S comme SAUPRANY   jeudi 22 juin

Ou Les Aléas de la recherche. J’ai joué à cache-cache avec lui et avec sa femme pendant plusieurs années, au gré de mon zèle à m’occuper d’eux, au gré aussi des mises en ligne des Archives du Pas-de-Calais. Longtemps, il n’y a eu que les Tables décennales ensuite les recensements qui par chance ici commencent dès 1820 et enfin les registres complets. SAUPRANY Jean-Marie, a décidé un secrétaire de Mairie, francisant  élégamment son nom qui s’écrit le plus souvent  SOPRANI, SOUPRANI ou même SAPRANI.

     C’est sa femme  que j’ai d’abord rencontrée, car elle est la fille de François-Marie DAUCOURT, l’ancêtre direct   objet  de mes recherches. Père et fille objets insaisissables. Lui,  venu de son Wailly natal, retrouvé avec femme et enfants  à Beaufort, perdu de vue un bon moment à la fin de sa vie alors qu’il coule tout bêtement ses jours  chez une de ses filles à Wanquetin.

S cart Soprani

Elle, c'est Célestine/Célinie, un de ses huit enfants. Elle apparaît, disparaît d’un recensement à l’autre : c’est toujours  par hasard que je la rattrape par la manche,  dans un village où m’a mené une toute autre recherche.  Quand j’ai l’idée rationnelle -mais saugrenue la concernant-, d’une battue autour des villages aux alentours de Beaufort, j'ai rarement  la main heureuse. J’ai donc fini par me fier au hasard, ayant toujours son nom en tête, au cas où.  Je tombe sur elle  à Sus- St Léger en 1846. Elle a 17 ans ; elle est domestique chez François Nicolas  Jacquemelle (le nom est répandu à Sus- St Léger) un célibataire de 41 ans dont je ne trouve plus trace ensuite dans le village. En 1851, sur le recensement de Beaufort  elle est domestique encore mais j’ignore où. En 1856, disparue de Beaufort : peut-être s’est-elle mariée, mais pas   trace de mariage  dans son village natal comme le voudrait l'usage. C’est Généalogie.com qui me sort de l’ornière en me livrant un mariage… à Gouy-en-Artois. Impossible évidemment de savoir comment elle a atterri là, s’y est mariée,  et y vit en 1851 toute jeune mariée avec un journalier de 30 ans, François Évrard et la mère de celui-ci  veuve depuis quelques mois. L’acte de mariage la dit servante. En fait j’avais bien repéré sur les Tables décennales  (alors seules disponibles) un mariage de Célestine mais avec un certain SAUPRANI  (le voilà enfin !), mais celui-ci m’avait échappé et de toute façon, faute de pouvoir consulter les actes, il m’a fallu attendre leur mise en ligne pour y  voir clair.

S- gouy rue

    Il y a donc  eu remariage: Evrard est décédé  au bout de deux ans, laissant une veuve de 24 ans libre car sans enfant. Cinq mois après,  Célestine convole avec Jean-Marie SOPRANI. L’acte de mariage va tout nous dire sur lui

   AD 62 Gouy 5 MIR 379/1  vue 1225  n°9 novembre 1854 10 h du matin

-- Jean Marie SOPRANI  (ne signe pas) tailleur d'habit né à Acquanera di santa Guistina canton de Beverla [Belluno Émilie Romagne] duché de Parme Italie le 7 juillet 1806 ainsi qu'il nous a représenté son acte de N demeurant à Sombrin    actuellement résident à Gouy fils de François  SOPRANI décédé  le 15 mars 1843 et de Marguerite  RUFFI décédée le 28 octobre 1822

-- Célestine DEAUCOURT  (signe) sans profession née à Beaufort  le 20 juillet 1828 demeurant à Gouy fille de François  DEAUCOURT 60 a  (signe) journalier demeurant à Beaufort  et de Joséphine CARON décédée à Beaufort  le 24 décembre 1852, veuve de François   Augustin Joseph  EVRARD décédé  à Gouy le 27 novembre 1853

pas de contrat de mariage. Témoins: François  Augustin VERNAY 62a cultivateur , Charles Joseph  ANSART 56a cultivateur , amis du M, Hippolyte Jacques Philippe Joseph  LEFEBVRE  42a brasseur et François  CAILLERET  47a garde-champêtre amis de la M tous demeurant à Gouy. Seul le marié ne signe pas

              Le marié demeurerait à Sombrin?  En tout cas il est passé entre les gouttes des recensements de 1851 et 1854 à Sombrin comme à Gouy!

S - Sombrin église

 Un italien dans un village de l’Artois même dans les débuts du IIè Empire, ça ne doit pas passer inaperçu. Tailleur d’habits ? On en manque dans ces villages, faute d’ailleurs de clientèle suffisante. Il vient d’Émilie-Romagne, illettré. On ne saura rien  du parcours qui l’a conduit dans ces contrées septentrionales. Et pourtant les étapes ont dû être nombreuses car il a 48 ans lorsqu’il se marie (et pour la première fois). Une vie d’itinérances  constantes, de tailleur ambulant peut-être, se déplaçant  dans des tournées annuelles ? Il a eu envie de se fixer. Mais le temps d’avoir deux enfants, 7 ans après son mariage il meurt à Beaufort, le village natal de sa femme. Il a 54 ans selon l’état civil mais  on n’en avoue pour lui que 48. Célestine n’a que 32 ans. J’ignore (pour l’instant) ce qu’elle est devenue avec ses deux filles sur les bras. Une recherche  sur le Web me révèle des SOPRANI actuellement implantés en France un peu partout;  Geneanet les montre au 18è et 19è siècles surtout dans les Vosges, certains marchands forains, d'autres musiciens ambulants, plus tard tenanciers de tirs oou de manèges. Gens du voyage peut-être comme on dit maintenant ?