H comme HÉRISSÉ le parisien de l’étape

 

        J’avais complétement oublié l’existence des HÉRISSÉ  dans mon arbre généalogique. On est là du côté de ma mère. Théodule Hérissé : prénom désuet tellement moqué;  nom bien curieux ! C’est le mari de Flore CAILLERET, la tante de Mélina, mon arrière-grand-mère maternelle que j’ai bien connue. Les deux sœurs sont des rescapées : quatre enfants sont morts avant elles à moins d’un an. Étrangeté du destin : cinq ans les séparent mais elles meurent vers  la cinquantaine  la même année 1897  à deux mois d’intervalle. Théodule est  originaire de La Cauchie, un village symétrique de Bavincourt de l’autre côté de la route nationale. Il est maçon et s’installe à Bavincourt après son mariage avec Flore. Ils ont deux enfants : un fils qui deviendra instituteur;  la fille, après son mariage avec un gars du coin, s’établit du côté de Chantilly.

           Remonter dans l’arbre  n’est pas très difficile: les parents de Théodule sont originaires de La Cauchie.

hériss arbre

Famille réduite à deux enfants -Théodule et une fille- mais on est loin de rouler sur l’or. « Tisseur de coton » puis cantonnier, il est secouru par le bureau de bienfaisance dès  le recensement de 1856 (il a alors 36 ans).

           Et ce  parisien annoncé par le titre ? Patience, le voici : c’est son père Pierre-Claude dont l’acte de mariage précise  âgé de 25 ans, élève de l’hospice de la maternité de Paris consentant ainsi qu’il résulte de sa procuration passée à Paris le 16 septembre 1809 par Jean-Jacques Fesquet membre de la commission administrative des hospices civils de Paris ». Impossible d’aller plus loin en général : enfant trouvé  de Paris né en 1784, mis en nourrice dans cette  campagne lointaine de l’Artois, c’est déjà un miracle qu’il ait survécu au trajet, aux maladies et aux mauvais traitements éventuels.

hériss 1809 p- Claud M-a-004

La situation est plus compliquée. J’ai rencontré une bonne fée sur mon chemin (un forum de généalogie du Pas-de-Calais Genpdc) Fanny Moncomble. Elle ne s’est pas contentée de ces indications accessibles à tous; en mettant son arbre sur Geneanet, elle a aussi posé l’acte d’admission qu’elle avait réussi à obtenir auprès des Archives.  Auparavant elle avait consulté le registre des admissions. Non sans tâtonnements pour trouver le bon puisque Pierre-Claude  qui est né en 1784, n’a été admis  que deux ans après. Fort de ses résultats je suis allé directement à la première page de 1786. Le registre est cruellement bien tenu : écriture impeccable, colonnes parfaites : N°, nom, prénom, décès à l’Hospice, décès à la campagne. Les deux colonnes sont presque entièrement remplies. Plus qu’une hécatombe, un massacre. L’hospice machine à faire mourir ? Sur les  13 admis de janvier 1 seul n’est mort ni à Paris ni à la campagne. Sur les 10 de février, 3 survivent -dont  le N° 960, Pierre Claude HÉRICÉ. Le cliché du registre d’admission n’est pas très net mais il décrit minutieusement le parcours de l’enfant âgé de 19 mois 26 jours au 26 février 1786, date à laquelle il est devenu officiellement enfant abandonné. Il est envoyé chez Agnès RICHE femme du Pierre-Philippe ROUSSEL à Humbercamps (le village qui jouxte La Cauchie)  sous la houlette de Marel (nom très répandu dans  les environs) « meneur » c’est-à-dire qu’il est chargé de veiller sur le convoi d’enfants.  J’avais envie de retrouver la trace de ces parents nourriciers qui ont réussi à le maintenir en vie. Mais à Humbercamps en 1820, la moitié du village porte le nom de Roussel. Il y a des RICHE mais pas d’Agnès. En revanche un Pierre Philippe ROUSSEL meurt le 14 février 1832.

    On s’arrête là ? Dans  de nombreux échanges sur le  forum  de Genpdc consacré au Pas-de-Calais, nous nous sommes pris au jeu. Ma « collègue », fine mouche, remarque qu’à côté de la date d’admission  est mentionné « Vincennes près Paris ».  Cet enfant  avait été abandonné à presque deux ans mais pas à Paris, plutôt à Vincennes. Il faut y aller! Bonne pioche : les archives n’y ont pas brûlé et sont très commodes à consulter avec table pour chaque année et table générale depuis 1700.

    AD 94 Vincennes chapelle de la pissotte 1781-1785 img 113

Le 29 juin 1784 a été baptisé Pierre Claude né d'hier fils de Nicolas Pierre Hericé et de Marie-Marguerite Dixmillehomme son épouse; le parrain Claude BAILLON de la paroisse de Montreuil la marraine Adélaïde Meunier qui a signé le parrain et le père ont déclaré ne le scavoir

  Voilà donc notre enfant trouvé  dûment baptisé,  bien encadré socialement.  Ce nom de DIXMILLEHOMME est bien étrange mais c’est bel et bien ce qu’on lit ; MILLEHOMME,  lui est attesté surtout dans l’Ouest, tout comme Hérissé d’ailleurs. Par acquis de conscience, j’ai enquêté sur la marraine qui est de cette paroisse, fille d’un  maçon du Limousin ; les témoins de son mariage en 1791 étaient des artisans du bâtiment peintre, serrurier, un marguillier même et elle signe très bien. Quel lien entretient-elle avec les parents ? Mystère. Quant au parrain, Montreuil n’étant pas numérisé j’ai renoncé à approfondir son cas  mais c’est sans doute de là qu’est le père. On ne saura rien des raisons ou des circonstances qui ont conduit le ménage à se séparer de leur bébé. Misère ? Mort de la mère ? Maladie du père qui devient incapable de s’occuper de cet enfant ?

  Pourtant ce père, s’il s’agit bien de lui, serait mort le 4 décembre 1837 à Paris dans le Xe arrondissement ancien qui comprend les Invalides, le Faubourg St Germain, la Monnaie, St Thomas d’Aquin. Pourquoi là? Est-ce un  militaire retraité aux Invalides ? La fiche ne dit rien d’ autre car il s’agit d’un état civil reconstitué après l’incendie des Archives de Paris durant la Commune.

     

hériss 1866 P claud D-a

      Informations bien parcellaires  mais on peut parier que nous en savons bien plus sur les parents de Pierre-Claude que lui-même. Il est probable qu’on l’avait laissé dans la plus totale ignorance.  Depuis l’âge de deux ans il  a mené une vie de petit paysan;  doté d’une robuste constitution qui le mène jusqu’à 81 ans, coquetier un temps (il faisait la tournée des fermes pour récolter puis revendre  beurre et œufs), puis journalier, chiffonnier à la fin de sa vie, il avait voulu  et su se bâtir une famille nombreuse (8 enfants tous vivants sauf un).  Il meurt pourtant quasiment seul dans sa maison de La Cauchie. Hormis Théotime ils ont essaimé à Gaudiempré, à Wailly, à Bavincourt ou bien ils sont morts.