Y comme « Y-a-plus-k »   jeudi 29 juin

 Encore faut-il s’y mettre ! Et c’est de la procrastination (quel vilain mot) en généalogie que je voudrais parler.

Y procrastination

Toujours remettre à demain : un boulet dans  la vie quotidienne  des intéressés– et  de  leur entourage donc ! Gilbert STUART mit paraît-il quinze ans à entreprendre de terminer le tableau ci-contre. Terminer ? La main semble  encore enveloppée  dans une moufle.  Mais remettre au lendemain,  en généalogie, quelle importance  après tout? Les morts peuvent attendre, non ? Ont-ils eu tort ceux qui ont longtemps attendu le jour propice où ils  se mettraient à rechercher leurs ancêtres ?  La mise en ligne à peu près généralisée des registres d'état civil leur donnerait raison. Quand je repense à mes débuts, pleins d’enthousiasme pourtant, où je recopiais à la main sur des post-it les actes déchiffrés aux Archives du Pas-de-Calais, je regarde mes balbutiements avec une certaine commisération. Désormais, il suffit de cliquer un peu habilement pour avancer à pas de géants. On transcrit les résultats sur un logiciel personnel ou sur celui d’un site spécialisé et Hop, l’arbre se construit au fur et à mesure. On est impardonnable de ne pas s’y mettre illico. Cependant, passés les premiers enthousiasmes des découvertes les plus faciles, viennent les impasses, les familles indémêlables, les registres gribouillés, les battues fastidieuses, les heures qui s'écoulent infructueuses. On se casse les dents. On se lasse. On repousse à plus tard l'inventaire des blocages, on ouvre d'autres chantiers dans tous les coins. « Ne pas remettre à demain etc. … » martelaient  les leçons de morale de l’école traditionnelle.

               Mais en généalogie l’information  n’est pas que dans les vieux papiers. Ne pas interroger à temps l'entourage m'a joué plus d'un tour, ou plutôt m'a privé irrémédiablement de certaines données. Je n’ai jamais pensé à interroger ma mère  sur le village dont je croyais si bien connaître la chronique tant elle était ressassée par elle et ses frères à chacune de leur rencontre. C’est maintenant que je saurais leur poser des questions précises mais ils ont disparus. Ma mère la première, la plus proche et la mieux disposée à raconter sa famille et son village mais Alzheimer l’a enfermée dans une forteresse inaccessible.  Pendant des années, allant la voir à sa maison de retraite, je suis passé devant le bâtiment des Archives du Pas-de-Calais sans me décider à y rentrer  pour y trouver de quoi commencer mon arbre. Du coup je suis passé à côté des renseignements précieux que mon père, encore en vie aurait pu me donner.

Y- Lucienne, François, Marcel et des inconnus 1933-001

Le peu qu’un jour j’ai réussi à lui faire dire ne fait qu’aviver mes regrets d’avoir tardé. Coïncidence à interpréter comme on veut : au moment où j’étais décidé à sérieusement interroger un oncle qui en connaissait un rayon sur la famille  j’ai appris qu’il venait de décéder, emporté par un cancer qui le minait depuis des années. J’en avais connaissance

Y- Lucienne, Julienne-Beaucourt-Coin, Mlle Poidevin

mais, mais…plus tard, trop tard. Restait mon autre oncle. Avec lui la communication était difficile à cause d’un cancer de la gorge mal soigné : seule sa fille comprenait bien ce qu’il disait  mais quand il dérivait dans des horreurs sur la famille  sa fille se refusait à me traduire. Bref, faute d’avoir su à temps  recueillir la mémoire familiale,  j’ai des albums entiers de photos de mariage ou de communion qui me restent muets à jamais. Regrets éternels.

 

            Et puis parfois, vous ne supportez plus cette inertie qui vous fait constater avec une morosité paralysante que vous ne savez toujours rien des parents d’Alexis BAS, votre ancêtre direct de cette. Qu'est-il advenu de cettte Colombine CHEMINEL dont vous ne connaissez que la date de naissance et un enfant naturel? Vous en avez assez d’évoquer avec émotion le souvenir de plus en plus effacé d’une photo de  Marcel POISSON accrochée au mur de la cuisine chez les grands-parents. Au fait combien d’enfants avait Hyacinthe GOSSART ? Yallah! Vous vous secouez, vous vous renseignez sur les horaires  d’été des Archives de la Seine, vous bravez la canicule sur un boulevard Serrurier dépourvu d’ombre, vous n’avez de cesse  de retrouver le dossier de l’Assistance Publique du petit Marcel mort à Verdun. Autre scénario: un clic de hasard vous met sur la piste d’Émile GOSSART professeur de physique à Bordeaux. Mais comme vous êtes impénitent et dispersé, vous attendez des années avant d’exploiter cette veine. Elle vous réserve pourtant bien des surprises une fois que vous  avez repris le sentier de la guerre. Nul n’est incurable. La fièvre de la découverte  fait parfois trembler le procrastinateur le plus endurci. Un Challenge comme celui-ci mobilise, réactive les zèles assoupis. Soit. Il me tarde malgré tout d’arriver justement à la lettre Z pour  disons reconstituer ma force de travail   et laisser un peu filer les choses. Demain demain demain…