terresdartois

Poisson d'avril

Poisson d’avril !

                       

1er avril c post

Pauvre Zéphyr François DRUGY. Il était né un 1er avril, en 1860. Il aurait bien eu besoin de recevoir ce gage de chance  au moins une fois dans sa courte vie.   

Comme souvent  pour ce blog, j’ai laissé le hasard « choisir »  ma victime: cherchant les natifs du 1er avril je tombe sur lui et une Joséphine Françoise DRUGY. Chouette, des jumeaux ! Vérification faite, j’ai fait naître cette Joséphine dans  un moment d’aberration. État second ? Fumage avancé de moquette ? Quoi qu’il en soit, j’ai eu beau chercher,  impossible de trouver confirmation de sa date de naissance ou d’une

fcq blt cart mod

filiation.

      Exeunt  les jumeaux.  Poisson d’avril ?  Reste  un Zéphyr François, dûment répertorié : c’est le frère de mon arrière-grand-père Jonas Siméon DRUGY, connu dès l’enfance  comme Léonard et dont j’ai raconté ailleurs la fin stupide en 1916, à soixante ans. Ils ont une sœur, Sidonie Henriette. Les DRUGY sont originaires de Bucquoy  et de Foncquevillers. Dans ces contrées, paysages, chemins, maisons, rien ne subsiste du cadre passé des  travaux et des jours. La cause ? La Guerre. Trois guerres : 1870, 1914-1918, 1940-1945. Restent les cartes postales.

blt rue de la gare

Depuis plusieurs générations, les DRUGY ou leurs alliés sont tisserand, faiseur de bas, fileuse pour les femmes tout en vivant du produit d’une petite ferme.   Tout ceci est assez banal. Ce qui l’est moins, c’est le choix des prénoms à partir de Siméon lui-

drugy siméon arbre

même : jusqu’alors, on avait puisé dans le stock ordinaire mais  Pierre Augustin DRUGY et sa femme Marie Barbe LEROY jettent leur dévolu sur des Siméon, Nazaire, Adélaïde  à côté d’Augustin, ou d’Elizabeth plutôt passe-partout. Soif de distinction chez l’ancien maréchal des logis de cuirassiers redevenu dans le civil tisserand et qui finira chiffonnier , faisant sa tournée ( peut-être su un' carett' à quien (une charette à chien) de vieux chiffons  et de peaux de lapins !  Siméon son fils  n’hésite pas :   avec sa femme  aux  prénoms impressionnants  - Fortunée, Victoire,  ils affublent leur aîné d’un Jonas rarissime, remplacé dans la vie courante par un Léonard à peine moins discret. Le choix  de Sidonie, pour la fille, est moins original. Quant à Zéphyr, il jouit d’une certaine faveur dans   la deuxième moitié du XIXe siècle.

           Zéphyr François est déclaré bon pour le service. Il a de l’instruction, comme son frère et sa sœur. Il est petit : 1, 56 m. C’est un blond aux yeux bleus. Faire son régiment à l’époque marque un homme : cinq ans - qu'il passe à Paris  au fort de Vincennessans dooute-dans  la 22éme section de commis et

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ouvriers militaires d’administration. Qui sont-ce ces C.O.A. ?  Ils travaillent à l’intendance, aux écritures,  au ravitaillement,  aux équipages.  La 22ème section est attachée au gouvernement militaire de la capitale.  Au regard de son niveau d’instruction, il a sans doute  travaillé dans les bureaux.   Malgré ce long séjour  à Paris, hors deux  périodes d’un mois en 1887 et 1889, il retourne au pays : à Foncquevillers chez ses parents puis  en 1890 à Bailleulmont, à une quinzaine de kilomètres. Pourquoi là? Il s’y est marié et établi, enfin – à 29 ans. Son frère  aîné Léonard encore moins  pressé  de « faire une fin » attend  ses 35 ans pour lier son destin à une  « jeunesse »     de 37 ans.  Leur sœur Sidonie les a largement devancés : à 20 ans, elle épousait  son Jules -DEMAZURE, un quasi trentenaire.

          L’élue de Zéphyr-François  est native de Bailleulmont. Un beau parti : c’est la fille du meunier DÉGEZ.

blt moulin

L’héritière plutôt car il est décédé depuis 8 ans. Les fils Augustin et Camille s’occupent  du moulin qui, miraculeusement rescapé de la guerre 14,  reprendra du service pendant la seconde guerre mondiale.  Un troisième fils est cabaretier. Les deux filles Mélina Aimée et Zulmée (on raffole  décidément des prénoms rares !) vivent avec leur mère des revenus d’une ferme. Elles habitent sur la place. Le nouveau marié  s’installe chez elles et prend sans doute la direction de l’exploitation. Un régisseur-maison en somme. Six ans après, en 1896, l’ectoplasme ZedeF disparaît vraiment du paysage : il meurt.  La matriarche et ses filles (car Zulmée en dépit de  - ou à cause de son superbe prénom – n’a pas trouvé chaussure à son pied) habitent toujours la maison de famille  et touchent  les revenus de leurs biens. En 1911,  les deux sœurs, leur mère disparue, ont à leur service une gamine de l’Assistance Publique de Paris née en 1896 (c’est  justement année du décès de Zéphyr-François).  Mélina Aimée  « propriétaire cultivatrice »  meurt en 1913, à cinquante ans. Impossible  pour l’instant de trouver où et quand est décédée Zulmée. 

   Quant à la « pièce rapportée », le pauvre Zéphyr François, a-t-il seulement pu exister dans un village où le meunier et sa famille sont des notabilités, dans une maison régentée par sa belle-mère? De quelle légitimité pouvait-il jouir quand son  union avec la fille du meunier était restée stérile ? Et que lui est-il arrivé pour qu’il meure en un lieu improbable : Marquette-lez-Lille, dont, par chance il est fait mention dans son dossier militaire?     

        14 février 1896 11h du matin par devant nous Michel Dillis maire de Marquette. Ont comparu Francisque Hudot 56 ans  et Séraphin Payen 36 ans employés demeurant en cette commune, voisins du défunt, lesquels nous ont déclaré que

- Zéphir François DRUGY cultivateur 35 ans 11 mois né à Foncquevillers (Pas-de-Calais) domicilié à Bailleulmont  époux de Mélina Aimée Dégez, fils de Siméon et de Fortunée Dersigny ( sans autre renseignement) est décédé en la maison qu'l habitait sise route d'Ypres en cette commune hier à dix heures du soir. Les témoins ont déclaré ne savoir signer [AD 59 Marquette 1884-99 vue 586 N° 19/ Bailleulmont 1893-1902 vue 58]

     Séparation  déguisée ? Mais pourquoi chercher refuge  dans ce village proche de Lille? Je ne vois qu’une explication: à cette époque Marquette  est connu pour abriter une maison pour aliénés, Lommelet fondé  en 1826 par l’ordre des frères de St Jean de Dieu.  Zéphyr-François  malade mental ? Soit  mais pourquoi aller si loin, alors que dans le Pas-de-Calais, existait  à St Venant une maison créée par le Conseil Général ?  Réponse : St Venant accueillait les femmes et les enfants ;  à Lommelet, des places étaient réservées pour les aliénés  du Pas-de-Calais. Seront plus tard accueillis ceux de l’Aisne puis de la Somme en attendant que ces départements se                         dotent des structures adéquates. Un rapport de 1851 décrit ainsi Lommelet :     L’asile est situé à 400 mètres environ de la route nationale à laquelle il est relié par un petit chemin pavé. Le
bâtiment principal, parallèle à la grande route, orienté sud-sud-est, a la

lommelet entrée cart post


forme d’un vaste quadrilatère divisé en deux par le milieu. La partie droite,
qui peut accueillir cinquante pensionnaires, est réservée aux pensionnaires de
« la classe bourgeoise » (50 places). Elle comprend trois réfectoires,
correspondant aux différents prix de pension, une salle de lecture et de jeux
de société, avec un billard. Une vaste cour, plantée d’arbres et ornées de
plates-bandes de fleurs et d’arbustes, y est attenante. La partie gauche
comporte une salle pour les patients de la « classe ouvrière » (17 places) et
une pièce beaucoup plus grande pour les malades du Pas de Calais placés d’office
(80 places). […] Au premier étage, on trouve à l’extrémité droite, les chambres
particulières destinées aux pensionnaires des deux

    

 

lommelet cour princip 1914

premières catégories, puis deux grands dortoirs de 20 lits chacun pour les malades issus de la classe ouvrière et de la dernière catégorie bourgeoise. À l’extrémité gauche se trouve l’infirmerie, composée de deux salles de 10 lits chacune. Au deuxième étage à droite, au-dessus des chambres du premier, on retrouve un nouveau quartier de 20 chambres pour les malades aisés, et à gauche, deux dortoirs de 20/24 lits chacun, pour les patients placés d’office.

On compte aussi une chapelle, une ferme où des patients travaillent aux champs. Le château initial qui subsiste abrite outre buanderies et cuisines,  plusieurs chambres et un vaste dortoir.  L’hôpital accueille six cents pensionnaires en 1865. Cette année-là,  un médecin visiteur se montre assez critique  sur la conception architecturale  mais loue le dévouement du personnel et les nombreuses activités ludiques et laborieuses offertes:

         Au bout de la rue Royale [à Lille], passé le pont levis de la porte Saint André, pris à droite la route sinueuse d’Ypres que traversent le railway et le canal de la haute Deûle, on arrive au village, où se trouve sur la gauche, un monument de briques rouges.  La continuité de ses bâtiments, la lourdeur de ses constructions, l’élévation de ses murs, et sa rectitude mathématique lui impriment un aspect par trop nosocomial [c’est-à-dire « hospitalier » ; « carcéral » correspondrait mieux aujourd’hui à son intention]. Tout au long des dernières années du XIXe siècle, on ne cesse de bâtir : moulin, nouvelle ferme moderne, ateliers du bâtiment, lieux d'accueil pour  les pensionnaires aisés. L’établissement a une excellente réputation pour la qualité de ses soins.

         Je reviens à l’acte de décès ,  superbe démonstration d'hypocrisie ( ou , au fond de délicatesse?): cette « maison  sise  route d’Ypres », ce lieu non nommé, (innommable  sinon par un euphémisme dérisoire?) ne sont  (j’en suis convaincu) rien d’autre que  la maison de santé de Lommelet,  et ces « employés » illettrés, ses « voisins »  (sic) les domestiques  ou hommes de charge de l’établissement. Reste à savoir si Zéphyr a été admis  dans les dortoirs comme nécessiteux du Pas-de-Calais ou a eu le statut de pensionnaire payant. Autre scénario, peu probable à vrai dire: il n’a été qu’un patient « de jour » et la famille  aurait  loué pour lui ce pied-à-terre. Questions primordiales : quand  fut-il admis là ? Pas avant 1891 car à cette date il est encore recensé à Bailleulmont. Quelle était la nature de ses troubles ?  De quelle maladie est-il décédé aussi précocement?  Les archives de l’hôpital pourraient donner une réponse, à moins qu’elles n’aient été perdues car l’occupation des lieux par les allemands en 14 puis en 40 fit des dégâts considérables. Quoi qu’il en soit, il est mort seul, loin de sa famille.  Triste fin, cruel  poisson d’avril !

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poiss ménage

Complément sur  Lommelet :

https://www.epsm-al.fr/index.php/article/lhistoire-de-lepsm-de-lagglomeration-lilloise

https://www.epsm-al.fr/sites/default/files/structures/publication-Lommelet-1825-2013-2%C3%A8me-edition-epsmal.pdf

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une Jeanne CALMENT sous Louis XIV ?

 

 

À Delphine pour  son anniversaire, ce 17 mars

                       Désolé, Delphine,   ce  17 mars-là,  en 1706 , ce n’est pas une naissance qui se produit, mais un décès. Pas n’importe lequel : celui de Marie DACHEZ et elle  a…    cent ans. Donc longue vie à toi, si tu veux imiter Marie DACHEZ! C'est rageant de ne rien connaître d'elle sinon la fin de son passage sur  cette Terre.

bailleulmont-album-de-croÿ

carte blt bis

        l'an de notre seigneur 1706 le 17 mars est décédée  Marie Dachez veuve de Thomas dela CRESSONIÈRE âgée d'environ cent ans laquelle a été enterrée le lendemain dans  le cimetière de St Martin de Bailleulmont et ont assisté le lendemain à l’inhumation Jean de laCRESSONNIÈRE son fils (signe) et Philippe DELATTRE (signe)

En cette fin calamiteuse du règne de Louis XIV entre canicules et hivers glaciaires sur fond de misère extrême,  son âge avancé est un miracle. Une véritable Jeanne Calment pour son époque !

jeanne-calment-encadrée

Avec peut-être la même dose d’incertitude sur la véracité du phénomène. Car pas question de retrouver son

dachet 1706 D 100 ans extrait

dlc 1705 D extrait

acte de naissance - en  1606 donc,  sous Henri IV  en théorie ou plus exactement, sous la domination espagnole. L’événement se situe à Bailleulmont, à quatre lieues d’Arras et la « tyrannie espagnole semble si peu redoutable, qu’il faudra un long siège et des avantages fiscaux  importants pour que les Arrageois et l’Artois se résignent à devenir sujets français. Sur les cent ans de Marie DACHEZ, nous n’avons que les dire de l‘entourage. Il est déjà beau d’avoir un acte lisible de 1706, même si dans ce village, on peut parfois remonter au début du XVIIe siècle -avec des actes malheureusement   trop souvent indigents ou peu lisibles. J’ai pu repérer, comme d’autres généanautes le décès de son mari, à cinquante ans. Certains persistent à avancer l’âge de 85 ans. C’est pourtant bien cinquante ans qu’il faut lire, aussi peu vraisemblable que paraisse la différence d’âge. Ils ont eu au moins un fils, Jean de LA CRESSONNIÈRE,

J de la Cressoinnière signat

en bonne place lui aussi pour le Guinness  des records puisqu’il est décédé à 99 ans. Sans doute  faut-il  accorder crédit  à cette déclaration car Jean de la CRESSONNIÈRE a été le clerc de Bailleulmont et c’est son petit-fils, Vindicien LEGRU qui lui succède.

sépulture de jean delacressonnière 1737 19 8bre est décédé  jean de la cressonnier 99 ans ayant servi de clercq dans  cette paroisse 80 ans et fut enterré le lendemain dans  le cimetière de St Martin  . Témoins: Michel Legru (signe) et Vindicien Legru clercq (signe) et autres (vue 130)

clerc guerrit dou

Quatre-vingt  ans de règne ! Malheureusement il n’a pas  toujours été très soigneux dans la fabrication de son encre et sa plume n'était pas toujours taillée avec précision. Du coup des pages entières conservées par miracle sont à peine lisibles. Il s’inscrit cependant dans une belle tradition de clercs sur laquelle il faudra qu’un jour je me penche car il existe des dynasties et des réseaux de clercs : ainsi, à son mariage en 1728, Vindicien fait-il témoigner un autre clerc, celui de Pommier, Denis PORTRAIT.

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Ursmer? vous avez dit Ursmer?

Ursmer ?

                                Ç ‘aurait pu être Urbain, Ursule, Uranie mais avec Ursmet j’ai tiré le gros lot : j’ai un Ursmet GERVAIS, en un exemplaire. Un hapax comme on dit. Il a vécu à Houdain, près de Béthune toute sa vie, du 9 mars 1777 au 16 mai 1847. Les secrétaires de mairie successifs, et déjà  le clerc de 1777 ont hésité: Ursmer, Usmer,  Ursmet, Ursmetz. Il savait écrire pourtant et pouvait donc épeler l’incongruité de son prénom. Même Google en a perdu de son assurance : il suggère des séquences   désopilantes du genre « X… avec ses sœurs met… ». Ils ne sont que 11 en France selon Généanet, tous concentrés du côté de Bruay. C’est bien la première fois que je rencontre cet animal. La première raison, c’est que Saint Ursmer a exercé ses talents sur un territoire très circonscrit qui correspond à peu près à la Belgique actuelle : Hainaut belge et français, Brabant flamand, Flandre orientale. C’était un évangélisateur du VIIe siècle, de ces temps mérovingiens dont Augustin Thierry fit le récit. Binche (célèbre pour ses Gilles du carnaval, aucun rapport comme je le croyais encore tout à l’heure avec la Bintje, cette fameuse patate à frites) conserve  ses reliques dans la collégiale St Ursmer. Il est né à Avesnes-sur-Helpe, en Thiérache, mais on peut s’étonner qu’il jouisse d’une audience –très confidentielle-  du côté de Bruay, en Artois. Le curieux de l’histoire, c’est que mon Ursmet a son double parfait,  ou un homonyme, Ursmer GERVAIS né le 25 août 1724 dans le Hainaut, à Trivières  près de La Louvières. Ils n’ont que je sache, aucun rapport de parenté mais au moins ses parents (Jean et Marie Agnès) pouvaient sans verser dans l’insolite décider  de le mettre sous la protection de ce saint auquel plusieurs églises de la région sont dédiées.

         J’ai eu beau chercher dans l’entourage de mon artésien,  je ne trouve rien qui ait pu expliquer la singularité du choix de François GERVET (c’est une des orthographes rencontrées) « peintre » (artiste peintre ? douteux) et de sa femme Justine GUILLIOT. Aucun prénom recherché. Le parrain est un Valentin Delautre fils de Martin berger de son état, la marraine une Félicité, fille de Noël  DESPREZ « joueur de violon ». Un original peut-être, celui-là ? Un paysan comme les autres avec un petit talent de violoneux qu’on appelle pour les noces et les bals.  Pressé d’étoffer  la fiche de mon « hapax »,  j’amorce des recherches express d’où il ressort que Ursmet a transmis son prénom, non pas à son premier-né (Charles- Norbert) mais au cadet -après trois filles- Jean-Baptiste Ursmet Joseph (1822-1912) qui est déclaré « briseur de grès » à son décès: à 89 ans casser des cailloux ? Même activité énigmatique pour un de ses fils, Alphonse à son mariage en 1883 – en 1911, le voilà charcutier…

 

 

    Mais où sont les autres Ursmet ? Et c’est alors qu’une sorte de miracle se produit, au moment même de rédiger ce texte : miracle si l’on veut, plutôt effet de mon étourderie. Le nez sur ces Ursmet Gervais, je ne me suis pas aperçu que j’avais déjà  en magasin d’autres Gervais, les descendants en fait qu’il a suffi de raccrocher  à leur arrière- grand-père. Beau désordre,  Watson ! Et comment se prénomment   ces petits jeunes ? Usmée et Usmar !  Et non Ursmée ou Ursmar,  un R de différence qui les a fait échapper à  mon listing « uRs- ». C’est vraiment ballot.  L’art de s’étonner soi-même en maniant la technique  comme un pied nickelé ! Sur la tête de  son premier né (1884-1920) Alphonse accumule tous les prénoms familiaux, le sien, celui de son père et donc du grand-père (plus ou moins bien compris) : Usmée, Alphonse, Jean-Baptiste, Joseph (1884-1920).  Le second  (ou le deuxième)   Usmar, Ovide, Alphonse, Joseph (1886-) bénéficie d’une variante plus authentique du fameux prénom.  Dans cet embrouillamini je comprends enfin pourquoi ces GERVAIS étaient dans mon fichier: à cause du dernier,  Usmar Ovide : il avait croisé  le chemin  d’un(e) de ces CHEMINEL toujours en vadrouille d’une génération à l’autre à travers les villages de l’Artois et qui au milieu du XIXe siècle firent leur entrée dans ma famille paternelle. Je me demande comment tous ces U(r)smer & Cie vivaient le port d'un nom de baptême aussi exotique din nou région. En tout cas ils tenaient à se transmettre scrupuleusement ce patrimoine, tel un titre de noblesse.

     

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l'inconnu.e du 1er mars

L’inconnu.e du 1er mars

Suite à un incident technique ce billet ne paraît qu’aujourd’hui

     Qui choisir ? On va essayer le coup des anniversaires: s’intéresser à la naissance, le décès, ou un mariage  survenus à la date du jour , en l’occurrence le 1er mars. Évidemment  on ne gagne pas à  tous les coups. On ramène souvent du « menu fretin » mais  c’est l’occasion de jeter un œil neuf sur des anonymes, à peine esquissés,  accueillis dans l’arbre au gré  des parcours sur le Web, sans vraiment de nécessité  parfois ou de cohérence   -  par boulimie ou collectionnite, au cas où…

 Dans la quinzaine d’événements arrivés un 1er mars, j’ai repéré la naissance  d’une FROMENT. Les FROMENT sont des piliers de ma

loup tex avery

généalogie, du côté de mes grands-parents paternels. J’ai un problème avec eux : impossible de relier les différentes branches installées dans des villages très proches. Du coup, dès que j’en vois un, je ressemble au loup de Tex  Avery : les yeux exorbités de désir,  je me précipite, je le ramasse, espérant qu’il sera le chaînon manquant. Je vous présente donc  « l’heureuse élue ».

                         Joachine Josèphe, née le 1er mars 1798, qui êtes-vous ?   Faites-vous partie de la

carte actuelle villages

tribu familiale de mon arrière-grand-mère ? Êtes-vous encore un de ces électrons libres qui encombrent mon logiciel? Pourquoi êtes-vous là ? Mention « Internet » : cela veut dire que je l’ai récupérée un jour de drague sur la Toile. Elle est d’ Hendecourt-les-Ransart,  à une vingtaine de kilomètres au Sud d’Arras. Le village et son château ont été complètement bombardés durant la première guerre. Le

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hendec chat-guerre1

château fut recontruit presqu'à l'identique par son propriétaire d'alors, la famille, de Diesbach de Belleroche, descendant d'un officier de gardes Suisses.  Dans mes papiers, la présence de Joachine  se réduit à une simple date de naissance mais une fratrie  nombreuse  l’entoure: sept autres frère et sœurs,  et évidemment une mère, un père Thomas FROMENT dernier venu de huit frères et sœurs.  Par la grâce de Geneanet et de divers arbres, on remonte à un Nicolas Charles FROMENT décédé avant 1715 à Boiry-Sainte Rictude  -à ne pas confondre avec ses voisins  Boiry-Saint-Martin, Boiry –Becquerelle et Boiry-Notre-Dame !   Encore une  branche  livrée clé en main : mon plus grand travail aura été de recopier  mécaniquement  les données. 

frt thom arbre

gd champ lisant

tailleur d'habits 19è

 Pas tout à fait

frt 1825 joachine x Lemaire c signature-001quand même: je viens de   tout recontrôler;  je suis allé consulter les recensements  qui m’ont permis d’en savoir davantage sur  son  frère et ses  sœurs, histoire de m’assurer qu’il n’existait vraiment aucun lien avec mes  FROMENT.  Il faut se rendre à l’évidence : voie sans issue - une de plus. On va malgré tout  essayer d’en savoir un peu plus sur Joachine.

                        Famille nombreuse, issue d’une famille nombreuse, ces FROMENT basés à Hendecourt  et les villages alentour ont eu vite fait de prospérer  sans trop de casse en deux ou trois générations. Thomas, le père  de Joachine était tailleur d’habits avant de devenir garde champêtre : il nous change des valets de charrue, journaliers, manouvriers habituels. Il sait écrire, comme un certain nombre d’anciens, alors que la jeune génération ne sait pas signer (dégât "collatéral" des désordres de la Révolution?). Militaire à la retraite  peut-être, comme beaucoup de garde-champêtre? Un ancien des campagnes de Napoléon, certainement.  Quinze ans le séparent de son frère aîné   mort comme trois autres avant d’atteindre ses dix ans.  En dix-neuf ans, sa femme Augustine MEUNIER met au monde  huit enfants également mais soit chance, soit heureuse  constitution ou bien amélioration générale de l’état sanitaire,  un seul semble disparaître prématurément. Joachine est arrivée au monde la troisième, au bout de dix ans de mariage. Elle se marie assez tard, à 27 ans avec un jeunot de 22, Pierre Joseph LEMAIRE,  valet de charrue à Berneville, un village voisin – un ouvrier agricole donc. L’un et l’autre sont solidement implantés dans leur « pays ».  Parmi les témoins du mariage civil, Augustin LEBRUN, vieux menuisier de 71 ans, est le voisin  des Lemaire, les Marquis sont un véritable clan  de tisserands à Hendecourt  et Hippolyte VINCENT est tailleur, comme le père de la mariée.

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Le jeune ménage s’établit au village de l’épouse . On attend une bonne année  avant de voir venir des enfants au foyer. Ce sont des jumelles,  Hortense et Séraphine. De bien jolis prénoms. Cela ne suffit pas : les pauvres petites décèdent en quelques semaines et Pfft, plus de trace du couple. 

    Ni dans les arbres déposés par des internautes ni dans les villages alentour. L’affaire tourne court. Elle n’aurait même jamais dû commencer : Joachine ne figure dans ma liste d’anniversaires

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du 1er mars qu’à la faveur d’une transcription. En effet, en  1798, c’est le calendrier révolutionnaire qui prévaut. Elle est donc née le onze ventôse an VI, sous le Directoire. L’expédition d’Égypte est lancée. On se débarrasse ainsi de l’encombrant Bonaparte. L’été sera caniculaire mais Joachine dans son berceau ne le sait pas encore.

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piqûre de rappel

ma manif du 19 février.

 

quatzenheim

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Actualité oblige et le hasard d’une opération « place nette » : dans un cahier de recherches de 2017, je tombe sur une rubrique « vivre à Romanswiller » consacrée aux WALTZ, une famille alliée à la fin du XIXe siècle  à mon cousin Émile GOSSART.  Une longue histoire dont j’ai déjà abordé plusieurs aspects dans ce blog (tags Waltz, Walz, juifs d’Alsace).

               Il y a une synagogue à Romanswiller, un cimetière

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juif aussi. J’espère que l’un et l’autre échapperont à l’imbécillité profanatrice.  Je ne les ai jamais vus. Je les connais parce que Romanswiller est  le berceau des WALTZ.  Aucun rapport avec Jean-Jacques WALTZ  plus connu sous le pseudonyme de Hansi. Ils ne s’appelaient pas WALTZ ni WALZ à l'origine.

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C’était un temps où les juifs  ne se transmettaient pas toujours un nom fixe mais, comme dans beaucoup de sociétés traditionnelles, on ajoutait à son prénom la formule « fils/fille de ».  Coutume très agaçante pour une administration « moderne » – et pénible pour les généalogistes. L’Islande perpétue la tradition mais en France Napoléon "protecteur -à poigne- des juifs" y a mis bon ordre en 1808 dans son « décret de Bayonne ». Plus tard il fut imité par l’administration coloniale . Furent donc ouverts  des registres de  « prise de nom » dans les départements de l’Est. Pourquoi le patriarche a-t-il choisi WALZ ? Le nom est courant dans  l’Alsace d’alors, porté par des familles recensées comme  catholiques ou protestantes.  Le décret interdisait tout prénom ou nom tirés de la Bible.

            Abraham fut un citoyen zélé.  Rien ne l’obligeait à changer : des KAHN, BLUM, DREYFUS, LEVY ont

W 1808 prise de nom - B

souvent gardé leur nom traditionnel hébraïque, qui d’ailleurs fonctionnait déjà comme un  nom de famille transmis de génération en génération. La famille d’Abraham était exactement dans ce cas : tous se nommaient Joseph. Nom trop biblique ? Mais Joseph n’est-il pas le nom du père nourricier de Jésus-Christ ? Les « JOSEPH » ont donc décidé d’être des WALZ, des français obéissants, prêts à se mouler dans le modèle qu’on leur proposait, le prix à payer pour leur « régénération »  comme disait l’abbé Grégoire, pour sortir du ghetto social, géographique, mental où les maintenaient aussi bien les non-juifs pétris d’a priori que    leurs propres  religieux qui craignaient de ne plus avoir la même emprise sur leurs esprits. Tous les WALTZ ne saisissent pas les possibilités d’ascension sociale. On reste colporteur, en tournée toute la semaine, ferrailleur, marchand de bestiaux,  boucher, prêteur peut-être encore, même si la pratique est largement décriée. Seul Lehmann  (1809-1880) ose amorcer pour  lui et  sa descendance un parcours remarquable  de réussite « républicaine » quasiment idéale. Il rompt avec l'ancien monde confiné et quitte Romanswiller pour Colmar. Il choisit d’être instituteur et avec sa femme, sage-femme, il fonde une famille qui croit à l’instruction moderne. Leurs fils Adolphe  (1840-1926), et Émile  (1848-après 1901) ont de belles carrières. Émile, engagé dans le journalisme devient  grâce à son engagement républicain après la défaite de 1870, un de ces cadres sur qui le jeune régime peut s’appuyer avec confiance : il est sous-préfet dans divers départements. Son frère Adolphe (1840-1926), plus brillant et moins dilettante sans doute   s’offre un parcours universitaire parfait depuis le lycée de Colmar : Paris (Charlemagne, Louis le grand),  l’École Normale Supérieure, l’agrégation, et après divers postes de lycée et une thèse de latin , professeur à la faculté de lettres de Bordeaux , tout en mettant durant son passage à Mont-de-Marsan, une belle pagaille dans le milieu conservateur avec son Avenir Landais qu’il fonde avec quelques remuants collègues. Après  1871, il opte pour la France, fait venir à Paris ses parents. 

W adolf 1908 incid 17 1 lalantern

Sa femme, apparentée au capitaine Dreyfus, était décédée prématurément. Ils eurent deux fils, universitaires eux aussi, spécialisés eux aussi dans les littératures gréco-latines, Pierre  (1878-1945) dans le monde grec, René (1875-1959) du côté de Sénèque. C’est comme cela que je l’ai rencontré (ainsi que ses fils)  à un double titre, comment étudiant de lettres classiques, et comme cousin éloigné de son beau-fils Émile GOSSART  dont j’ai raconté ailleurs le périple.  Il est mort en 1926, décoré depuis trente ans de la Légion d’honneur,  à 86 ans,    dans le 16ème rue du Dr Blanche, si appliqué à être intégré dans le monde de son temps  (malgré son intérêt pour le monde gréco-romain) qu’en 1880, déclarant le décès de son père, il ignorait  complétement le nom de ses grands-parents colporteurs décédés une cinquantaine d’années auparavant ( en 1828 et  1838).  

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  Monde idéal ? Pas d’antisémitisme ? Que si. Je n’ai rien lu qui permette de dire qu’Adolphe eut à en souffrir  dans sa carrière. Seul un esprit paranoïaque donnerait une telle dimension à l’incident relaté par La Lanterne (17-1-1908) Mais son frère, Émile,  le sous-préfet, essuya de plein fouet les attaques de la presse conservatrice de son époque. Les deux fils d’Adolphe eurent des fortunes diverses : à Lyon, René, qui après la guerre afficha son prénom complet officiel de René-Isaac, régna sur les lettres classiques et… le scoutisme régional en plein régime de Vichy, cependant que sa femme Henriette protestante convertie au catholicisme se consacrait à des mouvements chrétiens d’éducation populaire.  À Clermont-Ferrand, moins de chance pour Pierre WALTZ, doyen de la faculté de lettres. Malgré ses gages de loyalisme, il fut une des premières victimes des mesures anti-juives décrétées par Pétain. Révoqué en décembre 1940, il ne récupère sa chaire qu’en 1945. Il décède peu après.

   Retrouver quelques bribes de ce passé, les faire connaître.  Voilà ma contribution

Requiescant in pace      

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La disparition

LA DISPARITION

Malgré le titre , sur le carnet rose de février : deux naissances à chaque bout du mois: le 7 février... 1735 Jean Louis Dominique BERSEIN (1735-1784), et 

1 carte ign berck arras

soixante- dix ans plus tard sa petite- fille  le 26 février 1806 Catherine Joseph BRESIN  (1806-1872). Une famille énigmatique, une petite branche qui a poussé par aventure sur le tronc principal des LECLERCQ.

  

 

Catherine : elle naît à Gaudiempré à l'Ouest d’Arras. C’est la grand-mère  de mon grand-père maternel Lucien Amédée LECLERCQ.

Son  grand-père, Jean-Louis Dominique : hors de la sphère arrageoise habituelle, il est natif de la baie d’Authie, estuaire mouvant  d’un fleuve côtier parallèle à la Somme et à la Canche et qui sert  en partie de frontière entre les nouveaux départements de la Somme et du Pas-de-Calais instaurés par la Révolution. Il naît à Coigneux, là où se situe la source de l’Authie ; il meurt à Groffliers au début de l’estuaire que Berck limite au Nord. «  Employé aux fermes du Roi et douanier »,  avec ses collègues il arpente les dunes  (sur le

4 berck poste douanier baie d'authie-003

fameux chemin des douaniers), avec pour tâche de contrecarrer ou gêner par leurs rondes la  contrebande active avec l’Angleterre. Le port lui-même en cette fin du XVIIIè est ensablé et les barques de   pêche  adoptent la technique de l’échouage. Un noble se plaint que sa garenne de Groffliers « qui rapportait jusqu’à 1200 livres par an n’est plus affermée depuis que les sables ont bouché les terriers et couvert les herbes qui servaient de nourriture aux lapins » («  Wikipédia »)

 Aussi instable que le chenal de l’Authie à son embouchure, la graphie du nom.  Bersein, Bersin, tant qu’on se cantonne aux villages du littoral devient Bresin, Brezin dans les villages de l’Arrageois.  D’un

3 berzin 1776 M-signat-001

3 bresin 1798 M jl x lcq

4 brezin 1798 fille N b-001

« pays » à l’autre,  la prononciation change: à la faveur du R roulé qui autorise aussi bien Re que eR,  le  S désormais entre voyelles se prononce Z d’autant qu’à l’écrit,  sa forme particulière qui le surmonte d’une aigrette le fait lire comme un Z. On rencontrera même plus tard BrAzin, Vrésin, Vraisin. L’intéressé est aussi versatile : il peut signer la même année à un mois d’intervalle Bersin ou Bersain. Quant à l’origine du nom, Bersin ou Bresin,  les spécialistes  ne se prononcent pas. C’est un patronyme rare dont les porteurs  se situent surtout en Mayenne  , dans la Somme et le Pas-de-Calais. Un autre foyer existe du côté de la Côte d’Or  

 Voilà pour les personnages secondaires. Mon « héros » est au milieu : c’est le père de Catherine, le fils de Jean-Louis Dominique. Par lui le nom de BREZIN fait son apparition dans l’arbre LECLERCQ : j’ai nommé Jean-Louis BREZIN.  Je préviens: on n’en a pas terminé avec les flottements et les ambiguïtés. Je suis tombé sur lui en m’intéressant au mariage d’Augustine LECLERCQ, l’arrière-grand-mère  de Lucien Amédée LECLERCQ, à Gaudiempré.  

       

2 brezin arbre

  15 frimaire an VI Gaudiempré 

- Louis Joseph  BREZIN journalier 25 ans 23 j demeurant à Gaudiempré  fils légitime des feus Jean Louis et Angélique de may né le 12 novembre 1772  à Berck

- Augustine Joseph  LECLERCQ  travaillant à son ménage [plus tard fileuse] 23 ans 2 mois et demi fille de Jery masson âgé d'environ 68 ans et de feue Marie Barbe  Le doux  née le 20 septembre 1774 à Gaudiempré.

   témoins:  Pierre Guislain  Dechelers garde forestier 54 ans ami du Marié,  Pierre Auguste Monvoisin 57 ans scieur de long,  Pierre Guilain LECLERCQ  percepteur de Gaudiempré  32 ans frère consanguin de la Mariée,  Grégoire Bonnerre cultivateur 37 ans parrain de la Mariée . Tous sont de Gaudiempré et signent sauf la mariée et P-A Monvoisin (AD 62 MIR 368/1 vue 738).

 Natif de Berck? Voilà qui intrigue. Comment a-t-il atterri à l’intérieur des terres, à plus de 80 kilomètres de ses bases ? Fallait-il aller chercher du travail aussi loin ? À en juger par ses témoins  (garde forestier, scieur de long) il a travaillé dans les nombreux bois des environs. Mais l’arrière-pays de Berck est couvert de forêts. Je remarque cependant qu' à Gaudiempré  il n’est pas en terre inconnue: son père,   son grand-père sont originaires d’un petit village distant de quelques kilomètres de Gaudiempré,

1 coigneux gaudiempré a pied

 Coigneux, là  où l’Authie prend sa source. En plus, découverte de dernière minute, un de ses oncles issu du même village s’est marié à Gaudiempré avec une LECLERCQ.    Un autre motif peut-être aussi pour rompre avec la routine: l’agitation révolutionnaire est passée par là. Les temps sont troublés, on bouge dans tous les sens sur les frontières du Nord. Il a bien dû à un moment ou un autre  être réquisitionné comme « volontaire » pour défendre la Patrie en danger. A -t-il pensé échapper à la conscription en s’évanouissant dans une campagne au fond de l’Artois où il était peu connu ?   Si c’est le cas,  c’est plutôt raté comme on va voir.

       Et ce prénom ? Louis Joseph ou Jean-Louis ? Il  ne serait pas le premier à avoir un prénom usuel différent du prénom officiel. Baptisé Louis Joseph à sa naissance, il l’est encore  à son mariage mais ensuite, Jean-Louis seul est attesté : le 23 brumaire an VI Jean-Louis BrAzin  reconnaît que la petite Augustine dont Augustine LECLERCQ accouche chez son père  « est de ses œuvres ». A la naissance de  sa seconde fille Catherine, le 26 février 1806 on note « le père Jean-Louis Brazin  absent pour l’armée ». La cause est entendue : dans les autres actes qui le concernent, il sera toujours Jean-Louis. Pourquoi pas ? C’est la moitié du prénom du père. Sauf que dans la fratrie, existe un autre Jean-Louis, un demi-frère, né en 1778 d’un second mariage. Celui-là est attaché à Berck comme la moule à son rocher. Il s’y marie parmi les relations de son père avec la fille d’un préposé aux douanes, a deux enfants prénommés équitablement comme leur grand-père Louis et Dominique. Chez Louis-Joseph,  cette façon de se « rebaptiser » en s’accaparant le prénom d’un autre trahit, je le soupçonne, une certaine jalousie envers un frère tard venu, illégitime en somme, qui lui vole sa place de petit dernier chouchouté et… une part d’héritage (même minime).

               On revient à ce mariage. L’intéressé demeure à Gaudiempré dit l’acte. Depuis suffisamment longtemps  pour qu’on n’ait pas jugé nécessaire de faire  publier des bans à Berck…au risque de bigamie.  Ce mariage était nécessaire.  Il régularise un état de fait, l’existence d’une fille née un mois avant, 

6 brezin 1830 M cath x thuillier b-001naissance voulue ou pas, fruit d’une aventure qu’on pensait peut-être sans lendemain, d’une imprudence d’un moment ou  de l’impatience des corps. Curieuse stratégie de contrôle des naissances: après une hâte intempestive, il faut attendre dix ans pour que naisse Catherine, en l’absence du mari « aux armées », conçue  apparemment à l’occasion  d’une permission  vers février de l’année précédente – à moins  que le départ pour l’armée n’ait eu lieu qu’ensuite. Dix ans ? Aucun enfant entre temps, je n’ai rien trouvé en tout cas. A-t-il participé durant toute cette période aux campagnes napoléoniennes ? Même vivant ce fut un père et un mari bien absent.

               L’armée justement.  Elle l’a donc pris en 1806  ou même avant. S’il a échappé à la conscription révolutionnaire,  il n’a pu échapper à l’Ogre, à sa soif de conquête, à ses triomphes comme à sa dégringolade.  La Grande Armée l’a avalé. Est-il à Iéna en  1806 ? Allemagne,  Pologne, Russie, Espagne, les champs de bataille où laisser la vie sont innombrables. Dans les registres,  il n’existe plus qu’en creux. Quand sa femme meurt en 1816, elle est dite épouse de Jean-Louis Brezin sans plus de précision.  Au recensement de 1820 les deux filles, orphelines de fait habitent ensemble mais   comme si de rien n'était elles  donnent leur  père militaire pour chef de foyer.  En 1823, au mariage de sa fille aînée avec Jean-Baptiste Marquis, il est là sans être là  « Bresin Augustine … fille de BRESIN Jean Louis et de LECLERCQ  Augustine sa mère décédée à Gaudiempré le 26 février 1816 et nièce de Pierre Guillain LECLERCQ », l’oncle  appelé à la rescousse comme père de substitution…En 1830, on veut en finir en affirmant clairement  les choses : « Catherine Josèphe BRESIN  fille de feu Jean-Louis BRESIN soldat présumé mort aux armées attendu qu’il n’a  paru aucunes nouvelles de lui depuis le 29 mars 1812 ».

     La disparition…Du moins peut-on la dater ! La dernière fois qu’il était venu à Gaudiempré  il avait 40 ans, sa femme 38, l’aînée 15 et la cadette 6. L’épouse sera restée sans nouvelle pendant 4 ans quand elle meurt en 1816. On peut imaginer que les filles, en attendant leur mariage furent recueillies par un des nombreux LECLERCQ dont Gaudiempré paraît le berceau tant ils y sont nombreux.

         Quelle était sa feuille de route le 29 mars 1812 ? Les « affaires » reprennent : le tzar mène la 6è coalition  et Napoléon se lance dans la campagne de Russie. Dans cette armée de vingt nations et de 650000 hommes, il  y avait  peut-être

 le soldat BREZIN. Gît-il  momifié dans la 

1810 Napoléon ombre

légende napoltourbe des marais de la Bérézina ? A-t-il survécu dans quelque village d’Ukraine ou de Pologne, entouré de petits Brezin sujets du tzar ?

             

 

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janvier. le couple du mois

Janvier.

 Le couple du mois

danseurs paysans fin 18è

 En tête de gondole ce matin: Pierre Antoine PRUVOST et Marie-Thérèse DEBÉTHUNE. Un couple parmi la vingtaine de mes ancêtres qui se sont mariés en janvier

    Ils font partie de la famille maternelle de mon père. C’est le côté DRUGY. Le point de jonction va être leur fille Florence qui épouse en 1751 un Michel DRUGY et leur fils Antoine les  dotera en deux mariages de 18 petits-enfants. 

1 carte Bucquoy

Tout ce monde évolue à Bucquoy  et ses alentours, Essart-les-Bucquoy, Gommecourt, Gommiécourt etc....    À 25 kilomètres au Nord: Arras et Bapaume à une dizaine. Inutile d’aller sur place s’imprégner du cadre où vécurent ces ancêtres.  Du passé l'Histoire y a fait table rase. Allemands et Alliés occupèrent et pilonnèrent chacun leur tour la région pendant la première guerre mondiale; en 1871 s'y étaient tenus les furieux combats de la bataille de Bapaume entre les Prussiens et l’armée de Faidherbe. L’église  de Bucquoy  ruinée en 1916 avait déjà dû être  été reconstruite en 1871.

         Pierre-Antoine et Marie Thérèse s’épousent donc à Bucquoy le 30 janvier 1720.

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Le Régent règne: il a forcément les traits de Philippe NOIRET

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dans Que la fête commence. Eux sont des mariés bien jeunes pour l’époque : 23 ans  pour lui, 18 pour elle. Pierre-Antoine est « manouvrier » : il se loue chez les autres au gré des besoins. Il a peut-être par chance un patron attitré qui l’aide à cultiver un lopin en lui prêtant un bœuf ou un cheval, un chariot, une charrue.  Marie-Thérèse est probablement servante ou journalière au gré des demandes selon les saisons , gardant  à l'occasion un troupeau tout en filant la laine.

         Pourquoi se marier si jeune?  Pour comprendre, Il suffit de s’attarder   sur les dates de naissance, de mariage, de décès  - 

drg arbre debéthune

des renseignements transparents à force d’être automatiques –et

pourtant parfois si difficiles à obtenir. Elle est orpheline ; ses  parents ont disparu la même année, presque en même temps,  septembre/octobre.  Ce n’est pas n’importe quelle année : 1710, année de famine, d’inondations, d’hiver rigoureux, qui fait suite à deux années aussi calamiteuses. Dans les registres de sépultures, les curés se contentent de noircir d'une écriture resserrée des listes de morts énumérés à la suite, sans plus de détails. Une épidémie paraît frapper la famille en ce fatal automne 1710 : Marie-Catherine MARTIN meurt  en même temps que son dernier-né de deux ans, Pierre-Philippe ;  un mois après vient le tour du père, Nicolas DEBÉTHUNE. Ils avaient déjà perdu en mars 1709 Marie-Élisabeth, à 18 ans.

          Inutile de forcer le trait : pour la famille PRUVOTle bilan  fin  1710 ne peut être pire.  Marie-Thérèse - neuf ans- se retrouve seule avec son frère Pierre-Albert  (5 ans)  à la charge de l’aînée âgée de 18 ans. Celle-ci ne tarde pas l’année suivante à fuir en convolant avec un journalier de 18 ans. Mariage précipité pour légitimer une naissance ? Non, j’ai vérifié : la première naissance ne survient qu’un an après. Auprès de qui les deux orphelins ont-ils pu chercher refuge ? Chez un oncle ? Une tante ? Leur sœur  aînée ? Situation provisoire qui doit cesser au plus vite, ce qui explique ce mariage précoce. Quant au petit dernier, Pierre-Albert, impossible de savoir où il est passé.

             Les "tourtereaux" semblent s’être donné un peu de bon temps, ou simplement le temps de la réflexion avant  de se lancer dans la procréation : leur aîné Adrien  vient au monde  deux ans après.  Ensuite  tous les deux ou trois ans,  la famille s’agrandira de six autres rejetons. Uniquement  des filles. Une pause de six ans, et vingt ans après leur union  naît Marie Marguerite. L’enfant vit deux jours, et meurt en même temps que sa mère qui avait 41 ans. À quarante-sept ans Pierre-Antoine est à la tête d’une progéniture  nombreuse  étalée entre vingt ans et six ans. Des bras qui peuvent s’employer comme lui chez les autres mais aussi  des bouches à nourrir, un ménage à tenir, encore qu’il y ait suffisance de filles  pour s’en occuper – avec le souci de leur trouver un mari et de les doter,  si modestement que ce soit. 

         Le veuf  n’est donc pas un parti reluisant. Il met deux ans à trouver la perle rare qui voudra bien de lui et de ses 7 enfants  dont 4 filles  de 15,  12, 9, 8 ans. Ce sera une veuve « récidiviste » de 41 ans : Marie-Anne DELAIRE. De son premier mariage avec Hugues DRUGY elle a deux garçons de 17 et 15 ans. Leur père était mort  prématurément à 36 ans, la laissant avec des bébés de 1 et 3 ans. Elle les a élevés seule pendant 10 ans, jusqu’à ce qu’un Pierre VASSEUR, veuf lui aussi, l’épouse  en 1740 et meurt aussi vite. La voilà de nouveau veuve,  à 41 ans. Ses deux garçons travaillent certes et rapportent leur paye à la maison mais ils  vont s’établir sous peu: elle va se retrouver seule sans grande ressource. Notre Pierre-Antoine a charge de famille mais au moins représente-t-il une certaine sécurité. Un arrangement gagnant –gagnant en somme. Finalement, ils vieillissent seize ans ensemble. Elle disparaît en 1760 ; il lui survit encore 15 ans pour mourir au bel âge de 78 ans. Il y avait trente-trois ans qu’avait disparu Marie-Thérèse la mère de ses enfants .

                 

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On rebondit: DRUGY ? Vous avez dit DRUGY ? - Hugues DRUGY  le premier mari de Marie –Anne Delaire.  Mais j’en ai un autre en magasin: Jean-Michel DRUGY  qui épouse  Marie-Florence, fille de Pierre Antoine le 3ème mari. Homonymie ? Non. C’est le propre fils de la Delaire. Aucun lien de sang certes entre Jean-Michel et Florence, -pas plus qu’il n’en existe entre Phèdre et Hippolyte.  on frise pourtant  l’inceste moral. L’Église  est devenue bien laxiste – ou tolérante : elle laisse faire, préférant une union consacrée à une vie "dans le péché". Bru et belle-fille, gendre et beau-fils se confondent. Les deux infortunes s’allient.  Au programme pour  Jean-Michel le tisserand  et sa femme Florence : sept enfants. Parmi eux,  Antoine, tisserand également, qui en deux mariages aura 18 enfants. Il fallait bien ce nombre car seuls dix survivent,  dont finalement cinq garçons pour assurer- si cela a un sens- la pérennité d’un nom rare.

       Moralité : toujours faire confiance au hasard. Ce couple avait attiré mon attention pour s’être  mariés en janvier.  Motif  bien frivole et arbitraire. Et voilà que surgissent la petite glaciation,  la funèbre fin de règne du Roi-Soleil,   les stratégies contradictoires des humbles  pour faire face à une mortalité infantile effarante : à la fois contrôle des naissances et natalité débridée; des  veuvages à répétition compensés par des remariages parfois acrobatiques pour s’assurer contre la misère et resserrer les rangs. En sus grâce aux équivoques du vocabulaire français pour désigner les parents par alliance ou par un  remariage, Pierre Antoine Pruvost, deux fois veuf, se retrouve parâtre et beau-père de Jean-Michel DRUGY son gendre et beau-fils.  Quant à sa fille Florence, n’était son existence minuscule, elle était  digne de faire les titres d’un Ici Paris du temps: « Elle épouse le fils de sa belle-mère ».

 

clerc chauve

Post Scriptum : l’orthographe des noms  donne  ici  lieu à un véritable concours d’inventivité. Passe pour

drg 1724 delecq x dupuis-001

Pruvost, qu’on pourrait parfois lire prevot. DRUGY est peu affecté  hormis  un rare drugi /drugis : le tréma quasi systématique sur le Y drugÿ assure la pérennité de la finale.  DEBETHUNE s’écrit parfois debétune. Ce sont vétilles à côté du sort réservé à DELAIRE, graphie que j’ai fini par choisir arbitrairement comme la forme standard (rencontrée  pour d’autres familles). Aucun porteur du nom ne sachant signer, on est tributaire des

 

fantaisies du scribe : delherq, delhercq, delhecque   sur le modèle du « clercq ».  Le R se prononce  certainement mais la confusion des jambages permet de rencontrer ou lire des delhuque, delhucq….  Et  puis, virage à 180°, à la réflexion -c'est mon dernier mot-  je vais modifier  le nom et opter  pour  delecq malgré tous les arbres qui propagent DELAIRE! 

Épiphanie

 

Le jour des ROIS

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                        JANVIER mois transitoire malgré le calendrier: Janus jette un dernier coup d’œil à l’année écoulée et se tourne déjà vers celle qui commence : on fait l’inventaire des stocks, on prend de bonnes résolutions. J’ai eu la curiosité – un peu vaine- de voir comment ce premier mois de l’année avait marqué mon troupeau d’ancêtres. Le clan maternel   (228 personnes) LECLERCQ –LEBAS  est en hibernation quasi-totale : seule une Marie-Guislaine DESAILLY y a eu l’idée de trépasser- le 9 janvier 1738. Du côté paternel, parmi les 320 membres  de DAUCOURT & Cie toutes branches confondues, on a bougé modestement : 11 mariages et 7 enterrements étalés sur les XVIII et XIXe siècles  et 4 naissances. C’est le bataillon breton (du côté du grand-père maternel) qui s’agite le plus malgré sa  modeste taille de 88 engagés. Cinq mariages (surtout dans la dernière semaine de janvier), onze naissances d’enfants conçus dans l’euphorie printanière mais pas un seul mort. Je ne vais pas épiloguer  sur les bizarreries relevées. Hasards du calendrier? L’expression sonne comme un aveu d’ignorance. Qu’importe. Puisqu’on vient de « tirer les rois » comme on disait autrefois, et que l’Épiphanie tombait pour une fois un dimanche, j’ai eu envie de braquer  un instant mon projecteur – en fait  plutôt le superbe stylo- led offert  comme étrennes par  mon coiffeur- sur les naissances bretonnes, même si, à la réflexion, je ne suis pas très sûr  que la Bretagne d’autrefois ait fait un sort autre que religieux au 6 janvier .

            Dans la famille JÉGOUIC  j’appelle  par ordre chronologique, Marie SILSIGUEN, Etienne-Marie JÉGOUIC, du 6 janvier 1824 et Françoise LHERMITE née le 7 en 1829.

 

silsiguen étymologie

Marie Silsiguen : née le samedi 7 janvier 1713 à Bothoa plus précisément Ker auter an gall  (désormais u n quartier rattaché à St Nicolas du Pelem) comme la plupart de ses frères et sœurs. Pour faire simple, c’est la grand-mère de l’arrière-grand-père  de mon grand-père François. Sous l’Ancien Régime, Bothoa était une immense paroisse. Elle fut démembrée en 1836 et 1860 et n’est plus qu’un hameau de Plounévez-Quintin où d’ailleurs eut lieu son mariage avec François  Jégouic.

   SILSIGUEN est un nom rare, à peu près exclusivement localisé à Plounévez-Quintin selon les données de Geneanet. Nul ne se prononce sur l’origine du nom. Prudence bizarre.  Il suffit de consulter un dictionnaire pour avoir au moins un début de réponse. Dans le dictionnaire de moyen-breton que j’ai sous les yeux, le mot  désigne … une saucisse. En nom propre, il a donc fonctionné au départ comme un sobriquet moquant ou un goût prononcé pour ce mets ou une silhouette – allongée,  ramassée c’est selon, ou bien c’est une allusion grivoise.   Notre Marie est l’aînée de dix enfants. Ses parents se sont mariés plus d’un an auparavant le 26 novembre 1711 à Bothoa : François Sébastien SILSIGUEN (1692- 1742) n’avait que 19 ans et Françoise CHEVANCE (1685-1739) déjà 26. Quelle profession exerçait-il ? Il est déjà beau d’avoir l’âge du marié et des filiations car le curé Louis le Gall  semble plus préoccupé de tracer partout son élégant et immense paraphe  que de tenir scrupuleusement  ses registres :

Le gal curé 1711 fcs X Chevance b

les actes sont souvent transcrits après coup, regroupés avec d’autres !   De toute façon, pas de mystère, ce sont des « sans dents » comme dit l’un, des gens « qui ne sont rien » comme dit un autre, des « croquants » comme il se disait jadis. Le couple s’installe à Kerauter an Gall chez le mari  puis à Plounévez-Quintin. Il est à la tête d’une vraie tribu de filles.  Marie (1713-1782), Louise ‘1714-) ,  Anne (1716-1747),  Marie Pélagie ( 1719-1719) , Louise  (1721-) ,  une autre Marie ( 1722-) , Julienne ( 1725-1725) , Jacquette et Philippette (1726-) , Mathurin (1730-1788). Deux bébés disparaissent précocement mais Françoise accouche de jumelles à 41 ans après 4 ans sans naissance. Et puis in extremis, 4 ans après encore, un garçon Mathurin -à 46 ans. J’ignore encore si tout ce beau monde a survécu. Nos services enquêtent.

 Quant à notre petite née le lendemain de l’Épiphanie, a-t-elle voulu fuir le rôle ingrat de l’aînée occupée à torcher ses sœurs ? Elle s’empresse de convoler à quinze ans avec mon ancêtre Jégouic premier prénommé François, un « vieux » de 31 ans. Notre curé amateur de calligraphie  a regroupé deux actes de mariages, se contentant de noter qu’il n’y a pas eu d’opposition et qu’il a accordé sa bénédiction nuptiale à « François Jégouic  de la paroisse de Bothoa et Marie Silsiguen de cette paroisse en présence de Claude Jégouic  François Silsiguen pères des mariants  et plusieurs autres ». Le ménage s’installe un temps à ker lenévez, dans la « banlieue » de

Bothoa rue du bourg

Plounévez-Quintin mais changera plusieurs fois de lieu, toujours aux alentours de Plounévez. Curieusement, la première naissance repérée n’intervient qu’en 1733,  5 ans après le mariage de 1728.  Serait-ce que l’union  n’aurait pas été immédiatement consommée vu l’âge de la mariée ? Durant plusieurs  années Marie s’est-elle contentée de tenir le ménage de son mari ? Les naissances ensuite se suivent à un rythme raisonnable. Dix enfants, étalés sur vingt ans, également répartis entre filles et garçons. À 40 ans Marie a un dernier enfant, qui meurt célibataire à 26 ans. Les autres illustrent parfaitement la tradition bretonne de la famille nombreuse : Alain  marié  à Marie Calvé aura  9 enfants. L’ancêtre direct  Sébastien et sa femme Louise Le Louët auront 12 enfants mais, autre phénomène récurrent  de l’ancienne France, la moitié meurt à moins d’un an.   En tout cas. Vive la petite reine Marie  et sa nombreuse descendance ! 

Un petit roi, un vrai, daté du 6 janvier, en 1824, sous la Restauration: Etienne Marie JÉGOUIC. Ce Jégouic-là appartient à une autre branche, sans rapport avec l’autre : ils sont tous de Laniscat et non de Plounévez-Quintin. Mais après consultation d’un autre arbre de Généanet (chantalguyjeg1) je m’aperçois que le plus ancien connu de ces  Jégouic est aussi de Plounévez…Tous ont donc quelque chance d’être cousins …  au moins à la mode de Bretagne. L’aînée des huit enfants d’Étienne-Marie, Marie-Anne Jégouic épouse  Yves Jégouic : je tiens là les parents de grand-père.

         

laniscat st gelven abbaye bon repos

  Un mot sur Laniscat - théoriquement  la ville n’existe plus. Un peu comme Bothoa devenu un simple quartier de Saint-Nicolas du Pelem,  Laniscat  a perdu son autonomie : elle s’est fondue dans une « agglomération » dont le nom ressemble à une blague administrative Bon-Repos-sur-Blavet. Un nom d’EHPAD, de camping, d’hôtel ou de villa à l’ancienne ou encore appellation technocratique d’une ville nouvelle quand il importe de ne fâcher aucune commune du regroupement, Laniscat, Saint-Gelven ou Perret. Le Blavet coule bien toujours là et le Daoulas dans ses gorges mais  Bon Repos fait référence… à des ruines : celles de l’Abbaye cistercienne du Bon Repos  qui n’a ni

laniscat 1853 jgc x l'hermit

porte ni fenêtre.

    Et pour finir j’appelle maintenant Françoise Louise « Mathurine » L’HERMITE née le 7 janvier 1829 à Ker Yvalan, hameau de Laniscat.  Je connais mal mes troupes bretonnes : la nominée est la femme du précédent, née à un jour près quatre ans après son mari Étienne Marie Jégouic ! Mère de huit enfants, elle est elle-même troisième d’une nichée de sept (plus un mort-né). Jégouic ne sait pas signer mais chose assez rare elle signe à son mariage. Son père le fait aussi, tant bien que mal :  des bâtons tremblotants en faisant un gros pâté effacé, étalé -d’un revers de manche malencontreux peut-être ?

Voilà mes enfants-rois de Bretagne. On doute  qu’ils en aient été plus heureux !

Août

 Août

             Aucun sens de l'actualité pour ce jour de Toussaint!. Mais c’est en août, au cœur de l’été qu’a éclaté la guerre qu’on vient de commémorer durant quatre années. Alors, en ce mois qui va voir la fin de  cette (première) guerre mondiale et de ce long travail de remémoration, j’ai envie de commencer par le commencement, A, alpha première lettre de l’alphabet,  ce sera comme Août.

               En Picardie, en Artois,  d’où sont originaires la plupart de mes ancêtres,  far ech’ mois d’août, c’est faire la moisson -de la fin juillet à quelquefois mi-septembre. Tous les bras  sont réquisitionnés, surtout quand les machines agricoles n'existent pas ( même si Pline l'Ancien a décrit une moissonneuse gauloise). Faucher, lier, rassembler les bottes,  les charrier, les engranger, battre le blé, toutes opérations longues et tributaires de la météo. L’abondance de la récolte  va dicter l’existence du paysan  - et du pays-   jusqu’à la prochaine récolte,  la fameuse « soudure » source des crises et des famines de l’Ancien Régime. Les accidents  et les péripéties de la vie passent au second plan. Pas question d’organiser un mariage, sauf  cas de force majeur quand la naissance illégitime, hors mariage se profile. Tout le monde préférerait aller à la noce avec l’esprit libre une fois récolte faite. Naître et mourir, c’est Dieu qui décide, quand la contraception reste rudimentaire et la médecine  bien aléatoire. Même au cœur de l’hiver pourtant, sous les épais édredons,  on connaît les pratiques  pour éviter une  naissance qui risquerait en plein été de troubler le travail des champs. La Mort aussi, la grande faucheuse paraît suspendre sa faux par les chaudes nuits d'été, écœurée de tant de concurrents : pour reprendre son activité, elle attendra des jours meilleurs, bien humides et malsains, en janvier ou février.C'est ce que disent mes chiffres : ils embrassent plus de deux siècles et concernent mes ancêtres, essentiellement ruraux de l’Artois et de Bretagne (pour un quart). Sur 299 mariages recensés, 7 seulement ont eu lieu en août ; 11 naissances se sont produites en pleine moisson sur 306. Les morts ne sont pas bien nombreux non plus : 13 en tout sur 455!

               

               Mariages d’août: dans la famille DAUCOURT je demande Jean-Philippe TOUPET de Saulty près                         d’Arras. C’est lui, comme aïeul d’Alphonsine CHEMINEL, qui permet à cette famille (toujours par les chemins depuis la Normandie elle n’a pas volé son nom)  d’entrer chez les trop stables DAUCOURT. Il est charron comme le seront ses deux fils. Le mariage a lieu le 19 août 1747.  L’été n’est pas le moment le plus actif pour construire un chariot, cercler les roues ; en revanche, les réparations vont bon train. Les attelages sont très sollicités : un essieu se brise, la voiture trop ou mal chargée verse, un timon ou une roue casse : il faut intervenir sans attendre. À la grâce de Dieu: puisque mariage il faut, on priera pour que le travail à l’atelier ne pâtisse pas des festivités de  la noce mais les invités ont de quoi faire grise mine  de  ne  pouvoir banqueter  et danser longtemps loin de la moisson  qui par tout  le pays a sonné le branle-bas de combat et ne peut attendre.

                  Le mariant a 25 ans, la future Marie Adrienne Focillon en affiche déjà 27. L’acte est rédigé de façon parfaitement canonique. Toutes les étapes ont été respectées.  Les trois bans ont été publiés. L’abbé Prévost, curé de Saulty donne benoîtement sa bénédiction au jeune couple, reçoit leurs consentement et promesse de mariage  en présence    de la mère du mariant (le père est décédé), de son oncle maternel, du père de la future mariée et de son parrain. Tout le monde signe- plus ou moins bien,   y compris la mariée et la mère du marié, Marie-Anne Cléret. Toutes les formes ont été scrupuleusement respectées. À ceci près qu’il y avait urgence : sur la même page du registre (en ce temps-là on notait à la suite baptême, inhumation, mariage comme ils se présentaient), dix lignes plus bas  apparaît l’acte de baptême du petit Nicolas, né  le 17 7bre, soit un mois après. Même en relâchant sa robe à la taille, Marie-Adrienne Focillon  aura eu du mal à ne pas   révéler un  ventre triomphant.  Le mariage vient-il légitimer un «accident» ou bien les promis avaient-ils imprudemment/ impudemment « pris un acompte » sur leur union future  dès janvier 1747 en batifolant un peu trop sérieusement au cœur des longues soirées d ‘hiver ? Pas de mésalliance en tout cas : les pères (charron pour celui du marié), tonnelier s’agissant de la mariée) appartiennent au même milieu d’artisans ruraux.

 

              Après cette imprudence « fondatrice » qui a dû faire jaser,  le couple s’impose un strict contrôle : Jean-Philippe naît cinq ans après. Encore deux ans, voici une fille Jeanne Joseph puis plus rien jusqu’au décès de l’épouse à quarante-sept ans. Curieusement le veuf attend dix ans pour se remarier. Il a 54 ans et l’élue, Marie-Anne Tilloy en a 49. La noce a lieu le 24 juillet 1776,  en été encore, mais sans doute les  moissons n’ont-elles pas encore débuté.  Pourquoi  a-t-on demandé (et obtenu) une dispense de deux bans?  Pourquoi tant de hâte après avoir attendu si longtemps ? Est-ce simplement pour pouvoir célébrer tranquillement la noce avant les gros travaux des champs ? Étrange tropisme par ailleurs  dans cette famille. La  sœur, Jeanne Marguerite Tilloy,  se marie aussi un 23 juillet, en 1782, sans qu’il faille sauver les apparences: il a 30 ans, elle  avoue sur l’acte 46 ans (49 en réalité). À moins que ce mariage arrangé ne permette à   l’époux d’échapper à une réquisition militaire qui menace.

                Et qui est l’élu de notre cougar ?  Mais Jean-Philippe Toupet bien sûr,  le fils du veuf Jean-Philippe épousé par sa sœur 6 ans avant.  Docteur Sigmund, à l’aide ! L’Église est bien moins sourcilleuse  que trente ans auparavant à l’égard de cette situation quasi incestueuse.  Elle prête ici probablement la main à un arrangement qui permet aux biens déjà maigres d’un charron de ne pas s’éparpiller. Par ailleurs pas besoin de dot pour la cadette qui est restée « vieille fille » après avoir consacré sa jeunesse à tenir le ménage. L’aîné, le Nicolas né un mois après le mariage de ses parents, a tiré son épingle du jeu : comme son père, il se débrouille bien avec l’écriture (son frère sait juste dessiner les lettres de son nom). Il a attendu d’avoir 35 ans pour se mettre en ménage. D’un premier  mariage, il a trois garçons (deux vivants) sobrement prénommés Antoine, François, Pierre. Son remariage rapide lui donne trois filles, la première née en Prairial de l’an VI  sera, l’inventivité révolutionnaire touche aussi  la campagne artésienne-  Sclermonde (Esclarmonde peut-être, héroïne cathare, et prénom de plusieurs comtesse de Foix ?) suivie d’un peu plus sages Florentine et Philippine. C’est cette Philippine qui par son mariage     introduit  l'instabilité  CHEMINEL dans la famille DAUCOURT.  

le Défroqué tranquille

    Le Défroqué tranquille

Bavincourt église et presbytère 1909

 À Bavincourt Pas-de-Calais village natal des trois quarts de ma famille, le dernier curé chargé de tenir le registre de l’État civil n’a pas fait long feu, même s’il était aussi curé de Barly, le village voisin. Son prédécesseur à Bavincourt, le curé Delattre était mort brusquement un jour d’avril 1791 et après presque une année de remplacement par les curés du voisinage, Le Néru arrive en mars 1792. Sans doute est-ce l’oiseau rare : on lui attribue  en même temps Barly. La guerre autour de la Constitution civile du clergé bat son plein.  Je doute que Le Neru ait été un réfractaire, surtout lorsqu’on lit sa façon enflammée de dater à Barly, par exemple l’acte de bénédiction de la cloche : Aujourd’hui jeudi treize septembre mil sept cent quatre- vingt douze l’an quatrième de la Liberté, le premier de l’Égalité a été procédé à la bénédiction de la cloche… . À moins qu’il n’ait laissé la bride sur le cou à son clerc Hauttecoeur. Pourtant c’est bien son écriture avec ces grandes hampes qu’on  retrouve dans sa signature. À Bavincourt,  s’agissant du même événement, son style est plus réservé, strictement administratif : Aujourd’hui samedi vingt-quatrième jour de décembre mil sept cent quatre-vingt-douze l’an premier de la République française…. Bizarre cette différence de style. Les paroissiens de Bavincourt n’avaient pourtant pas la fibre contre-révolutionnaire, eux qui allaient mettre le feu en 1793  à tous les registres conservés au village, terriers bien sûr et état-civil : tant pis si certains comme Jean Germain Voiseux 67 ans et Aimable Soyez 61 ans ne peuvent fournir les pièces  nécessaires à leur mariage du 9 brumaire an VI.   Le dernier acte de écrit de la plume de Le Néru  sur les registres de Bavincourt  est un acte de décès du« 27 décembre 1792 l’an premier de la république française. À Barly il clôt deux siècles d’enregistrement par le clergé avec un acte de baptême daté, toujours avec la même originalité,  de l’an mil sept cent quatre-vingt-douze l’an premier de l’Égalité de la république française. Plus de registre paroissial tenu plus ou moins correctement dans un coin de la sacristie,  au presbytère ou par le clerc. Le curé  est privé de son rôle temporel  au profit  de l’officier d’état civil élu, qui exerce  de façon très officielle dans la maison commune.  Exit Le Néru ; apparaît Stanislas Cocquel.

Le ner curé 1794 M bct signature

 Que devient notre curé réduit au chômage partiel ? Les archives diocésaines pourraient parler – à condition  de faire le déplacement à Arras.  Pas la peine. Quelques feuillets plus loin,  il assiste  en mai 1793  l’instituteur-clerc du village Alexandre Dassonval qui déclare la naissance d’une fille.  Il est toujours curé du village. Un peu plus loin encore : coucou  le revoici… de l’autre côté de la barrière : il a un état civil, un prénom, un père, une mère  c’est un être de chair et  il  S E  M A R I E.

Aujourd’hui quinzième jour du mois de ventôse an second de la République une et indivisible dix heures du matin par devant moi Stanislas Cocquel membre du conseil général de la commune de Bavincourt  élu le vingt-cinq janvier  mil sept cent quatre- vingt treize (vieux stil)[…] sont comparus pour contracter mariage d’une part François Nicolas Le Néru âgé de trente- sept ans ci-devant curé domicilié dans la municipalité dudit Bavincourt  fils de feu Nicolas Le Néru et d’encore vivante Anne Hébert marchand tous deux domiciliés à Torquesne Calvados d’autre part Marie Madelaine Tuchot âgée de trente-sept ans fille de François Tuchot vivant de pension et de feue Marie-Louise Cardon son épouse tous deux domiciliés en la ville de Paris ci-devant paroisse de St Roch. Les futurs conjoints étaient accompagnés de Guillain Courcol vivant de ses biens âgé de quarante ans domicilié à Barly  son bon ami, Germain Cocquel âgé de cinquante-six ans cultivateur, Hubert Briois cinquante ans vivant de ses biens et Alexandre François Joseph Dassonval instituteur bon ami des parties, les trois derniers domiciliés à Bavincourt […].  Tout le monde signe, sauf Germain Cocquel ; La demoiselle Tuchot signe très mal.  D’où  d’ailleurs notre curé   sort-il sa promise ? Il l’a  tout simplement amenée avec lui,  mais à quel titre ? Mystère.  À peine sont-ils arrivés dans le pays – on parlerait aujourd’hui de parachutage- qu’il la propulse marraine  d’un de ses premiers baptisés, histoire peut-être  de donner un rôle de dame patronnesse  ( ex-religieuse peut-être?) à celle qui est probablement déjà sa maîtresse – le coquin !  À part ses origines normandes, cette relation venue de  Paris, rencontrée , (imaginons) lorsqu'il était jeune vicaire? et son passage météorique au fin fond de l’Artois, je ne saurai rien de sa reconversion à la vie civile. En tout cas, il n’a pas eu peur d’affronter le qu’en dira-t-on en se mariant là où il a exercé son sacerdoce et l’étonnant, qui renseigne assez bien sur l’état des esprits c’est que les notables locaux ne semblent pas avoir trouvé anormal ce mariage de celui qui les écoutaient encore  "à confesse".quelques mois  auparavant!   

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