C comme CHEMINEL(LE)  3 juin

  Alphonsine CHEMINEL entre furtivement, tardivement dans mon arbre comme mère, Mère Courage on peut le dire, de mon arrière- arrière-grand-père paternel Constant DEAUCOURT. Elle est morte  à 87 ans à Bavincourt en 1922, au foyer de  son fils unique. Personne dans la famille n’en parlait jamais.  Il est vrai que les CHEMINEL n’étaient pas de Bavincourt – pas plus que les DAUCOURT d’ailleurs. Elle avait épousé à Saulty le village voisin à 3 kms  Augustin-Denis DAUCOURT, journalier comme elle,  venu de Beaufort, 15 kms  plus au Nord. Treize ans de différence : il avait déjà 35 ans et il la laisse veuve 8 ans après en 1865. Plus d’un demi-siècle de veuvage ! Année  terrible pour elle : son mari meurt en mai douze jours après la naissance de leur dernier-né Jules, qui meurt à son tour en août. En route pour 57 ans de veuvage.  Elle a sur les bras un enfant de 7 ans, Augustin -Denis (du nom de son père et de  son grand-père paternel)  et un autre de 5 ans, Constant. Onze ans après, autre malheur : l’aîné  meurt à 18 ans. Elle n’a plus que son fils Constant de 16 ans sur qui s’appuyer, fils unique par la force des choses, mon ancêtre direct. Avant son mariage à 22 ans, elle a déjà connu maintes épreuves : à 12 ans, elle perd sa mère, cinq mois plus tard c’est son frère de 17 ans cependant que son père se remarie avec une maîtresse dont il a déjà un fils de 3 ans. Alphonsine quitte sa famille recomposée ( deux frères et un demi-frère) et va vivre dans le même villae ( comme bonne peut-être)  chez sa tante maternelle Esclemonde (sic) TOUPET.

                            D’où viennent-ils  ces CHEMINEL ?

  Si du côté TOUPET on est installé charron de père en fils à Saulty depuis le 17ème siècle, la famille CHEMINEL est beaucoup plus modeste. Son parcours embrouillé m’a constamment donné du fil à retordre. Aumilieu de ces familles très nombreuses ( avec aussi bien des enfants) il y en a toujours quelques uns qui se sentent mal là où ils sont,  toujours  prêts à partir  sur les chemins, comme pour justifier leur nom : Cheminel c’est-à-dire Chemineau. De grandes migrations, non. Plutôt des sauts de puces vers les villages voisins. La présence la plus ancienne, je la trouve à Humbercourt. C’est la Somme ; j’ai mes bases à Arras et  plutôt que de me déplacer aux Archives d’Amiens, j’ai paresseusement attendu la mise en ligne des registres pour les explorer. Arides d’ailleurs et décevants : le curé ou le clerc se bornent très longtemps au service minimum: les noms des baptisés, des mariés, du mort et de leurs témoins. Rarement une filiation, encore moins l’indication d’une profession ou d’un âge et des prénoms répétitifs et communs sauf pour l’ancêtre et son fils tous deux dénommés Florimont. Un vrai casse-tête du coup pour démêler les parentèles, une grosse frustration pour donner un peu d’épaisseur à cette collecte de simples noms. Exceptionnellement je sais que l’ancêtre Florimont 1 était marchand de houblon (1641-1729) et jouissait d’un certain statut social à voir  la qualité des personnalités avec lesquels il est souvent appelé à être témoin : lieutenant de cavalerie, mayeur de Frévent. Ses descendants seront de simples manouvriers, illettrés comme son propre fils Florimont quand lui-même sait signer,  parfois pauvres parmi les pauvres, « mendiants », « indigents ». Les nombreux enfants des Florimont 1 et 2 s’établissent pour la plupart à Humbercourt mais il y en a  toujours un pour aller voir ailleurs  - sans que la réussite soit au rendez-vous.  Des instables pour beaucoup sans doute – et des filles naïves ou dévergondées, je ne sais : les enfants naturels à chaque génération ne sont pas rares. On essaime à Couturelle, à Saulty, à Bavincourt,  à Wanquetin, Gouy- en-Artois et plus tard vers le Nord, à Caucourt, Noyellette près de Lens (des descendants seront mineurs). Au prix de battues éprouvantes pour le généalogiste. Comment imaginer par exemple que Constant CHEMINEL (bien mal prénommé) établi à Saulty se remarierait à Gouy-en-Artois, à quelques kilomètres, avec Arnulphine VAHÉ  dont il avait un enfant né trois ans avant la disparition de sa légitime ?

 À quoi tient le destin ?    C’est à sa fille Alphonsine que les DAUCOURT de ma branche doivent d’avoir vu le jour. Lui-même est un miraculé : enfant naturel de la pauvre Alphonsine décédée 10 jours après l’avoir mis au monde, il a été élevé par ses grands-parents, Charles-Valentin CHEMINEL et Marguerite DESMARETS dont les quatre autres filles ( ils ont eu aussi 3 fils dont il n’y a pas grand-chose à dire) ont fini par s’établir dans les environs après quelques naissances illégitimes malheureuses dont elles semblent fait une spécialité