I        10 novembre  ISTRA

                                       ISTRA ???? Qu’est-ce ? Je ne suis pas mécontent de sortir ce  joker que je me gardais dans la manche pour éponger mon retard !  C’est un mot- un sigle en fait mais je ne le savais pas- venu de l’enfance : il figurait en bas du Lyonnet jaune  édité par ISTRA pour le CE2. Ce livre de lecture dormait avec d’autre dans une armoire  chez les grands parents, -souvenir du temps où Maman avait été institutrice, pendant la seconde guerre.  On l’a un peu mis à mal, ma sœur Jacqueline et moi.  Le CM orange a encore plus souffert: coloriés, gribouillés, martyrisés. On y a appris à lire aussi. Celui-ci est d’un grand format,  avec de grandes illustrations – en noir et blanc- et sur la couverture ces deux mystérieuses femmes, tenant des guirlandes.J'ignore à quel moment j'ai compris que ces femmes étaient des alllégories: l'Alsace et la Lorraine veillantt  sur nos apprentissages. Curieux qu’en 1930, le frontispice ait maintenu le souvenir des départements retrouvés (et  bientôt perdus à nouveau ) Sans doute fallait-il revendiquer   l’origine régionale particulière de l' éditeur dans un marché complétement occupé par des maisons parisiennes. D’où ce « logo »  ISTRA qui me ravissait. Je devais plus ou moins l’assimiler à ASTRA, la fameuse margarine  avec son slogan « un préjugé ridicule et qui vous coûte cher ! ».  Il fallait bien sûr comprendre tout simplement « Imprimeries STRAsbourgeoises ». Fière revendication aussi  de l’originalité de la maison avec  cette double adresse : Paris rue de Richelieu / Strasbourg 15 rue des juifs – au pied de la cathédrale dont la silhouette  se détache fièrement sur  un soleil levant triomphal, 1676 étant la date quasiment mythique de création de l’entreprise. La fierté, l’hybris même explosent  dans l’affiche éditée pour les deux cent cinquante ans de la maison.  Au pied de l’immense silhouette protectrice de Gutenberg, sur fond de Cathédrale  illuminée par le soleil , le mécanisme compliqué d’une énorme machine autour de laquelle s’agitent des employés modèles.  La maison ISTRA paraît dès le départ s’être spécialisée dans l’édition scolaire pour le primaire. LYONNET, aidé ensuite de son collègue BESSEIGE dirige une collection de livres de français mais aussi d’histoire,  de géographie etc. Dans les années trente la publication phare, la « collection Lyonnet », s’affranchit de ces références à l’Alsace originelle  pour une sobre mention « Librairie ISTRA Paris ». Couverture terriblement austère. À partir des années cinquante elle est résolument modernisée et colorée. Le cœur de certaines têtes blanches  va peut-être s’accélérer à la vue de ce Livre des bêtes, un petit frère des albums du père Castor.  J’adore le design frais et épuré, tellement années 50, du manuel d’éducation ménagère de la grande Ginette - Ginette Mathiot bien sûr,  la Régine Crespin des fourneaux ( !). Depuis 1992 ISTRA a été absorbée par HACHETTE.Fin de l'aventure en solo.

             En 1965 à Strasbourg, les locaux de l’imprimerie  - qui venait de fermer- sont ravagés par un incendie. Vingt ans après, en 1985, on rénove  rue des Juifs le pâté de maisons qui avait abrité le siège social historique d’Istra. Que découvre-t-on  sous les fondations? Un bain rituel juif du XVème siècle. Le retour du refoulé dans une ville qui durant quatre siècles (jusqu’à la Révolution française) aura  interdit aux juifs de séjourner entre ses murs ou les aura obligés à acquitter un péage pour être autorisé à y passer la journée?