U comme UNIVERSITAIRES samedi 24 juin

 

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 La plupart de mes ancêtres étant des ruraux pauvres, ma base de données recèle peu d’universitaires. Tous se rattachent peu ou prou au seul de ma famille propre à avoir fait un carrière d’universitaire, Émile François  Eugène GOSSART (1849-1909)  dont j’ai raconté l’histoire à la lettre G. Il est le fils de  cultivateurs petits propriétaires qui ont le souci de favoriser les talents de leurs deux garçons pour les études : le cadet est curé, l’aîné, Émile, outre ses qualités intrinsèques a la chance de tomber dans une phase du Second Empire marquée, sous l’impulsion de Victor Duruy, le  tout puissant ministre de l’Instruction publique, par le souci de promouvoir de nouvelles élites, de développer les sciences  et l’enseignement sous toutes ses formes. Je n’ai pas réussi à sortir de l’ombre tous les moments de sa formation et certaines périodes restent mystérieuses.  Par exemple quel notable influent a bien pu lui mettre le pied à l’étrier  et l’inscrire, lui le petit paysan de Bavincourt,  à Paris et au lycée Louis-le-Grand, une véritable écurie (déjà) d’entraînement aux Concours ? C’est pourtant comme élève de cet établissement qu’il obtient en 1865 le second prix en version grecque et en mathématiques au Concours général de Seconde (qui ne concerne alors que  les lycées de l’ancienne Seine).  Il effectue un cursus universitaire classique certes mais toujours un peu en marge de celui que suivent  les favorisés du système, les enfants de la bourgeoisie parisienne : Normale Sup, les Lettres  ou le Droit.  Il s’investit dans la physique appliquée, matière novatrice, à l’abri des pesanteurs sociologiques,  liée à l’industrie et donc   susceptible d’assurer des revenus complémentaires. Il obtient son agrégation en 1881 (6ème sur 9) tout en étant déjà enseignant. À Caen  où il est nommé en 1886, il s’arrange pour travailler à la Faculté des sciences  et pouvoir ainsi mener à bien les expériences qui lui permettent  d’obtenir sa thèse  en 1889. Il lui faut ensuite patienter avant d’être maître de conférences sur place à Caen (1894) puis à Bordeaux (1895).

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C’est seulement en 1900, à 50 ans, qu’il devient professeur titulaire. Il n’en profite que neuf ans puis qu’il meurt en 1909.  Une carrière honorable mais sans éclat : même dans sa spécialité il a dû ferrailler pour défendre son département contre les ambitions de jeunes loups venus de Paris et mieux en cour. Faute de moyens, il lui faut renoncer à la recherche pure et se consacrer (non sans succès) à la vulgarisation des applications de l’électricité.

 

    Je ne sais pas si son mariage, à Avignon en 1884, quand il est jeune agrégé, lui apporte l’aisance financière; elle lui donne une assise sociale certaine. Son beau-père, Jean-François CERQUAND (Épinal 1816-Avignon 1888) désormais en retraite est en effet l’ancien inspecteur d’académie d’Avignon : par sa place dans la hiérarchie administrative comme par ses activités culturelles multiples au long de sa carrière, il s’est créé  à travers la France un réseau dans la bonne société de province, sans doute pas la plus riche  en tout cas la plus cultivée. Impossible d’énumérer les postes qu’il a occupé : c’est un véritable tour de France. Il est d’une autre génération bien sûr mais il n’est pas le premier à faire du  savoir un métier : oncle cordonnier, grand-père boulanger mais père instituteur en ville, à Épinal.  Lui-même tâte de l’enseignement secondaire dans la région, soutient à Strasbourg en 1853 une thèse de littérature grecque  de l’hospitalité grecque aux temps héroïques, obtient un poste de censeur  mais y renonce, préférant  -selon son propre aveu-un poste beaucoup moins envahissant d’inspecteur d’académie, qui lui permet de se livrer à des recherches personnelles. Sa carrière donne le tournis:

 

       censeur à St Etienne, inspecteur d’académie à Mâcon.1866  Perpignan.1868 Nice.1872 Amiens, Pau. 1876 Bordeaux,       Avignon. Retraite en 1878

 

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En vrac, je donne un aperçu de ses œuvres, érudition et poésies mêlées, avec cette inclination bien dans l’air de son époque pour la mythologie et le folklore

 

poésies: Harpies 1861, Sirènes 1862, Charités 1863

 

-1873  Ulysse et Circé   - 1876 Légendes et récits populaires du pays basque Pau . En1875 ,76,78, et 82 publications de contes recensés par les instituteurs de Sioule et de Basse-Navarre traduction et version en basque in Bulletin de la soc des sciences, lettres  et arts de Pau .1889 Mythologie celtique. 1882 reconstitue l'Académie du Vaucluse à Avignon

 

 Dès 1890 la revue de Gascogne émet des réserves sur la façon dont les contes ont été recueillis et traduits ou plutôt adaptés .Les critiques actuels sont moins négatifs : malgré un amateurisme certain, l’action de Cerquand et de es informateurs a permis de diffuser et surtout de conserver la trace d’une littérature orale aujourd’hui éteinte

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        Émile GOSSART est devenu un universitaire installé. Sa recherche piétine mais il rencontre le succès avec sa Grammaire de l’électricien. Il aime intervenir dans les sociétés savantes de la région sur les sujets les plus variés. Comme tout milieu professionnel le milieu universitaire  a tendance à l’endogamie. La reproduction – physiologique ou sociologique comme on veut- joue à plein. Avec qui marie-t-il sa fille aînée Jeanne? avec le fils d’un collègue : Pierre WALTZ, futur helléniste à la faculté de Clermont-Ferrand, fils  d’Adolphe WALTZ, professeur de littérature ancienne à Bordeaux  (un passionnant modèle lui aussi de méritocratie républicaine) dont l’autre fils René  occupera une chaire de littérature latine à Lyon. Quant au fils, André GOSSART qui fait d’emblée partie du sérail, le déroulement de sa carrière depuis ses études jusqu’à sa retraite est un catalogue quasi exhaustif  des différents rouages de l’Université. Khâgne à Louis le Grand, agrégation de grammaire, tournée de toutes les affectations possibles de la 6ème au Havre  à la khâgne de Janson de Sailly en passant par l’Algérie, l’Indochine et Le Caire, l’inspection d’Académie de Paris, l’inspection générale. Ne manquait qu’un ministère.  Et parce qu’il n’était pas qu’un administratif, il a aussi livré quelques ouvrages scolaires sur le moyen-âge, retombées d’une vocation inaboutie de médiéviste. Le grand-père Cerquand  au centuple.