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devoirs de vacances

              Devoirs de vacances

Fauchage par une femme

                                                  
Dimanche 26 août

 

Fini l’été. Finies les vacances. Partout un parfum de rentrée: routes encombrées par les derniers grands retours ; annonce des nouvelles grilles de radio ; interview du ministre de l’Éducation nationale. Les matinées renouent avec une fraîcheur déjà automnale. Je fais ma rentrée moi aussi, séance tenante. Impossible de  laisser passer un double centenaire familial:  la naissance de mes deux parents: Françoise née le 30 juillet 1918 dans un village de l’Artois,  Louis, son futur  qui vient au monde  à l’autre bout du  même village trois semaines après, à  la Saint Louis, le 25 août. Prendre comme prénom le saint du jour: une bonne méthode pour s’éviter les casse-tête d’un choix. Louis va avoir un frère, André né le 30 novembre, à la Saint André. Une petite entorse pour Geneviève née un premier janvier (la Sainte Geneviève ne se fête que  le 3).

             Deux naissances au beau milieu d’une guerre qui dure depuis quatre ans tout justes, et dans un village situé à quelques kilomètres du front, bouleversé par les va-et-vient continuels des troupes, des canons et des camions des Français et des Anglais puis maintenant des Américains. Les deux nouveau-nés surviennent dans des atmosphères familiales très différentes mais profondément affectées l’une et l’autre par la guerre. Lucienne, la mère de Françoise, est une fille du village; elle a connu son mari, un Breton, parce qu’il a été plusieurs mois cantonné là ; ils se sont épousés en 1917 au cours d’une permission de convalescence du soldat revenu malade   des Dardanelles – mais il restera mobilisé jusqu’en février 1919. Fille unique, Lucienne LECLERCQ épouse JÉGOUIC  est  entourée, elle et sa fille, des soins et de l’affection de ses parents Mélina et Lucien, modestes ouvriers agricoles.

         Autour de Louis, de l’affection certainement mais bien du malheur aussi. Très récemment j’ai pu obtenir une photo de lui sur les genoux de sa mère qui semble amaigrie, épuisée. C’est un enfant naturel;   on l’inscrit sur les registres comme Louis DRUGY, du nom de sa mère Blanche, une fille de cultivateurs aisés. La grand-mère,   Marie-Blanche,  est toute seule pour diriger la ferme: son mari est décédé accidentellement en 1916, des suites de coups reçus par un rustre féroce que les voisins ont failli lyncher. Blanche a 26 ans; elle a reçu une éducation soignée chez les sœurs à Doullens. Son mariage était prévu  avec  un jeune homme de bonne famille: il est décédé au début de la guerre. Le père de Louis, Christian,  est un garçon du village dont les parents -  Papa  les aimait beaucoup- travaillent chez les châtelains. Il est un des rares jeunes gens  présent dans le village car il n’a que 19 ans et n’a pas encore été mobilisé. Il travaille probablement à la ferme DRUGY dont j’ai découvert qu’il était un cousin éloigné (mais les intéressés le savaient-ils ?). Le « mois d’août » bat son plein. En picard local, fare ech’mois d’août c’est faire la moisson : faucher (avec une javeleuse, parfois avec une moissonneuse-lieuse mais encore à la main pour l’essentiel),  rassembler les bottes en moyettes (on disait des cahous), les charrier  pour les engranger en attendant le battage dans un hangar à la ferme ou dans une meule élevée plus ou moins de guingois en plein champ. C’est tout un art qui  produit  des chefs-d’œuvre -pas seulement en peinture-  mais aussi des monstres ou des miracles d'équilibre  qui ne tiennent qu’à grand renfort d’étais. Il y faut une main-d’œuvre nombreuse et beaucoup de temps : les opérations courent sur juillet et août, parfois jusque septembre si le temps est pluvieux. Drôle de moisson, en pleine guerre, même à l’arrière : on manque de bras,  on manque de chevaux -réquisitionnés et remplacés par des haridelles ou des bœufs plus lents et moins costauds; on manque de terres souvent occupées par les cantonnements de troupes ou le stationnement du matériel. Les alertes  mettent constamment les travailleurs sur le qui-vive car les bombardements sont tout proches. Les femmes, les vieux, les enfants, tout le monde est requis, chacun fait comme il peut. Les services du jeune et solide  Christian ne peuvent qu’être appréciés. En tout cas cette naissance hors mariage (aggravée d’une mésalliance) a dû faire jaser le village, et mettre à mal l’orgueil et l’honneur des DRUGY qui avaient la réputation d'être "fiers". La situation sera régularisée par un mariage dix jours après l’Armistice, le 23 novembre, accompagné comme de coutume d'une légitimation  de Louis par son père mais Papa vivra toujours comme une tache cette fameuse mention marginale qui figurait sur les extraits de naissance qu’il demandait pour des papiers officiels.

   Il y a une suite, façon tragédie grecque à mes yeux. D’où l’intrusion (peut-être  grandiloquente)  de ce bas-relief grec   de l’époque archaïque. Dans le désordre des casques et des chars on a reconnu le jeune Œdipe : il se dispute    à un carrefour avec un autre voyageur,   un vieillard   barbu empêtré dans sa robe, mal protégé  par ses serviteurs pourtant armés ;  il lui porte un coup fatal sans savoir  que dans cette stupide querelle de priorité il vient d’accomplir la prédiction d’un oracle car c'est son père Laïos qu'il a occis. Non, non,   malgré des démêlés nombreux, Papa n’a pas essayé de… . Ce qui s’est produit, ou plutôt  qui a failli se produire, c’est  quand même une réédition de cet épisode du  mythe grec mais inversée et dans une version paysanne. Les metteurs en scène de théâtre ou d'opéra s'autorisent des transpositions autrement aventureuses. D'évidence, pour moi, dans cet événement familial, c'est Laïos  prenant sa revanche sur Œdipe et la chose  se passait en Artois au XXème siècle après Jésus-Christ.

       C’était un  25 août des années cinquante, le jour donc de l’anniversaire de Louis. Pur fruit du hasard  préméditation ou main du Destin : pourquoi a-t-il fallu que  ce jour-là précisément  les trajectoires du fils et du père  (né en août, lui aussi,  le 13 !) se soient rencontrées alors qu’il y a tant d’autres chemins sur ce terroir, et combien d’autres jours dans la semaine ! Toute notre famille passait les trois mois d’été à la ferme des parents de Françoise notre mère. Depuis longtemps, Papa était  avec des hauts et des bas en mauvais termes avec son père.  Durant ses congés il venait nous rejoindre pour aider ses beaux-parents à la moisson. Nous allions parfois passer une heure ou deux en visite officielle chez grand-mère Blanche.

       OR DONC, ce fameux 25 août, revenait des champs une lourde voiture de gerbes tirée par trois chevaux, comme dans ce tableau de Veysserat. Papa était juché en haut de la voiture avec un de mes oncles, l’autre oncle conduisait et encourageait les chevaux. Le chemin est étroit, encaissé. L’attelage croise un autre chariot, vide, conduit par Christian accompagné d’un proche. J’ignore s’il y eut des mots ou pas : Christian s’empare d’une longue fourche, la pousse  là-haut sur son fils. Déséquilibré, Papa tombe entre les chevaux qui continuent leur train. Il va être écrasé par les roues ferrées ou piétiné par les sabots des boulonnais; il réussit à se rattraper aux harnais, à s’accrocher au timon. Mon oncle a sauté du haut de la voiture, il aide son frère à maîtriser les chevaux  qui commençaient à s’affoler de toute cette agitation.

                 Émoi à la ferme (j’étais là) quand ils rentrent et racontent « l’incident ».  On s’affairait aux préparatifs du petit  festin d’anniversaire que grand-mère Lucienne ne manquait jamais d’organiser pour son beau-fils, même si la besogne pressait. Au milieu du repas, levant les yeux par hasard, je vois une silhouette brinquebalante qui traverse la longue cour, tête nue sous le soleil. Je la reconnais: grand-mère Blanche! Les conversations s’arrêtent. Elle apparaît, se plante dans l’encadrement de la porte, mal fagotée dans son tablier de cuisine. En pleine chaleur, toute affaire cessante, elle a traversé  le village d'un bout à l'autre, elle est venue dans une maison où elle a rarement  mis les pieds : il faut qu’elle  SACHE, elle ne croit guère à la version que lui ont servie son mari et son acolyte et déjà le village doit bruisser de rumeurs car Christian n'y jouit pas d'une fameuse réputation: ses champs sont mal entretenus, envahis par les mauvaises herbes et les chardons; pour vivre  il incite sa femme à vendre peu à peu  les terres dont lle est seule propriétaire . Tous les yeux se tournent vers elle – nous étions une bonne dizaine autour de la grande table ovale. Elle ne s’avance pas, elle reste au bord de la pièce, prend son courage à deux mains et ne regardant personne sinon son fils elle lance: Quoi qui s’a passé? – Il faut te faire un dessin? Ce fut tout. Elle n’avait plus qu’à tourner les talons, à s’en repartir en haut du village. Par la fenêtre, on l’a suivie retraversant en cahotant la cour caillouteuse, lourde de tous ces regards qu’elle sentait dans son dos et de cette réalité insupportable : son mari avait essayé de tuer leur fils aîné, et  avec la complicité d’un proche.

           Dénouement

     Une dizaine d’année plus tard,  chez sa fille à Arras, Christian se mourait d’un cancer. Il a désiré voir  Papa -qui a accepté. Il lui a demandé son pardon pour le mal qu’il lui avait fait tout au long de sa vie.

 

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 Des compléments sur la vie agricole et  les femmes pendant la Grande Guerre

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http://www.archivespasdecalais.fr/Activites-culturelles/Chroniques-de-la-Grande-Guerre/A-l-ecoute-des-temoins/1917/Le-4-juin-1917-propositions-pour-la-reprise-de-l-agriculture

http://www.archivespasdecalais.fr/Activites-culturelles/Chroniques-de-la-Grande-Guerre/Moissons-en-etat-d-urgence

http://www.archivespasdecalais.fr/Activites-culturelles/Chroniques-de-la-Grande-Guerre/A-l-ecoute-des-temoins/1917/Le-3-avril-1917-l-appel-aux-agriculteurs 

  Photo célèbre d’auteur inconnu parue dans Lecture pour tous du 15 juillet 1917,  un bimensuel édité par Hachette, abondamment illustré de photos et de dessins. Il proposait des feuilletons tournés vers l’éducation, le récréatif l’exotisme et la célébration de l’Empire colonial. On appréciera le ton paternaliste et l’optimisme forcé de la légende: « Plus de chevaux pour tirer la herse. N’importe ! Trois robustes paysannes s’attellent à l’outil, peinent si bien que, à sa prochaine venue, le permissionnaire retrouvera son champ en pleine prospérité »

 http://agriculture.gouv.fr/1914-1918-les-femmes-dans-la-grande-guerre

  


 


Mon quart breton

               Mon quart Breton 

 

                             Bécassine est l'objet d'une tentative de rajeunissement et de réhabilitation. Notre président (faut-il une majuscule de majesté ?) plaisante au Vatican  sur ces bretons  qui seraient « notre » mafia à la française  (« en plus moral »  tient à préciser Jean-Yves Le Drian). La Bretagne est à l’honneur– si on peut dire- et   j’y ajoute mon grain de sel.    Car  voyez-vous, mon grand-père maternel François  Louis JÉGOUIC  était  breton bretonnant -natif des Côtes du Nord comme on disait alors. Selon les spécialistes, JÉGOUIC est   le diminutif de JEGOU, forme bretonne de Josse (un diminutif encore -de Joseph) ou, selon d’autres, de Jacob (l’équivalent de Jacques).  C’est entre Mûr-de-Bretagne et Saint-Nicolas-du-Pélem  que le Jégouic pullule presque exclusivement me dit mon site de généalogie. Jégou est beaucoup plus répandu. Breton! une incongruité au sein  d’une famille originaire des villages aux alentours d'Arras depuis.... depuis que les registres paroissiaux  gardent leur trace. Il comprenait bien sûr le patois, c’est-à-dire le picard,  du village de Bavincourt où il avait fait souche depuis 1917  mais il ne prononçait jamais un mot de chti, ni de breton d’ailleurs -que personne n’aurait compris. Il avait gardé des liens étroits avec sa famille  restée au pays ou installée aux environs de Versailles : tous les ans il partait faire son pèlerinage, accompagné sur la fin par un de ses fils. Une année, alors qu’il voyageait en train, il avait voulu à tout prix rapporter une relique de son passé que les possesseurs menaçaient de jeter:l’horloge familiale, une comtoise à la caisse déglinguée et privée de son mécanisme. Je ne l’ai jamais entendu que s’exprimer dans le français académique appris à l’école et bien sûr dépourvu de cet accent du Nord que Dany Boon et le capitaine Marleau réussissent à rendre presque aussi acceptable que l’accent de Marseille.

   - Mais, oncle DAUC,  comment put-il se faire qu’un breton épousât une artésienne ?

   - Pas par l’opération du Saint-Esprit, mes neveux, à moins de transformer la colombe qui le symbolise en faucon car ce fut  la Guerre 14 qui réalisa cette alliance improbable.

      François Louis JÉGOUIC classe 1908, avait fait son service militaire dans  l’artillerie à Versailles. Orphelin de père, mal aimé comme ses quatre autres frères et sa sœur par une mère qui leur préférait  son dernier-né, le fruit de son remariage, il avait  quitté  au plus vite les lieux de son enfance: Gouarec, Laniscat, Plouguernevel où ses parents vivotaient sur une petite ferme en location tout en tenant à l’occasion un cabaret. Au moment de son service, il  résidait  déjà à Versailles. En 1912 il donne pour adresse le 5 rue Colbert : c’est là que se dresse toujours l’Hôtel de France dont il parlait souvent: il s’y occupait des écuries et des attelages.  Comme le reste de l’immigration intérieure bretonne, plusieurs de ses frères s’installeront également dans l’Ouest parisien : Porchefontaine, Asnières, Houdan. Le livret militaire qu’il a traîné précieusement partout le dit doté d’une solide instruction élémentaire (son écriture ferme l’atteste),  « très bon nageur » (il a appris à Gouarec dans le Blavet qui se confond là avec le canal de Nantes à Brest). Non dénué d’ambition,  aimant les chevaux, il suit le peloton de sous-officiers,  se spécialise en hippologie et devient brigadier dans un régiment d’artillerie lourde. Il doit avoir en charge les équipages.  Le début de la guerre le trouve dans le Sud de l’Artois à l’arrière des combats, à Bavincourt. Un village épargné par l’occupation allemande et les bombardements  mais chamboulé par les cantonnements de troupes françaises puis anglaises : le front et les tranchées sont  à dix ou vingt kilomètres,  au nord à Vimy, à Arras évacué de ses civils, dans tous les villages à l’est occupés ou réduits en miettes et au Sud où se déroulera la bataille de la Somme.  Une poche de tranquillité relative dont la jeune institutrice du village, Marthe Vaillant  restée« Mam’zelle »  pour tous ceux qui l’ont connue –moi entre autres comme amie de mes parents - a laissé une description récemment redécouverte par l'équipe d'histoire locale à l’occasion des commémorations.

Elle note fin 1914 : Les régiments se succèdent à Bavincourt : chasseurs, dragons, hussards, artilleurs, fantassins, nous les verrons tous. Pour certains d'entre eux, c'est le repos et pendant ces heures de calme, il n'est pas de meilleure diversion que la lecture, aussi la bibliothèque des écoles est souvent mise à contribution. Officiers supérieurs, sous- officiers, soldats tous sont heureux de trouver des livres intéressants, les prêts sont nombreux.

    Avril 1915: La circulation est très intense dans le pays, aussi en récréation les conversations ont pour objet les scènes vues en cours de route. Aujourd'hui ce sont de petits canons, des convois d'artillerie ; un autre jour, ce sont d'énormes tracteurs conduisant les pièces de marine. Une autre fois, ce sont les convois de blessés, les voitures d'ambulance.[ …] Les jours de congé, [les enfants] aiment à se mêler aux soldats, à partager leur vie. Ceux-ci leur font d'ailleurs bon accueil. Ils leur rappellent !es chers petits dont ils sont privés depuis si longtemps. Et puis, il y a tant à voir dans  le pays: baraquements où logent les troupes d'infanterie, dépôts de munitions, réparations de canons, service de ravitaillement, fabrique de grenades, scierie mécanique... etc, toutes les prairies sont occupées.

   Septembre 1915 Le village est occupé par un parc d'artillerie. Tous les jours, des convois vont ravitailler en munitions les canons qui sont en batterie.

C’est dans ces va-et-vient continuels de convois d’artillerie qu’il faut imaginer notre François Jégouic  « du 7è régiment d’artillerie lourde 5è batterie » : son cantonnement à l’arrière n’est pas une sinécure même s’il n’est pas directement impliqué dans les combats

               En 1916 les troupes françaises seront remplacées par les tommies. Ils réussissent  à tenir les Allemands à distance mais les bombardements  autour du village ne cesseront pas. L'artilleur Jégouic du 7è régiment d'artillerie lourde est cantonné là au début de la guerre

        Pendant ce temps…dans sa maison en bas du village, « Grand-mère » Mélina LECLERCQ (mon arrière-grand-mère  maternelle en fait) tient buvette : café, bistouille, vin.  Son mari Lucien qui a fait le Tonkin veille à freiner sa propension à tremper  le vin du soldat; sa fille Lucienne 18 ans joue les Madelon – c’est ainsi que la surnommait en douce son beau-fils Louis DEAUCOURT, mon père.

        Une idylle naquit donc entre le breton de Versailles et la fille unique de ce couple de tout petits fermiers . Selon parrain Lulu, jamais avare dans ses vieux jours  de vacheries sur son père, dans un village voisin il avait une autre bonne amie qui lui reprisait son linge…  Il n’empêche, ils se fiancent mais  devenu entre-temps maréchal des logis en 1916,  François Jégouic  doit partir à Toulpuse d'abord puis pour le front d’Orient  -les Dardanelles en février 1917.  Sept mois et demi plus tard, ayant contracté une dysenterie chronique du côté du Vardar ou de Salonique, après 20 jours de traversée sur un navire hôpital, il i il arrive à Toulon en septembre 1917. Il profite de son congé de convalescence pour se marier  avec Lucienne le 24 novembre 1917. Il repart – j’ignore pour quelle destination, du côté de St Dié peut-être  où il est hospitalisé  pour une double pneumonie. Après une permission d’un mois en décembre 1918, il repart aux armées(destination inconnue).Il n’est démobilisé qu’en juillet 1919 La séparation fut l’occasion d’un long échange de cartes postales que ma sœur Jacqueline et moi nous avons gardées – du moins celles qu’il a écrites. Mais où peuvent bien être passées les cartes de Lucienne? C’est un détail: l’essentiel ce fut la naissance de ma mère Françoise  le 30 juillet 1918: je suis en avance d’un mois pile pour fêter ce centenaire et honorer ainsi la mémoire  de Françoise Hélyonne. C’est  la surdité du secrétaire de mairie qui lui a valu pour second prénom un Hélyonne  saugrenu au lieu d’un Yvonne attendu en hommage à tous les Yves de sa famille, entre autres un frère et son père.

 

 

 

 

 

    

Pour honorer vraiment ce quart breton de mes gènes je  me suis inspiré  de l’idée suggérée par Sophie Boudarel, une généalogiste pleine d’inventivité, initiatrice de ce ChallengeAZ que certains connaissent peut-être. Elle proposait dernièrement de s’en remettre au hasard quand on ne sait par quel bout reprendre ses recherches généalogiques: le sort se charge de désigner un nombre, qui sera le N° de SOSA (je donne plus bas  de quoi comprendre ce sigle) d’un ancêtre sur lequel on va se concentrer. J’utilise ici une variante: ayant commencé cet article le 27 juin, dans les ascendants du grand-père François, je vais  donc chercher les 27 et 6. Le 27 correspond à Anne BOSCHER et le 6, plus proche de nous est son petit-fils Étienne Marie JÉGOUIC. Les deux sont du côté maternel de grand-père mais ces Jégouic-ci n’ont aucun rapport avec ses propres parents  (jusqu’à plus ample informé). Ils sont apparus dans la famille par le mariage  de Jeanne Françoise Le Reste (fille d’Anne Boscher et Pierre Le Reste) avec un Jégouic,  Yves Joseph -lui  aussi de Laniscat. À Bavincourt, village de 300 habitants existent de la même manière des LEBAS ou des LECLERCQ sans aucun lien avec mes ancêtres.  Ici cette homonymie se révèle particulièrement fâcheuse et décourageante: elle brouille les recherches dès qu’on remonte au-delà de l’Ancien Régime. En effet les registres paroissiaux  sont peu explicites. Les recteurs bretons qui les tiennent font preuve d’une incurie remarquable :   par refus de la paperasse ou par sourde résistance à tout ce qui vient du pouvoir central,   très souvent ils n’indiquent ni père ni  mère -encore moins la profession, ou toute caractéristique qui permettrait de lever les équivoques. En somme, si on remonte depuis grand-père François,  le N°6 Étienne Marie Jégouic est son grand-père maternel et le N° 27, Anne Boscher,  est son arrière-arrière- grand-mère maternelle.

              On ne gagne pas à tous les coups: cette numérologie d’un nouveau genre  me met face à un constat piteux, à un résultat décevant. Positivons: j’avais laissé complétement en plan cette branche. Et maintenant que mon attention a été attirée dessus, j’ai épinglé quelques nouveaux ancêtres, j'ai complété des informations. Mais à la paresseuse: en  recopiant le travail d’autrui. Je vois mal comment aller plus loin, même en retournant aux registres paroissiaux. Je reste sur ma faim, ayant finalement seulement appris que Le Reste signifie le bouleau. N'est pas Alain Corbin qui veut. Restituer autant que faire se peut la vie, le monde, la vision ds choses d'un parfait anonyme, homme de peu  pris au hasard dans les registres de l'Orne, c'est un pari audacieux, une confiance dans sa propre capacité à faire parler les archives les plus arides ou les plus inattendues.  Avec ce fameux "Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot", il  a pourtant tracé une voie dans laquelle les humbles, les besogneux  généalogistes se précipitent dès lors qu'ils se soucient de donner quelque épaisseur à toutes ces fiches détat civil  qu'ils accumulent sur les "sans nom " - et certainement "sans dent" - d'autrefois ., Même en s’inspirant de la démarche d’Alain Corbin  il va être difficile de nourrir la biographie de ces ancêtres et de ne pas se contenter de les réduire à  une pauvre fiche d’état-civil, dont l’existence pourtant est déjà une victoire, au prix d’un travail ingrat et fastidieux.

    Alors, un peu de détente pour finir et de dérision grâce à ces vieilles cartes postales qui sans vergogne ont créé , popularisé, diffusé les clichés (dans tous les sens du terme) de la Bretagne pittoresque. On voulait éviter Bécassine et on termine sur deux curiosités, cette place de Laniscat  bizarrement occupée par  ce que j’interprète comme  une partie de saute-mouton, comme si c'était une coutume des autochtones et ce vieillard en habit traditionnel:  "dernier" certes pour la vêture mais heureusement la descendance est assurée grâce à sa fille et sa petite fille qui l'encadrent! Nos colonies seront de la même manière la source de séries à succès : « le Maroc pittoresque », « scènes et types » d’Algérie ou d’Indochine…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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-       Bavincourt dans la  guerre

http://mairie.bavincourt.fr/wp-content/uploads/2014/07/guerre-14-18-r%C3%A9cit-de-Marthe-VAILLANT.pdf

 

court récit par l’institutrice qui venait d’être nommé en mai 1914

Chanson  « Quand Madelon »

 Madelonhttp://www.paroles.cc/chanson,la-madelon,196205

https://www.la-croix.com/Culture/Musique/Quand-Madelon-2014-08-11-1190583

L’article explique clairement les raisons du succès de la chanson auprès des poilus. On ne saurait évidemment demander à "La Croix" d'évoquer la version paillarde que je viens de découvrir sur la Toile. 

-       Généalogie

https://www.geneanet.org/nom-de-famille/JEGOUIC

https://gw.geneanet.org/vjung?lang=fr&p=jeanne+francoise&n=le+reste

https://www.geneanet.org/nom-de-famille/LE%20RESTEhttp:/https:

//fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Corbin#Notes_et_r%C3%A9f%C3%A9rences

  • Le Monde retrouvé de Louis-François Pinagot. Sur les traces d’un inconnu (1798-1876), Flammarion, coll. « Champs » (ISSN 0151-8089) no 504, Paris, 1998, 336 p. (ISBN 978-2-08-080036-7)

-       Vie du soldat en 14-18

www.imagesde14-18.eu/wp_xilopix_js/?filters[categories]=Vie%20des%20soldats#/wp_xilopix_js/

Recueil de photos rares

-       Canal de Nantes à Brest et Blavet

     https://fr.wikipedia.org/wiki/Blavet_(Bretagne)#%C3%89tiage_ou_basses_eaux

https://www.qwant.com/?client=ext-firefox-sb&q=canal+de+nantes+%C3%A0+brest&webext=4.2.6

 

 

 

les lilas de Romy

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les lilas de Romy

             

        

lil manet

  By Jove comme dit Mortimer, ce blog serait-il en train de devenir bimensuel ? Je ne pouvais laisser passer le joli mois de mai sans évoquer les lilas,  le lilas blanc surtout, ma fleur préférée. Dans le Haut-Berry, ils ont tardé mais ce fut ensuite partout au fil des jours un festival  de nuances et de parfums. En Artois, pour le jardin de la maison qu’il avait fait bâtir, papa avait choisi deux lilas, un blanc, et un violet pâle. Chaque année je demandais toujours de leurs nouvelles, impatient de savoir quand ils allaient s'épanouir. Plus d’un demi-siècle après, le violet est toujours là; le blanc est mort  mais il avait drageonné et se survit donc. J’en ai transplanté une repousse dans ma campagne, qu’il a fallu  arroser copieusement durant trois été pour qu’elle s’acclimate et s’installe dans une terre très lourde,  cette argile rouge à fabriquer les pots en gré dont La Borne s’était fait une spécialité.

            Toutes les nuances lilas sont intéressantes, du plus profond pourpre comme ce « Charles Joly » que je me suis offert l’an dernier jusqu’au délavé toujours  un peu phtisique dans son demi-deuil distingué. Et ce parfum si délicat et enivrant qui embaume l’air au moindre souffle de zéphyr printanier! Pourquoi, cependant,  comme tant d’autres,  ai-je une préférence pour le lilas blanc? Peut-être parce que ses hampes volumineuses  illuminent la verdure de leur pureté immarcescible et captent le moindre éclat de lumière comme dans le petit tableau de Manet. Mais les pluies  font rouiller immanquablement ses fleurs doubles ou triples. Délicatesse et fragilité. De quoi 

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inspirer à Théodore Botrel le surnom de Lilas Blanc pour la pauvre héroïne d’une chanson mélodramatique que Mayol crée en 1904 (on a conservé de lui une version de 1941 enregistrée quelques mois avant sa mort).  Berthe Silva inscrit évidemment à son répertoire ce miracle du lilas blanc, avec autant de succès que « les roses blanches » et une capacité redoutable à tirer les larmes  aux plus endurci-e-s.  Les chanteurs de rue avec leurs « petits formats » propagent la chanson à la mode jusque dans le moindre village. L’école publique elle-même s’inscrit dans le sillon des media de l’époque: Gabet imagine en un habile mixage

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des roses blanches et de lilas blanc un scénario de rédaction propre à éduquer à la charité et à la sensibilité (Gabet et Gillard  Vocabulaire  Cours supérieur Hachette p.233).

      Symbole de pureté, le lilas blanc?  Dans le langage des fleurs, il en va tout autrement : « Aimons-nous » ordonne-t-il sans fard

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. De son côté  la Boule-de-neige  (je l’adore aussi; elle était le seul ornement de la petite maison -un simple baraquement en fait- de mon arrière-grand-mère)  ose clamer impudemment « je suis fier de vous aimer ».  Carpe diem cynique et machiste si on écoute bien ses paroles, la chanson Quand refleuriront les  lilas blancs  exprime un  vibrant  appel à la jouissance sans lendemain, aux amours esquissées dans les guinguettes - et la jeune ouvrière  s’en revient le dimanche soir en tortillard à Paris, les bras chargés de branches fleuries cueillies par-dessus les murs des jardins de banlieue, la tête envoûtée de leur parfum et de souvenirs sensuels, même si dans un  reste de lucidité elle  est obligée de constater avec quelle rapidité les grappes odorantes commencent déjà à se faner comme un signe avant-coureur du devenir de  ses amours d’un jour. Pas de nostalgie ni de regret cependant: l’an prochain reviendra la saison des lilas et des amours d’un jour chante avec entrain Paul Gesky.

       À s’en tenir toutefois au premier vers – le seul que je connaissais jusqu’ici-,   comment ne pas imaginer l’utilisation du temps du futur comme un écho de la souffrance et de la nostalgie qu’exprimait le Temps des Cerises  ou sur un autre registre, les douloureux accents en mode mineur  qu’ Ernest Chausson a su trouver dans son poème de l’Amour et de la Mer pour mettre en musique les paroles si simples par lesquelles Maurice Bouchor évoque un amour irrémédiablement perdu : « Le temps des lilas et le temps des roses ne reviendra plus »

 

           J’aimerais ici avoir l’érudition volubile et zozotante de Jean-Christophe Averty. Pour l’érudition au moins, les sites mentionnés  à la fin de mon blog peuvent rivaliser avec notre défunt  « cinglé du music-hall »

    J’ai laissé de côté bien d’autres chansons qui ont pour thème les lilas,  symbole de l’attrait et de la fragilité des amours printanières, -comme la rose  à laquelle ils sont souvent associés. Dans   Vive la rose et le lilas j’adore l’allégresse avec laquelle  l’amante délaissée imagine la mort de sa rivale : On dit qu’elle est malade / O gué vive la rose / Peut-être qu’elle en mourra / Vive la rose et le lilas

 « Dans le jardin d’mon père les lilas sont fleuris »  Ravalée désormais au rang de chanson enfantine « Auprès de ma blonde »  n’a rien d’intemporel. C’était à l’origine une chanson militaire très en vogue au XVIIIe siècle. Elle avait pour titre premier « le prisonnier de Hollande ». Lilas dit la version édulcorée, quand la version  originelle évoque des lauriers, promesses de gloire militaire. Et c’est un prisonnier français, lieutenant de la marine royale  retenu deux ans en Hollande qui en est l’auteur au XVIIe.

      Quant aux lilas blancs, trois chansons au moins les utilisent.  La malheureuse Lilas Blanc héroïne du mélo de Botrel est déjà  connue de nos services. L’avait précédée une romance de 1890  « Quand les lilas refleuriront » (paroles d’Auriol) interprétée à l’ancienne sur rouleau par un Émile Mercadier  fringant du toupet et de la moustache.  J’aime les capuchons de laine , le vert et le rouge du premier couplet et  au dernier couplet, comme dans toute chanson d’amour le thème récurrent des baisers mensongers.

             Quarante  ans après, les mentalités ont évolué,  et les années trente assument  cynisme et liberté de mœurs comme en témoigne  un titre presque semblable: « quand refleuriront les lilas blancs ». Cette précision de la couleur change tout: elle donne à voir et singularise l’arbuste;  elle joue en outre sur le contraste entre  le symbole affiché  de pureté et la légèreté des unes, la désinvolture des autres. J’ajouterai (le prof de français reprend du service) que le premier vers de la chanson, fermement encadré par les nasales de quand et blancs tricote  une modulation des voyelles autour des liquides R et L: quand refleuriront les lIlas blancs. L’inversion du  verbe jeté en premier donne une note plus poétique que l’ordre habituel ( sujet –verbe) et dilue la rudesse des R qu’Auriol dans sa romance met  systématiquement à la rime. Que voilà mine de rien de la belle ouvrage Bref je préfère. Et ce n’est pas pour rien que la chanson a connu un tel succès.

              «Et de qui la mise en onde? »  -pour parodier le générique de signé FURAX. Pierre Arnaud de Chassy-Poulet?  (c'était son véritabl nom!) Que nenni bien sûr. La paternité est multiple. Et voici (foin de modestie) une  des belles histoires de l’oncle DAUC  en mode « poupées russes ». Les paroliers   de ce « fox-trott chanté » se sont mis à trois, d’une identité  flottante, au gré des « petits formats » ( des éditions Salabert entre autres) et des sites du Web: Léo Lelièvre fils,  Henri Varna (ou Varha parfois), F. Rouvray  (celui-ci rarement cité). Une « version nouvelle » chantée par Lucienne Delyle  et Renée Lebas mentionne  Eddy Marnay,  un parolier à succès actif après 1945.  Un usurpateur donc  -à moins qu’il n’ait imaginé d’autres paroles (j’en doute – mais je n’ai pu l’écouter). Musique: Franz DOELLE. Lui ne varie pas.  Première poupée. Elle en cache une autre en sein: un des petits formats donne aussi pour ce « tube »  de 1929 un titre  allemand « Wenne der weisse Flieder wieder Blüht ». C’est donc l’adaptation, fait rare, d’un original allemand et non américain. Un témoignage parmi d’autres  du rayonnement culturel européen de la République de Weimar. Adaptation réussie : la musique semble faite pour ces paroles françaises qu'elle met parfaitement en valeur. Troisième poupée: cette chanson  est  tirée   (merci Internet) d’un film du même titre, sorti à Berlin en 1930. Un des premiers films parlants et peut-être d’abord  une revue musicale: musique Franz Doelle, scénario et dialogues de Fritz Rotter qui a adapté un de ses romans et écrit les paroles de la chanson.  Le héros après une vie de patachon finit par connaître le succès en chantant Wenne der weisse Flieder.... Une mise en abyme en somme.

       De cette antiquité je n'ai réussi à recueillir que la photo de la vedette accompagnée d'une fiche technique.  Difficile de trouver plus de renseignements car  ce film ou cette revue filmée ont été complètement éclipsés par un remake de 1953: même titre, même volonté d’ optimisme dans un autre après-guerre encore plus éprouvant. Réalisateur : Hans Deppe. Titre Lilas Blancs. Titre original Wenne der weisse Flieder wieder blüht. Scénario d’après Fritz Rotter. Musique: Franz Doelle fidèle au poste à 70 ans : né en Wespthalie en 1883, décédé en Westphalie en 1965, il a écrit la musique d’une dizaine de films musicaux, dont ces deux versions de Lilas blancs à 25 ans d’intervalle. Contrairement à nombre d’artistes allemands ou autrichiens, il ne s'est pas exilé. Il aura connu tous les avatars de l’Allemagne moderne,  de  Bismarck à Adeanuer.

        La vedette du film devait être en théorie Magda Schneider mais les projecteurs se déplaceront bientôt sur Romy Schneider, sa fille de 15 ans  qu'elle a su imposer et dont c’est le premier rôle. La comparaison entre trois affiches (malheureusement non datées) est éloquente jusqu'à la caricature. Une des  premières affiches ignore parfaitement la star en herbe: au centre du montage,  le couple vedette (bien peu glamour) dans un noir et blanc tristounet rehaussé de bleu. La toute récente République Fédérale est pauvre; sous la houlette du Dr Erhard elle se serre la ceinture pour redresser son économie. Les intrigues maternelles réussissent trop bien: la carrière de Romy s'envole, éclipsant celle de Magda: dans une affiche belge bilingue ses joues rebondies encore enfantines, son regard  en coulisse dirigé vers le spectateur accaparent l'attention mais elle n'apparaît pas  au générique. Papa et maman l'encadrent solidement; le visage de Magda, son sourire éclatant prennent la place principale. Parenthèse: c'est l'occasion d'apprendre qu'en néerlendais lilas se dit Serynga, du nom botanique. Mais alors comment nommer les seringas?  En Espagne, le distributeur mise tout sur le  nom de Romy qui entoure comme d'une auréole sa bouille charmeuse: le succès des Sissi a fait son oeuvre.  Ses partenaires, même sa mère (visage à peine ressemblant)  n’ont droit qu’aux rôles d’adorateurs  de la diva naissante. A star was born Comment peut-on imaginer que cette incarnation d’une jeunesse heureuse et malicieuse se métamorphoserait en une vedette complexe et tragique?  Les sourires de Lilas blancs cachaient les manœuvres d’une mère calculatrice soucieuse de relancer sa carrière. En s’appuyant sur l’image innocente et positive de sa fille  que les divers SissI exploiteront, elle a cherché  à  faire  oublier à ses compatriotes ses propres compromissions  comme celles de tout un peuple.  Jusqu'à ce que Romy Schneider  refuse d’accepter plus longtemps l’artifice de son personnage cinématographique. Il se dit que son rejet d’une mère étroitement liée à la nomenklatura nazi et son propre sentiment de culpabilité  ont joué dans son désir d'adopter la nationalité française  et de choisir  des prénoms juifs pour ses deux enfants David et Sarah.

 

 p  o  u  r  l  e  s  c  u  r  i  e  u  x

  -  Auprès de ma blonde  XVIIè

https://fr.wikipedia.org/wiki/Aupr%C3%A8s_de_ma_blonde  

 -Pour approfondir : on trouve de tout sur Internet comme autrefois à « la Samaritaine »: le site Auprès de ma blonde  redirige vers un site paronyme au pré de ma blonde,  la blonde en question étant… une bière.Suit une liste qui se veut exhaustive des centaines de bières brassées en France. Je note qu’à Lisieux, afin de contrebalancer sans doute l’influence « délétère » de la petite sainte Thérèse,  un solide anticléricalisme a probablement inspiré  les bières Kékette et leur capsule. L’esprit souffle où et comme il peut dans nos régions

           - Le temps des cerises  (paroles J-B Clément 1866 musique Ant. Renard 1868)

https://www.youtube.com/watch?v=fFI7ICbHUYQ  (Réda Caire 1931)

   Quand les lilas refleuriront 1890   (G. Auriol, D. Dihau) (interprété par Emile Mercadier 1908)

http://www.dutempsdescerisesauxfeuillesmortes.net/paroles/quand_les_lilas_refleuriront.htm 

-       Lilas blancs   1904 Théodore Botrel

http://www.dutempsdescerisesauxfeuillesmortes.net/paroles/lilas_blanc.htm   /

https://www.youtube.com/watch?v=uWdeJDbjt7s   (Berthe Silva)

http://www.dutempsdescerisesauxfeuillesmortes.net/fiches_bio/mayol/mayol_interview.htm  ( Mayol a cappella en 1941 six mois avant sa mort)

 -       Quand refleuriront les lilas blancs  (1929) (musique Franz Doelle paroles françaises de Lelièvre fils, Varna, Rouvray)

http://gauterdo.com/ref/qq/quand.refleuriront.html 

https://www.youtube.com/watch?v=ie0gEJX030c   (Paul Gesky  déploie  une énergie revigorante de dragueur du dimanche)    sur le même site

https://www.youtube.com/watch?v=NJ7biFGsdTU version originale Gramophon 1929

https://www.youtube.com/watch?v=NJ7biFGsdTU  version   originale Gramophon de  1929

https://www.youtube.com/watch?v=Axup79QgIyU   1995 Max Raabe :  pastiche des années trente

 

https://www.youtube.com/watch?v=1lH53anmY4M  ( Henri Crolla swingue à la guitare)

 https://www.dailymotion.com/video/xvube      ( film allemand en V.O. de 1953) https://www.notrecinema.com/communaute/v1_detail_film.php3?lefilm=28664   (tout savoir sur ce film)

 

 -       Le poème de l’Amour et de la Mer  (musique E. Chausson paroles M. Bouchor)

https://www.youtube.com/watch?v=3kFjepFI4-E (Gérard Souzay) https://www.youtube.com/watch?v=crqunhJjekw (Germaine Corney 1931)

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le mois de MAI

                                                                                      MAI 2018

mois de marie

                                                                    C'est le mois de Marie, c'est le mois le plus beau*

frontis partiel

En panne d’imagination ? Jouons encore à l’almanach, si rassurant avec ses certitudes inscrites dans le cycle immuable des saisons. Celui que j'utilise (en fait un manuel de leçons de choses) a beau dater de 120 ans, les paragraphes 3 et 4 énumèrent des faits assez peu contestables - encore que... Mais ce mois-ci on se lâche:  exaltation, euphoriesont  de mise ce mois-ci. Cuissart et Cavayé,  auteurs  si austères d’ordinaire,  entrent en transe comme des gnawas de la place Djemaa el Fna  en fin d'après-midi quand la chaleur devient supportable. Leurs phrases tourbillonnent au rythme de l’accumulation lyrique pour décrire l’abondance répandue sur la nature et le jardin. Comme hors d’eux-mêmes, ils montent aux cieux  avec l’alouette, un oiseau mythique pour la plupart d’entre nous. Je me souviens pourtant (on dirait  l'oncle Paul des vieux numéros de Tintin)  en avoir vu une  dans mon enfance s’élever droit dans le ciel : tous les moissonneurs avaient interrompu leur besogne pour suivre des yeux son ascension vertigineuse et son « chant d’allégresse ». Alléluia. Dans leur délire prophétique, nos compères imaginent un laboureur qui « prend ses vacances » comme si 36 et les congés payés se profilaient déjà à l’horizon et s'appliquaient illico au monde agricole. Il en faudra pourtant des manifestations et des morts pour en arriver là.

Et pas plus tard qu’un an après la première édition du livre , au 1er Mai 1891, à Fourmies   (http://www.genealexis.fr/cartes-postales/fourmies.php) : dix morts dont   huit de moins de 21 ans, tirés à bout portant comme des lapins. Parmi eux, l’ouvrière Marie Blondeau, 18 ans :

 

vêtue de blanc elle tenait dans ses bras une gerbe d’aubépine.

fourmies

Ce sont des guirlandes d'aubépines qui entourent le trio des revendications ouvrières sur la couverture que  Granjouan imagine pour L’Assiette au Beurre. Trois figures féminines s’avancent en tête d’un cortège en arrière-plan hérissé de faux et de piques.  Leur nudité allégorique (entre Delacroix et le futur art socialiste) commémore  le martyre de Marie Blondeau, devenue le symbole des victimes innocentes de la répression.

 

     Par la suite,  les manifestants du 1er Mai arboraient à la boutonnière le triangle rouge des revendications ou une églantine rouge. Barrès** dans ses Cahiers qualifie les socialistes et les communistes d’églantinards, un néologisme suffisamment cacophonique  pour disqualifier ceux qui osent s’approprier une fleur charmante au nom si harmonieux. La police était chargée de les repérer.  Émotion lorsqu’ aux archives de la Police je tombe sur une de ces minuscules fleurs de tissu. Elle sommeillait, un peu fripée,   dans les plis d’un tract revendicatif,  scrupuleusement recueillie et cachée comme entre les pages d’un herbier.

       Églantine? Muguet?**

carte 1er mai

Les clochettes ont gagné, pourtant bien toxiques. La tradition anesthésiante (revisitée par Vichy)  du muguet porte-bonheur s’est mêlée, voire superposée dans un sourire mièvre et des dentelles fin de siècle à la fleur révolutionnaire symbole des combats pour un avenir meilleur .

    Est-ce vraiment un hasard si le grand chambardement de 1968 a eu lieu en Mai? Avec ses violences, ses répressions, ses joies, ses espoirs insensés, cette révolution qui ne voulait pas prendre le pouvoir fut pour beaucoup une grande fête du printemps (car le soleil de la journée donnait aux nuits une douceur insensée) où l’on pouvait tout remettre en cause, au moins  le temps d’une AG houleuse et enfumée- à condition de se tenir à l’écart du théâtre des opérations au Quartier Latin. Deux mois après encore, quand les trottoirs du boulevard Saint Michel dépourvus de leurs

mai 68

 magnifiques platanes n’offraient plus qu’un bitume tout neuf, l’esprit de ces journées flottait encore aux terrasses des cafés et des restaurants. On se parlait de table à table entre inconnus; on refaisait le monde; on abordait  les grandes questions  de l’existence, du bonheur, du sens de la vie, de la place de l’argent… Et quoi qu’en veuillent (faire)croire certains, 79% des français ont une image positive de Mai 68 selon un sondage «digne de foi ». Aussi positive probablement que celle qu’ils retiennent désormais de  leur président Chirac, surtout lorsqu’il se livrait au  tranquille rituel folklorique et républicain du 1er mai:

bernadette

halles muguet 1957

muguet fort des h 1967

il offre à la personne de ses pensées ( la première dame évidemment) un brin de muguet qu’il choisit soigneusement dans l’énorme gerbe offerte au Château par les Halles (de Rungis). Beau cliché de notre monarchie bourgeoise en mode Louis-Philippe, si habile à sauvegarder les apparences, à respecter la tradition même quand les Forts des Halles ont disparu  depuis le transfert du marché à Rungis. Car le rite  a su faire de la résistance. Il  a survécu à la chute de la IVe République un jour de mai 1958, le 13, juste un an après la cérémonie présidée par un René Coty bonhomme, qui, mine de rien, ne s'est pas contenté  d'inaugurer les chrysanthèmes ou les corbeilles de muguets  puisque c'est lui qui a rappelé le Général aux affaires. Dix ans passent. En 1967 mon Fort des halles psychédélique sait  son vaste chapeau  en sursis, tandis qu’il écoute Charles de Gaulle annoncer le transfert des Halles à Rungis. Mais le président qui lui annonce cette fin programmée de la tradition est à cent lieues d'imaginer  que l’année suivante il aura lui-même  bien du mal à comprendre et à maîtriser la Chienlit de MAI.

            En Mai fais ce qu’il te plaît.

    Le dicton  est bien connu. Un slogan efficace: comment ne pas écouter cet appel à la liberté souligné par une belle assonance? Décidément ce mois n’a pas  laissé indifférents nos aïeux. Il a nourri leur imaginaire  bien plus que les autres.  Avant de commencer ce nouveau blog,   je n’avais aucune idée de la richesse du folklore, des traditions  et  même des événements attachés au cinquième mois de l’année. À soudain y réfléchir d’ailleurs,  l’étymologie  de ce mot de trois lettres reste bien floue: « le mois de MAIA, divinité italique fille de Faunus et femme de Vulcain » répète-t-on de site en site; on précise parfois que cette nymphe obscure, liée à la fécondité,  a été assimilée à une Maïa grecque  future mère d'Hermès (le Mercure latin) qui attendait son heure (la venue de l’irrésistible Zeus) au fond d’une caverne. Je ne suis guère convaincu: d’où sort-elle?, et à quel titre choisir une quasi-inconnue pour patronne? *** Qu’importe! Il est bon que mai, le joli mai garde le mystère de ses origines.

     Une autre surprise m'attendait grâce à  ma « méthode », qui est de partir le nez au vent. A l’origine, je n’avais donc nulle intention de plonger dans la  symbolique de Mai.  Le Web m’a guidé  - une fois de plus. Je ne suis pas trop mécontent du détour. J’avais pour vague idée de dégotter  dans ma base généalogique quelque mariage ou couple un peu insolite ou intéressant. Le résultat pour le moment ne me paraît pas d’un intérêt certain. Cependant en fouillant dans les résultats de ma requête « Mai »  je me suis aperçu que le folklore qui lui est attaché veut transmettre  sur le mariage des mises en garde  en réalité assez contradictoires pour que

unions selon les mois tableau

carte 1er mai

chacun(e) sache y trouver de quoi justifier sa conduite et ses choix. Mai ressasse-ton est le mois des accordailles: le jeune homme accroche une guirlande, ou plante un mai devant la porte de la jeune fille de ses pensées. Promesses oui, déclaration  quasi officielle soit mais stop, rien de plus. Car  en même temps une superstition veut que les mariages conclus en Mai soient ratés : misère, infortunes conjugales, enfants tarés. Au contraire, attendre Juin, c’est mettre toutes les chances de son côté.

          Je ne vais pas jouer au démographe. Je me contente d’un constat à partir de mes données. Elles portent  sur 1691 unions datées avec précision et réparties  entre l’Artois (qui prédomine), la Bretagne et  le Morvan. Un échantillon assez large je crois, essentiellement rural. Qu'en ressort-il? Le  conseil de se marier en juin a fait un flop. Novembre est le mois préféré, sans doute parce que les travaux des champs marquent une pause.  Récoltes  faites,  on peut aviser en sachant sur quoi compter: les fermages sont payés, les baux sont reconduits depuis la Saint-Michel ( 29 septembre); la deuxième vague de contrats de louage a lieu à la Saint-Martin le 11 novembre. Février vient en deuxième place, au cœur de l’hiver, que viennent égayer les festivités de la noce.

sacre reconstit de 1991-005

En troisième position voici MAI : pour convoler, les amoureux  sont restés sourds à des superstitions qui remonteraient à l’Antiquité nous dit-on.  En Mai fais ce qu’il te plaît : le dicton   a été entendu au-delà de conseils de vêture, comme un appel à s’amuser, à jouir de la vie, à se mettre en harmonie avec une nature qui explose de promesses et invite au renouveau, sans aller jusqu'à la frénésie et la cruauté des rituels païens du Sacre du printemps **** justement  créé en mai, le 29 mai 1913 au théâtre des Champs- Élysées.

_____________________________________

*https://www.youtube.com/watch?v=DI5fi5hHEIU   On peut sur ce site écouter la musique du  fameux cantique dû au père Louis Lambillotte (1797-1855). La notice concernant cet honorable  jésuite  belge  ne fait aucune mention de cette œuvre si populaire, commente avec dédain sa production (abondante mais médiocre) de cantiques et ne retient que son travail de chercheur : il a redécouvert  et publié un fac-simile du plus vieil antiphonaire connu (VIIIe/IXe siècle), un recueil de chants grégoriens bien caché à l’Abbaye de Saint-Gall.

**  Les grands esprits se rencontrent: l'académicienne Danièle Sallenave vient justement de publier un ouvrage L'égantine et le muguet chez Gallimard ( voir le Monde du mercredi 27 avril)

***Barrès Cahiers T.11 (1917-18)

**** http://forum.arbre-celtique.com/viewtopic.php?t=4858. Ce site reprend  un peu toutes les interprétations et s’appuie sur certains documents

  *****      https://www.francemusique.fr/musique-classique/tout-ce-que-vous-avez-toujours-voulu-savoir-sur-le-sacre-du-printemps-de-stravinsky-34830. Article bien informé.  https://www.youtube.com/watch?v=5UJOaGIhG7A. Plusieurs interprétations prestigieuses.

 

       

 

 

 

 

 

Gai gai marions-nous

gai marions chanson

                                      

          Gai, gai, marions-nous

 

                               C'était un slogan tout trouvé  lors des manifs du  « mariage pour tous ». C’est d’abord  une vieille chanson française. L’illustration est tirée d’une édition de 1921. Le  recueil est préfacé par «Mme Edmond Rostand » un nom sans doute plus « vendeur » aux yeux de l’éditeur  que son pseudonyme de poétesse  Rosemonde Gérard.

       Je me demande si la noce était aussi joyeuse lorsque mes parents  Louis et Françoise s’épousèrent ce lundi de Pâques 1942. Pourtant comme je l’ai dit dans un blog précédent, ils semblaient destinés dès l’enfance à se marier. Leurs sentiments personnels n’étaient pas en question. Ils auraient pu, s’agissant d’eux-mêmes, chanter à tue-tête  la vieille comptine. Mais les circonstances –historiques et familiales- ne pouvaient qu’assombrir leur bonheur.

               

Saulty L'Arbret la gare 1916 2-001

slt arras itinér

Je les ai laissés dans leurs lycées respectifs à Arras. Chaque week-end ils revenaient au village distant de 20 kilomètres en prenant le train à Saulty- l‘ Arbret. Ce tortillard à voie unique menait de Doullens à Arras le long la  route nationale Amiens –Arras (voir Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_de_Doullens_%C3%A0_Arras et toutes ses références). Après la guerre la ligne ne servit plus qu’au transport des betteraves et du blé et la gare reprenait alors vie pour quelques jours par an, le bistrot  en particulier où les fermiers  venaient se réchauffer,  échanger des nouvelles, et boire une bistouille (un café arrosé d’une bonne rasade de  genièvre) en attendant  que leur récolte soit pesée, vérifiée et chargée dans les wagons. Plus tard, la ligne une fois désaffectée, on démonta les rails.  En 2011, entre Saulty et Dainville (à l’entrée d’Arras) le tracé fut transformé sur 17 kilomètres en chemin de randonnée bordé de cerisiers et de buissons de mûres (http://www.pasdecalais.fr/content/download/34129/445199/file/Voie+verte+d%C3%A9partementale+Dainville-Saulty.pdf).

       D’après mon père (une de ses rares confidences),  pendant le week-end Maman, comme beaucoup de pensionnaires, travaillait peu. C’est papa sur le trajet du retour qui lui faisait ses devoirs. Elle était habillée à la dernière mode, était copine avec des externes filles de commerçants. Ses parents étaient loin de rester confinés dans leur village éloigné de la route nationale. Grand-père en ce temps-là était moderne : il avait été un des premiers du village à avoir une auto et un poste de  radio. Tous les samedis, il emmenait  sa femme Lucienne au marché sur la Petite Place où, parmi d’autres fermières elle vendait les produits de la basse-cour, œufs, volailles et beurre (c’était sa source de  revenu en propre). Auparavant, ils avaient livré les Clarisses rue Ste Claire à l’entrée d’Arras et l’orphelinat de Ste Agnès. Ils revenaient avec les commissions dont les uns ou les autres les avaient chargés et – luxe suprême-  ils achetaient  beefsteaks et rôtis chez un boucher de la ville au lieu de se contenter  -comme chez les DEAUCOURT, dixit Papa lui-même- de  l’éternel morceau de lard sorti du saloir ou (pour les jours de fête) d’une volaille attrapée dans la cour ou d’un lapin.  Ce «luxe » portait certainement la marque de grand-mère Lucienne qui avait la réputation d’être dépensière (et généreuse)  alors que grand-père François restait marqué par une enfance  pauvre en Bretagne: avec lui il fallait se restreindre sur tout si on l’avait écouté.

   La suite des relations entre mes parents avant leur mariage n’est faite que de suppositions car Papa a soigneusement effacé toute

Montage urs 18 1925s1

trace matérielle les concernant: pas une lettre, pas une carte postale, même pas son livret militaire -et les dossiers matricules de la classe 38 ne sont pas encore en ligne dans le Pas-de-Calais. 

      Maman a obtenu son Brevet Supérieur.  C’était  à peu  près l’équivalent du baccalauréat moderne, sans latin et avec une seule langue. https://fr.wikipedia.org/wiki/Lyc%C3%A9e_de_jeunes_fillesCe diplôme avait été créé pour servir de couronnement à l’Enseignement primaire supérieure mais il n’ouvrait pas l’accès à l’Université.  La réforme de 1924 qui prévoyait d’aligner le parcours des filles sur celui des garçons avait tardé à se mettre en place. Dans les années trente,  on comptait seulement une candidate fille au baccalauréat pour trois candidats garçons. Maman devint sans que je puisse préciser davantage institutrice remplaçante durant plusieurs années dans les campagnes autour de Bavincourt. Elle travaillait dans la région minière à Avion au début de l’Occupation.

   Pour Papa,  le non-dit et le flou dominent car j’avais scrupule à l’interroger. Je m’en tiens aux choses sûres: latin, grec et la terminale en philosophie.  Un échec en seconde partie,  une inscription à L’École Universelle (j’ai gardé longtemps tous les manuels ainsi que les cours et les livres de terminale prêtés par Guy Taillandier, un de ses camarades).

arras collèg

Mais se greffe là-dessus un conflit avec son père: un fermier qui avait rencontré Papa en ville un jeudi après-midi, où les terminales avaient quartier libre,  rapporte la chose à son père Christian, qui ni une ni deux file à Arras chez le Proviseur, s’emporte outre mesure: il ne paie pas des études à son fils [en fait boursier] pour apprendre qu’il se promène dans les rues d’Arras. Malgré les explications du Proviseur, il ne veut rien entendre,  retire du lycée son fils qui doit préparer  son bac tant bien que mal tout seul. 

    De ce jour les rapports – déjà difficiles je crois- ne firent qu’empirer, avec des hauts et des bas. En 1938, pour Louis né en 1918, c’est le service militaire  à Reims puis à Chartres car Papa a choisi l’Armée de l’Air  dont l’autonomie est toute récente. Pourquoi? Il n’a jamais volé que je sache – tout juste un baptême de l’air sans doute. Peut-être la discipline  dans une arme moderne lui avait-elle paru plus supportable  que dans l’infanterie (je m’aperçois d’ailleurs que moi-même, j’avais choisi la préparation militaire

permission

aérienne). Il avait un uniforme en beau tissu épais, une casquette blanche en été. Il faisait le fier quand il venait chez les Jégouic rendre visite à sa dulcinée. Classe 38, pas de chance: à l’année de conscription est venue s’ajouter la mobilisation générale mais une partie des troupes de l’armée de l’Air – les non-navigants comme Papa- est reprise par l’Armée de terre. En juin 1940, avec des milliers d’autres abandonnés par leurs chefs Louis reflue des frontières belges vers le Sud. Au moins ont-ils échappé à la mort ou au camp de prisonniers. L’Armistice instaure deux zones: occupée et «no-no » (non-occupée). Impossible de revenir dans le Pas-de-Calais, qui fait

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d’ailleurs partie des régions administrées directement par le Reich depuis Bruxelles. Que faire de ces « soldats sans armes », démobilisés mais sans solde? Lui atterrit à Lézignan-Corbières dans une famille de viticulteurs: vendanges, cours aux enfants de la maison. Sœur Anne là-haut  apprend à lire et à compter aux enfants de paysans,  de mineurs, de réfugiés espagnols ou de travailleurs polonais. Elle attend des cartes évasives pré-rédigées: « tout va bien » « suis en bonne santé », « pas besoin d’argent ». Je n’ai trouvé aucune trace du moment où ces démobilisés qui ne se laissent pas séduire par des contrats dans  l’Armée d’Armistice peuvent rejoindre leur foyer en Zone occupée. C’était en tout cas avant novembre 1942, quand l’armée du IIIe Reich franchit la ligne démarcation et met fin à la fiction de la zone libre.

   Bonheur des retrouvailles après d’aussi longues fiançailles et plus de deux ans de séparation. Se monter en ménage en 1942 : le choix est restreint  quand  meubles, literie, articles ménagers commencent à manquer. Pas de robe de mariée non plus : un tailleur prince de galles pour la mariée,  et pour le marié, un complet  du même motif, un peu étriqué. Le pire – ou le plus insolite- n’était pas là.  Grand-mère Lucienne, qui n’aimait rien tant que la zizanie dans les familles, réussit à donner un tour tragi-comique à une cérémonie si attendue. Elle crut bon de boycotter la messe à Bavincourt pour aller dans un village voisin  assister à celle qui célébrait le mariage de parents éloignés. Le motif avancé ? Le mariage ne lui plaisait pas car sa fille n’était pas assez bien pour Louis! Parrain Lulu, le frère de maman affirmait peu avant de décéder  qu’en réalité grand-mère était jalouse et amoureuse de Papa! sdt exagérait-il

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car tous ses propos étaient remplis d’acrimonie contre ses parents. Ce qui est sûr c'est  que grand-mère avait beaucoup  d’affection pour Louis : elle ne laissait jamais passer le 25 août (sa fête et son anniversaire) sans préparer un repas spécial, même si la moisson battait son plein.

     Le reste de la famille passa outre au diktat maternel. Je n’ai pas de photo présentable de la cérémonie mais j’ai retrouvé un témoignage de l’événement : une photo prise sans doute par mon oncle Marcel devant la maison  des parents de papa. Tout le monde sourit ; Christian a gardé la cigarette au bec; Blanche, toujours efface, disparaît derrière  les épaules des mariés. Le clan Deaucourt a l’air uni. Où le jeune ménage s’installe-t-il ensuite? À Saulty, le village voisin ? À Bavincourt ? Peut-être pas tout de suite mais plutôt à Arras, rue Ronville, là où je suis né fin 1942. Maman avait cessé de travailler et elle n’exercera plus, se contentant de me faire apprendre à lire. Papa avait été embauché  par son camarade de classe, Guy Taillandier qui allait reprendre  le cabinet d’assurances paternel rue du 29 juillet. Après ma naissance, on s’installa à Saulty et pendant le reste de la guerre Papa a parcouru les campagnes à vélo pour faire souscrire aux fermiers des contrats auprès de L’Union.  

 

 

 

 

 

 


Mélimélo

                                  Janvier 2018

                       

janv almanach074

       Pour ravigoter ces vieilles gravures, j’ai colorisé – c’est la mode dans les documentaires historiques- le frontispice mensuel d'un vieux manuel de leçons de choses  écrit "conformément  aux programmes officiels de 1890 ».

    JANUS  (bifrons) regarde  vers le passé et « en même temps » vers l’avenir. Avec son tropisme vers le temps écoulé, un blog  de généalogie comme le mien devrait sauter le mois de Janvier. Fausse idée: le Vieux (c’est moi, à l’africaine)  se plonge dans son enfance et la vie de ses aïeux mais  avec des techniques ultra modernes et puis le passé n’est-il pas, selon les meilleurs historiens d’aujourd’hui,  ’une reconstruction, une interrogation à la lumière des préoccupations du présent?

      La préoccupation majeure du moment, dans ma campagne berrichonne comme ailleurs en France serait tout platement d’ordre météorologique: ni gel ni neige, mais un début d’année noyé sous la flotte. Pluviôse  donc déjà,  plutôt que nivôse, (qui ne commence qu’au 21 janvier) mais aussi une anticipation sur ventôse avec ces tempêtes à répétition qu’on tente d’humaniser ou de  personnifier à coups de prénoms.

       Quant au signe du zodiaque de ce mois, avec le Verseau,  on continue à patauger dans l’élément liquide. 

      VERSEAU  avez-vous dit? Et soudain en associant toutes ces évocations traditionnelles autour de JANVIER mon  manuel dépenaillé me donne la clé d’un des  Spleen de Baudelaire. Faugautier n'aimait pas ce sonnet, en particulier le premier quatrain encombré sans doute  à ses yeux d'une pacotille mythologique trop clinquante

pluviose baudelaire

    Adrien  Faugautier: c'était notre révéré  (les avis divergeaient) professeur de français  en khâgne de Faidherbe à Lille  dans les années soixante. il fut inspecteur général, instigateur d’une réforme mal perçue de l’oral du baccalauréat. La liste des textes sur lesquels portait l’oral ne devait plus être un agglomérat de fragments disparates. Il fallait articuler les morceaux choisis  autour de thèmes et chaque année était inscrite l’étude d’une œuvre intégrale.

Faugautier nécro

        Une inspectrice qui soutenait chaudement cette recherche de cohérence m’avait confié qu’il avait pris sans tarder sa retraite, lassé par l’opposition sourde de la plupart des enseignants, qu’ils soient traditionnalistes indécrottables ou tenants d’une approche techniciste des textes. Selon des amis qui continuaient à le rencontrer, il consacrait  sa retraite à peindre des tableaux abstraits.

          L’annonce de sa disparition dans Le Monde fut d’un laconisme étrange, comme si la famille le dérobait aux hommages de tous ceux auxquels il avait communiqué sa foi dans une vision humaniste de l’enseignement de la littérature.  À la requête « Faugautier »,  Internet offre des perspectives intéressantes, sur son passé de pied-noir en particulier.

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 Je n’ai pu  que les entrevoir  étant donné les caprices de ma Livebox. J’ai capté une photo du corps enseignant du lycée Lamoricière à Oran en 1949, sans doute son premier poste car il n’avait que 25 ans. Dix ans après il était  à Lille et j’ai eu le temps de lire qu’à Paul Valéry à Paris son poste suivant, il enseignait le latin. Visions très fugaces et d’ailleurs, je n’avais nulle intention de consacrer mon blog à sa carrière. Néanmoins  ma curiosité a été  piquée: quand la technique me lâchera moins, je compte bien aller plus loin.

      2018,  c’est bien sûr l’année du centenaire. Au niveau  de la « grande » Histoire, centenaire de la fin de la grande  guerre mais il faudra encore attendre novembre. Au niveau familial,  centenaire de Françoise JÉGOUIC et de Louis DEAUCOURT mes parents, conçus en marge de la guerre, et nés elle en juillet et lui en août.   .   .   .   . 

 

                                               t.  .  .  .  . .  .  .  .   

 

                         Post Scriptum.   Qu’est-ce que ce blog? « Janvier » paraît après « Avril » ;  l’article s’interrompt brusquement, à la façon   - osons-le – de l’Offrande musicale. Cas de force majeure: les hôpitaux m’ont retenu beaucoup plus longtemps que prévu. Belle excuse, mais bien réelle pour justifier  tel Montaigne (foin de toute modestie) d’aller « à sauts  et à gambades »

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avril 2018. Coucou le revoilou

                                                                                     

                                                                                AVRIL 2018

                     

poiss actu

  Année singulière. La Pâque chrétienne et la Pâque juive tombent le même jour, et qui plus est un 1er avril. Chacun  commentera ces coïncidences selon son humeur ou ses convictions. S’agissant de ma petite personne  et de mon ambitieux projet de rédiger un almanach, le sort a eu raison de ma fatuité. J’ai raté mon entrée en 2018 et sur ce blog l’année nouvelle  s’ouvre avec un trou de trois mois. Trois mois de pluie, de neige,  de gel loin de ma campagne berrichonne. Un hiver rude et sans fin que j’ai passé bien au chaud, servi par un personnel dévoué, nourri par un traiteur correct (sauf quand c’était l’horrible Sodexo). On était loin pourtant des paysages idylliques vantés par les croisières Costa ou par les agences de voyages 

   

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lyc d'Al

      La photo ci-dessus est trompeuse: non,  ce n’était pas un séjour VIP à la prison de  la Santé mais une convalescence prolongée près de la Cité de la Musique. Lors d’un premier passage-éclair j’avais pu apprécier  depuis ma fenêtre donnant sur la rue l’audacearchitecturale d’un lycée de briques des années trente très apprécié par l'auteur du  site  http://www.paris-promeneurs.com/Architecture-moderne/Lycee-technique-d-Alembert ).

Au fond, qu’importe (sauf pour moi) si les premières pages de l’année 2018 ont disparu aux oubliettes : j’aurai plus d’une occasion de revenir sur les événements historiques et familiaux d’un centenaire qui est aussi l’anniversaire de  la naissance (complétement lié à  la guerre) de nos deux parents à Jacqueline et à moi. Puisque j’inaugure en avril la  reprise de cet almanach, il est un événement  dont je ne voudrais surtout pas rater la commémoration : le mariage, en pleine guerre, des auteurs de nos jours Louis DEAUCOURT et Françoise JÉGOUIC. C’était  à Bavincourt Pas-de-Calais le  6 avril 1942. Un lundi. Faute de pouvoir me déplacer je n’en saurais dire plus pour le moment car les actes ne sont pas encore numérisés.

            Ces deux-là semblaient destinés l’un à l’autre, j’ai l’impression. Pourtant, bien des obstacles se dressèrent en travers d’un chemin tout tracé.  Et d’abord les circonstances historiques. La mobilisation, la déroute,  l’armistice, la création de zones occupée et non-occupée, avec son cortège de  difficultés quotidiennes pour circuler, correspondre, se ravitailler, gagner sa vie. Sans compter quelques dissensions familiales. Dans ce contexte, le dénouement d’un scénario simplissime, le Happy End évident se fit attendre plusieurs années.

             Or donc, qui étaient-ils ? D’où venaient-ils ? Où allaient-ils? Particulièrement oiseuses en la circonstance  ces questions que pose Diderot  aux premières lignes de  Jacques le Fataliste. Les futurs étaient du même village, se connaissaient depuis toujours et se fréquentaient depuis le premier jour. À la génération des grands- parents, Lucien le grand-père de maman était ouvrier agricole  dans la ferme  de Léonard, grand-père de Papa. Son « patron » lui prêtait attelage  et outils pour travailler ses propres lopins de terre. Papa était copain avec « mon oncle » Marcel, le frère de maman.

Louis Deaucourt, Marcel et françoise jégouic et Mlle Vaillan-001

Une photo révélatrice montre Mlle Vaillant veillant (pas fait exprès) sur sa troupe maigrelette de la « petite école ». En bas, Papa (tout à gauche) et Marcel arborent de superbes galoches cloutées. Mais où est Françoise ? Une seule possibilité: avec ses joues rondes et son cache-nez à pompons, c’est celle qui se mord les lèvres pour ne pas éclater de rire  alors que son futur et son frère restent sérieux et attentifs comme tous leurs camarades. Le cliché date de 1925 ou 26. C’est Manm'zelle (comme on l'appelait) qui va persuader les parents  de Françoise et de Louis de leur faire suivre des études secondaires à Arras avec un argument imparable: cela ne leur coûterait quasiment rien. Et en effet,  grâce à la préparation efficace qu’elle avait su leur donner,  ses deux meilleurs élèves obtiennent par concours une bourse d’internat, avec, évidemment, chaque année une obligation de résultats. Ils sont donc entrés en sixième aux lycées d’Arras. Les filles  étaient installées rue Gambetta dans l’ancien couvent des dames Ursulines, un exemple insigne de Gothic revival construit par Alexandre Grigny. Architecte diocésain très en faveur,  il construisit beaucoup dans la région, ce qui  le rend quasiment inconnu aujourd’hui: les bombardements de deux guerres ont effacé du paysage la plus grande partie de ses œuvres  édifiées par malchance sur la ligne de front ou à proximité.

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La démesure du  clocher originel avait dû susciter bien des commentaires avant de constituer une cible facile pour l’artillerie ennemie. De cartes en cartes, on peut suivre  les ravages des tirs sur un édifice moins fragile qu’on l’aurait cru.

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La reconstruction d’entre les deux guerres,  fit rentrer la tour  dans la norme. Pourquoi cette construction saugrenue ? Grigny, féru d’architecture médiévale rendait en fait hommage à un édifice qui avait longtemps (dé)paré la Petite Place, la Sainte Chandelle élevée en commémoration de la Chandelle miraculeuse qui avait guéri tous ceux qu’avait atteints au XIIè siècle « le mal des Ardents » par l’ergot du seigle. Les deux guerres avaient raccourci le monument; il revint à Guy Mollet la tâche/tache de le faire disparaître carrément. Maire d’Arras, il voulut mettre à profit sa position de président du Conseil pour doter SA ville d’un lycée de filles ultra-moderne qui étale sa façade en demi-cercle de l’autre côté, sur le boulevard Carnot. On rasa donc la tour, le couvent adjacent et dans la foulée ce qui restait d’un rempart et d’une tour où Jeanne d’Arc avait fait étape sur la route vers son bûcher. On finit sur le tard par donner un nom à ce « lycée de filles ».

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Sans chercher bien loin, ce fut « lycée Gambetta », qui désignait la rue où il s’élevait. C’est ce bâtiment  qu’ont fréquenté Jacqueline ma sœur puis sa fille.

    Quant à moi, je fus inscrit au « lycée de garçons » en tout point inchangé  depuis que papa y avait été  pensionnaire (avec Guy Mollet comme surveillant d’internat !). Il a fallu Mai 68 pour que  triomphe le vieux projet de le nommer lycée Robespierre, du nom de l’enfant du pays bien connu.( http://www.amis-robespierre.org/Quand-le-Lycee-de-Garcons-d-Arras.html  )  Tour de passe-passe en fait : est ainsi désigné le lycée récent construit sur une partie des jardins de la citadelle.  L’ancien , situé rue Aristide Briand était un élégant hôtel particulier du XVIIIè appartenant au Comte de Beaufort. La Grande guerre ne l'avait pas épargné. Il fut reconstruit à l'identique.Il abrite désormais un collège commémorant le poète lépreux Jehan Bodel,  une célébrité moins sulfureuse que Maximilien mais difficile d'accès pour qui n'est pas médiéviste ou patoisant picard. Son Jeu de Saint Nicolas contient cette réplique bien sentie "brun pour li" seul souvenir qui me reste d'une oeuvre étudiée en licence il y a 56 ans... 

beaufort collège jeahan boddel

 

du bon usage de Noël

Noël carte post

                       Du bon usage de  NOËL

                              Encore un coup du hasard pour ce deuxième blog de décembre. Après avoir élucubré sur la St Nicolas,  je voulais consacrer  ces lignes…à Noël. Tant pis pour l’originalité. C’est la loi de l’almanach: sacrifier à tous les rituels. Premier constat quand je mouline ma base de 16000 individus (oui, ça fait du monde): si le printemps selon la loi de Nature est la saison de l’effervescence  amoureuse, en revanche chez les humains,  Mars n’est pas le mois idéal pour les galipettes et la reproduction de l’espèce. Dans toute cette foule, 12 individus seulement ont été conçus de façon  à naître le jour de Noël,  dont deux seulement prénommés Noël(le). On pourrait y ajouter  ceux qui ont raté de peu  le rendez-vous : 6 naissances  de  la veille (dont la plus illustre,  la mienne) et les 9 retardataires du 26. C’est peu. Malgré le divin exemple (l’Immaculée Conception en moins), les couples ont joué la précaution: pas d' ardeurs  menant tout droit à des naissances à risque dans les intempéries hivernales. Vingt-sept nouveaux- nés à Noël au sein d’un aussi vaste échantillon – essentiellement rural il est vrai, et centré principalement sur l’Artois – s’étalant sur  trois siècles.  Une énigme. N’étant  ni ethnologue, ni démographe je constate  et m’étonne. Je suis déçu aussi : rien de palpitant dans ces destinées réduites à quelques dates. Mon idée tourne court dirait-on.

     Cependant  tandis que je m’échinais sur le parcours de Colombine DAUCOURT  (la fausse Catherine de mon blog précédent) je suis tombé sur  des témoins de son mariage à Amiens le 29 novembre 1852 avec François AUBY: deux Natalis DOBELLE (père et fils sans doute), des  ouvriers en teinture comme le marié. Natalis ? Un prénom inconnu de nos services.  Auby s’était  marié une première fois et voici deux autres Natalis,  des RICQUIER, témoins  des épousailles, toujours à Amiens, le 18 novembre 1826  avec une Sophie RICQUIER. Pour un coup d’essai, un coup de maître: quatre Natalis d’un coup à Amiens. Qu’est-ce que ce particularisme local ? Et voilà le vieux limier tout requinqué: il se lance sur cette piste imprévue  toute chaude encore du ventilateur de l’ordi.

        Natalis, m’a tout l’air de la forme latine de Noël   (natalis dies,  le jour de la naissance –du Christ)). En somme l’équivalent

st natalis d'ulster image pieuse

natalis d'ulster et les loups garous

masculin de Nathalie.  Mais pourquoi en ce XIXe siècle, ce retour aux sources latines ? Renseignements pris – on devine où- un Saint Natalis, Naile, ou  Naal  a existé: un moine irlandais du 6è siècle, Natalis d’Ulster qui se fête le 27 janvier. Selon la légende rapportée par Gérard de Galles (ou Giraud de Barri) il aurait condamné  un couple de frère et sœur incestueux à devenir pendant sept ans des loups garous. Ce qui nous vaut de jolies miniatures. Un autre Natalis « prêtre à Casal » se fête le 21 août. Impossible  d’en savoir plus sur lui  et d’identifier cette ville.

          Quelques données un peu moins floues maintenant, à  partir des arbres déposés sur Geneanet. Le prénom est rare. Au milieu du XVIIIe, il se rencontre un peu dans le Sud-Est, l’Alsace, l’Artois, la Flandre et surtout en Champagne. Son apogée  vers 1600, est trompeur: les actes d’alors sont rédigés en latin et  Natalis traduit Noël. Par la suite il atteindra au mieux 0,005%, avec une légère poussée vers 1800, 1840. Aux alentours de 1800, c’est en  Picardie qu’il est à la mode. D’où mes quatre Natalis d’Amiens.  Et une façon de  sortir  pour Noël des sentiers battus. Et comme la chance est bonne fille avec les curieux du Web et les généalogistes, j’apprends l’existence du saint patron des Archives françaises, qui porte en plus -là je suis vraiment gâté- le nom du village dont les DAUCOURT sont originaires: Natalis de Wailly.

               La capture d’écran de ma recherche livre déjà quantité d’informations. C’est  une dynastie que je découvre dans La France littéraire,  Dictionnaire bibliographique  (T. X 1839) de  Joseph-Marie Quérard. Quatre pages bien serrées  consacrées à cette famille qui sur trois générations exploite le domaine de la philologie, de la lexicographie et de l’édition savante. Entre  érudits qui devaient parler latin couramment on s’amuse doctement avec ces  deux prénoms Noël et Natalis.

            À l’origine : Noël François de Wailly (1721-1801) « connu en 1754 sous le nom de l’abbé de Wailly, grammairien et lexicographe distingué membre de l’Institut » dixit Quérard. L’énumération de ses œuvres occupe deux pages. Il s’agit essentiellement d’abrégés et de  révisions de dictionnaires et de classiques latins. Des publications scolaires en rapport  direct avec son activité principale de directeur d’ une école destinée spécialement aux étrangers qui voulaient apprendre le français. Tout ceci mérite approfondissements ultérieurs.  Nonobstant sa qualité momentanée d’abbé et son activité éditoriale ou directoriale,  Noël-François a pris le temps de fonder une famille (à 43 ans) et de se procurer par là même collaborateurs et continuateurs.

wailly Barth alfr dico frnç latin

Aussi appliqué que ses ancêtres plongés de père en fils dans  la teinture du drap, il installe  une dynastie d’auteurs scolaires et de proviseurs: voici  Étienne-Augustin (1770-1821), proviseur du  futur lycée Henri IV puis le fils aîné de ce dernier, Barthélemy- Alfred né en 1800,  proviseur lui aussi à Henri IV, couvert de louanges par  Quérard  pour ses dictionnaires Latin-Français et surtout français-latin. Ses deux autres frères se dévergondent. Gabriel-Gustave fait le grand écart entre son activité de vaudevilliste (Ma place et ma femme, le Mort dans l’embarras, Amour et intrigue etc.) et ses fonctions au Conseil d’état et à la liste civile. Augustin-Jules commet quelques œuvrettes dramatiques pendant ses loisirs  de chef de bureau au ministère de l’Intérieur. Un cousin-germain, Armand-François Léon collabore à des livrets : Benvenuto Cellini (1834), Ivanhoé (1826). Il donne une traduction nouvelle du Moine de Lewis, chef d’œuvre du romantisme noir ; il collabore (pour de vrai, lui) à la Revue des deux mondes.

          

classq hachette St Louis

 J’en viens au personnage central,  mon sujet d’aujourd’hui, Joseph/Jean-Noël dit Natalis  (1805-1866). Élevé dans le sérail, en compagnie de son oncle et de ses cousins,  mais au risque d’être étouffé par cette parentèle de hauts fonctionnaires et d’écrivains plus ou moins érudits,  c’est sans doute pour se distinguer  - dans tous les sens du terme-  qu’il officialise ce prénom de Natalis, discret rappel par ailleurs de son érudition.  Les spécialistes ne tarissent pas d’éloge sur son rôle majeur dans un domaine aride s’il en est mais capital: sous la monarchie de Juillet puis sous le second Empire il est à l’origine de toute la réorganisation de ces archives nationales et surtout départementales  où   nous les généalogistes amateurs, autodidactes ou professionnels  nous faisons notre miel. Tout naturellement il dirige un temps l’École des Chartes et il rentre à l’Institut. Le plus extraordinaire, c’est qu’il a appris « sur le tas ».  Comme tout enfant de la bourgeoisie  en mal de « plan de carrière », il avait « fait son droit » sans grande conviction nous dit son biographe H. Wallon. Nommé  par relation en 1830 dans un service des Archives, il ne se contente pas de rester dans sa sphère administrative: il a trouvé sa vocation. Il prend à bras le corps les problèmes posés par l’amoncellement de documents accumulés sans aucun tri depuis les bouleversements de la Révolution et de l’Empire . De fil en aiguille il se met à l’école des paléographes et applique sa rigueur à l’étude des textes médiévaux. Mais il a également à cœur de rendre accessible au public ces textes écrits en ancien français : il édite,  il adapte  ses préférés en français moderne, l’Histoire de Saint Louis de Joinville ou la Conquête de Constantinople par Villehardouin. Il se trouve que  comme collectionneur des vieux classiques Hachette reliés, je possède une Histoire de Saint Louis par Joinville – et l’éditeur en est évidemment l’ami Natalis : Hachette pour cette collection SCOLAIRE n’hésitait pas à faire appel aux plus grands érudits du temps comme les romanistes Gaston PARIS et Alfred JEANROY qui de leur côté ne dédaignaient pas apporter leurs lumières aux jeunes esprits de l’époque (pour pasticher la pompe de leurs préfaces).

    

ascendance Natalis arbre

 Je n’oublie pas mes  Natalis teinturiers d’Amiens. Quel rapport avec l’érudit Natalis de Wailly?  En les baptisant ainsi, leurs parents étaient  à cent mille lieues des doctes activités d’un milieu qui illustre à merveille les analyses de Bourdieu sur  la reproduction et les héritiers. Aucun jeu savant dans le choix de ce prénom, on s’en doute. Dans  un milieu aussi populaire, nul  ne pouvait imaginer que Natalis était la forme savante de Noël, une alternative « distinguée » à un prénom somme toute banal. Pourquoi cet engouement soudain pour Saint Natalis dans ce coin de Picardie? Difficile de savoir quel « prescripteur » comme on dirait aujourd’hui  a mis pour quelques temps à la mode ce prénom. Ils auraient pu s’appeler Noël, comme tout le monde dirais-je. Car Noël n’est pas si rare,  du moins dans la France du Nord-Ouest: Bretagne (sous la forme de Nedelec) Flandre et Artois puis Normandie. En  Picardie le prénom est mal représenté (6% seulement des prénoms) le Beauvaisis l’emportant pour la moitié.

               J’en étais là de mes réflexions, dans une impasse en fait, malgré la découverte (pour moi) de cette personnalité intéressante quand je m’aperçois, en consultant mieux les notices du Dictionnaire biographique, puis l’inévitable- inépuisable  Geneanet, que si Noël dit Natalis de WAILLY  est né dans les Ardennes, à Mézières, le grand-père, ce fameux « abbé » de Wailly est originaire d’Amiens, de la paroisse Saint Leu, au bord de la Somme et que dans la famille,  depuis plusieurs générations (au moins  depuis le XVIe siècle),   on est  maître teinturier. Évidemment, dans une ville depuis longtemps renommée pour son drap, en particulier le velours, rien de stupéfiant s’il s’y rencontre des maîtres teinturiers. Curieux pourtant que la recherche de distinction qui pousse à  se nommer Natalis, touche,  aux deux bouts de l’échelle sociale, et dans la même branche du textile,  aussi  bien l’ouvrier teinturier qu’un fils de famille membre de l’Institut. La transmission familiale du prénom, quant à elle, est en usage dans bien des familles, et pas seulement nobles.  Chez nos De Wailly,  aucune trace de NOÊL avant le mariage de Pierre avec une Noëlle BARON qu’on avait  deux bonnes raisons de baptiser ainsi: née un 25 décembre,  elle hérite en outre du  prénom de son père, - son frère aîné  aussi, fils premier-né (qui embrasse le sacerdoce et se voue donc au célibat). Précision : aucun de ces  deux Noël  n’est venu au monde un 25 décembre.  Devenu veuf Pierre de Wailly  semble mettre son remariage sous le patronage de la morte : la cérémonie a lieu un 26 décembre. De quoi se convertir à la psycho généalogie ! C’est au cinquième enfant du premier lit qu’on transmet le prénom de la grand-mère et de l’arrière-grand-père maternels. Comme ses ancêtres et son père, Noël De Wailly (5 mai 1689-1743) est marchand teinturier et marguillier de sa paroisse St Leu. Dans sa nombreuse progéniture décimée par les morts prématurées, pas moins de 3 enfants Noël : le premier (né un 13 septembre) meurt en bas âge, le second, dernier  et huitième enfant du premier lit   est  notre Noël- François, « l’abbé » (né en juillet 1724), le lexicographe, celui qui n’obéit pas au tropisme familial. Le troisième Noël, Pierre-Noël est le fruit d’un remariage,   huitième et dernier-né. Noël fonctionne – plus ou moins bien- comme un exorcisme, un recours ultime contre le mauvais sort qui s’acharne sur la famille.

     

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 « L’abbé » se marie  tardivement, à 43 ans. Son deuxième fils Noël-François-Henri  (1773-1816) récupère le double prénom de son père mais laisse à son frère aîné et à ses neveux le soin de faire fructifier  l’héritage intellectuel et professionnel de son père : ni auteur de manuels, ni proviseur, le voilà en poste à Mézières dans les douanes ;  quand il meurt en 1816,  il est contrôleur principal des contributions indirectes des Ardennes. Haut fonctionnaire donc, soucieux de la légalité et des règlements  jusqu’au moindre détail on imagine, même, et surtout en ces temps si agités. Et cependant, sur sa tombe, photographiée par des allumés « Amis et Passionnés du Père-Lachaise », les APPL,  est gravé le  nom qu’il a utilisé sans doute toute sa vie, François Henri Natalis de WAILLY. Première

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trace officielle, inscrite dans la pierre et pour longtemps,  de la métamorphose de Noël  en Natalis, prénom érudit en passe de devenir  le premier  élément d’un nom composé :NATALIS DE WAILLY. C’est à Mézières que naît son fils Joseph-Noël qui préférera, lui aussi, escamoter son nom officiel de baptême  pour un Natalis librement choisi, sous lequel il publie, et qu’il fait graver sur sa tombe. Grand archiviste  et médiéviste devant l’éternel comme on a vu, né le 10 mai 1805, décédé à Passy le 4 décembre 1886. Décembre, encore et toujours. Entre prénom d’usage et prénom officiel, dans leurs entrées, les dictionnaires y perdent leur latin : NATALIS DE WAILLY /NATALIS DE WAILLY Noël /   Jean-Noël, dit Natalis DE WAILLY.  Un méli-mélo extravagant créé par   un féru de la classification et de l’authentification, scrupuleux éditeur de manuscrits, gardien obsessionnel de la conservation des sceaux de l’ancienne France. Il est mort sans descendance, à 81 ans, veuf éternel : sa femme Fanny DE STADLER était décédée très jeune à 23 ans en 1834 en mettant au monde un enfant mort-né. Où était passée la protection de Noël? Une mélancolie profonde marque son visage sur la photo officielle que j’ai trouvée de lui. Je ne me trompais pas. Dans sa longue notice (en la découvrant in extremis, je m’aperçois qu’elle a nourri tous les

natalis de Wailly portrair recadré

articles écrits par la suite sur « mon » Natalis), son ami Henri Wallon (l’auteur de l’amendement qui fit entrer le mot « république » dans la constitution de 1875) révèle: M. N. de Wailly avait été cruellement éprouvé dans sa vie domestique. Il avait de bonne heure perdu sa femme et l'enfant qu'elle venait de lui donner (1834). Ce grand deuil laissa dans son âme une empreinte qui se lisait sur sa physionomie dans le recueillement, et toutefois s'effaçait dans le commerce du monde. Il ne parlait à personne du malheur qui l'avait frappé, il ne disait rien qui pût en rappeler le souvenir. Mais dans un coin de sa bibliothèque on pouvait remarquer, auprès de ses livres, un petit cadre qui renfermait l'image d'une tombe, et quand il nous arrivait d'accompagner avec lui les restes mortels d'un confrère au Père-Lachaise, nous nous apercevions, après la cérémonie, qu'il ne revenait pas avec nous

 ______________________________________________________________________

 Note sur le DE  de DE WAILLY:

        Wikipédia à plusieurs reprises indique qu’il ne s’agit pas ici d’une particule nobiliaire. Tout à fait d’accord: échevins ou marguilliers, les De Wailly  ne semblent jamais avoir eu de prétention nobiliaire mais qui sait ?. En revanche,  il ne s’agit pas non plus, comme l’avance l’auteur de la notice,  de l’article néerlandais DE (= The, le) qu’on trouve  attaché ou pas dans De Klein (= Lepetit), Dejonghe (=Lejeune), Debaeker (Le Boulanger). Que viendrait faire un article flamand à côté d’un nom de lieu picard? DE indique ici  l’origine, la provenance, le village ou la ville dont les premiers porteurs sont originaires, comme dans les  Darras, Damiens, Dachicourt, Damiens, Dechelers, Deberles, Defosseux, Dewailly aussi  qui se rencontrent souvent dans le Pas-de-Calais. Wailly peut se référer à trois lieux : Wailly-les-Arras (dont ma famille est originaire), Wailly-Beaucamp près de Berck ou, plus vraisemblablement ici Wailly, un hameau de Conty connu pour son château de Wailly. Ce village est au Sud d’Amiens près de Viefvillers dont sont originaires les plus anciens Dewailly recensés dans Geneanet

 

  Pour aller plus loin

Sur les prénoms Nathalie et Natalis:  St natalis wolfthe Irish saints        

 La France Littéraire de Quérard, notice sur les de Wailly :https://www.google.fr/search?client=firefox-b&dcr=0&tbm=isch&sa=1&ei=nJk6Wo9k0tpS8Me48A8&q=qu%C3%A9rard++de+wailly&oq=qu%C3%A9rard++de+wailly&gs_l=psy-ab.12...0.0.0.39392.0.0.0.0.0.0.0.0..0.0....0...1c..64.psy-ab..0.0.0....0.XbzsN8vupo8

Sur Noël François De Wailly :https://www.qwant.com/?q=natalis+de+wailly+images&client=qwantfirefox  https://fr.wikipedia.org/wiki/No%C3%ABl-Fran%C3%A7ois_De_Wailly

Sur Natalis de Wailly père de l’archivistique :    https://www.reseau-canope.fr/savoirscdi/societe-de-linformation/le-monde-du-livre-et-de-la-presse/histoire-du-livre-et-de-la-documentation/biographies/natalis-de-wailly-1805-1886.html

 

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6 Décembre St Nicolas

                     

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 Ce mois-ci encore, pour mon frontispice,  j’ai puisé dans « Les Saisons et les Mois »  "conformes aux programmes de 1890". CUISSARD & CAVAYÉ, les auteurs  de ce livre de lecture pour le CE, sont durs avec  les jeunes troupes – peut-être d’ailleurs à moitié endormies par les émanations d’oxyde de carbone du poêle qui trône au milieu de la classe – classe unique bien sûr pour que le bonheur nostalgique soit parfait. Pas d’échappatoire, pas d’illusion, pas de rêve. On vous le répète, jeune public : tout va de mal en pis sous le signe du Capricorne. Pas de chance, c’est le mien. Sa réputation n’est pas très bonne. Il n’empêche : lors d’une réunion de bureau de mon syndicat d’enseignants, nous nous sommes aperçus que les capridé.es astrologiques étaient majoritaires. La.le Capricorne paraît donc avoir des dispositions pour l’action altruiste ou revendicative. De toute façon, jusqu’au 22 c’est le Sagittaire qui régente nos vies.

nicolas_épinal enfts bateau

 

     En attendant le passage en Capricorne comme dirait Madame Soleil,  et les joies commercialisées de Noël, aujourd’hui c’est le 6 décembre et c’est fête pour un certain nombre d’initiés (ou de privilégiés) de par le monde. C’est La Saint Nicolas. Vous saurez tout,  tout, tout  sur Saint Nicolas grâce au lien en fin d’article (sur ce blog, on n’arrête pas le progrès). Quand j’étais petit (peu après la guerre),  dans le Pas-de-Calais on fêtait  la St Nicolas, comme un avant-goût de Noël, un pendant pour les petits garçons de la Ste Catherine des fillettes. Je me souviens d’une petite trompette bleue en métal (le temps du plastique n’était pas encore arrivé). Avec cette trompinette, j’ai dû casser les oreilles de mes parents et de ma petite sœur pendant un bon moment! À Lille, dans les années soixante, quand les facultés étaient encore intra-muros, en dehors des manifestations  contre l’OAS ou contre le coup d’État manqué d’un « quarteron de généraux en retraite »,  pas une St Nic sans fiestas carnavalesques organisées par les étudiants en faluche.  C’est à cette  seule occasion que j’ai vu apparaître cette sorte de large béret rappelant par sa forme une brioche  du même nom, typique du Nord.

     Saint Nicolas, un saint multicarte  protecteur,  entre autres  patronages, des enfants et des écoliers (et donc des étudiants) mais aussi des marins comme on voit sur l’image

Cap breton église Psautier NicolasAoût 04 002

d’Épinal. Quantité d’églises en France sont placées sous son  invocation, celle de Cap-Breton par exemple, et son clocher-phare. La légende des

chanson 3 ptits enfts

trois enfants sauvés du saloir par St Nicolas est très ancienne : un psautier du XIIIe siècle en donne une représentation saisissante de contraste entre les obliques  pour dire la violence de cette hache brandie sur les enfants endormis et le geste si simple mais tout-puissant de la main soulignée par l’épaisse verticale bleu foncé de la porte de ville  et les plis majestueux du costume épiscopal d’un Nicolas  omnipotent de zen’attitude malgré l’espace réduit qu’il occupe sur la droite. Nerval a recueilli la chanson en 1842 ; je la connaissais par coeur quand j’étais petit . Pour ceux qui voudraient la chanter, ou cultiver l’esprit d’enfance j’ai

St nicolas -MYRA_

mis un lien en bas vers un site tout à fait charmant. Le rythme  de la chanson y est trop guilleret  à mon goût: dans mon souvenir la légende était  pleine de mélancolie malgré le miracle final. Plusieurs petites animations inventives l’accompagnent. À Myra dont il était évêque – en Lycie près d’Antalya- on peut encore visiter son église ; elle date   du VIIIe; elle a été fortement restaurée mais l’endroit est émouvant pour  les amateurs d’archéologie et les dévots du saint comme moi. Et j’apprends à l’instant que cette église byzantine, les Turcs l’appellent Noel baba kilisesi « église du père Noël ». Trop fort comme diraient les jeunes (mais je date déjà certainement).

                 6 décembre: 15 frimaire dans le calendrier républicain (ou révolutionnaire). Nous serions le 15 frimaire 226. Je pense à une autre révolution- ratée,  à un autre Nicolas, certainement pas un saint.  La révolution ratée, insurrection plutôt, c’est celle de la Commune qui sombre dans les excès des deux parties et cette  Apocalypse de la semaine sanglante.

elle n'est pas morte chanson

Entre 10.000 et 25.0000 exécutions sommaires, viols et meurtres de communards.  Un épisode, une répression

commémorative

avec lesquels la République n’a jamais été très à l’aise. Ce Nicolas auquel je pense, c’est celui qu’apostrophe Eugène POTTIER. il avait déjà à son actif l’Internationale. Moins tonitruante mais plus émouvante, la chanson intitulée  Elle n’est pas morte a été écrite pour les quinze ans de la Commune en mai 1886 et dédiée aux survivants de la Commune de Paris. Le refrain répète en incantation: Tout ça n’empêche pas Ni-i-icolas /qu’la Commune n’est pas mo-o-OOrte. Il faut avoir la foi – du désespéré. Sont épinglés quelques anticommunards notoires, Maxime du Camp, le compagnon de voyage de Gustave Flaubert en Orient, plus à l'aise avec ses plaques de verre au pied des pyramides que dans les rues de Paris assiégé  et Dumas, le fils  jugeant en ces termes  choisis les communardes : Nous ne dirons rien de leurs femelles par respect pour les femmes, à qui elles ressemblent quand elles sont mortes. Cette animalisation m’en rappelle une autre, bien connue, de Brasillach : il faut se séparer des juifs en bloc et ne pas garder de petits (« je suis partout » 25-9-1942).

     

ogeret pochette

 Marc Ogeret chante la chose avec l’énergie militante qu’il faut, tout comme une autre aussi désespérée, La semaine sanglante de Jean-Baptiste  CLÉMENT, écrite, elle, juste au lendemain de la répression.  Mais je m’égare. Qui est ce Nicolas ? En fait, comme il arrivait souvent à une époque où les droits d’auteur étaient encore dans les limbes, pour aller vite et être sûr d’être chanté,  dans le vaudeville par exemple, les paroliers reprenaient un air connu. Le procédé est  bien connu des chansonniers de tous les temps. Ici,  dixit Wikipédia, il s’agit de t’en  fait pas Nicolas d’un certain Victor PARIZOT, un des fondateurs –ironie du sort- de la SACEM. Compositeur entre 1840 et 1863 de musique pour chansonnettes et vaudevilles, son univers à en juger par quelques titres est à des années-lumière   de l’évocation tragique d’Eugène Pottier : La mère Michel aux Italiens, Je suis enrhumé du cerveau, J’suis donc pas amoureux.

    Donc finalement, ce Nicolas interpellé par Pottier n’a d’existence révolutionnaire et communarde que par la grâce d’une chansonnette bien connue du public d’alors. Sans être rare le prénom n'a jamais été d’un usage banal. La moitié sud de la France et la Bretagne l’ignoraient dans l’ancienne France.  Il était  très populaire en Lorraine et relativement répandu à Paris  du fait  qu’il se rencontrait facilement  dans les provinces aux alentours: Normandie, Picardie, Beauce, Brie, Artois, grands foyers  d’immigration dans la capitale.

Nicolas de Myra, une figure presque parisienne. Un communard? My God!Ce ne serait pas pire que ma trouvaille de l'instant, dont l'intitulé m'a révulsé

chic commune

 Et voici les liens promis:

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Myre_(Turquie)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_de_Myre 

http://www.lexilogos.com/saint_nicolas_chanson.htm 

http://www.commune1871.org/?Quelques-chansons-communardes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sainte Catherine

ste catherine

 

Sainte Catherine

                        Je sais : nous sommes le 30 novembre. Hors délai mon billet. Mieux ou pire: je ne suis pas sûr de parler de la sainte ni de  catherinettes. Je comptais trouver dans mes données une Catherine  qui sorte un peu de l’ordinaire. À croire que l’inspiration était engourdie par le froid de retour : rien de passionnant dans mes listings desséchés – ou alors je n’ai pas su les faire parler. Et puis en épouillant mes fichiers j’ai retrouvé une vieille connaissance qui m’a réservé quelques surprises. Elle ne se prénomme pas Catherine mais Colombine – ça rime finalement. J’imagine assez la Colombine du théâtre sous les traits de cette catherinette des années cinquante: soubrette piquante et  rusée,  paysanne délurée habile à prendre les manières des dames chez qui elle sert et prompte à mener par le bout du nez ce lourdaud d’Arlequin, ce pleurard  de Pierrot.

 Dans un hypothétique casting, je doute que malgré son prénom,  Colombine DAUCOURT ait eu quelque chance d’obtenir le rôle: car son destin n’a rien de glorieux ni de romanesque, malgré, cependant, sa part de mystère. « Domestique » comme disent les recensements, fille de ferme ou souillon en vérité,  plutôt que servante maîtresse, je la vois mal  aussi pimpante que ma catherinette de carte postale à l’œil rieur et aux joues roses. Plutôt les traits tirés de fatigue, la peau basanée et recuite par le soleil et les intempéries,   pauvre fille usée et abusée  …mais qui sait jusqu’à quel point, car  finalement elle retombe sur ses pieds comme on va voir.

      Colombine DAUCOURT ou DOCOURT est la sœur de mon trisaïeul paternel Augustin Denis. Un an les sépare. Future aînée de huit enfants, elle naît le 14 avril 1821 à Beaufort, un petit village de 288 habitants en 1820 (avant sa fusion avec Blavincourt) près du chef-lieu de canton Avesnes–Le-Comte mais  à l’écart de la route royale Arras- Amiens. Arras est à 25 kms, Amiens à 50. Son père, François Marie est couvreur en paille.  Colombine ? Un prénom rare. Par quel mystère  cette irruption de la commedia del arte au fin fond de l’Artois? Comme un héritage inconscient de la liberté révolutionnaire, dans cette famille, quand il s’agit des filles, on n’hésite pas innover : on rompt le fil d’une transmission, on ne cherche pas à faire plaisir à une parente.   En outre, ici, la mode des terminaisons  romanesques en –ine a

cassini beaufort

des antécédents  du côté de la mère, Joséphine Florentine CARON. Grand-mère se prénomme Clémentine, une sœur va s’appeler Célestine (ou Célinie, les scribes hésitent), il y aura ensuite une Élisa et pour finir une Angelina. Les garçons n’ont pas droit à ces fantaisies : le premier né porte bien selon la tradition le prénom du grand-père, Augustin-Denis ; ensuite on ose quand-même un Jean-Baptiste et un Zéphyr, beaucoup plus original repris, lui, à qui mieux mieux. Pour ses propres filles, Colombine joue l’originalité flamboyante comme pour effacer avec panache l’opprobre de ces naissances hors mariage : Célinie, Clarice, Angelina  (1845-1892) puis Sidonie Louise (1852-1853). Effet d’un souci populaire de distinction puisée dans les feuilletons à quatre sous que la mère, même illettrée (elle ne sait pas signer) connaît par ouï-dire? On songe aux fameuses filles Thénardier baptisées Éponine et Azelma par Hugo, sans compter Euphrasie le  vrai prénom de Cosette (le prénom de sa mère  Fantine sonnerait plutôt  à l’instar de Fanfan, Fanchon comme un diminutif de Françoise). Le fils sera plus platement un Zéphyr.

     Affaire  classée donc : dans tous les recensements et tous les actes que j’ai pu trouver l’héroïne du jour apparaît constamment sous la dénomination de Colombine. Mais alors, mézalors  pourquoi(re)devient-elle à 70 ans une  Catherine des plus ordinaires dans l’acte de décès de sa fille en 1892? En tout cas in extremis je retombe sur mes pieds -sans l’avoir fait exprès! C’était peut-être  son prénom usuel ? C’est bien possible: l’arrière-grand-père DRUGY   que tout le monde appelait Léonard  n’existe que comme Siméon dans les actes officiels  sauf dans un acte de vente qui spécifie Siméon dit Léonard.  Pour Colombine/Catherine la question reste en suspens : pour l’heure, je ne sais toujours pas où elle est décédée.

      Je n’en ai pas fini avec ma lointaine cousine. Elle m’a donné du fil à retordre. À l’image du reste de la tribu d’ailleurs, qui disparaît  définitivement de Beaufort  en 1861. Je savais où s’était installé mon ancêtre direct Augustin Denis : à Saulty.  Après avoir battu consciencieusement  jusqu’au harassement tous les villages de la région je finis par retrouver  François le père (entre temps veuf) et le ménage de sa fille Élisa à Wanquetin, Célinie deux fois mariée à Gouy-en-Artois,  Zéphyr faisant de son côté souche à Noyelle-Vion, encore «valet de charrue» mais tous ses enfants vont bientôt prendre le chemin des mines en plein essor. Dans cette drôle de famille,  la Colombine réussit à se distinguer avec  à son actif trois enfants naturels. De quoi jaser dans le pays ! Deux sont nés à Beaufort chez ses parents : Clarice née le 15 novembre 1845 est élevée par ses grands-parents au moins jusqu’en 1851, Zéphyr né deux ans après, le 3 avril 1848,  ne vit que 21 mois. Je n’ai découvert l’existence (brève: 9 mois) d’une Sidonie-Louise (née en le 14 juillet 1852 à Amiens -Amiens ?) que la semaine dernière au hasard d’un site de rencontres (généalogique). Encore une enfant naturelle. Imp(r)udente Colombine ? Esprit libre ? Pauvre fille ne sachant pas résister aux invites ?  Et pourtant femme mariée. Je le savais depuis un certain temps : l’acte de naissance de  sa première fille Céline-Clarice-Angélina précisait « naissance légitimée par le mariage de Colombine Docourt avec François AUBY le 29 novembre 1852 ». Soit. Zéphyr, mort avant ce mariage ne pouvait être reconnu, et la dernière alors née juste avant le mariage? - qui suis-je pour juger? Dirai-je benoîtement.  Oui mais quand même ! Colombine !  Et manque un point essentiel dans cette information: OÙ le mariage a-t-il eu lieu? Impossible de mettre la main sur le couple au cours de mes virées (virtuelles) dans les registres aux alentours de Beaufort.  J’ai fini par renoncer.

                

auby 1826 x riquier-Signature Marié

Ne jamais s’avouer vaincu. Le temps a passé. Je me suis abonné à Geneanet le site a évolué et de nouvelles informations apparaissent. Un clic désinvolte (genre on-ne-sait -jamais) sur Clarisse Docourt et j’apprends -quinze ans après la création de sa fiche- tout à la fois sa mort à Puteaux le 18 avril 1892 – quel chemin parcouru depuis Beaufort Pas-de-Calais!- , son état d’ »artiste lyrique », et de clic en clic que son père François Auby – ça je le savais- et sa mère Colombine se sont mariés à …AMIENS ! J’ai tiré un fils et j’ai découvert le pull tricoté  par François AUBY (merci à lui). Pendant que moi j’étais dans l ’impasse, lui avait accès à tout ce qui concernait son ancêtre. Miraculo ! Miraculo ! Alléluia

L’acte de mariage est explicite :

 […] reconnaissent qu'il est né d'eux deux enfants le premier inscrit sur les registres de Beaufort 15 nov. 1845 sou les nom et prénoms de DOCOURT Célinie Clarice Angelina et le 2ème à Amiens pour l'année courante le 14 juill. DAUCOURT Sidonie Louise lesquels enfants ils reconnaissent pur leurs filles(AD 80. Amiens 5MI D188 1852 n°408 vue 412) Trois témoins sur quatre sont des ouvriers teinturiers, collègues de travail du mari.

              Mais l’affaire se complique : AUBY est veuf de Sophie RIQUIER qu’il a épousée à Amiens en 1826. Ils ont eu une fille, Lucie Alexandrine (26.11.1833 Amiens- 25.2.1890 Ailly/ Somme) Elle meurt le 10 avril 1837 à Paris dans le 8è ancien. Quand, comment 

anastasie et javotte

Colombine a-t-elle rencontré AUBY ?  à Amiens probablement où elle est allé se placer. Mais la retrouver par le biais des recensements dans cette immensité est impossible. Au moment de leur mariage, ils habitent dans le quartier Saint Leu  au Nord de la cathédrale, 51 Chaussée Saint- Pierre. Rien ne subsiste des immeubles de l’époque. Si Colombine n’a que 31 ans à son mariage, AUBY a largement dépassé la cinquantaine (55 ans pour être exact) lorsqu’il lui passe enfin la bague au doigt. Pourquoi ont-ils attendu aussi longtemps pour régulariser leur union qui a commencé au moins en 1846,  huit ans après la disparition de la première femme d’Auby ? Les patrons de Colombine n’acceptaient peut-être pas une femme mariée chargée d’enfants. À moins que l’obstacle soit à chercher dans  la famille de la première femme, les Riquier qui pouvaient voir d’un mauvais œil le remariage du père de leur petite-fille avec une  future marâtre tentée de privilégier ses propres enfants. Le syndrome de Cendrillon.

 Clarisse meurt le 18 avril 1892 à quatre heures du matin chez sa mère âgée de 70 ans 42 rue Poireau à Puteaux. Elle est célibataire. L’acte lui donne trente-sept ans : sa mère se trompe de dix ans. Artiste lyrique ?  Soyons clair : c’est une dénomination cache-misère  pour désigner une fille entretenue sinon carrément sur le trottoir. Mais après tout, peut-être se produisait-elle dans un beuglant ou dans les cours. La révélation est toute fraîche et je n’ai pas eu le temps de pousser plus looin mes investigations.

    Pour finir, un document vraiment curieux : l’acte de décès de François AUBY,  ce père que j’ai mis des années à identifier

       le seize janvier 1876 à midi acte de décès de François AUBY teinturier âgé de soixante-dix-neuf ans décédé avant-hier à six heures du soir en son domicile 49 rue de la Croix à Puteaux […] marié à Sophie Riquier sans profession âgée de soixante-dix-neuf ans même domicile que le décédé .( AD 92 Puteaux D 1876 vue 4 n°10)

 Colombine est passée à la trappe : en son lieu et place l’employé municipal  ou le maire adjoint a ressuscité Sophie Ricquier, la première femme dont le décès a dûment été enregistré à Paris en 1837 (40 ans auparavant) Erreur administrative de taille et triste oraison funèbre pour cette « Catherine » dont j’ignore toujours  le lieu et la date du décès. Pas à Puteaux en tout cas. « Colombine ou la disparition »

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