commerciale. Et puis il y a l’affaire des œufs marocains, produits par « notre colonie » (le journal ne s’embarrasse pas de précautions)  Perfide Albion responsable de la vie chère en France. Ernest

1920 13 dec goncourt perochon portrait

Pérochon a obtenu le prix Goncourt : un  grand oublié  aujourd’hui , il figurait dans mon vieux livre de lecture probablement en hommage à son métier  d’ instituteur, inconnu  du sérail littéraire parisien  à en juger par le portrait un tantinet paternaliste qu’en laisse l’Intran. Une belle personne , que je viens de  découvrir à l'instant. Ayant décliné l'invitation à  collaborer à "la Gerbe" comme on l'en sollicitait, il était surveillé par Vichy qui lui refusa des  funérailles publiques lors qu'il décéda en juillet 1942.

 

15 décembre 1940. Quelle actualité  plus brûlante

1940 15 dec le Matin blitz, windsor kennedy

1940 15 dec ele matin UNE retour des cendres de l'aiglon grace au fuhrer

 que le retour des cendres de l’Aiglon, grâce au Führer? C’est le choix du Matin, journal collabo de plein exercice. En page intérieure, la maquette des  nouvelles de la guerre plaide habilement  la cause de l’occupant: pseudo neutralité  en multipliant les sources pour évoquer les   destructions  en Angleterre,   plaidoyer pour déconseiller à

1940 15 dec paris soir horoscope feministe

l’Amérique  d’intervenir avec l’appui des sympathisants nazis, le duc de Windsor  et Joseph Kennedy. Et ces  pauvres japonais dont le journal vichyssois relaie "l’énervement" (!) en citant complaisamment   plusieurs organes de presse nippons.  Dans Paris-Soir   l’astrologue Minerve sort de ses gonds : rien de bon pour « le sexe fort », viragos dans les ménages et bébés  du jour efféminés. Natifs du 15 décembre, aux abris.  Peut-être avait-on  raison en 1582 de supprimer le 15 décembre.

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nini peau d'chien par Bruant lui-même

https://www.youtube.com/watch?v=naXPrKPX9tA

 

 Thé ou café ? - terresdartois (canalblog.com)

Campagne du Nord 1870 revue du Nord 1935  colonel Pigouche on peut lire p.108 un récit détaillé de la prise de Ham  et P.112 la description des effets du froid intense

https://www.persee.fr/doc/rnord_0035-2624_1935_num_21_82_1677