H     Hour(r)ier? Houllier?

                         Hourrier : un nom bien ch ’ti, avec toutes orthographes possibles : deux R Hourrier, un Z final Houriez  que tout le monde finit par prononcer alors qu’il s’agit (d’après moi) d’une fausse lecture d‘un r écrit à l’ancienne avec un jambage final, trace laissée par la plume qui tarde à se lever et pris pour un Z raccourci.    Ne pas oublier une autre forme du nom, facile à confondre avec la première quand les  l sont à peine plus grands que des r : Houillier, Houllier. Confusion assurée car autrefois le R, roulé et le L mouillé (transcrit il ou li)  se prononçaient presque de la même façon !

     D’où sort donc ce nom si familier  dans le Pas-de-Calais. Il y a bien Houilleur : c’est ainsi qu'on appelait les premiers  mineurs. Mais l’activité est  bien trop récente pour s’être figée en patronyme : on sait que les noms tirent leur origine de sobriquets attribués aux XIe/XIIe siècles. Le dictionnaire d’Ancien Français de Godefroy donne la solution. Tant pis pour la réputation : Hourier, Houillier, Orlier, désignaient un débauché. L’auteur se régale à aligner une bordée de synonymes.

   Le premier « débauché » dont j’aie le souvenir c’est mon professeur d’histoire-géo de 6ème, en 1953. Il avait une façon assez farfelue de nous faire cours : il nous théâtralisait l’Histoire de l’Antiquité. Son meilleur numéro, c’était la charge de la phalange macédonienne. Il prenait un élève de chaque côté  et tout en tonitruant, il traversait la classe  d’un pas martial, mimant une lance brandie en avant, ses deux acolytes  plus ou moins rigolards ou gênés collés à ses flancs. Il avait compris qu’en sixième, l’Histoire pour les enfants ce sont d’abord des contes, et il savait raconter, même dans ses excès ! C’est apparemment l’Histoire militaire qui l’intéressait : il avait peint des cartes sur de la toile cirée, très claires, des différentes batailles napoléoniennes ou des transformations des frontières en Europe. Je me souviens -allez savoir pourquoi !- de la Prusse,  plutôt des DEUX Prusse,   violettes. Certains de ses collègues le tenaient, je crois, en piètre estime, d’autant qu’il arrivait   au lycée à bicyclette, les bas de pantalons pris dans des épingles à vélo, une véritable atteinte à la dignité du corps professoral. Je lance un avis de recherche pour retrouver sa trace.

   Dans la famille, peu de  Hourrier/ Houllier. Rivière, un joli village proche d’Arras dispersé entre plusieurs hameaux dans un paysage vallonné  près d’Arras en est un vrai repaire. À tout hasard je tombe sur François –Xavier  HOULLIER qui y était fabricant de bas dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Amélie LEVEL sa femme était fileuse de laine. D’après le recensement de 1820 que le Pas-de-Calais est un des rares départements à avoir conservé, leur fils Fidel Arsène, bourrelier, peut-être infirme, vit avec eux et avec le ménage de leur fille Sophie. Une bonne surprise : le mari de celle-ci est un DAUCOURT  (sans le E qui ne n’apparaît que vers 1900), Maurice : le d'un des douze enfants de l’ancêtre Antoine Jean-Michel, maître-cordonnier dans le village voisin de Wailly vers 1750. Je me suis trouvé des cousins! mais c'est une branche morte.

            Maurice est maçon. Quand sa femme meurt à 48 ans, il attend à peine un an  pour se remarier avec une autre Houllier t sans lien de parenté avec elle semble-t-il, Sophie de son vrai nom ( Dr Freud! es-tu là?) qui se fait plutôt appeler Rosalie, on le comprend,  du nom de sa mère d'ailleurs. Il meurt sous le Second Empire, sans descendance, ses deux filles ayant disparu en bas âge. Mais pas d'inquiétude  poour le patronym: les Houllier  continueront à prospérer dans le village.