PASTÈQUE & QUARANTAINE

 Nommer un enfant trouvé 2 Août

patek fotos

 Il m’a bien fallu un mois pour me remettre du Challenge. Le blog est resté silencieux mais le chercheur en marche! n’a pas chômé. Il a plongé dans les registres d’Arras  du début du XIXè siècle pour en conclure …qu’il n’y avait rien à conclure des méthodes du «baptiseur »  de l’État Civil.

        À consulter les tables des naissances de 1817, on sent le souci de « fabriquer » un nom vraisemblable qui se rapproche de noms en usage dans la ville, tel un fictif VASSELINE qui succède à un réel VASSELIN. QUENTINET s’inspire certainement d’un QUENTIN voisin ; VERDEL et VERDELET   reviennent à plusieurs reprises

 

                                         En 1813 ou 1814 la mode était à la botanique- comme au beau temps du calendrier révolutionnaire. Va pour un tonitruant Ladislas COQUELICOT. L’allitération Antoinette ANSÉRINE gomme la bizarrerie du nom. Jeu de rimes : Ferdinande MONARDE, Julien FUSAIN, Denis VERNIS. On   s’autorise aussi quelques extras: un anodin Jules GERMAIN, de plus voyants Léontine TRICOLORE, ou Louis-François TOUTBLANC. On plaindra les Laurentine PYRAMIDALE,  ou Rosalie QUARANTAINE.

1813 Arras noms

1814 arras noms

  1814 a une spécialité: les arbres. Vive Honoré LIQUIDAMBAR, dénomination autrement plus  commode à porter  que  celle de Célestine PASTÈQUE l’année précédente ! Dans cette apparente thématique (on n’ose dire  cette logique), quelques dérapages interpellent, dignes de Queneau ou Desproges : quel cerveau amoureux du bizarre a donc forgé ces Morgou, Chelone, Tornep, Velar sortes d’anagrammes destinés à enrichir une novlangue avant la lettre? L’étrangeté saute d’autant plus à l’oreille que les prénoms   obéissent à l’orthodoxie catholique : ce sont les saints les plus admis sinon courants du calendrier.

Dans les années antérieures, on paraît s’être tout bêtement inspiré du lieu où l’enfant a été recueilli: Micheline Elizabeth DEGRÉ, a été trouvée sur les degrés de la maison commune en floréal an XI, François LANCÉ  fut abandonné en prairial an XII sur un remblai de rempart. Charles Joseph JOYEUX  (pluviôse an XII)  était peut-être doté d’un heureux caractère mais Dominique  Michel IVRE (thermidor XI) avait-il déjà un coup dans l’aile lorsqu’on le récupéra? À moins qu’on lui ait fait ingurgiter une lampée de genièvre pour le ranimer ? En 1806, les enregistrements d’enfants sont rares mais les circonstances des trouvailles sont narrées avec une précision remarquable qui ne manque pas d’émouvoir  à deux siècles d’intervalles.

 15 janvier 1806.   7h du soir le Sr Lemaire vicaire de la cathédrale en sortant  trouva entre les deux portails un enfant qu'il fit remettre par le sonneur entre les mains de la dame Monvoisin. Enveloppé dans un mauvais morceau de couverture d'étoupe un morceau de laine grise, un morceau de toile en forme de drapeau un corset de coton à carrés rouge et bleu un bonnet  d'indienne brune à fleurs jaunes garni d'une blonde noire un ruban de soie bleue aucune marque ni billet. Cheveux, sourcils, yeux noirs. (15 janvier 1806 n° 37 vue 1383)

 Sans surprise l’enfant ancienne cathédraleâgé de 15 jours  s’appellera Jean-Baptiste DUPORTAIL. La cathédrale à cette époque n’est plus que l’ombre d’elle-même. Vendue comme bien national à la Révolution, son acquéreur hollandais la transforme en carrière de pierre. Napoléon décide qu’elle trop délabrée pour qu’on investisse dans sa restauration ; les édiles la raseront et élèveront dans un transept l’église St Nicolas en Cité actuelle

      5 mars 1806  Chez Blondel libraire une femme venue pour lui acheter un livre laisse un enfant dans la boutique pendant qu'elle va faire des courses. Enfant vêtu d'un sarreau d'indienne fond blanc et fils rouges, tablier de toile à carreaux blonds une mauvaise camisole d'indienne fond blanc à barres et fleurs rouges, tablier de toile à carreaux rouges, mauvaise chemise de toile blanche, petit mouchoir rouge,  bonnet à trois pieux? violet garni d'une bande noire.( 5 mars 806 n°136 vue 1410)

L’enfant  âgée de deux ans  est dénommée Marie PAUL. C’est bien plat pour un abandon tristement romanesque.

      Tous les CARTON doivent-ils comme André Guislain leur nom  à l’emballage dans lequel il fut trouvé au matin du 6 janvier 1806, âgé pense-t-on de 3 jours ?

       6 janvier 1806   Lefebvre valet d'église de St Nicolas rue Baudimont a trouvé à 6h du matin sur les degrés de l'entrée principale un carton en forme de tombeau couvert d'un papier rouge à grandes fleurs blanches et l'ayant ouvert y trouva un enfant qu'il porta aussitôt à la dame Monvoisn - l'enfant est enveloppé dans un morceau de serge verte ayant un drapeau de toile blanche, un lange blanc, un autre drapeau était sous son cou, une chemise de toile blanche avec un tour de col de mousseline rayée, un corset de de garat blanc, un bonnet de bazin blanc à grandes  rayures garni de mousseline avec un ruban de soie argenté dans le fond du carton étaient aussi deux morceaux de serge verte, deux autres chemises  et plusieurs morceaux de toile le tout sans marque. Âgé dliquidambare trois jours les cheveux et les sourcils noirs;  les yeux bruns foncés il portait au bras gauche une petite tresse de cheveux noirs (AD 62 naissances 6 janvier 1806 n°36 vue 1383)

coquelicot

 

On espère que la dame Monvoisin qui l’a recueilli lui a laissé le souvenir ultime que sa mère aura voulu qu’il garde d’elle

    L’administration  est peu regardante sur le ridicule qui s’attache à certains noms. Cruelle, perverse ? Mais elle sait bien que la plupart de ces petites créatures n’auront jamais à supporter les quolibets que n’auraient pas manqué de déchaîner de tels noms. Il suffit de lire le registre des décès parmi les enfants trouvés, c’est l’hécatombe. Alors vivent les COQUELICOT  et les LIQUIDAMBAR si malgré ces appellations incongrues leur porteur a pu traverser les orages !