Octobre écoles d’autrefois

 Vacances dites de la Toussaint. En profiter pour revenir sur quelques images de l’école d’autrefois.

classe 1955classe_1955

 

classe 1955

                       

           Un peu figés ces gamins, les bras croisés mais plutôt  avec naturel: rien à voir avec les   bambins endimanchés  posant un peu plus bas pour la photo d’apparat de 1905. Visages sérieux mais ouverts et même souriants. Pas beaucoup de blouses mais de gros pulls tricotés par maman avec la laine commandée à La Redoute. École de garçons. La moitié de la classe est vide. Pourquoi? Sans doute pour permettre un cadrage plus serré, on a décidé de ne photographier que deux travées à la fois. La pratique rompt avec la traditionnelle photo de classe où les enfants regroupés dehors dans la cour de récréation ou sous le préau  s’alignaient en rang d’oignons.

mobilier scolaire

Le mobilier est d’une solidité à toute épreuve et tous les pupitres d’une travée sont solidaires : pas question de s’amuser  aux classes mouvantes. Pas question non plus de s’avachir sur ces sièges sans confort au dossier raide à vous éreinter.  Un petit élément de confort que je n’ai pas connu : le crochet sur le côté pour y suspendre la « gibecière », la « carnasse » au lieu de la laisser traîner dans l’allée ou entre les pieds.  Le couvercle du pupitre se rabattait ou comportait un casier pour y mettre les fournitures qu’on n’emportait pas chez soi. je ne vois qu'un seul encrier pour deux : une belle occasion de disputes ou de coups en traître lorsque chacun avait  comme par hasard en même temps que l’autre l’idée ou le besoin de tremper la plume dans l’encrier.  Cité des Marronniers, à Arras, -une école à classe unique- on était  tour à tour de semaine pour remplir les encriers de l’encre violette que le maître préparait, essuyer le tableau, rapporter du bûcher  un seau de charbon ou le bois pour allumer le poêle. Comme sur la photo, le Godin trônait en plein milieu de la salle, entouré d’un grillage. J’ai le souvenir d’après-midi d’hiver où la fonte (fendue) était rougie à blanc tellement on l’avait rempli jusqu’à la gueule. Une certaine torpeur nous envahissait, produite autant par la chaleur que par l’oxyde  de carbone mais il y avait des jours suffisamment larges sous la porte d’entrée et aux fenêtres pour nous éviter l’asphyxie total ! Dans le Grand Meaulnes, il me semble qu’Alain Fournier décrit ces après-midi où tout le monde flottait, à moitié intoxiqué. Les cartes murales me semblent bien archaïques, plutôt là d’ailleurs pour le plaisir du maître que pour l’instruction des « jeunes esprits »  puisqu’elles ornent le mur du fond. Une date? 1955 ?

 J’adore la leçon d’écriture ci-dessous. Elle court en fait sur quatre ou cinq photos, une vraie petite BD avant l’heure.Un premier août ?  Pour les besoins de la séance, ils ont  dû faire  des heures supplémentaires car il me semble

écriture classe

bien que l’école s’arrêtait au 31 juillet  (en théorie car plus d’un enfant avait déjà déserté, réquisitionné pour aider à la moisson). Rappelons-nous le combat épique de l’institution contre le crayon bille qui paraît-il incitait la main à la mollesse et à une écriture relâchée sans pleins ni déliés. Avec une craie, ce n’est pas à la portée du premier  Mélenchon venu (il s’était aventuré avec sa craie à  faire une démonstration d’écriture à l’ancienne avant de se rendre compte, dépité, que c’était quasiment mission impossible). 

phot de classe 1905 slogan recadré

Il faut un véritable artiste pour 

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obtenir ces superbes tableaux d’écriture s'offrant tout en même temps comme modèles de calligraphie et de morale. Forme et fond allaient de pair pensait-on. De la tenue: pas une lettre  avachie ou un bras de traviole et la France récupérera l’Alsace et la Lorraine ?  Toujours mauvais esprit l’Assiette au beurre (N° du 4 décembre 1909) ne s’y laissait pas prendre, au risque de faire un couac dans ce concert de louange d’hier et d’aujourd’hui sur un certain âge d'or de l'école. Pour sa une, le journal a choisi un maître d’école mains enchaînées, revers de manche garnis de deux galons « caporal de la Troisième République » : il se croit quelque chose, il n’est que prisonnier d’impératifs contradictoires  et de grands mots dévalués comme la fameuse devise « liberté fraternité,... inégalité ».

 Avec les  images suivantes on plonge au milieu du 19ème siècle, avant l’école obligatoire, et dans des écoles rurales. Ce qui frappe c’est la misère des locaux  (d’ailleurs, même sous la IIIème République, instituteurs et inspection d’académie devront souvent batailler pour obtenir des maires des locaux décents).

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Ici, se mélangent « pièce à vivre » comme on dit dans les magazines de décoration et "local professionnel" : la commode,   le lit et son énorme édredon; un gros poêle pour chauffer la salle. Du moins l’autorité du maître d’école trouve-t-elle  son symbole dans l’estrade et le bonnet d'âne; le sol est planchéié, une grande table commune et des bancs assurent un semblant de confort. L'image proposée par Lyonnet (éd. Istra vers 1935)  devait servir de support à un exercice de vocabulaire et de rédaction sur "l'école d'autrefois" afin de sensibiliser les enfants de CE2 aux progrès réalisés, sans pour autant les renvoyer à une vision trop négative du passé.

 

 Élève LAVISSE Ernest

« l’instituteur de la troisième République » comme on le surnommait aimait  s'adresser aux enfants. Dans ses Souvenirs ou ses Nouveaux discours à des enfants il revient à plusieurs reprises sur son école du Nouvion en Thiérache vers 1848. J'ai trouvé le premier extrait dans le  livre de lecture  cité plus haut

Lavisse photo

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L’illustrateur a souligné la misère du local, son manque d’agrément et d’hygiène,  l’absence de tout confort pour les enfants. Du moins s’agit-il d’un lieu entièrement dédié   à l’enseignement. dans le second texte,  Gabet (publié par Hachette à la même époque) a choisi dans les Souvenirs du maître l’arrivée du jeune Ernest dans une pièce aussi peu attrayante que possible. Le vieil historien-pédagogue a sans doute voulu rendre plus palpable son désarroi de "petit nouveau"  tout en ne ratant pas  l'occasion de souligner les progrès opérés par la IIIème République: il a gommé  la familiarité qu’il entretenait avec un lieu bien connu de son père et de sa grand-mère. L’image veut accentuer une singularité et un dénuement qui dans les villages ne devait pas tellement offusquer élèves, parents,- ou maires  souvent  logés à la même enseigne.  D’autres images glanées ici ou là insistent de la même façon sur la promiscuité et le mélange des genres privé-public montrent

école dans une étable

. Voici dans une pénombre esthétique mais malsaine une classe installée dans une étable:on devine dans la pénombre le cul d’une vache - une présence  qui  réchauffe la pièce comme

on voyait  naguère encore dans plus d’un chalet  de montagne -  tantôt  dans un capharnaüm insupportable pour un esprit rationnel, imprégné d’hygiénisme  et de théories sur l’attention comme dans cette litho dont j’ignore malheureusement l’origine mais datée par  une inscription au tableau de 1872 : d’un clair-obscur peu propice à l’étude  ressortent drapeau français,, palette de peintre, crucifix, suspension, hardes personnelles, lit de curé ; un poêle au long tuyau comme dans les ateliers d’artiste est sensé réchauffer les corps ;

école 1872

deux  bambins  en sabots y sont accotés en compagnie d’un chien ; un maître  broussailleux semble surveiller une tablée d’élèves  assis sur un robuste banc à peine équarri : ils sont tranquillement occupés à écrire ou rêvasser sur un grand double pupitre collectif. Au mur, le tableau noir  sur lequel le lithographe a inscrit  une date (1872) et un  titre (je distingue le mot Instituteur), des panneaux éducatifs pour apprendre à lire dans le cadre de l’enseignement mutuel, je pense.   Une ambiance assez studieuse finalement et patriotique. 

école idéale delmas

 Bien  éloignée pourtant de la vision proposée par les éditions A. Colin dans un tableau pédagogique Delmas, le n°1.  Osons  paraphraser Baudelaire et lui faire subir les derniers outrages,  lui qui a eu l’école en détestation tout n’est qu’ordre, beauté - celle de l’ordre en tout cas, luxe (certainement car l’espace, la lumière et le fonctionnel sont rares dans l’habitat populaire et rural des deux derniers siècles), calme - studieux en tout cas,  volupté? C’en est trop ! Vade retro satanas! Vastes espaces,  grande hauteur sous plafond, larges baies vitrées ouvertes. La perspective idéalise à tout va ! Rien  d’autre ne distrait le regard  de la parole du maître que les tableaux pédagogiques dont l’immense mur est largement pourvu.  Mais les élèves ne sont pas au garde-à-vous: on les a voulus dans des attitudes variées: deux au tableau dessinent des figures géométriques, un autre debout récite sa leçon ; au premier plan on s’interpelle d’une table à l’autre ; au fond quatre petits  bien sages.  Dehors, je repère une partie de saute-mouton, à droite, dans une grande salle vitrée règne un  désordre plus artiste: des moulages au mur,  les enfants sculptent semble-t-il sous la houlette de deux moniteurs. Redingote, barbe ou moustache et même hauts de forme sont de rigueur dans cette école de garçons.  Et toujours le Godin au milieu. Et voilà,  je me suis pris au jeu de l’exercice d’élocution et de rédaction. Piégeux Delmas !

               Pour la rentrée  (des vacances de Toussaint) je compte sortir de mes réserves  quelques manuels.