terresdartois

Novembre

   

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          J’ai une faiblesse pour les vieux almanachs et leurs vérités intangibles au fil des saisons, du style brumes en novembre, Noël en décembre. Comme frontispice  de ce mois,  je puise encore dans le livre que j’avais utilisé pour Octobre.

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Ce n’est pas un almanach, mais un manuel pour le CE et le CM.  Il s’agit de « les saisons et les mois » leçons de choses « ouvrage rédigé conformément aux programmes officiels du 28 janvier 1890 ».  Auteurs ? CUISSART et CAVAYÉ (dans l’ordre hiérarchique, et non alphabétique car le premier était  inspecteur primaire à Paris et le second professeur au lycée de Carcassonne).

    

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 Une France rurale omniprésente – travaux des champs, arpentage, outils agricoles-  mais  la modernité n’est pas ignorée.  La table des gravures aurait enchanté les surréalistes. Tout sur la locomotive et sur le renne, sur le pigeon voyageur et le ballon dirigeable de l’École d’aérostation de Meudon.  Et voici pour Novembre  une promesse  façon Apocalypse de lendemains qui déchantent. La désolante litanie de négations §1 et 2  donnerait envie de rester sous l’édredon. Que nenni : c’est normal, c’est novembre ! Chaque mois a/à sa place: l’Histoire et l’étymologie, (§3) doivent permettre de relativiser le désastre annoncé. D’ailleurs  l’agriculteur ne se laisse pas abattre ; il ne  va rester pas les bras ballants car il sait que le cycle de la vie va reprendre et qu’il doit soigner et entretenir. Le style en moins évidemment, mais les phrases simples, l’utilisation du  présent gnomique (allez, un peu de cuistrerie) c’est Virgile et Hésiode revisités à la portée des petits. Des Géorgiques pour école primaire

 Mais en voici d’une autre cuvée comme disait Montaigne : à l’occasion d’une recherche, je suis tombé 

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grâce à Gallica sur quelques  numéros du Figaro de 1884, du 3 et du 10 novembre. De saison donc. Et quasiment contemporains de la petite encyclopédie susdite. Tout un monde s’offre à la simple lecture des petites annonces -un autre monde,  celui de la haute bourgeoisie avec ses rites mondains et ses réalités quotidiennes. Provende pour des Pinson-Charlot de l’époque: le petit Marcel  par exemple. Il est encore un peu jeune (treize ans)  mais  de ses yeux déjà cernés par les veilles, il observe tout de ce monde dont il va, dans une dizaine d’années,  décortiquer les jeux et les vanités  ou bien les cocasseries  involontaires dans le goût de  Prévert ou de Boris Vian.

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      Mais d’abord, rien  de bien affriolant avec ces annonces passées par des « gens de maison ». Plutôt une plongée dans l’univers décrit par O. Mirbeau du Journal d’une femme de chambre. Dure condition des domestiques pour qui ne sait pas se défendre comme l’héroïne: ils peuvent se marier mais attention l’union doit rester stérile. En tout cas l’absence d’enfant dans le ménage est un argument « de vente » constamment mis en avant.

Figaro 1884 vins

Et puis voici les vraies valeurs. Le sens de l’économie : on peut réutiliser ses anciennes fourrures (curieuse précision: les dames peuvent les réutiliser : serait-ce interdit aux hommes ? Le sens  du vrai aussi: le bon marché coûte toujours plus cher aime à répéter la maîtresse de maison avisée.  Mais qui oserait prétendre vendre des vins inauthentiques ? La cave des évêques devient avec la componction ecclésiastique de rigueur une garantie de sérieux, sans doute grâce au professionnalisme qu’il faut pour choisir le vin de messe de Monseigneur?  

 

     Même empêtrés par des bagages innombrables et des noms « longs comme des trombones », comme disait Boris Vian, on voyage, on s’allie. Foin de

décès raccourci

Figaro 1884 matrimoniales-recadré

romantisme malgré un certain goût pour l’exotisme: ON vend pour 8 millions une jolie orpheline « étrangère ». Comment cependant  ne pas s’inquiéter en lisant pareille « offre » malencontreusement précédée par l’annonce de « curieuses révélations » sur les agences matrimoniales ! Et cette malheureuse Veuve Séguin dont le faire-part de décès est publié in extremis entre des réclames pour un purgatif, un dépilatoire,  un lait de toilette,  un aliment ferrugineux  régénérant produit par la Pharmacie rationnelle.

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Quant à la vérité sur le Christ, elle éclaire un monde  de pardessus, de robes et de chapeaux, sous le patronage certes de Saint Thomas mais le petit ! Cet entourage est-il vraiment involontaire? Le typographe a dû éprouver un malin plaisir à composer sa page.

Par ailleurs, de par le vaste monde,  et tant pis pour l’anachronisme (la chanson date de 1935) tout va très bien madame la Marquise,  en particulier dans notre protectorat de Tunisie, sabre et goupillon confondus.

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Le Cardinal Lavigerie -cardinal depuis deux ans, et promu cette année-là archevêque de Carthage et primat d’Afrique- n’avait rien finalement. C’est en 1884 aussi  que débutent les travaux de construction de la cathédrale de Carthage. Sur le plan militaire tout baigne aussi : nos troupes   occupent le territoire  par roulement  et sans heurt.  

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  Et c’est ainsi qu’Allah est grand comme disait le grand Alexandre – Vialatte, bien sûr.

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Lehmann & Paul-émile

 

 

 

Lehmann et Paul-Émile

Honneur aux instituteurs.trices (comme l'usage commence à s'en répandre) pour ce blog d'octobre.

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Actualité (d'autrefois) oblige en effet: la rentrée des classes était au siècle dernier un vrai « marronnier » pour le 10ème mois de l'année. 1948, je rentre en CE1. Les marrons jonchent le sol, précieuses boules bosselées rouges et brillantes. De l'acajou qu'on adore caresser ...ou lancer sur les copains. À l'école un élève-maître (je fréquente ... Cité des marronniers à Arras une annexe de l'école « d'application » Ferdinand Buisson) nous apprend à chanter La feuille d'automne / Emportée par le vent/ En rondes monotones/ tombe en tourbillonnant. Une vraie nouveauté puisque la chanson, malgré ses allures anciennes venait d'être créée en 1943.

 

Des instituteurs, j'en compte une soixantaine dans ma base de données de fils et filles de paysans, sans compter ma mère, institutrice remplaçante avant son mariage. C'est elle qui m'a appris à lire, me dispensant de CP. J'ai choisi de m'arrêter sur deux instituteurs, que tout oppose jusqu'à la caricature, même s'ils ont un lien - bien caché, je dois dire. Paul-Émile GOSSART et Lehmann WALZ.

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Paul-Émile GOSSART (1860-1920), un lointain cousin, est né à Bavincourt, en Artois, de parents petits cultivateurs. C'était en 1860, sous le second Empire. Il est cousin-germain avec un Émile GOSSART, dont j'ai ailleurs détaillé un parcours qui le mène de Bavincourt à Bordeaux comme universitaire décoré spécialiste de physique et d'électricité.

      Malgré l'exemple de son parent, Paul-Émile a eu beaucoup moins d'ambition:  se satisfaisant de son état d'instituteur il a creusé son sillon dans son département  d'origine, le Pas-de-Calais: marié à une institutrice avec qui il a trois enfants, il occupe différents postes: Billy-Berclau ("dans les mines" comme on disait)  près de Lens, Hamblain-les-près un village à l'Est d'Arras, Puisieux, gros bourg aux confins de la Somme. Il termine sa carrière professionnelle comme directeur d'école, exerçant dans des conditions autrement moins précaires que le maître d'Ernest LAVISSE au milieu du siècle. À la retraite il applique au pied de la lettre l'expression « cultiver son jardin »: il opère un total retour à la terre dans son village natal: il y avait fait bâtir une ferme ; il se déclare « cultivateur » au recensement de 1911 et son fils reprendra l'affaire. Voilà véritablement un comportement réactionnaire au sens premier du mot. Paul-Émile n'a cédé qu'avec réticence à l'appel de la ville et à l'intellectualisation.

         

 

 

       Lehmann WALZ,naît sous Napoléon Ier à Romanswiller près de Strasbourg en  1809. il meurt à Paris en 1880 alors que la république s'installe dans ses meubles sous la présidence de Jules Grévy, Gambetta étant le président du Conseil. Voilà qui dit tout d'une trajectoire en parfaite adéquation avec le grand mouvement d'émancipation des Juifs d'Alsace à la fin du XVIIIème siècle. Première étape: gagner la ville, cet espace si longtemps interdit par les autorités administratives mais dont se méfient aussi les instances religieuses les plus traditionnalistes.  Quand il naît en 1809, son père Abraham JOSEPH et son grand-père Haïm JOSEPH, colporteurs à Romanswiller, viennent comme tous les autres membres de la famille, de troquer leur nom mobile de HAÏM ou de JOSEPH pour celui transmissible et intangible de WALZ (francisé plus tard en WALTZ). Nul caprice: il faut se conformer au décret impérial de « prise de nom ». Vingt-sept ans plus tard  à son mariage en 1837 on le retrouve instituteur à Grüssenheim, village distant d'une vingtaine de kilomètres de Colmar. Il épouse Odile LEVY. C'est une élève sage-femme née à Soultzmatt (à 40 kms au Sud de Colmar) mais vivant depuis longtemps à Colmar avec sa famille .

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Une famille probablement acquise aux idées modernes que diffuse la vie citadine. Par l'enseignement qu'elle reçoit, Odile  se place aux avant-postes de l'hygiène du temps. Après son mariage, elle continue à exercer son art. Quant à Lehmann, il se soucie d'intégration au point de d'ajouter un prénom chrétien , Jean, à son prénom traditionnel. Instituteur? le titre recouvre alors en Alsace  des réalités très différentes: exerce-t-il dans un établissement confessionnel traditionnel (hébreu, lecture et interprétation de la Bible)? J'en doute, vu les études que suivront ses enfants. Plutôt dans une école moderniste (au programme: outre la Bible et l'hébreu, les rudiments du français, de l'allemand, et des sciences). Cependant en 1837 à Grüssenheim l'instituteur se nomme Samuel Klotz (titulaire du brevet du 2è degré) ; il a 37 élèves ( http://judaisme.sdv.fr/synagog/hautrhin/g-p/grussenh/ecole.htm )  Reste la troisième possibilité, toute simple: Lehmann est instituteur public. Un indice:  lorsqu'il déclare la naissance de son fils Adolphe, il se fait accompagner de son beau-père Isaac LEVY  et de Joseph PICARD, instituteur, fort probablement un collègue dont le nom n'évoque aucun enracinement juif. 

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          Le couple s'installe à Colmar, rue Grenouillère (1839), rue Étroite (1846), rue de l'Ange (à partir de 1848). C'est le centre ancien, près du covent de dominicaines qui abrite désormais le Musée Unterlinden et son fameux retable d'Issenheim. Sept enfants.  Odile exerce toujours de sage-femme, d'après les recensements successifs.  Je ne connais que la date de naissance de Pauline, Henriette et Jules. Victorine la dernière-née se marie à Paris avec un ébéniste suisse. S'agissant d'Émile (1848-1904), je repère sa trace comme journaliste en 1879 à Nevers puis comme sous-préfet à Ruffec, Gray, Dax,  cible de virulentes attaques antisémites dans la presse catholique locale et dans la Libre Parole de Drumont. François est négociant rue de l'Échiquier à Paris en 1874. 

            

     C'est Adolphe (1840-1926),que je connais le mieux. Il profite à plein de l'ascenseur social et culturel mis en place par la monarchie de Juillet puis le Second Empire. Brillant élève à Colmar puis à Paris, agrégé, après plusieurs postes en lycée à travers la France, il s'installe dans une carrière universitaire  à Bordeaux comme spécialiste de littératures latine et grecque. Pour sa retraite il choisit Paris où il a séjourné à plusieurs reprises, où vivait une partie de sa famille et de sa belle-famille. Son ancrage professionnel dans le passé ne l'empêche nullement d'être engagé dans son siècle:

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il a été un républicain de combat. Comme son frère Emile il a tâté du journalisme: en 1870, après la défaite de Sedan, avec quelques autres professeurs en poste comme lui à Mont-de-Marsan, il a animé un comité républicain, il a créé et dirigé l'Avenir Landais puis  le Patriote Landais qui  remuent  la vie politique locale et  contribuent à l'élection de deux députés. Il s'est marié avec une Dreyfus apparentée au capitaine et sœur de Camille-Ferdinand Dreyfus, un publiciste député radical  au destin agité et malheureux (c'est lui que vise l'article de La Libre Parole).

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Il aurait pu figurer parmi ces Fous de la République auxquels Pierre Birnbaum a récemment consacré un ouvrage. Ses deux fils (l'un et l'autre décorés de la croix de guerre) sont aussi des universitaires : René (qui adopte officiellement sur le tard son prénom complet René-Isaac) fait carrière à Lyon comme (en autres activités) traducteur et éditeur de Sénèque.

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Avec son autre fils Pierre il a écrit un manuel de vulgarisation des littératures anciennes. Pierre est un helléniste réputé, un travailleur acharné qui s'est attelé seul à l'édition et la traduction de  l'Anthologie Palatine pour la collection Budé. C'est par lui que j'ai un très lointain rapport avec cette famille: il avait épousé une fille d'Emile GOSSART, collègue d'Adolphe à Bordeaux.  Il s'active dans la politique locale du côté des socialistes.  Il est une des premières victimes de la rupture du pacte républicain auquel avaient adhéré avec ardeur les juifs de France: doyen de la faculté de Lettres de Clermont-Ferrand, il est révoqué en 1942 en application des lois antisémites promulguées par Vichy. Il meurt peu de temps après avoir retrouvé sa charge en 1945 

En 1870 l'Histoire avait déjà eu l'occasion de bouleverser la vie des membres de  la famille WALTZ dans leurs fidélités comme  alsaciens et français fidélités. Après la défaite de Sedan, l'Empire allemand annexe l'Alsace et d'une partie de la Lorraine. le traité de paix  oblige les populations annexées  à choisir, à "opter": s'ils restent, ils deviennent allemands et perdent la nationalité française. S'ils veulent la garder, s'ils "optent" pour elle, il leur faut partir. 50.000 choisissent l'exil dans les départements voisins, à Paris, ou en Algérie. Nombre de WALTZ  sont restés. Lehmann et Odile, se rangent avec leurs enfants dans le camp des « optants »; ils quittent Colmar et s'installent à Paris où vit depuis longtemps une partie de leur famille. Ils y meurent, lui en 1874, à leur domicile rue d'Enghien, elle en 1880 chez un de ses fils, négociant boulevard Magenta.

    Belles réussites sociales pour les petits enfants du colporteur Abraham. L'intégration aurait-elle comme  prix l'oubli total des origines? Quand Adolphe déclare à Paris, en 1874, le décès de son père Lehmann, il est incapable de dire le nom de ses grands-parents.

 

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OCTOBRE écoles d'autrefois

Octobre écoles d’autrefois

 Vacances dites de la Toussaint. En profiter pour revenir sur quelques images de l’école d’autrefois.

classe 1955

                       

           Un peu figés ces gamins, les bras croisés mais plutôt  avec naturel: rien à voir avec les   bambins endimanchés  posant un peu plus bas pour la photo d’apparat de 1905. Visages sérieux mais ouverts et même souriants. Pas beaucoup de blouses mais de gros pulls tricotés par maman avec la laine commandée à La Redoute. École de garçons. La moitié de la classe est vide. Pourquoi? Sans doute pour permettre un cadrage plus serré, on a décidé de ne photographier que deux travées à la fois. La pratique rompt avec la traditionnelle photo de classe où les enfants regroupés dehors dans la cour de récréation ou sous le préau  s’alignaient en rang d’oignons.

mobilier scolaire

Le mobilier est d’une solidité à toute épreuve et tous les pupitres d’une travée sont solidaires : pas question de s’amuser  aux classes mouvantes. Pas question non plus de s’avachir sur ces sièges sans confort au dossier raide à vous éreinter.  Un petit élément de confort que je n’ai pas connu : le crochet sur le côté pour y suspendre la « gibecière », la « carnasse » au lieu de la laisser traîner dans l’allée ou entre les pieds.  Le couvercle du pupitre se rabattait ou comportait un casier pour y mettre les fournitures qu’on n’emportait pas chez soi. je ne vois qu'un seul encrier pour deux : une belle occasion de disputes ou de coups en traître lorsque chacun avait  comme par hasard en même temps que l’autre l’idée ou le besoin de tremper la plume dans l’encrier.  Cité des Marronniers, à Arras, -une école à classe unique- on était  tour à tour de semaine pour remplir les encriers de l’encre violette que le maître préparait, essuyer le tableau, rapporter du bûcher  un seau de charbon ou le bois pour allumer le poêle. Comme sur la photo, le Godin trônait en plein milieu de la salle, entouré d’un grillage. J’ai le souvenir d’après-midi d’hiver où la fonte (fendue) était rougie à blanc tellement on l’avait rempli jusqu’à la gueule. Une certaine torpeur nous envahissait, produite autant par la chaleur que par l’oxyde  de carbone mais il y avait des jours suffisamment larges sous la porte d’entrée et aux fenêtres pour nous éviter l’asphyxie total ! Dans le Grand Meaulnes, il me semble qu’Alain Fournier décrit ces après-midi où tout le monde flottait, à moitié intoxiqué. Les cartes murales me semblent bien archaïques, plutôt là d’ailleurs pour le plaisir du maître que pour l’instruction des « jeunes esprits »  puisqu’elles ornent le mur du fond. Une date? 1955 ?

 J’adore la leçon d’écriture ci-dessous. Elle court en fait sur quatre ou cinq photos, une vraie petite BD avant l’heure.Un premier août ?  Pour les besoins de la séance, ils ont  dû faire  des heures supplémentaires car il me semble

écriture classe

bien que l’école s’arrêtait au 31 juillet  (en théorie car plus d’un enfant avait déjà déserté, réquisitionné pour aider à la moisson). Rappelons-nous le combat épique de l’institution contre le crayon bille qui paraît-il incitait la main à la mollesse et à une écriture relâchée sans pleins ni déliés. Avec une craie, ce n’est pas à la portée du premier  Mélenchon venu (il s’était aventuré avec sa craie à  faire une démonstration d’écriture à l’ancienne avant de se rendre compte, dépité, que c’était quasiment mission impossible). 

phot de classe 1905 slogan recadré

Il faut un véritable artiste pour 

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obtenir ces superbes tableaux d’écriture s'offrant tout en même temps comme modèles de calligraphie et de morale. Forme et fond allaient de pair pensait-on. De la tenue: pas une lettre  avachie ou un bras de traviole et la France récupérera l’Alsace et la Lorraine ?  Toujours mauvais esprit l’Assiette au beurre (N° du 4 décembre 1909) ne s’y laissait pas prendre, au risque de faire un couac dans ce concert de louange d’hier et d’aujourd’hui sur un certain âge d'or de l'école. Pour sa une, le journal a choisi un maître d’école mains enchaînées, revers de manche garnis de deux galons « caporal de la Troisième République » : il se croit quelque chose, il n’est que prisonnier d’impératifs contradictoires  et de grands mots dévalués comme la fameuse devise « liberté fraternité,... inégalité ».

 Avec les  images suivantes on plonge au milieu du 19ème siècle, avant l’école obligatoire, et dans des écoles rurales. Ce qui frappe c’est la misère des locaux  (d’ailleurs, même sous la IIIème République, instituteurs et inspection d’académie devront souvent batailler pour obtenir des maires des locaux décents).

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Ici, se mélangent « pièce à vivre » comme on dit dans les magazines de décoration et "local professionnel" : la commode,   le lit et son énorme édredon; un gros poêle pour chauffer la salle. Du moins l’autorité du maître d’école trouve-t-elle  son symbole dans l’estrade et le bonnet d'âne; le sol est planchéié, une grande table commune et des bancs assurent un semblant de confort. L'image proposée par Lyonnet (éd. Istra vers 1935)  devait servir de support à un exercice de vocabulaire et de rédaction sur "l'école d'autrefois" afin de sensibiliser les enfants de CE2 aux progrès réalisés, sans pour autant les renvoyer à une vision trop négative du passé.

 

 Élève LAVISSE Ernest

« l’instituteur de la troisième République » comme on le surnommait aimait  s'adresser aux enfants. Dans ses Souvenirs ou ses Nouveaux discours à des enfants il revient à plusieurs reprises sur son école du Nouvion en Thiérache vers 1848. J'ai trouvé le premier extrait dans le  livre de lecture  cité plus haut

Lavisse photo

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L’illustrateur a souligné la misère du local, son manque d’agrément et d’hygiène,  l’absence de tout confort pour les enfants. Du moins s’agit-il d’un lieu entièrement dédié   à l’enseignement. dans le second texte,  Gabet (publié par Hachette à la même époque) a choisi dans les Souvenirs du maître l’arrivée du jeune Ernest dans une pièce aussi peu attrayante que possible. Le vieil historien-pédagogue a sans doute voulu rendre plus palpable son désarroi de "petit nouveau"  tout en ne ratant pas  l'occasion de souligner les progrès opérés par la IIIème République: il a gommé  la familiarité qu’il entretenait avec un lieu bien connu de son père et de sa grand-mère. L’image veut accentuer une singularité et un dénuement qui dans les villages ne devait pas tellement offusquer élèves, parents,- ou maires  souvent  logés à la même enseigne.  D’autres images glanées ici ou là insistent de la même façon sur la promiscuité et le mélange des genres privé-public montrent

école dans une étable

. Voici dans une pénombre esthétique mais malsaine une classe installée dans une étable:on devine dans la pénombre le cul d’une vache - une présence  qui  réchauffe la pièce comme

on voyait  naguère encore dans plus d’un chalet  de montagne -  tantôt  dans un capharnaüm insupportable pour un esprit rationnel, imprégné d’hygiénisme  et de théories sur l’attention comme dans cette litho dont j’ignore malheureusement l’origine mais datée par  une inscription au tableau de 1872 : d’un clair-obscur peu propice à l’étude  ressortent drapeau français,, palette de peintre, crucifix, suspension, hardes personnelles, lit de curé ; un poêle au long tuyau comme dans les ateliers d’artiste est sensé réchauffer les corps ;

école 1872

deux  bambins  en sabots y sont accotés en compagnie d’un chien ; un maître  broussailleux semble surveiller une tablée d’élèves  assis sur un robuste banc à peine équarri : ils sont tranquillement occupés à écrire ou rêvasser sur un grand double pupitre collectif. Au mur, le tableau noir  sur lequel le lithographe a inscrit  une date (1872) et un  titre (je distingue le mot Instituteur), des panneaux éducatifs pour apprendre à lire dans le cadre de l’enseignement mutuel, je pense.   Une ambiance assez studieuse finalement et patriotique. 

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 Bien  éloignée pourtant de la vision proposée par les éditions A. Colin dans un tableau pédagogique Delmas, le n°1.  Osons  paraphraser Baudelaire et lui faire subir les derniers outrages,  lui qui a eu l’école en détestation tout n’est qu’ordre, beauté - celle de l’ordre en tout cas, luxe (certainement car l’espace, la lumière et le fonctionnel sont rares dans l’habitat populaire et rural des deux derniers siècles), calme - studieux en tout cas,  volupté? C’en est trop ! Vade retro satanas! Vastes espaces,  grande hauteur sous plafond, larges baies vitrées ouvertes. La perspective idéalise à tout va ! Rien  d’autre ne distrait le regard  de la parole du maître que les tableaux pédagogiques dont l’immense mur est largement pourvu.  Mais les élèves ne sont pas au garde-à-vous: on les a voulus dans des attitudes variées: deux au tableau dessinent des figures géométriques, un autre debout récite sa leçon ; au premier plan on s’interpelle d’une table à l’autre ; au fond quatre petits  bien sages.  Dehors, je repère une partie de saute-mouton, à droite, dans une grande salle vitrée règne un  désordre plus artiste: des moulages au mur,  les enfants sculptent semble-t-il sous la houlette de deux moniteurs. Redingote, barbe ou moustache et même hauts de forme sont de rigueur dans cette école de garçons.  Et toujours le Godin au milieu. Et voilà,  je me suis pris au jeu de l’exercice d’élocution et de rédaction. Piégeux Delmas !

               Pour la rentrée  (des vacances de Toussaint) je compte sortir de mes réserves  quelques manuels.

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SOYEZ Scieur de long

                                                

                                                              SOYEZ scieur de long

 

le scieur de long leçons de choses 1890-007 recadré

  16 Septembre.

Aujourd’hui, je vous dis pas, c’est drache sur drache, ça finit pas de cesser, comme dit Erik.(François Caradec, Le doigt coupé de la rue du Bison, Fayard, 2008, p. 213).

   Tempête d’équinoxe mercredi. Le samedi était du même tonneau. Ce dimanche, idem. Il vient de tomber une ‘drache’ carabinée.

      Le poêle ronfle. Pépita ne va pas tarder à venir se blottir pour la soirée sur le canapé. Je me suis promis de continuer à tenir le blog de généalogie que j’ai ouvert en juin.  Le temps a passé. Juste une petite contribution en août et voici l’automne. D’urgence trouver un sujet pour « terresdartois ». L’ordre alphabétique a imposé sa logique toute aléatoire à « Challenge AZ ». On le garde. Ce sera donc  un patronyme, et commençant par S.

      Va  pour SOYEZ: aucun ancêtre direct mais ils sont nombreux dans ma base de données centrée sur le Sud d’Arras.   Rien d’étonnant: selon  Geneanet, d’après les arbres déposés sur son site, le nom est essentiellement attesté  avant 1800 uniquement dans le Nord de la France: du côté de Lille, et en Artois: autour de Béthune,  et là où j’ai mes quartiers familiaux, à l’Est et au Sud d’Arras vers Saint-Pol-sur-Ternoise, Beaumetz-les-loges.

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    En plein dans le thème de mon blog.  Au classement général de Filae, pour les naissances entre 1891 et  1990, Saulty arrive cependant en 5ème position (18 naissances) ; 45ème Bienvillers-au-Bois (4 naissances); 86ème Bavincourt (2 naissances).

    Question: pourquoi  cette concentration géographique du patronyme? En connaître le sens pourrait peut-être nous éclairer. Reprend-il un terme du dialecte local, une réalité qui n’existe qu’en Flandre et en Artois ? Filae  se contente de répéter ce que disent  d’autres sites

         Origine : SOYEZ est un nom du nord-est, forme septentrionale de Séguier, nom de personne d'origine germanique sighari, compose de sig qui signifie victoire et Hari qui signifie armée. Soyez est au 3224ème rang

     J'ai oublié  mon cours de phonétique de l'ancien français et j'ignore tout de l'occitan pour me prononcer sur une évolution qui me semble quand même  bien aventureuse. En outre, pourquoi des occitans (descendants de gallo-romains) auraient pris, en nombre, ce patronyme germanique de Séguier alors que les Wisigoths et les Francs n’ont jamais constitué en Aquitaine qu’une

soyez 1774 formes du R

minorité d'occupants peu soucieux de se mêler aux autochtones. Ceux-ci en retour n'avaient guère de considération pour ces "sauvages" qui cultivaient leur particularime barbare.On les voit mal poussant le snobisme jusqu'à prendre des noms germaniques. Geneanet retient cette origine et ce lien avec Séguier mais avance  une autre hypothèse: le mot se référerait « dans certains cas » au nom picard du scieur. Quelle est d'ailleurs la bonne orthographe ? SOYEZ ou SOYER?  Aïe ! Aïe ! Aïe ! Question à ne jamais poser si on veut  paraître un tant soit peu informé. En effet, selon les bons auteurs, aucune graphie n’est fixée avant la fin du XIXème siècle et la création des livrets de famille. Elle varie d’un acte à l’autre ou dans le même acte -selon les fantaisies du scribe, curé, clerc laïc, plus tard instituteur car le plus souvent les intéressés ne savent ni signer ni écrire  et s’en remettent entièrement à lui sans pouvoir contrôler la graphie de leur nom. Petite mise au point paléographique? Ce Z final  n’est au départ qu’une lecture erronée, ensuite tenue pour exacte,  d’une forme ancienne de R final avec une jambe comme on voit dans l'acte de mariage d’Augustin- François SOYER.

       Malgré ce flottement orthographique qui nous affole alors que nos aïeux s’en souciaient assez peu,  la prononciation locale est en général respectée et c’est ce qui doit nous guider, je pense. La signification du nom reste hermétique si on le prononce comme l’impératif du verbe "être" [swayé] (on me pardonnera les incertitudes de mon alphabet phonétique j’espère). Tout devient clair avec  les graphies SOHIER/SOÏÉS parfois rencontrées: elles veulent  transcrire  sans équivoque la prononciation en picard  [So-i-é]. Sohier du bwo, c’est le scier. C’est ce que j’entendais dans mon enfance durant les vacances passées au village de Bavincourt  chez mes grands-parents. Ce patronyme désigne donc (la chose est courante)  un métier, celui de scieur de long, en picard un sohieu francisé dans la graphie en Sohier avec la terminaison en -ier  (ou en –eur) habituelle des noms de métiers.

bavincourt Saulty Cassini

Dans le reste de la Picardie (Somme, Aisne) et en  Champagne c’est la forme SOYEUX qui prédomine.   Des scieurs de long, j’en ai beaucoup dans ma base de données – et certains se nomment même SOYER - à Bavincourt  et Saulty, deux villages de l’Artois exceptionnellement entourés de bois aujourd'hui encore.

       Mais pourquoi  dans tous ces pays de langue d’oïl ne rencontre-t-on les SOYER/SOHIER/SOYEUX que dans la partie Nord, là où l’activité forestière n’est pas primordiale?  Sans compter qu'il faut partout de petits ateliers  (peut-on parler de scieries ?) pour débiter les troncs et les rendre utilisables pour la charpente ou la menuiserie?

        Les cartes postales anciennes montrent le caractère précaire  des installations: on opère au plus près du lieu d'abattage, en pleine forêt dans une clairière, sur la placette d'un village. Il suffit de dresser deux hauts chevalets, d'improviser avec un tronc une chèvre.

scieur b

Et pourtant, pas de SOYER autour de Paris, ni en Beauce ou en  Brie,

Soyez fréquence avant 1800

pas plus qu’en Normandie, Touraine ou Bourgogne. Des scieurs de long, il y en avait forcément ds chaque bourg, qu’ils soient dénommés  dans les registres paroissiaux scieurs d’aire, d’aisses, d’aix  et autres scieurs de haute scie mais  - allez savoir pourquoi- le métier n’a pas servi à distinguer les individus qui l’exerçait et n’est donc pas devenu un patronyme.

 

 

     Qu’en est-il  en pays d’oc ? Comment désignait-on le scieur de long en Auvergne dans le Poitou ou la Guyenne? Pourquoi les Picards se seraient-ils distingués en étant les seuls à figer  à l'occasion cette activité en patronyme.

   En occitan  le scieur de long se nomme un rassegaïre (à consulter par exemple le site « vieux métiers cantalous » https://www.cantalpassion.com/nos-terroirs/occi/1457-vieux-metiers-cantalous.html ). Comme il fallait s’y attendre, un patronyme en a été tiré: RESSEGUIER. Information de Geneanet:  

       Resseguier : Le nom est porté dans le Tarn et les départements voisins. Variantes ou formes voisines : Rességuié,   Ressiguier (82), Rességaire (84, 26, 05), Rességuet (32), Resséquier (73). Il correspond au métier de scieur, en principe scieur de long.

RESSEGUIER est classé au 4423ème rang des noms de famille en France, SOYEZ  au 3224ème: l’un comme l’autre sont donc

scier occitan carte

rares. Et curieusement RESSEGUIER se limite comme SOYEZ à une zone

séguier avant 1800

très restreinte alors que le métier est largement répandu. Un mystère. La carte du verbe « scier » en

occitan  apporte au dossier des éléments dont je mesure mal la portée. Le patronyme pseudo-germanique ( c'est ce que je continue à penser!) SÉGUIER ne serait-il pas à mettre en rapport avec ces formes segar et ressegar rencontrées dans  l’Ouest du domaine occitan? Pourquoi ne pas en faire  un avatar de RESSEGUIER, d’autant qu’il est porté exactement dans les mêmes départements ?

           Ces singularités excitent  les imaginations  dans certains sites de discussion : les SOYER du pays chtimi désigneraient des soyeux, des artisans qui tissaient la soie.  Peu vraisemblable en Artois où on n’a jamais vu trace d’un ver à soie, et encore moins au XIème siècle lors  de l’apparition des noms propres : la soie était une matière précieuse qu’on importait sous forme de soieries et non de fil à tisser.  J’appelle à la rescousse quelques érudits du  Web comme Francis LETHO bien connu du site de discussion GenNPdC ("Généalogie du Pas-de-Calais"). Il m’a sauvé la mise lors d’un échange assez chaud avec un tenant du tissage de la soie en Artois.   

 Je confirme pleinement les formes picardes "Soyer Sohier" etc. : en français SCIER : on dit en bon Picard "Soyer du bos" "scier du bois", et de là l'ouvrier était un « soyeu ».
  L'outil, la scie se dit en Picard "in-ne soye" (le mot SOYE ne se prononce pas SOI mais SO-ILLE !) et la petit "Soye" est une "so-i-ette"
     La forme "soyeu de haute soye" : il s'agit en français d'un "scieur de long" c'est à dire un scieur de planches. Le tronc était disposé sur deux hauts tréteaux, un scieur se positionnait pieds à terre et l'autre scieur les pieds sur le tronc et par un mouvement de va et vient "ils tranchonne-ouais" l'arbre pour en faire des planches.
Une ritournelle enfantine d'autrefois en Picard : "quand min père éteu so-y-eu, on so-y-eu si bi-in a deux, archi, archi, archi bibi!
    Autre forme pour le nom du "scieur de long" en Artois, "scieur d'aire" qui vient du fait que les scieurs de long s'installaient sur une aire pratiquée dans la forêt (espace défriché). Cette forme est souvent orthographié dans les registres sous la forme "sieur d'aire" ce qui a donné à penser à certains que leur ancêtre était "seigneur de la ville d'Aire" '15/09/2012!

           Pour se faire une idée du travail des scieurs de long avant le développement des scieries actionnées par l'eau ou plus tard la vapeur, voici dans  la Fortune des Rougon, Zola décrivant le travail des ouvriers à Plassans dans un coin  de l’aire Saint-Mittre (merci le Web pour la référence!).

    Une scierie, qui débite dans un coin les poutres du chantier, grince, servant de basse sourde et continue aux voix aigres. Cette scierie est toute primitive : la pièce de

scieur rép des pyrennées

bois est posée sur deux tréteaux élevés, et deux scieurs de long, l’un en haut monté sur la poutre même, l’autre en bas aveuglé par la sciure qui tombe, impriment à une large et forte lame de scie un continuel mouvement de va-et-vient. Pendant des heures, ces hommes se plient, pareils à des pantins articulés, avec une régularité et une sécheresse de machine. Le bois qu’ils débitent est rangé, le long de la muraille du fond, par tas hauts de deux ou trois mètres et méthodiquement construits, planche à planche, en forme de cube parfait. (Ch. II début)

         Un tour par Geneanet avec la requête SOYEZ et ses variantes: pour Bavincourt et dans un rayon de 15 kms,  361 résultats (mais beaucoup de doublons). Je m’y retrouve en compagnie d’autres généalogistes amateurs qui ont déposé leur arbre. Une occasion de  vérifier mes résultats, de me conforter dans le sérieux de mon travail au vu de certaines bourdes qui font taches d’huile (heu!) si on pratique sans précaution le copier-coller, et puis restons modeste et reconnaissant, je m’aperçois de mes propres erreurs et je glane quelques infos supplémentaires. On revoit certaines  fiches, on reçoit quelques fameux coups de pouce aussi quelquefois. Bref un grand ramassage de feuilles mortes: approximations, erreurs,  manques, confusions entre homonymes. Me voilà par exemple avec deux Jean-Jacques SOYER sur les bras. Pas de confusion possible entre eux mais autant la fiche de l’un est bien remplie, autant l’autre est squelettique. Yallah! (allons-y, en avant!, let's go!) comme aimait répéter sœur Emmanuelle pour se donner du cœur à l’ouvrage.

          Dans ma base de données, j’ai repéré à Bavincourt, au cours du  XVIIIème  15 familles de scieurs de long  qui touchent de près ou de loin à ma famille soit  plus d’une trentaine d’individus. Pas mal car les professions ne sont pas toujours indiquées. Curieusement, ce métier n’est plus mentionné au XIXème siècle : aurait-il disparu ? Douteux. Ou alors on l’intègre dans la catégorie très floue et dévalorisante de manouvrier ? Affaire à suivre.

      

Soyez JB arbbre

Ces scieurs de long  du XVIIIème siècle se connaissent bien car ils travaillent en équipe; ils  forment un milieu professionnel structuré et les alliances entre eux  ne sont pas rares mais rien à voir avec les cercles fermés des meuniers. Pour seul bien, ils n’ont que leurs bras ; ils louent leur force de travail. Les meuniers de chaque village bénéficient  d’une rente de situation, les paysans du village ayant obligation de venir faire moudre leur grain chez eux. Personnages enviés et redoutés ils fonctionnent comme de véritables dynasties dont les membres tiennent les différents moulins d’un secteur géographique. Mes scieurs de long se constituent tout au plus en réseau au sein du village. Jean-François (scieur d’aire)  et Jean-Jacques BRASSART continuent la tradition de Théodore leur père. Le frère Pierre Joseph (manouvrier ou couvreur en paille selon les années) épouse une SOYER, Marie Joseph fille de Pierre Laurent SOYER dont le frère Jean-Jacques  est également scieur (leur père Jean-Baptiste était, lui, berger). Une SOYER était déjà entrée dans la famille  en 1701 comme épouse de l’arrière-grand-père Nicolas BRASSART (1680-1730) dont j’ignore l’état. A creuser.

      Au fil de mon propos, je prends conscience des manques et des à-peu-près du dossier. Finalement le pari que je me suis fait d’écrire sur les SOYER a pour première utilité de m’obliger à pousser plus avant ces recherches. Belle résolution pour une rentrée.

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Quarantaine & Pastèque

 

QUARANTAINE & PASTEQUE

 Nommer un enfant trouvé 2 Août

patek fotos

Le titre antérieur était Pastèque et Quarantaine. Inversé, ça sonne mieux: les queues en chiasme au lieu de bégayer au milieu: que-que 

       Il m’a bien fallu un mois pour me remettre du Challenge. Le blog est resté silencieux mais le chercheur en marche! n’a pas chômé. Il a plongé dans les registres d’Arras  du début du XIXè siècle pour en conclure …qu’il n’y avait rien à conclure des méthodes du «baptiseur »  de l’État Civil.

        À consulter les tables des naissances de 1817, on sent le souci de « fabriquer » un nom vraisemblable qui se rapproche de noms en usage dans la ville, tel un fictif VASSELINE qui succède à un réel VASSELIN. QUENTINET s’inspire certainement d’un QUENTIN voisin ; VERDEL et VERDELET   reviennent à plusieurs reprises

 

                                         En 1813 ou 1814 la mode était à la botanique- comme au beau temps du calendrier révolutionnaire. Va pour un tonitruant Ladislas COQUELICOT. L’allitération Antoinette ANSÉRINE gomme la bizarrerie du nom. Jeu de rimes : Ferdinande MONARDE, Julien FUSAIN, Denis VERNIS. On   s’autorise aussi quelques extras: un anodin Jules GERMAIN, de plus voyants Léontine TRICOLORE, ou Louis-François TOUTBLANC. On plaindra les Laurentine PYRAMIDALE,  ou Rosalie QUARANTAINE.

1813 Arras noms

1814 arras noms

  1814 a une spécialité: les arbres. Vive Honoré LIQUIDAMBAR, dénomination autrement plus  commode à porter  que  celle de Célestine PASTÈQUE l’année précédente ! Dans cette apparente thématique (on n’ose dire  cette logique), quelques dérapages interpellent, dignes de Queneau ou Desproges : quel cerveau amoureux du bizarre a donc forgé ces Morgou, Chelone, Tornep, Velar sortes d’anagrammes destinés à enrichir une novlangue avant la lettre? L’étrangeté saute d’autant plus à l’oreille que les prénoms   obéissent à l’orthodoxie catholique : ce sont les saints les plus admis sinon courants du calendrier.

Dans les années antérieures, on paraît s’être tout bêtement inspiré du lieu où l’enfant a été recueilli: Micheline Elizabeth DEGRÉ, a été trouvée sur les degrés de la maison commune en floréal an XI, François LANCÉ  fut abandonné en prairial an XII sur un remblai de rempart. Charles Joseph JOYEUX  (pluviôse an XII)  était peut-être doté d’un heureux caractère mais Dominique  Michel IVRE (thermidor XI) avait-il déjà un coup dans l’aile lorsqu’on le récupéra? À moins qu’on lui ait fait ingurgiter une lampée de genièvre pour le ranimer ? En 1806, les enregistrements d’enfants sont rares mais les circonstances des trouvailles sont narrées avec une précision remarquable qui ne manque pas d’émouvoir  à deux siècles d’intervalles.

 15 janvier 1806.   7h du soir le Sr Lemaire vicaire de la cathédrale en sortant  trouva entre les deux portails un enfant qu'il fit remettre par le sonneur entre les mains de la dame Monvoisin. Enveloppé dans un mauvais morceau de couverture d'étoupe un morceau de laine grise, un morceau de toile en forme de drapeau un corset de coton à carrés rouge et bleu un bonnet  d'indienne brune à fleurs jaunes garni d'une blonde noire un ruban de soie bleue aucune marque ni billet. Cheveux, sourcils, yeux noirs. (15 janvier 1806 n° 37 vue 1383)

 Sans surprise l’enfant ancienne cathédraleâgé de 15 jours  s’appellera Jean-Baptiste DUPORTAIL. La cathédrale à cette époque n’est plus que l’ombre d’elle-même. Vendue comme bien national à la Révolution, son acquéreur hollandais la transforme en carrière de pierre. Napoléon décide qu’elle trop délabrée pour qu’on investisse dans sa restauration ; les édiles la raseront et élèveront dans un transept l’église St Nicolas en Cité actuelle

      5 mars 1806  Chez Blondel libraire une femme venue pour lui acheter un livre laisse un enfant dans la boutique pendant qu'elle va faire des courses. Enfant vêtu d'un sarreau d'indienne fond blanc et fils rouges, tablier de toile à carreaux blonds une mauvaise camisole d'indienne fond blanc à barres et fleurs rouges, tablier de toile à carreaux rouges, mauvaise chemise de toile blanche, petit mouchoir rouge,  bonnet à trois pieux? violet garni d'une bande noire.( 5 mars 806 n°136 vue 1410)

L’enfant  âgée de deux ans  est dénommée Marie PAUL. C’est bien plat pour un abandon tristement romanesque.

      Tous les CARTON doivent-ils comme André Guislain leur nom  à l’emballage dans lequel il fut trouvé au matin du 6 janvier 1806, âgé pense-t-on de 3 jours ?

       6 janvier 1806   Lefebvre valet d'église de St Nicolas rue Baudimont a trouvé à 6h du matin sur les degrés de l'entrée principale un carton en forme de tombeau couvert d'un papier rouge à grandes fleurs blanches et l'ayant ouvert y trouva un enfant qu'il porta aussitôt à la dame Monvoisn - l'enfant est enveloppé dans un morceau de serge verte ayant un drapeau de toile blanche, un lange blanc, un autre drapeau était sous son cou, une chemise de toile blanche avec un tour de col de mousseline rayée, un corset de de garat blanc, un bonnet de bazin blanc à grandes  rayures garni de mousseline avec un ruban de soie argenté dans le fond du carton étaient aussi deux morceaux de serge verte, deux autres chemises  et plusieurs morceaux de toile le tout sans marque. Âgé dliquidambare trois jours les cheveux et les sourcils noirs;  les yeux bruns foncés il portait au bras gauche une petite tresse de cheveux noirs (AD 62 naissances 6 janvier 1806 n°36 vue 1383)

coquelicot

 

On espère que la dame Monvoisin qui l’a recueilli lui a laissé le souvenir ultime que sa mère aura voulu qu’il garde d’elle

    L’administration  est peu regardante sur le ridicule qui s’attache à certains noms. Cruelle, perverse ? Mais elle sait bien que la plupart de ces petites créatures n’auront jamais à supporter les quolibets que n’auraient pas manqué de déchaîner de tels noms. Il suffit de lire le registre des décès parmi les enfants trouvés, c’est l’hécatombe. Alors vivent les COQUELICOT  et les LIQUIDAMBAR si malgré ces appellations incongrues leur porteur a pu traverser les orages !

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30 juin 2017

Z comme ZAYONNET 30 juin 2017

Z comme ZAYONNET  30 juin 2017

 

           

Z tour d'abandon

Pour la dernière lettre de ce challenge, une fin en beauté avec ZAYONNET. Honneur aux ZAYONNET  bien vivants d’aujourd’hui qui apparaissent sur Internet. Je parie qu'il ne se doutent pas de leur  privilège extraordinaire: on sait exactement où et quand est né le premier porteur du nom. Car ce nom est tout récent;  il est arbitraire ; il est unique. Il est apparu dans le Pas-de-Calais au 19ème siècle et ne s’est guèreZ popu nom zayonnet répandu ailleurs: il se situe au 353947ème rang ds noms de famille en France

 

 

   26-5-1818 à midi N°52   Par devant nous Augustin Benoït Joseph Linque adjoint au maire d'Arras le sieur MONVOISIN a déclaré en mairie qu'hier à 9h du soir il a recueilli au tour un enfant du sexe masculin nouveau-né qu'il a présenté n'ayant sur le corps aucun signe distinctif. Nous l'avons inscrit sous le nom ZAYONNET et le prénom Jules et ordonné qu'il soit remis à l'administration des hospices d'Arras de quoi nous avons dressé acte en présence de Henri Demazières et de Constant Vauclin témoins majeurs demeurant à Arras lesquels ont signé (AD 62 Arras 5MI 041-34 vue 1063)

          Augustin LINQUE   a ainsi nommé et prénommé nombre d’enfants trouvés selon une logique qui m’échappe : pas d’ordre alphabétique apparent : les garçons précédents se nommaient  Audorant, Pondé, Féron ; les suivants Calicot, Longet. Puise-t-il,  selon l’inspiration du moment ou  d’après quelque indice physique, dans une liste  établie par avance de noms inventés selon un procédé oulipien ou surréaliste avant la lettre? Dans les années 1830, à Arras on composait des anagrammes  à partir d'une base: par exemple ARFIB, BAFIR,FIBAR,BAFRY,RIFAB oou bien OLFRY,FILOR, LOREF,LEFOR ( recherche de Jean-Pierre ARFIB sur son nom) Rien de tel ici; le mystère reste entier.

   Les ZAYONNET ne font pas partie de ma famille. Pour moi, ce n’est qu’un nom, frappant, comme une zébrure, un fouet qui claque et en même temps pas très redoutable, à cause de ce diminutif aimable. Comment m’est-il entré dans l’esprit ? Par l’arrière-grand-mère Mélina dans ses conversations avec sa fille Lucienne. Il m’avait frappé, de même qu’un autre, HÉRISSÉ. Elle les associait souvent  et pour cause.

Z- arbre

Ce  HÉRISSÉ dont elle parlait, Théodule, était le mari de sa tante. Il était maçon et venait de La Cauchie, le village situé de l’autre côté de la route nationale. Il était aussi le beau-frère d’un ZAYONNET, Alfred, charron à La Cauchie également. HÉRISSÉ (ou HÉRICÉ) n’est pas du tout un nom inventé  mais l’extraordinaire, c’est que l’ancêtre qui le portait, Pierre-Claude était aussi un enfant de l’Assistance, non pas enfant trouvé mais enfant abandonné sciemment, confié  dans des circonstances inconnues  aux Hospices de Paris et mis en nourrice à Humbercamps au début de la Révolution. Or Jules ZAYONNET, le père d’Alfred est aussi passé par Humbercamps: tout en menant une partie de sa vie à Berles-au-Bois où il a trouvé femme et vécu un temps, il a fini par s’installer à Humbercamps.  Un autre lien que je découvre à l’instant avec ma famille maternelle et qui explique que le nom de ZAYONNET devait assez souvent revenir dans les propos que j’entendais tout enfant: Marie la dernière fille de Jules ZAYONNET se marie avec un THUILLIEZ proche parent de mon arrière- grand-père Lucien, le mari de Mélina.

Z berles autour

C’est un peu embrouillé mais ça ne fait rien: dans ces petits villages distants de quelques kilomètres, tout le monde était peu ou prou parents. Finalement ces  ZAYONNET , ces Hérissé  arrivés là par hasard, ou plutôt par les malheurs de leurs géniteurs, après avoir pu surmonter les rudes conditions d'existence de leur petite enfance avaient réussi à se faire  une  place dans les réseaux compliqués de ceux qui n'avaient jamais bougé que de quelques kilomètres en deux ou trois siècles

Z tour d'abandon x

      

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29 juin 2017

Y comme "Y-a-plus-k"

 

Y comme « Y-a-plus-k »   jeudi 29 juin

 Encore faut-il s’y mettre ! Et c’est de la procrastination (quel vilain mot) en généalogie que je voudrais parler.

Y procrastination

Toujours remettre à demain : un boulet dans  la vie quotidienne  des intéressés– et  de  leur entourage donc ! Gilbert STUART mit paraît-il quinze ans à entreprendre de terminer le tableau ci-contre. Terminer ? La main semble  encore enveloppée  dans une moufle.  Mais remettre au lendemain,  en généalogie, quelle importance  après tout? Les morts peuvent attendre, non ? Ont-ils eu tort ceux qui ont longtemps attendu le jour propice où ils  se mettraient à rechercher leurs ancêtres ?  La mise en ligne à peu près généralisée des registres d'état civil leur donnerait raison. Quand je repense à mes débuts, pleins d’enthousiasme pourtant, où je recopiais à la main sur des post-it les actes déchiffrés aux Archives du Pas-de-Calais, je regarde mes balbutiements avec une certaine commisération. Désormais, il suffit de cliquer un peu habilement pour avancer à pas de géants. On transcrit les résultats sur un logiciel personnel ou sur celui d’un site spécialisé et Hop, l’arbre se construit au fur et à mesure. On est impardonnable de ne pas s’y mettre illico. Cependant, passés les premiers enthousiasmes des découvertes les plus faciles, viennent les impasses, les familles indémêlables, les registres gribouillés, les battues fastidieuses, les heures qui s'écoulent infructueuses. On se casse les dents. On se lasse. On repousse à plus tard l'inventaire des blocages, on ouvre d'autres chantiers dans tous les coins. « Ne pas remettre à demain etc. … » martelaient  les leçons de morale de l’école traditionnelle.

               Mais en généalogie l’information  n’est pas que dans les vieux papiers. Ne pas interroger à temps l'entourage m'a joué plus d'un tour, ou plutôt m'a privé irrémédiablement de certaines données. Je n’ai jamais pensé à interroger ma mère  sur le village dont je croyais si bien connaître la chronique tant elle était ressassée par elle et ses frères à chacune de leur rencontre. C’est maintenant que je saurais leur poser des questions précises mais ils ont disparus. Ma mère la première, la plus proche et la mieux disposée à raconter sa famille et son village mais Alzheimer l’a enfermée dans une forteresse inaccessible.  Pendant des années, allant la voir à sa maison de retraite, je suis passé devant le bâtiment des Archives du Pas-de-Calais sans me décider à y rentrer  pour y trouver de quoi commencer mon arbre. Du coup je suis passé à côté des renseignements précieux que mon père, encore en vie aurait pu me donner.

Y- Lucienne, François, Marcel et des inconnus 1933-001

Le peu qu’un jour j’ai réussi à lui faire dire ne fait qu’aviver mes regrets d’avoir tardé. Coïncidence à interpréter comme on veut : au moment où j’étais décidé à sérieusement interroger un oncle qui en connaissait un rayon sur la famille  j’ai appris qu’il venait de décéder, emporté par un cancer qui le minait depuis des années. J’en avais connaissance

Y- Lucienne, Julienne-Beaucourt-Coin, Mlle Poidevin

mais, mais…plus tard, trop tard. Restait mon autre oncle. Avec lui la communication était difficile à cause d’un cancer de la gorge mal soigné : seule sa fille comprenait bien ce qu’il disait  mais quand il dérivait dans des horreurs sur la famille  sa fille se refusait à me traduire. Bref, faute d’avoir su à temps  recueillir la mémoire familiale,  j’ai des albums entiers de photos de mariage ou de communion qui me restent muets à jamais. Regrets éternels.

 

            Et puis parfois, vous ne supportez plus cette inertie qui vous fait constater avec une morosité paralysante que vous ne savez toujours rien des parents d’Alexis BAS, votre ancêtre direct de cette. Qu'est-il advenu de cettte Colombine CHEMINEL dont vous ne connaissez que la date de naissance et un enfant naturel? Vous en avez assez d’évoquer avec émotion le souvenir de plus en plus effacé d’une photo de  Marcel POISSON accrochée au mur de la cuisine chez les grands-parents. Au fait combien d’enfants avait Hyacinthe GOSSART ? Yallah! Vous vous secouez, vous vous renseignez sur les horaires  d’été des Archives de la Seine, vous bravez la canicule sur un boulevard Serrurier dépourvu d’ombre, vous n’avez de cesse  de retrouver le dossier de l’Assistance Publique du petit Marcel mort à Verdun. Autre scénario: un clic de hasard vous met sur la piste d’Émile GOSSART professeur de physique à Bordeaux. Mais comme vous êtes impénitent et dispersé, vous attendez des années avant d’exploiter cette veine. Elle vous réserve pourtant bien des surprises une fois que vous  avez repris le sentier de la guerre. Nul n’est incurable. La fièvre de la découverte  fait parfois trembler le procrastinateur le plus endurci. Un Challenge comme celui-ci mobilise, réactive les zèles assoupis. Soit. Il me tarde malgré tout d’arriver justement à la lettre Z pour  disons reconstituer ma force de travail   et laisser un peu filer les choses. Demain demain demain…           

 

 

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28 juin 2017

X comme François XAVIER

 

 

X comme François XAVIER mercredi 28 juin 2017

         

X image pieuse F-X

  J’avais primitivement dans l’idée de

 

parler des quelques Xavérine rencontrées mais elles sont vraiment falotes – du moins n’ai-je rien trouvé sur elles. En revanche me vient en tête un FRANÇOIS XAVIER  de la famille paternelle.

  Il ne faut pas perdre une occasion de s’instruire mais je ne vais pas jouer l’oncle Paul avec ses belles histoires qui servaient de bancs d’essai aux nouveaux dessinateurs de

X hist de l'oncle Paul

SPIROU.  Voici ce que je retiens d'un savoir tout frais. Alors que souvent les noms sont d’anciens prénoms  tel Martin, Guillaume, Robert ou Lamartine, pour FRANÇOIS XAVIER le chemin a été inverse: c'est un nom devenu prénom puisqu’à l’origine Xavier (Javier en espagnol) est le lieu de naissance en Navarre du jeune François (1506-1552). On ne devrait donc pas mettre un tiret entre les deux termes. C’est un Jésuite, et même un des premiers puisqu’il fonde l’Ordre avec Ignace de Loyola. Il a évangélisé – ou essayé- le Japon, l’Inde et la Chine. Il est mort à Goa où une châsse abrite son corps (amputé des reliques  dispersées de par le monde) mais un bras est  gardé dans un reliquaire à Rome.

x reliquaire FX

Étant donné le nombre de ses voyages en Asie, il est le patron des missionnaires et… du Tourisme. La popularité du prénom date du XVIIIe siècle et effectivement dans mes fichiers, figure une cinquantaine de François Xavier, la plupart nés dans les années 1750. Le plus ancien est un Xavier POULLAIN né à Sombrin (Pas-de-Calais près d’Arras) en 1733. Il est parrain d’un Xavier BAS ou LEBAS (un ancêtre de ma famille maternelle) peut-être un des cinq  rescapés  des treize enfants d’Alexis BAS et Marie-Anne Ponthieu : les six derniers sont morts entre un mois et deux ans malgré le patronage à deux reprises du saint jésuite.

      J’en viens à François Xavier, en fait appelé le plus souvent Xavier, Xavier FROMENT. Un

X frt F X arbr

grand oncle de mon père. j'ai jeté mon dévolu sur lui pour deux raisons.

1° C’est un jumeau : ce n’est pas si courant. Il est né comme sa sœur Marie-Blanche FROMENT  le 4 octobre 1853 à Bavincourt, Pas-de-Calais.  Il ne s’est pas marié ; il est décédé à 46 ans alors que sa sœur, mon arrière-grand-mère a disparu à 69 ans en 1922. C’est le seul garçon au milieu de quatre filles (sans compter une cinquième, l’aînée décédée à deux ans). On devait probablement mettre  beaucoup d’ambitions sur lui mais, à voir sa signature mal formée, il paraît avoir été de santé faible.  Par son testament il donnait une grande partie de ses biens à Marie-Blanche qui est ainsi devenue fort bien pourvue de belles et bonnes terres à blé et à betteraves.

X- frt 1890 M de paul émile

X 1889 t N Blache sign

2° Papa me disait qu’il l’avait toujours vu au coin du feu, malade. Impossible : il est décédé en 1899 et papa est né en 1918. Se sont  superposés dans son souvenir ce qu’on lui disait de ce grand oncle et des images qui l’avaient frappé enfant: sa grand-mère alitée pendant plusieurs mois avant de décéder (il avait alors quatre ans) et un vieillard que tout bébé – à deux ans – il avait pu voir au coin du feu. Pour remplir ce rôle je ne vois que son arrière-grand-père Siméon DRUGY: il demeurait à Foncquevillers mais il a terminé sa vie chez son fils Léonard DRUGY. Il meurt en 1920 au grand âge pour l’époque de 89 ans.

   Conclusion: il faut manipuler avec précaution les souvenirs d’enfance des parents  et la tradition familiale. J’en ai fait plusieurs fois l’expérience. Mais en même temps il ne faut pas les  rejeter car comme toute légende, ils contiennent des parcelles de vérité. Aux fins mythologues  que nous devons  être  de savoir les interpréter.    

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27 juin 2017

W comme WALTZ

 

 W comme WALZ/WALTZ mardi 27 juin 2017

 

Il ne s’agit pas ici de Jean-Jacques WALTZ, plus connu sous le pseudonyme de HANSI, dessinateur férocement antiallemand durant l’occupation de l’Alsace par l’Allemagne. Il a popularisé et figé peut-être dans le folklore l’Alsace et ses cigognes. C’est sur lui qu’on tombe à tous les coups lorsqu’on interroge la Toile.

C’est d’une famille plus discrète mais brillante que je veux parler,  et de sa figure de proue Adolphe WALZ (il

W- waltz ad et P

francisera son nom en WALTZ lorsqu’il optera après 1871 pour la France). Pierre Birnbaum aurait pu faire de lui un de ces « fous de la République » qui ont  cru aux valeurs des Lumières, ont tout misé sur les promesses d’ouverture  et de liberté  qu’offraient « l’émancipation » et la « régénération » des Juifs  opérées en 1791 par la Révolution, consolidées  vaille que vaille  par Napoléon, la Seconde République, le Second Empire et la Troisième République , malgré certains reculs, malgré le développement d’un antisémitisme virulent qui au-delà de l’affaire Dreyfus aboutira aux lois discriminatoires de Vichy.

W- asc desc Abraham Walz

 Je n’ai pas la prétention ni la folie de me lancer dans un récit  exhaustif de la saga WALTZ. Quelques repères seulement pour situer  des personnages dont plusieurs ont longtemps été pour moi des signatures de traductions et de manuels de littérature grecque ou latine, et que j’ai découvert bizarrement  comme alliés par la bande à ma famille.

   Point de départ: la prise de nom de 1808, un véritable baptême civique imposé par Napoléon. Avec l’obligation  du nom fixe et transmis, c’est la naissance  des WALZ, le nom que  choisissent Joseph CAÏM (Joseph WALZ), ses fils Joseph Caïm der Sohn (Joseph WALZ le fils),  Joseph Abraham (Abraham WALZ)  et Joseph Koechel (Gabriel WALZ)  et tous les autres Joseph hommes ou femmes. Pourquoi ce choix, alors que JOSEPH paraisssait fonctionner comme un nom classique, transmis d'une génération à l'autre? Les LEVY, KAHN, DREYFUS n’ont guère opté pour le changement, sans doute plus attachés à un nom lourd de références religieuses ou affectives. Pas de prénoms bibliques, ordonnait le décret de Bayonne. Les  JOSEPH de Romanswiller ont fait du zèle: décidés à se dépouiller de toute référence à l’Ancien Testament (mais que font-ils de Joseph le père nourricier de Jésus?), pour  se fondre dans la masse germanophone ils adoptent un nom porté dans  les villages alentours par de « bons » alsaciens -catholiques ou protestants. Dépouiller le vieil homme en somme. Mais ce qui colle à la peau,  ce sont les métiers de ces nouveaux citoyens, des professions  décriées, accablées de clichés (colporteurs sales et manœuvriers, maquignons véreux) et même haïes (usuriers implacables). Les autres communautés affecteront longtemps de croire que les Juifs se complaisent  dans ces états peu reluisants ou douteux, dans la crasse et l’ignorance  alors même qu’il était interdit aux juifs de posséder des terres, d’acheter des boutiques et de s’établir ou de séjourner plus d’une journée dans des centres urbains dispensateurs de savoir moderne et d’idées nouvelles. Après « l’émancipation » qui fait des juifs des citoyens de plein droit, il faudra du temps et de l’énergie pour  vaincre les préjugés, aussi bien du côté de leurs concitoyens peu enclins à voir arriver des concurrents aux mœurs si différentes, que du côté des intéressés effrayés par cette liberté nouvelle, cette ouverture vers la modernité.

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Le bourgeois bien-pensant de la gravure de propagande ci-contre a beau jeu  de conseiller aux trois ferrailleurs de « vrais » métiers autres que la revente ou le commerce, il n’est pas si simple de sortir du réseau d’habitudes , alors qu’aucun artisan ne veut prendre un juif comme apprenti pour lui apprendre le métier, que les écoles de bon niveau n’existent pas dans les villages ou que les rabbins voient d’un mauvais œil les lumières concurrencer l’enseignement traditionnel.   Les métiers des WALZ de Romanswiller et des familles alliées  sont ce qu'on attendait : marchand de bestiaux, colporteur, ferrailleur. Le chef de famille et ses trois fils sont  donc dans le commerce ambulant. Le temps passe, le monde bouge autour de Romanswiller, les villes sont accessibles mais  les enfants WALZ, nombreux, ne quittent pas Romanswiller ou des villages semblables et rééditent les activités de leurs pères. Seuls les deux fils d’Abraham vont voir ailleurs. On retrouve Henry à Blida, mort (voir la lettre Q). Échappée ratée. C’est le cadet qui va  s’envoler et profiter des possibilités nouvelles. Lehmann WALZ, Romanswiller 1809 – Paris 1880. Voilà qui mesure le chemin parcouru, mais au prix de l’amnésie  du passé : son fils Adolphe qui déclare le décès ignore le nom de ses grands-parents  

            Comme d’habitude, on ne sait rien des conditions dans lesquelles le jeune Lehmann devient instituteur à Colmar ( c’est ce’ qu’il est à son mariage). Avec sa femme, Odile Levy, sage-femme ils ont huit enfants. Adolphe (1840 Clmar-1926 Paris) le second est brillant élève à Colmar;  il est inscrit au lycée Charlemagne à Paris, est distingué au concours général, et le voilà entamant le cursus universitaire classique  des enfants du sérail parisien, lui le petit-fils du ghetto :

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Normale Sup, agrégation, des postes variés de lycée,  mais Sedan arrive : il est au lycée de

W - Pétain antismit

 Mont de Marsan;  avec quelques autres jeunes professeurs républicains il se distingue par des positions avancées, créant un journal, soutenant le préfet installé par Gambetta. Son frère Émile qui s’est lancé dans le journalisme, devient sous-préfet. Le régime dans sa phase d’installation  sait reconnaître ceux qui ont tout à gagner à le soutenir. Adolphe  a opté pour la France, francisé son nom en WALTZ, fait venir ses parents. Il a aussi pris le temps de se marier, avec une Dreyfus – parente du capitaine- et sœur d’un journaliste, Ferdinand Dreyfus futur député, fondateur d’un journal républicain, La Nation, mais aussi mêlé à des malversations qui lui valent plusieurs années de prison. Bien sûr il a soutenu  une thèse ; il se spécialise dans la littérature latine, obtient un poste à la faculté des lettres de Bordeaux,  et meurt en 1926, rue du Docteur Blanche à Paris,  décoré de la Légion d’honneur depuis 30 ans.

             Comment l’ai-je rencontré ? Son fils  Pierre épouse la fille de mon cousin éloigné Émile GOSSART, son collègue de la Faculté des Sciences.  Et la reproduction continue : Pierre est  universitaire comme son père mais

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helléniste, traducteur acharné (6 volumes dans la Collection Budé de l’Anthologie Palatine – une compilation tardive de poètes grecs) ;  son frère René, brillant spécialiste de Sénèque mais aussi de Lamartine, règne  à Lyon sur le département de latin et... sur le scoutisme dont en pleine guerre il est un dirigeant important. Romanswiller est bien oublié, et d'ailleurs depuis 1918 le village est revenu dans le giron de la France comme le reste de l’Alsace.  Oubliées vraiment les origines? René a été prénommé René Isaac et après la guerre il signera de ses deux prénoms. Pour Pierre on a  choisi deux anodins Jules Maxime. Malgré cette « discrétion », le régime de Vichy ne s’y était  pas trompé et le doyen de la faculté des lettres de Clermont-Ferrand Pierre WALTZ sera interdit d’enseigner dès octobre 1942   c’est-à-dire dès la promulgation des lois antisémites dont Pétain, de sa propre main,  avait étendu l’effet à tout le personnel enseignant

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26 juin 2017

Vivent Védastine, Vindicien et Vénérand!

Vivent Védastine, Vindicien et Vénérand ! lundi 26 juin 2017

 

 

 

V st vaast tapisserie

On a beau s’attendre à tout avec les prénoms d’autrefois,  à ma première rencontre avec une Védastine je me suis demandé si j’avais bien lu : jamais je n’avais entendu ce prénom à Bavincourt.

V- ST Vast Wambrechies

J’avais connu une Palmyre couturière  (c'est même un des prénoms de ma mère), une Bertille  (à Maroeuil près d’Arras une source consacrée à la sainte serait bénéfique aux aveugles). Les féminisations improbable en -tine , j’en ai rencontré plus d'une,  Robertine, Rénatine (au lieu de Renée) Adolphine, , sans compter Modestine l’ânesse que  Robert Stevenson traitait plutôt mal au cours de son périple dans les Cévennes. Dans ma base de données de 15000 personnes, elles sont pourtant une petite vingtaine, toutes du Pas-de-Calais. Chez certaines il arrive en deuxième ou troisième place. Pour d’autres, c’est le seul prénom.  Impossible que les malheureuses se soient ainsi dénommées dans « la vie courante ».   Et d’ailleurs à quel saint pouvait bien se vouer les  Védastine?  J’ai dû donner ma langue au chat  et je suis tombé sur un site du diocèse d’Arras « les saints locaux ». Mais bon sang, bien sûr, Saint VAAST - prononcer [va:]- ! , VEDASTUS en latin. J’apprends par la même occasion, vous aussi peut-être, que GASTON en est le diminutif. Nombre d’églises du Pas-de-Calais lui sont dédiées, dont l’Abbaye Saint-Vaast d’Arras. Il a  instruit religieusement Clovis qu’ensuite a baptisé et couronné Saint Rémi. Celui-ci a envoyé son vicaire évangéliser l’Artois – ou plutôt ré-évangeliser la région devenue inhabitée après les invasions.  C’est ce que signifierait l’épisode de son face à face avec un ours dans une église en ruines tel que le raconte Jacques de Voragine dans sa Légende dorée. J’ai été profondément déçu que Michel Pastoureau dans son excellent ouvrage L’ours Histoire d’un roi déchu (Seuil) n’en fasse  aucune mention. Honte à lui  (je plaisante). À mon grand étonnement Vaast est très peu choisi comme prénom, bien moins que l’infernal Védastine alors que le nom  VAAST, VASSE n’est pas une rareté. Dans l’entourage des Védastine, aucun Vaast pour justifier  qu’on lui rende hommage en affublant la fillette d’une telle singularité – qu’elle a peut-être ignoré toute sa vie, se prénommant Marie, Henriette, Jeanne ou Marion  comme tout le monde.

V vitril venerand églis st vénérand de laval

 VINDICIEN, autre spécialité strictement locale : il est né à Bullecourt, entre Arras Bapaume. Il est élevé par St Eloi; introduit dans le clergé d’Arras par St Aubert (encore une gloire régionale  qu'honore  la rue principale d’Arras) il succède à son « parrain ». À sa mort vers

V Mt st éloi cardevacque

712, il est enterré à l’abbaye qu'il avait fondée à  Mont-Saint-Éloi, à 10 kilomètres d’Arras. Le prénom ne se rencontre que dans une ou deux familles de mes « connaissances ». Par exemple un clerc laïc né dans les environs de Bapaume transmet scrupuleusement  son prénom à son neveu qu’il parraine.

VÉNÉRAND: les seuls que je connaisse sont de Quesnoy-sur-Airaines, un village du Vimeu  dans la Somme. Ils se prénommaient plus couramment Louis. Ce sont des CHEMINEL que j’ai cru longtemps de ma famille mais j’ai dû me rendre à l’évidence après avoir remué les registres dans tous les sens: impossible de trouver un lien entre ces deux familles. Pourquoi donner ce prénom ? Pas d’autre Vénérand dans l’entourage. D’ailleurs le prénom ne fait pas référence à un saint local mais à Saint Vénérand né à Troyes mais mort décapité à Acquigny près de Louviers. Une partie de son chef  enfermée dans un magnifique reliquaire fut ballottée de Conches à Acquigny pour trôner finalement dans  l’église de Laval bâtie en l’honneur du saint, Saint Vénérand de Laval. Le culte normand de ce saint signifierait peut-être que ces mystérieux CHEMINEL installés à Quesnoy sur Airaines depuis le début du XVIIIè siècle ont des origines normandes ou angevines.  

 

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