terresdartois

SOYEZ Scieur de long

                                                

                                                              SOYEZ scieur de long

 

le scieur de long leçons de choses 1890-007 recadré

  16 Septembre.

Aujourd’hui, je vous dis pas, c’est drache sur drache, ça finit pas de cesser, comme dit Erik.(François Caradec, Le doigt coupé de la rue du Bison, Fayard, 2008, p. 213).

   Tempête d’équinoxe mercredi. Le samedi était du même tonneau. Ce dimanche, idem. Il vient de tomber une ‘drache’ carabinée.

      Le poêle ronfle. Pépita ne va pas tarder à venir se blottir pour la soirée sur le canapé. Je me suis promis de continuer à tenir le blog de généalogie que j’ai ouvert en juin.  Le temps a passé. Juste une petite contribution en août et voici l’automne. D’urgence trouver un sujet pour « terresdartois ». L’ordre alphabétique a imposé sa logique toute aléatoire à « Challenge AZ ». On le garde. Ce sera donc  un patronyme, et commençant par S.

      Va  pour SOYEZ: aucun ancêtre direct mais ils sont nombreux dans ma base de données centrée sur le Sud d’Arras.   Rien d’étonnant: selon  Geneanet, d’après les arbres déposés sur son site, le nom est essentiellement attesté  avant 1800 uniquement dans le Nord de la France: du côté de Lille, et en Artois: autour de Béthune,  et là où j’ai mes quartiers familiaux, à l’Est et au Sud d’Arras vers Saint-Pol-sur-Ternoise, Beaumetz-les-loges.

soyez-b

    En plein dans le thème de mon blog.  Au classement général de Filae, pour les naissances entre 1891 et  1990, Saulty arrive cependant en 5ème position (18 naissances) ; 45ème Bienvillers-au-Bois (4 naissances); 86ème Bavincourt (2 naissances).

    Question: pourquoi  cette concentration géographique du patronyme? En connaître le sens pourrait peut-être nous éclairer. Reprend-il un terme du dialecte local, une réalité qui n’existe qu’en Flandre et en Artois ? Filae  se contente de répéter ce que disent  d’autres sites

         Origine : SOYEZ est un nom du nord-est, forme septentrionale de Séguier, nom de personne d'origine germanique sighari, compose de sig qui signifie victoire et Hari qui signifie armée. Soyez est au 3224ème rang

     J'ai oublié  mon cours de phonétique de l'ancien français et j'ignore tout de l'occitan pour me prononcer sur une évolution qui me semble quand même  bien aventureuse. En outre, pourquoi des occitans (descendants de gallo-romains) auraient pris, en nombre, ce patronyme germanique de Séguier alors que les Wisigoths et les Francs n’ont jamais constitué en Aquitaine qu’une

soyez 1774 formes du R

minorité d'occupants peu soucieux de se mêler aux autochtones. Ceux-ci en retour n'avaient guère de considération pour ces "sauvages" qui cultivaient leur particularime barbare.On les voit mal poussant le snobisme jusqu'à prendre des noms germaniques. Geneanet retient cette origine et ce lien avec Séguier mais avance  une autre hypothèse: le mot se référerait « dans certains cas » au nom picard du scieur. Quelle est d'ailleurs la bonne orthographe ? SOYEZ ou SOYER?  Aïe ! Aïe ! Aïe ! Question à ne jamais poser si on veut  paraître un tant soit peu informé. En effet, selon les bons auteurs, aucune graphie n’est fixée avant la fin du XIXème siècle et la création des livrets de famille. Elle varie d’un acte à l’autre ou dans le même acte -selon les fantaisies du scribe, curé, clerc laïc, plus tard instituteur car le plus souvent les intéressés ne savent ni signer ni écrire  et s’en remettent entièrement à lui sans pouvoir contrôler la graphie de leur nom. Petite mise au point paléographique? Ce Z final  n’est au départ qu’une lecture erronée, ensuite tenue pour exacte,  d’une forme ancienne de R final avec une jambe comme on voit dans l'acte de mariage d’Augustin- François SOYER.

       Malgré ce flottement orthographique qui nous affole alors que nos aïeux s’en souciaient assez peu,  la prononciation locale est en général respectée et c’est ce qui doit nous guider, je pense. La signification du nom reste hermétique si on le prononce comme l’impératif du verbe "être" [swayé] (on me pardonnera les incertitudes de mon alphabet phonétique j’espère). Tout devient clair avec  les graphies SOHIER/SOÏÉS parfois rencontrées: elles veulent  transcrire  sans équivoque la prononciation en picard  [So-i-é]. Sohier du bwo, c’est le scier. C’est ce que j’entendais dans mon enfance durant les vacances passées au village de Bavincourt  chez mes grands-parents. Ce patronyme désigne donc (la chose est courante)  un métier, celui de scieur de long, en picard un sohieu francisé dans la graphie en Sohier avec la terminaison en -ier  (ou en –eur) habituelle des noms de métiers.

bavincourt Saulty Cassini

Dans le reste de la Picardie (Somme, Aisne) et en  Champagne c’est la forme SOYEUX qui prédomine.   Des scieurs de long, j’en ai beaucoup dans ma base de données – et certains se nomment même SOYER - à Bavincourt  et Saulty, deux villages de l’Artois exceptionnellement entourés de bois aujourd'hui encore.

       Mais pourquoi  dans tous ces pays de langue d’oïl ne rencontre-t-on les SOYER/SOHIER/SOYEUX que dans la partie Nord, là où l’activité forestière n’est pas primordiale?  Sans compter qu'il faut partout de petits ateliers  (peut-on parler de scieries ?) pour débiter les troncs et les rendre utilisables pour la charpente ou la menuiserie?

        Les cartes postales anciennes montrent le caractère précaire  des installations: on opère au plus près du lieu d'abattage, en pleine forêt dans une clairière, sur la placette d'un village. Il suffit de dresser deux hauts chevalets, d'improviser avec un tronc une chèvre.

scieur b

Et pourtant, pas de SOYER autour de Paris, ni en Beauce ou en  Brie,

Soyez fréquence avant 1800

pas plus qu’en Normandie, Touraine ou Bourgogne. Des scieurs de long, il y en avait forcément ds chaque bourg, qu’ils soient dénommés  dans les registres paroissiaux scieurs d’aire, d’aisses, d’aix  et autres scieurs de haute scie mais  - allez savoir pourquoi- le métier n’a pas servi à distinguer les individus qui l’exerçait et n’est donc pas devenu un patronyme.

 

 

     Qu’en est-il  en pays d’oc ? Comment désignait-on le scieur de long en Auvergne dans le Poitou ou la Guyenne? Pourquoi les Picards se seraient-ils distingués en étant les seuls à figer  à l'occasion cette activité en patronyme.

   En occitan  le scieur de long se nomme un rassegaïre (à consulter par exemple le site « vieux métiers cantalous » https://www.cantalpassion.com/nos-terroirs/occi/1457-vieux-metiers-cantalous.html ). Comme il fallait s’y attendre, un patronyme en a été tiré: RESSEGUIER. Information de Geneanet:  

       Resseguier : Le nom est porté dans le Tarn et les départements voisins. Variantes ou formes voisines : Rességuié,   Ressiguier (82), Rességaire (84, 26, 05), Rességuet (32), Resséquier (73). Il correspond au métier de scieur, en principe scieur de long.

RESSEGUIER est classé au 4423ème rang des noms de famille en France, SOYEZ  au 3224ème: l’un comme l’autre sont donc

scier occitan carte

rares. Et curieusement RESSEGUIER se limite comme SOYEZ à une zone

séguier avant 1800

très restreinte alors que le métier est largement répandu. Un mystère. La carte du verbe « scier » en

occitan  apporte au dossier des éléments dont je mesure mal la portée. Le patronyme pseudo-germanique ( c'est ce que je continue à penser!) SÉGUIER ne serait-il pas à mettre en rapport avec ces formes segar et ressegar rencontrées dans  l’Ouest du domaine occitan? Pourquoi ne pas en faire  un avatar de RESSEGUIER, d’autant qu’il est porté exactement dans les mêmes départements ?

           Ces singularités excitent  les imaginations  dans certains sites de discussion : les SOYER du pays chtimi désigneraient des soyeux, des artisans qui tissaient la soie.  Peu vraisemblable en Artois où on n’a jamais vu trace d’un ver à soie, et encore moins au XIème siècle lors  de l’apparition des noms propres : la soie était une matière précieuse qu’on importait sous forme de soieries et non de fil à tisser.  J’appelle à la rescousse quelques érudits du  Web comme Francis LETHO bien connu du site de discussion GenNPdC ("Généalogie du Pas-de-Calais"). Il m’a sauvé la mise lors d’un échange assez chaud avec un tenant du tissage de la soie en Artois.   

 Je confirme pleinement les formes picardes "Soyer Sohier" etc. : en français SCIER : on dit en bon Picard "Soyer du bos" "scier du bois", et de là l'ouvrier était un « soyeu ».
  L'outil, la scie se dit en Picard "in-ne soye" (le mot SOYE ne se prononce pas SOI mais SO-ILLE !) et la petit "Soye" est une "so-i-ette"
     La forme "soyeu de haute soye" : il s'agit en français d'un "scieur de long" c'est à dire un scieur de planches. Le tronc était disposé sur deux hauts tréteaux, un scieur se positionnait pieds à terre et l'autre scieur les pieds sur le tronc et par un mouvement de va et vient "ils tranchonne-ouais" l'arbre pour en faire des planches.
Une ritournelle enfantine d'autrefois en Picard : "quand min père éteu so-y-eu, on so-y-eu si bi-in a deux, archi, archi, archi bibi!
    Autre forme pour le nom du "scieur de long" en Artois, "scieur d'aire" qui vient du fait que les scieurs de long s'installaient sur une aire pratiquée dans la forêt (espace défriché). Cette forme est souvent orthographié dans les registres sous la forme "sieur d'aire" ce qui a donné à penser à certains que leur ancêtre était "seigneur de la ville d'Aire" '15/09/2012!

           Pour se faire une idée du travail des scieurs de long avant le développement des scieries actionnées par l'eau ou plus tard la vapeur, voici dans  la Fortune des Rougon, Zola décrivant le travail des ouvriers à Plassans dans un coin  de l’aire Saint-Mittre (merci le Web pour la référence!).

    Une scierie, qui débite dans un coin les poutres du chantier, grince, servant de basse sourde et continue aux voix aigres. Cette scierie est toute primitive : la pièce de

scieur rép des pyrennées

bois est posée sur deux tréteaux élevés, et deux scieurs de long, l’un en haut monté sur la poutre même, l’autre en bas aveuglé par la sciure qui tombe, impriment à une large et forte lame de scie un continuel mouvement de va-et-vient. Pendant des heures, ces hommes se plient, pareils à des pantins articulés, avec une régularité et une sécheresse de machine. Le bois qu’ils débitent est rangé, le long de la muraille du fond, par tas hauts de deux ou trois mètres et méthodiquement construits, planche à planche, en forme de cube parfait. (Ch. II début)

         Un tour par Geneanet avec la requête SOYEZ et ses variantes: pour Bavincourt et dans un rayon de 15 kms,  361 résultats (mais beaucoup de doublons). Je m’y retrouve en compagnie d’autres généalogistes amateurs qui ont déposé leur arbre. Une occasion de  vérifier mes résultats, de me conforter dans le sérieux de mon travail au vu de certaines bourdes qui font taches d’huile (heu!) si on pratique sans précaution le copier-coller, et puis restons modeste et reconnaissant, je m’aperçois de mes propres erreurs et je glane quelques infos supplémentaires. On revoit certaines  fiches, on reçoit quelques fameux coups de pouce aussi quelquefois. Bref un grand ramassage de feuilles mortes: approximations, erreurs,  manques, confusions entre homonymes. Me voilà par exemple avec deux Jean-Jacques SOYER sur les bras. Pas de confusion possible entre eux mais autant la fiche de l’un est bien remplie, autant l’autre est squelettique. Yallah! (allons-y, en avant!, let's go!) comme aimait répéter sœur Emmanuelle pour se donner du cœur à l’ouvrage.

          Dans ma base de données, j’ai repéré à Bavincourt, au cours du  XVIIIème  15 familles de scieurs de long  qui touchent de près ou de loin à ma famille soit  plus d’une trentaine d’individus. Pas mal car les professions ne sont pas toujours indiquées. Curieusement, ce métier n’est plus mentionné au XIXème siècle : aurait-il disparu ? Douteux. Ou alors on l’intègre dans la catégorie très floue et dévalorisante de manouvrier ? Affaire à suivre.

      

Soyez JB arbbre

Ces scieurs de long  du XVIIIème siècle se connaissent bien car ils travaillent en équipe; ils  forment un milieu professionnel structuré et les alliances entre eux  ne sont pas rares mais rien à voir avec les cercles fermés des meuniers. Pour seul bien, ils n’ont que leurs bras ; ils louent leur force de travail. Les meuniers de chaque village bénéficient  d’une rente de situation, les paysans du village ayant obligation de venir faire moudre leur grain chez eux. Personnages enviés et redoutés ils fonctionnent comme de véritables dynasties dont les membres tiennent les différents moulins d’un secteur géographique. Mes scieurs de long se constituent tout au plus en réseau au sein du village. Jean-François (scieur d’aire)  et Jean-Jacques BRASSART continuent la tradition de Théodore leur père. Le frère Pierre Joseph (manouvrier ou couvreur en paille selon les années) épouse une SOYER, Marie Joseph fille de Pierre Laurent SOYER dont le frère Jean-Jacques  est également scieur (leur père Jean-Baptiste était, lui, berger). Une SOYER était déjà entrée dans la famille  en 1701 comme épouse de l’arrière-grand-père Nicolas BRASSART (1680-1730) dont j’ignore l’état. A creuser.

      Au fil de mon propos, je prends conscience des manques et des à-peu-près du dossier. Finalement le pari que je me suis fait d’écrire sur les SOYER a pour première utilité de m’obliger à pousser plus avant ces recherches. Belle résolution pour une rentrée.

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Quarantaine & Pastèque

 

QUARANTAINE & PASTEQUE

 Nommer un enfant trouvé 2 Août

patek fotos

Le titre antérieur était Pastèque et Quarantaine. Inversé, ça sonne mieux: les queues en chiasme au lieu de bégayer au milieu: que-que 

       Il m’a bien fallu un mois pour me remettre du Challenge. Le blog est resté silencieux mais le chercheur en marche! n’a pas chômé. Il a plongé dans les registres d’Arras  du début du XIXè siècle pour en conclure …qu’il n’y avait rien à conclure des méthodes du «baptiseur »  de l’État Civil.

        À consulter les tables des naissances de 1817, on sent le souci de « fabriquer » un nom vraisemblable qui se rapproche de noms en usage dans la ville, tel un fictif VASSELINE qui succède à un réel VASSELIN. QUENTINET s’inspire certainement d’un QUENTIN voisin ; VERDEL et VERDELET   reviennent à plusieurs reprises

 

                                         En 1813 ou 1814 la mode était à la botanique- comme au beau temps du calendrier révolutionnaire. Va pour un tonitruant Ladislas COQUELICOT. L’allitération Antoinette ANSÉRINE gomme la bizarrerie du nom. Jeu de rimes : Ferdinande MONARDE, Julien FUSAIN, Denis VERNIS. On   s’autorise aussi quelques extras: un anodin Jules GERMAIN, de plus voyants Léontine TRICOLORE, ou Louis-François TOUTBLANC. On plaindra les Laurentine PYRAMIDALE,  ou Rosalie QUARANTAINE.

1813 Arras noms

1814 arras noms

  1814 a une spécialité: les arbres. Vive Honoré LIQUIDAMBAR, dénomination autrement plus  commode à porter  que  celle de Célestine PASTÈQUE l’année précédente ! Dans cette apparente thématique (on n’ose dire  cette logique), quelques dérapages interpellent, dignes de Queneau ou Desproges : quel cerveau amoureux du bizarre a donc forgé ces Morgou, Chelone, Tornep, Velar sortes d’anagrammes destinés à enrichir une novlangue avant la lettre? L’étrangeté saute d’autant plus à l’oreille que les prénoms   obéissent à l’orthodoxie catholique : ce sont les saints les plus admis sinon courants du calendrier.

Dans les années antérieures, on paraît s’être tout bêtement inspiré du lieu où l’enfant a été recueilli: Micheline Elizabeth DEGRÉ, a été trouvée sur les degrés de la maison commune en floréal an XI, François LANCÉ  fut abandonné en prairial an XII sur un remblai de rempart. Charles Joseph JOYEUX  (pluviôse an XII)  était peut-être doté d’un heureux caractère mais Dominique  Michel IVRE (thermidor XI) avait-il déjà un coup dans l’aile lorsqu’on le récupéra? À moins qu’on lui ait fait ingurgiter une lampée de genièvre pour le ranimer ? En 1806, les enregistrements d’enfants sont rares mais les circonstances des trouvailles sont narrées avec une précision remarquable qui ne manque pas d’émouvoir  à deux siècles d’intervalles.

 15 janvier 1806.   7h du soir le Sr Lemaire vicaire de la cathédrale en sortant  trouva entre les deux portails un enfant qu'il fit remettre par le sonneur entre les mains de la dame Monvoisin. Enveloppé dans un mauvais morceau de couverture d'étoupe un morceau de laine grise, un morceau de toile en forme de drapeau un corset de coton à carrés rouge et bleu un bonnet  d'indienne brune à fleurs jaunes garni d'une blonde noire un ruban de soie bleue aucune marque ni billet. Cheveux, sourcils, yeux noirs. (15 janvier 1806 n° 37 vue 1383)

 Sans surprise l’enfant ancienne cathédraleâgé de 15 jours  s’appellera Jean-Baptiste DUPORTAIL. La cathédrale à cette époque n’est plus que l’ombre d’elle-même. Vendue comme bien national à la Révolution, son acquéreur hollandais la transforme en carrière de pierre. Napoléon décide qu’elle trop délabrée pour qu’on investisse dans sa restauration ; les édiles la raseront et élèveront dans un transept l’église St Nicolas en Cité actuelle

      5 mars 1806  Chez Blondel libraire une femme venue pour lui acheter un livre laisse un enfant dans la boutique pendant qu'elle va faire des courses. Enfant vêtu d'un sarreau d'indienne fond blanc et fils rouges, tablier de toile à carreaux blonds une mauvaise camisole d'indienne fond blanc à barres et fleurs rouges, tablier de toile à carreaux rouges, mauvaise chemise de toile blanche, petit mouchoir rouge,  bonnet à trois pieux? violet garni d'une bande noire.( 5 mars 806 n°136 vue 1410)

L’enfant  âgée de deux ans  est dénommée Marie PAUL. C’est bien plat pour un abandon tristement romanesque.

      Tous les CARTON doivent-ils comme André Guislain leur nom  à l’emballage dans lequel il fut trouvé au matin du 6 janvier 1806, âgé pense-t-on de 3 jours ?

       6 janvier 1806   Lefebvre valet d'église de St Nicolas rue Baudimont a trouvé à 6h du matin sur les degrés de l'entrée principale un carton en forme de tombeau couvert d'un papier rouge à grandes fleurs blanches et l'ayant ouvert y trouva un enfant qu'il porta aussitôt à la dame Monvoisn - l'enfant est enveloppé dans un morceau de serge verte ayant un drapeau de toile blanche, un lange blanc, un autre drapeau était sous son cou, une chemise de toile blanche avec un tour de col de mousseline rayée, un corset de de garat blanc, un bonnet de bazin blanc à grandes  rayures garni de mousseline avec un ruban de soie argenté dans le fond du carton étaient aussi deux morceaux de serge verte, deux autres chemises  et plusieurs morceaux de toile le tout sans marque. Âgé dliquidambare trois jours les cheveux et les sourcils noirs;  les yeux bruns foncés il portait au bras gauche une petite tresse de cheveux noirs (AD 62 naissances 6 janvier 1806 n°36 vue 1383)

coquelicot

 

On espère que la dame Monvoisin qui l’a recueilli lui a laissé le souvenir ultime que sa mère aura voulu qu’il garde d’elle

    L’administration  est peu regardante sur le ridicule qui s’attache à certains noms. Cruelle, perverse ? Mais elle sait bien que la plupart de ces petites créatures n’auront jamais à supporter les quolibets que n’auraient pas manqué de déchaîner de tels noms. Il suffit de lire le registre des décès parmi les enfants trouvés, c’est l’hécatombe. Alors vivent les COQUELICOT  et les LIQUIDAMBAR si malgré ces appellations incongrues leur porteur a pu traverser les orages !

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30 juin 2017

Z comme ZAYONNET 30 juin 2017

Z comme ZAYONNET  30 juin 2017

 

           

Z tour d'abandon

Pour la dernière lettre de ce challenge, une fin en beauté avec ZAYONNET. Honneur aux ZAYONNET  bien vivants d’aujourd’hui qui apparaissent sur Internet. Je parie qu'il ne se doutent pas de leur  privilège extraordinaire: on sait exactement où et quand est né le premier porteur du nom. Car ce nom est tout récent;  il est arbitraire ; il est unique. Il est apparu dans le Pas-de-Calais au 19ème siècle et ne s’est guèreZ popu nom zayonnet répandu ailleurs: il se situe au 353947ème rang ds noms de famille en France

 

 

   26-5-1818 à midi N°52   Par devant nous Augustin Benoït Joseph Linque adjoint au maire d'Arras le sieur MONVOISIN a déclaré en mairie qu'hier à 9h du soir il a recueilli au tour un enfant du sexe masculin nouveau-né qu'il a présenté n'ayant sur le corps aucun signe distinctif. Nous l'avons inscrit sous le nom ZAYONNET et le prénom Jules et ordonné qu'il soit remis à l'administration des hospices d'Arras de quoi nous avons dressé acte en présence de Henri Demazières et de Constant Vauclin témoins majeurs demeurant à Arras lesquels ont signé (AD 62 Arras 5MI 041-34 vue 1063)

          Augustin LINQUE   a ainsi nommé et prénommé nombre d’enfants trouvés selon une logique qui m’échappe : pas d’ordre alphabétique apparent : les garçons précédents se nommaient  Audorant, Pondé, Féron ; les suivants Calicot, Longet. Puise-t-il,  selon l’inspiration du moment ou  d’après quelque indice physique, dans une liste  établie par avance de noms inventés selon un procédé oulipien ou surréaliste avant la lettre? Dans les années 1830, à Arras on composait des anagrammes  à partir d'une base: par exemple ARFIB, BAFIR,FIBAR,BAFRY,RIFAB oou bien OLFRY,FILOR, LOREF,LEFOR ( recherche de Jean-Pierre ARFIB sur son nom) Rien de tel ici; le mystère reste entier.

   Les ZAYONNET ne font pas partie de ma famille. Pour moi, ce n’est qu’un nom, frappant, comme une zébrure, un fouet qui claque et en même temps pas très redoutable, à cause de ce diminutif aimable. Comment m’est-il entré dans l’esprit ? Par l’arrière-grand-mère Mélina dans ses conversations avec sa fille Lucienne. Il m’avait frappé, de même qu’un autre, HÉRISSÉ. Elle les associait souvent  et pour cause.

Z- arbre

Ce  HÉRISSÉ dont elle parlait, Théodule, était le mari de sa tante. Il était maçon et venait de La Cauchie, le village situé de l’autre côté de la route nationale. Il était aussi le beau-frère d’un ZAYONNET, Alfred, charron à La Cauchie également. HÉRISSÉ (ou HÉRICÉ) n’est pas du tout un nom inventé  mais l’extraordinaire, c’est que l’ancêtre qui le portait, Pierre-Claude était aussi un enfant de l’Assistance, non pas enfant trouvé mais enfant abandonné sciemment, confié  dans des circonstances inconnues  aux Hospices de Paris et mis en nourrice à Humbercamps au début de la Révolution. Or Jules ZAYONNET, le père d’Alfred est aussi passé par Humbercamps: tout en menant une partie de sa vie à Berles-au-Bois où il a trouvé femme et vécu un temps, il a fini par s’installer à Humbercamps.  Un autre lien que je découvre à l’instant avec ma famille maternelle et qui explique que le nom de ZAYONNET devait assez souvent revenir dans les propos que j’entendais tout enfant: Marie la dernière fille de Jules ZAYONNET se marie avec un THUILLIEZ proche parent de mon arrière- grand-père Lucien, le mari de Mélina.

Z berles autour

C’est un peu embrouillé mais ça ne fait rien: dans ces petits villages distants de quelques kilomètres, tout le monde était peu ou prou parents. Finalement ces  ZAYONNET , ces Hérissé  arrivés là par hasard, ou plutôt par les malheurs de leurs géniteurs, après avoir pu surmonter les rudes conditions d'existence de leur petite enfance avaient réussi à se faire  une  place dans les réseaux compliqués de ceux qui n'avaient jamais bougé que de quelques kilomètres en deux ou trois siècles

Z tour d'abandon x

      

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29 juin 2017

Y comme "Y-a-plus-k"

 

Y comme « Y-a-plus-k »   jeudi 29 juin

 Encore faut-il s’y mettre ! Et c’est de la procrastination (quel vilain mot) en généalogie que je voudrais parler.

Y procrastination

Toujours remettre à demain : un boulet dans  la vie quotidienne  des intéressés– et  de  leur entourage donc ! Gilbert STUART mit paraît-il quinze ans à entreprendre de terminer le tableau ci-contre. Terminer ? La main semble  encore enveloppée  dans une moufle.  Mais remettre au lendemain,  en généalogie, quelle importance  après tout? Les morts peuvent attendre, non ? Ont-ils eu tort ceux qui ont longtemps attendu le jour propice où ils  se mettraient à rechercher leurs ancêtres ?  La mise en ligne à peu près généralisée des registres d'état civil leur donnerait raison. Quand je repense à mes débuts, pleins d’enthousiasme pourtant, où je recopiais à la main sur des post-it les actes déchiffrés aux Archives du Pas-de-Calais, je regarde mes balbutiements avec une certaine commisération. Désormais, il suffit de cliquer un peu habilement pour avancer à pas de géants. On transcrit les résultats sur un logiciel personnel ou sur celui d’un site spécialisé et Hop, l’arbre se construit au fur et à mesure. On est impardonnable de ne pas s’y mettre illico. Cependant, passés les premiers enthousiasmes des découvertes les plus faciles, viennent les impasses, les familles indémêlables, les registres gribouillés, les battues fastidieuses, les heures qui s'écoulent infructueuses. On se casse les dents. On se lasse. On repousse à plus tard l'inventaire des blocages, on ouvre d'autres chantiers dans tous les coins. « Ne pas remettre à demain etc. … » martelaient  les leçons de morale de l’école traditionnelle.

               Mais en généalogie l’information  n’est pas que dans les vieux papiers. Ne pas interroger à temps l'entourage m'a joué plus d'un tour, ou plutôt m'a privé irrémédiablement de certaines données. Je n’ai jamais pensé à interroger ma mère  sur le village dont je croyais si bien connaître la chronique tant elle était ressassée par elle et ses frères à chacune de leur rencontre. C’est maintenant que je saurais leur poser des questions précises mais ils ont disparus. Ma mère la première, la plus proche et la mieux disposée à raconter sa famille et son village mais Alzheimer l’a enfermée dans une forteresse inaccessible.  Pendant des années, allant la voir à sa maison de retraite, je suis passé devant le bâtiment des Archives du Pas-de-Calais sans me décider à y rentrer  pour y trouver de quoi commencer mon arbre. Du coup je suis passé à côté des renseignements précieux que mon père, encore en vie aurait pu me donner.

Y- Lucienne, François, Marcel et des inconnus 1933-001

Le peu qu’un jour j’ai réussi à lui faire dire ne fait qu’aviver mes regrets d’avoir tardé. Coïncidence à interpréter comme on veut : au moment où j’étais décidé à sérieusement interroger un oncle qui en connaissait un rayon sur la famille  j’ai appris qu’il venait de décéder, emporté par un cancer qui le minait depuis des années. J’en avais connaissance

Y- Lucienne, Julienne-Beaucourt-Coin, Mlle Poidevin

mais, mais…plus tard, trop tard. Restait mon autre oncle. Avec lui la communication était difficile à cause d’un cancer de la gorge mal soigné : seule sa fille comprenait bien ce qu’il disait  mais quand il dérivait dans des horreurs sur la famille  sa fille se refusait à me traduire. Bref, faute d’avoir su à temps  recueillir la mémoire familiale,  j’ai des albums entiers de photos de mariage ou de communion qui me restent muets à jamais. Regrets éternels.

 

            Et puis parfois, vous ne supportez plus cette inertie qui vous fait constater avec une morosité paralysante que vous ne savez toujours rien des parents d’Alexis BAS, votre ancêtre direct de cette. Qu'est-il advenu de cettte Colombine CHEMINEL dont vous ne connaissez que la date de naissance et un enfant naturel? Vous en avez assez d’évoquer avec émotion le souvenir de plus en plus effacé d’une photo de  Marcel POISSON accrochée au mur de la cuisine chez les grands-parents. Au fait combien d’enfants avait Hyacinthe GOSSART ? Yallah! Vous vous secouez, vous vous renseignez sur les horaires  d’été des Archives de la Seine, vous bravez la canicule sur un boulevard Serrurier dépourvu d’ombre, vous n’avez de cesse  de retrouver le dossier de l’Assistance Publique du petit Marcel mort à Verdun. Autre scénario: un clic de hasard vous met sur la piste d’Émile GOSSART professeur de physique à Bordeaux. Mais comme vous êtes impénitent et dispersé, vous attendez des années avant d’exploiter cette veine. Elle vous réserve pourtant bien des surprises une fois que vous  avez repris le sentier de la guerre. Nul n’est incurable. La fièvre de la découverte  fait parfois trembler le procrastinateur le plus endurci. Un Challenge comme celui-ci mobilise, réactive les zèles assoupis. Soit. Il me tarde malgré tout d’arriver justement à la lettre Z pour  disons reconstituer ma force de travail   et laisser un peu filer les choses. Demain demain demain…           

 

 

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28 juin 2017

X comme François XAVIER

 

 

X comme François XAVIER mercredi 28 juin 2017

         

X image pieuse F-X

  J’avais primitivement dans l’idée de

 

parler des quelques Xavérine rencontrées mais elles sont vraiment falotes – du moins n’ai-je rien trouvé sur elles. En revanche me vient en tête un FRANÇOIS XAVIER  de la famille paternelle.

  Il ne faut pas perdre une occasion de s’instruire mais je ne vais pas jouer l’oncle Paul avec ses belles histoires qui servaient de bancs d’essai aux nouveaux dessinateurs de

X hist de l'oncle Paul

SPIROU.  Voici ce que je retiens d'un savoir tout frais. Alors que souvent les noms sont d’anciens prénoms  tel Martin, Guillaume, Robert ou Lamartine, pour FRANÇOIS XAVIER le chemin a été inverse: c'est un nom devenu prénom puisqu’à l’origine Xavier (Javier en espagnol) est le lieu de naissance en Navarre du jeune François (1506-1552). On ne devrait donc pas mettre un tiret entre les deux termes. C’est un Jésuite, et même un des premiers puisqu’il fonde l’Ordre avec Ignace de Loyola. Il a évangélisé – ou essayé- le Japon, l’Inde et la Chine. Il est mort à Goa où une châsse abrite son corps (amputé des reliques  dispersées de par le monde) mais un bras est  gardé dans un reliquaire à Rome.

x reliquaire FX

Étant donné le nombre de ses voyages en Asie, il est le patron des missionnaires et… du Tourisme. La popularité du prénom date du XVIIIe siècle et effectivement dans mes fichiers, figure une cinquantaine de François Xavier, la plupart nés dans les années 1750. Le plus ancien est un Xavier POULLAIN né à Sombrin (Pas-de-Calais près d’Arras) en 1733. Il est parrain d’un Xavier BAS ou LEBAS (un ancêtre de ma famille maternelle) peut-être un des cinq  rescapés  des treize enfants d’Alexis BAS et Marie-Anne Ponthieu : les six derniers sont morts entre un mois et deux ans malgré le patronage à deux reprises du saint jésuite.

      J’en viens à François Xavier, en fait appelé le plus souvent Xavier, Xavier FROMENT. Un

X frt F X arbr

grand oncle de mon père. j'ai jeté mon dévolu sur lui pour deux raisons.

1° C’est un jumeau : ce n’est pas si courant. Il est né comme sa sœur Marie-Blanche FROMENT  le 4 octobre 1853 à Bavincourt, Pas-de-Calais.  Il ne s’est pas marié ; il est décédé à 46 ans alors que sa sœur, mon arrière-grand-mère a disparu à 69 ans en 1922. C’est le seul garçon au milieu de quatre filles (sans compter une cinquième, l’aînée décédée à deux ans). On devait probablement mettre  beaucoup d’ambitions sur lui mais, à voir sa signature mal formée, il paraît avoir été de santé faible.  Par son testament il donnait une grande partie de ses biens à Marie-Blanche qui est ainsi devenue fort bien pourvue de belles et bonnes terres à blé et à betteraves.

X- frt 1890 M de paul émile

X 1889 t N Blache sign

2° Papa me disait qu’il l’avait toujours vu au coin du feu, malade. Impossible : il est décédé en 1899 et papa est né en 1918. Se sont  superposés dans son souvenir ce qu’on lui disait de ce grand oncle et des images qui l’avaient frappé enfant: sa grand-mère alitée pendant plusieurs mois avant de décéder (il avait alors quatre ans) et un vieillard que tout bébé – à deux ans – il avait pu voir au coin du feu. Pour remplir ce rôle je ne vois que son arrière-grand-père Siméon DRUGY: il demeurait à Foncquevillers mais il a terminé sa vie chez son fils Léonard DRUGY. Il meurt en 1920 au grand âge pour l’époque de 89 ans.

   Conclusion: il faut manipuler avec précaution les souvenirs d’enfance des parents  et la tradition familiale. J’en ai fait plusieurs fois l’expérience. Mais en même temps il ne faut pas les  rejeter car comme toute légende, ils contiennent des parcelles de vérité. Aux fins mythologues  que nous devons  être  de savoir les interpréter.    

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27 juin 2017

W comme WALTZ

 

 W comme WALZ/WALTZ mardi 27 juin 2017

 

Il ne s’agit pas ici de Jean-Jacques WALTZ, plus connu sous le pseudonyme de HANSI, dessinateur férocement antiallemand durant l’occupation de l’Alsace par l’Allemagne. Il a popularisé et figé peut-être dans le folklore l’Alsace et ses cigognes. C’est sur lui qu’on tombe à tous les coups lorsqu’on interroge la Toile.

C’est d’une famille plus discrète mais brillante que je veux parler,  et de sa figure de proue Adolphe WALZ (il

W- waltz ad et P

francisera son nom en WALTZ lorsqu’il optera après 1871 pour la France). Pierre Birnbaum aurait pu faire de lui un de ces « fous de la République » qui ont  cru aux valeurs des Lumières, ont tout misé sur les promesses d’ouverture  et de liberté  qu’offraient « l’émancipation » et la « régénération » des Juifs  opérées en 1791 par la Révolution, consolidées  vaille que vaille  par Napoléon, la Seconde République, le Second Empire et la Troisième République , malgré certains reculs, malgré le développement d’un antisémitisme virulent qui au-delà de l’affaire Dreyfus aboutira aux lois discriminatoires de Vichy.

W- asc desc Abraham Walz

 Je n’ai pas la prétention ni la folie de me lancer dans un récit  exhaustif de la saga WALTZ. Quelques repères seulement pour situer  des personnages dont plusieurs ont longtemps été pour moi des signatures de traductions et de manuels de littérature grecque ou latine, et que j’ai découvert bizarrement  comme alliés par la bande à ma famille.

   Point de départ: la prise de nom de 1808, un véritable baptême civique imposé par Napoléon. Avec l’obligation  du nom fixe et transmis, c’est la naissance  des WALZ, le nom que  choisissent Joseph CAÏM (Joseph WALZ), ses fils Joseph Caïm der Sohn (Joseph WALZ le fils),  Joseph Abraham (Abraham WALZ)  et Joseph Koechel (Gabriel WALZ)  et tous les autres Joseph hommes ou femmes. Pourquoi ce choix, alors que JOSEPH paraisssait fonctionner comme un nom classique, transmis d'une génération à l'autre? Les LEVY, KAHN, DREYFUS n’ont guère opté pour le changement, sans doute plus attachés à un nom lourd de références religieuses ou affectives. Pas de prénoms bibliques, ordonnait le décret de Bayonne. Les  JOSEPH de Romanswiller ont fait du zèle: décidés à se dépouiller de toute référence à l’Ancien Testament (mais que font-ils de Joseph le père nourricier de Jésus?), pour  se fondre dans la masse germanophone ils adoptent un nom porté dans  les villages alentours par de « bons » alsaciens -catholiques ou protestants. Dépouiller le vieil homme en somme. Mais ce qui colle à la peau,  ce sont les métiers de ces nouveaux citoyens, des professions  décriées, accablées de clichés (colporteurs sales et manœuvriers, maquignons véreux) et même haïes (usuriers implacables). Les autres communautés affecteront longtemps de croire que les Juifs se complaisent  dans ces états peu reluisants ou douteux, dans la crasse et l’ignorance  alors même qu’il était interdit aux juifs de posséder des terres, d’acheter des boutiques et de s’établir ou de séjourner plus d’une journée dans des centres urbains dispensateurs de savoir moderne et d’idées nouvelles. Après « l’émancipation » qui fait des juifs des citoyens de plein droit, il faudra du temps et de l’énergie pour  vaincre les préjugés, aussi bien du côté de leurs concitoyens peu enclins à voir arriver des concurrents aux mœurs si différentes, que du côté des intéressés effrayés par cette liberté nouvelle, cette ouverture vers la modernité.

1800 colporteurs fer-001

Le bourgeois bien-pensant de la gravure de propagande ci-contre a beau jeu  de conseiller aux trois ferrailleurs de « vrais » métiers autres que la revente ou le commerce, il n’est pas si simple de sortir du réseau d’habitudes , alors qu’aucun artisan ne veut prendre un juif comme apprenti pour lui apprendre le métier, que les écoles de bon niveau n’existent pas dans les villages ou que les rabbins voient d’un mauvais œil les lumières concurrencer l’enseignement traditionnel.   Les métiers des WALZ de Romanswiller et des familles alliées  sont ce qu'on attendait : marchand de bestiaux, colporteur, ferrailleur. Le chef de famille et ses trois fils sont  donc dans le commerce ambulant. Le temps passe, le monde bouge autour de Romanswiller, les villes sont accessibles mais  les enfants WALZ, nombreux, ne quittent pas Romanswiller ou des villages semblables et rééditent les activités de leurs pères. Seuls les deux fils d’Abraham vont voir ailleurs. On retrouve Henry à Blida, mort (voir la lettre Q). Échappée ratée. C’est le cadet qui va  s’envoler et profiter des possibilités nouvelles. Lehmann WALZ, Romanswiller 1809 – Paris 1880. Voilà qui mesure le chemin parcouru, mais au prix de l’amnésie  du passé : son fils Adolphe qui déclare le décès ignore le nom de ses grands-parents  

            Comme d’habitude, on ne sait rien des conditions dans lesquelles le jeune Lehmann devient instituteur à Colmar ( c’est ce’ qu’il est à son mariage). Avec sa femme, Odile Levy, sage-femme ils ont huit enfants. Adolphe (1840 Clmar-1926 Paris) le second est brillant élève à Colmar;  il est inscrit au lycée Charlemagne à Paris, est distingué au concours général, et le voilà entamant le cursus universitaire classique  des enfants du sérail parisien, lui le petit-fils du ghetto :

ad W SIGN-001

Normale Sup, agrégation, des postes variés de lycée,  mais Sedan arrive : il est au lycée de

W - Pétain antismit

 Mont de Marsan;  avec quelques autres jeunes professeurs républicains il se distingue par des positions avancées, créant un journal, soutenant le préfet installé par Gambetta. Son frère Émile qui s’est lancé dans le journalisme, devient sous-préfet. Le régime dans sa phase d’installation  sait reconnaître ceux qui ont tout à gagner à le soutenir. Adolphe  a opté pour la France, francisé son nom en WALTZ, fait venir ses parents. Il a aussi pris le temps de se marier, avec une Dreyfus – parente du capitaine- et sœur d’un journaliste, Ferdinand Dreyfus futur député, fondateur d’un journal républicain, La Nation, mais aussi mêlé à des malversations qui lui valent plusieurs années de prison. Bien sûr il a soutenu  une thèse ; il se spécialise dans la littérature latine, obtient un poste à la faculté des lettres de Bordeaux,  et meurt en 1926, rue du Docteur Blanche à Paris,  décoré de la Légion d’honneur depuis 30 ans.

             Comment l’ai-je rencontré ? Son fils  Pierre épouse la fille de mon cousin éloigné Émile GOSSART, son collègue de la Faculté des Sciences.  Et la reproduction continue : Pierre est  universitaire comme son père mais

W- waltz anth

helléniste, traducteur acharné (6 volumes dans la Collection Budé de l’Anthologie Palatine – une compilation tardive de poètes grecs) ;  son frère René, brillant spécialiste de Sénèque mais aussi de Lamartine, règne  à Lyon sur le département de latin et... sur le scoutisme dont en pleine guerre il est un dirigeant important. Romanswiller est bien oublié, et d'ailleurs depuis 1918 le village est revenu dans le giron de la France comme le reste de l’Alsace.  Oubliées vraiment les origines? René a été prénommé René Isaac et après la guerre il signera de ses deux prénoms. Pour Pierre on a  choisi deux anodins Jules Maxime. Malgré cette « discrétion », le régime de Vichy ne s’y était  pas trompé et le doyen de la faculté des lettres de Clermont-Ferrand Pierre WALTZ sera interdit d’enseigner dès octobre 1942   c’est-à-dire dès la promulgation des lois antisémites dont Pétain, de sa propre main,  avait étendu l’effet à tout le personnel enseignant

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26 juin 2017

Vivent Védastine, Vindicien et Vénérand!

Vivent Védastine, Vindicien et Vénérand ! lundi 26 juin 2017

 

 

 

V st vaast tapisserie

On a beau s’attendre à tout avec les prénoms d’autrefois,  à ma première rencontre avec une Védastine je me suis demandé si j’avais bien lu : jamais je n’avais entendu ce prénom à Bavincourt.

V- ST Vast Wambrechies

J’avais connu une Palmyre couturière  (c'est même un des prénoms de ma mère), une Bertille  (à Maroeuil près d’Arras une source consacrée à la sainte serait bénéfique aux aveugles). Les féminisations improbable en -tine , j’en ai rencontré plus d'une,  Robertine, Rénatine (au lieu de Renée) Adolphine, , sans compter Modestine l’ânesse que  Robert Stevenson traitait plutôt mal au cours de son périple dans les Cévennes. Dans ma base de données de 15000 personnes, elles sont pourtant une petite vingtaine, toutes du Pas-de-Calais. Chez certaines il arrive en deuxième ou troisième place. Pour d’autres, c’est le seul prénom.  Impossible que les malheureuses se soient ainsi dénommées dans « la vie courante ».   Et d’ailleurs à quel saint pouvait bien se vouer les  Védastine?  J’ai dû donner ma langue au chat  et je suis tombé sur un site du diocèse d’Arras « les saints locaux ». Mais bon sang, bien sûr, Saint VAAST - prononcer [va:]- ! , VEDASTUS en latin. J’apprends par la même occasion, vous aussi peut-être, que GASTON en est le diminutif. Nombre d’églises du Pas-de-Calais lui sont dédiées, dont l’Abbaye Saint-Vaast d’Arras. Il a  instruit religieusement Clovis qu’ensuite a baptisé et couronné Saint Rémi. Celui-ci a envoyé son vicaire évangéliser l’Artois – ou plutôt ré-évangeliser la région devenue inhabitée après les invasions.  C’est ce que signifierait l’épisode de son face à face avec un ours dans une église en ruines tel que le raconte Jacques de Voragine dans sa Légende dorée. J’ai été profondément déçu que Michel Pastoureau dans son excellent ouvrage L’ours Histoire d’un roi déchu (Seuil) n’en fasse  aucune mention. Honte à lui  (je plaisante). À mon grand étonnement Vaast est très peu choisi comme prénom, bien moins que l’infernal Védastine alors que le nom  VAAST, VASSE n’est pas une rareté. Dans l’entourage des Védastine, aucun Vaast pour justifier  qu’on lui rende hommage en affublant la fillette d’une telle singularité – qu’elle a peut-être ignoré toute sa vie, se prénommant Marie, Henriette, Jeanne ou Marion  comme tout le monde.

V vitril venerand églis st vénérand de laval

 VINDICIEN, autre spécialité strictement locale : il est né à Bullecourt, entre Arras Bapaume. Il est élevé par St Eloi; introduit dans le clergé d’Arras par St Aubert (encore une gloire régionale  qu'honore  la rue principale d’Arras) il succède à son « parrain ». À sa mort vers

V Mt st éloi cardevacque

712, il est enterré à l’abbaye qu'il avait fondée à  Mont-Saint-Éloi, à 10 kilomètres d’Arras. Le prénom ne se rencontre que dans une ou deux familles de mes « connaissances ». Par exemple un clerc laïc né dans les environs de Bapaume transmet scrupuleusement  son prénom à son neveu qu’il parraine.

VÉNÉRAND: les seuls que je connaisse sont de Quesnoy-sur-Airaines, un village du Vimeu  dans la Somme. Ils se prénommaient plus couramment Louis. Ce sont des CHEMINEL que j’ai cru longtemps de ma famille mais j’ai dû me rendre à l’évidence après avoir remué les registres dans tous les sens: impossible de trouver un lien entre ces deux familles. Pourquoi donner ce prénom ? Pas d’autre Vénérand dans l’entourage. D’ailleurs le prénom ne fait pas référence à un saint local mais à Saint Vénérand né à Troyes mais mort décapité à Acquigny près de Louviers. Une partie de son chef  enfermée dans un magnifique reliquaire fut ballottée de Conches à Acquigny pour trôner finalement dans  l’église de Laval bâtie en l’honneur du saint, Saint Vénérand de Laval. Le culte normand de ce saint signifierait peut-être que ces mystérieux CHEMINEL installés à Quesnoy sur Airaines depuis le début du XVIIIè siècle ont des origines normandes ou angevines.  

 

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24 juin 2017

U comme UNIVERSITAIRES 24 juin 2017

 

U comme UNIVERSITAIRES samedi 24 juin

 

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 La plupart de mes ancêtres étant des ruraux pauvres, ma base de données recèle peu d’universitaires. Tous se rattachent peu ou prou au seul de ma famille propre à avoir fait un carrière d’universitaire, Émile François  Eugène GOSSART (1849-1909)  dont j’ai raconté l’histoire à la lettre G. Il est le fils de  cultivateurs petits propriétaires qui ont le souci de favoriser les talents de leurs deux garçons pour les études : le cadet est curé, l’aîné, Émile, outre ses qualités intrinsèques a la chance de tomber dans une phase du Second Empire marquée, sous l’impulsion de Victor Duruy, le  tout puissant ministre de l’Instruction publique, par le souci de promouvoir de nouvelles élites, de développer les sciences  et l’enseignement sous toutes ses formes. Je n’ai pas réussi à sortir de l’ombre tous les moments de sa formation et certaines périodes restent mystérieuses.  Par exemple quel notable influent a bien pu lui mettre le pied à l’étrier  et l’inscrire, lui le petit paysan de Bavincourt,  à Paris et au lycée Louis-le-Grand, une véritable écurie (déjà) d’entraînement aux Concours ? C’est pourtant comme élève de cet établissement qu’il obtient en 1865 le second prix en version grecque et en mathématiques au Concours général de Seconde (qui ne concerne alors que  les lycées de l’ancienne Seine).  Il effectue un cursus universitaire classique certes mais toujours un peu en marge de celui que suivent  les favorisés du système, les enfants de la bourgeoisie parisienne : Normale Sup, les Lettres  ou le Droit.  Il s’investit dans la physique appliquée, matière novatrice, à l’abri des pesanteurs sociologiques,  liée à l’industrie et donc   susceptible d’assurer des revenus complémentaires. Il obtient son agrégation en 1881 (6ème sur 9) tout en étant déjà enseignant. À Caen  où il est nommé en 1886, il s’arrange pour travailler à la Faculté des sciences  et pouvoir ainsi mener à bien les expériences qui lui permettent  d’obtenir sa thèse  en 1889. Il lui faut ensuite patienter avant d’être maître de conférences sur place à Caen (1894) puis à Bordeaux (1895).

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C’est seulement en 1900, à 50 ans, qu’il devient professeur titulaire. Il n’en profite que neuf ans puis qu’il meurt en 1909.  Une carrière honorable mais sans éclat : même dans sa spécialité il a dû ferrailler pour défendre son département contre les ambitions de jeunes loups venus de Paris et mieux en cour. Faute de moyens, il lui faut renoncer à la recherche pure et se consacrer (non sans succès) à la vulgarisation des applications de l’électricité.

 

    Je ne sais pas si son mariage, à Avignon en 1884, quand il est jeune agrégé, lui apporte l’aisance financière; elle lui donne une assise sociale certaine. Son beau-père, Jean-François CERQUAND (Épinal 1816-Avignon 1888) désormais en retraite est en effet l’ancien inspecteur d’académie d’Avignon : par sa place dans la hiérarchie administrative comme par ses activités culturelles multiples au long de sa carrière, il s’est créé  à travers la France un réseau dans la bonne société de province, sans doute pas la plus riche  en tout cas la plus cultivée. Impossible d’énumérer les postes qu’il a occupé : c’est un véritable tour de France. Il est d’une autre génération bien sûr mais il n’est pas le premier à faire du  savoir un métier : oncle cordonnier, grand-père boulanger mais père instituteur en ville, à Épinal.  Lui-même tâte de l’enseignement secondaire dans la région, soutient à Strasbourg en 1853 une thèse de littérature grecque  de l’hospitalité grecque aux temps héroïques, obtient un poste de censeur  mais y renonce, préférant  -selon son propre aveu-un poste beaucoup moins envahissant d’inspecteur d’académie, qui lui permet de se livrer à des recherches personnelles. Sa carrière donne le tournis:

 

       censeur à St Etienne, inspecteur d’académie à Mâcon.1866  Perpignan.1868 Nice.1872 Amiens, Pau. 1876 Bordeaux,       Avignon. Retraite en 1878

 

U --Ceerqd basque

En vrac, je donne un aperçu de ses œuvres, érudition et poésies mêlées, avec cette inclination bien dans l’air de son époque pour la mythologie et le folklore

 

poésies: Harpies 1861, Sirènes 1862, Charités 1863

 

-1873  Ulysse et Circé   - 1876 Légendes et récits populaires du pays basque Pau . En1875 ,76,78, et 82 publications de contes recensés par les instituteurs de Sioule et de Basse-Navarre traduction et version en basque in Bulletin de la soc des sciences, lettres  et arts de Pau .1889 Mythologie celtique. 1882 reconstitue l'Académie du Vaucluse à Avignon

 

 Dès 1890 la revue de Gascogne émet des réserves sur la façon dont les contes ont été recueillis et traduits ou plutôt adaptés .Les critiques actuels sont moins négatifs : malgré un amateurisme certain, l’action de Cerquand et de es informateurs a permis de diffuser et surtout de conserver la trace d’une littérature orale aujourd’hui éteinte

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.

 

        Émile GOSSART est devenu un universitaire installé. Sa recherche piétine mais il rencontre le succès avec sa Grammaire de l’électricien. Il aime intervenir dans les sociétés savantes de la région sur les sujets les plus variés. Comme tout milieu professionnel le milieu universitaire  a tendance à l’endogamie. La reproduction – physiologique ou sociologique comme on veut- joue à plein. Avec qui marie-t-il sa fille aînée Jeanne? avec le fils d’un collègue : Pierre WALTZ, futur helléniste à la faculté de Clermont-Ferrand, fils  d’Adolphe WALTZ, professeur de littérature ancienne à Bordeaux  (un passionnant modèle lui aussi de méritocratie républicaine) dont l’autre fils René  occupera une chaire de littérature latine à Lyon. Quant au fils, André GOSSART qui fait d’emblée partie du sérail, le déroulement de sa carrière depuis ses études jusqu’à sa retraite est un catalogue quasi exhaustif  des différents rouages de l’Université. Khâgne à Louis le Grand, agrégation de grammaire, tournée de toutes les affectations possibles de la 6ème au Havre  à la khâgne de Janson de Sailly en passant par l’Algérie, l’Indochine et Le Caire, l’inspection d’Académie de Paris, l’inspection générale. Ne manquait qu’un ministère.  Et parce qu’il n’était pas qu’un administratif, il a aussi livré quelques ouvrages scolaires sur le moyen-âge, retombées d’une vocation inaboutie de médiéviste. Le grand-père Cerquand  au centuple.  

 

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23 juin 2017

T comme Turgy et son curé

comme TURGY et son curé      23 juin2017

 

   

T- Turgy église

Turgy près de Chaource. C’est un village pour une fois  et non un

T- turgy cassini

patronyme. Il a pour moi  surgi d’une rencontre de hasard comme je les aime. Je connais un peu cette région près de Chaource car des amis ont une maison de campagne dans un village  voisin, Vanlay. Or il se trouve que les zigzags d’une recherche sur la famille d’Henri CHANTAVOINE, poète et critique oublié de la fin du 19é siècle,  m’ont mené à Mussy-sur-Seine et de là à Turgy.  Un village qui n’a jamais été bien grand : 184 habitants en 1793,  réduits en 2014 à 45. Des fermes dispersées un peu au hasard dirait-on, et une église qui veille  à l’ancienne sur les plus vieilles tombes de ses morts.

    Dans ce charmant cimetière de campagne, écrasé de soleil lors de ma visite, quel coup de veine si j’avais trouvé  la tombe de Bazile Ménétrier  mais il était mort sous la Restauration et de toute façon, c’est à Chesley qu’il est décédé et donc enterré. Alors Bazile Ménétrier  et Turgy? Je m’occupe de la famille Ménétrier depuis un certain temps.   Ils sont implantés de longue date à Mussy-L’Évêque (le nom de Mussy-sur-Seine sous l’Ancien Régime), comme vignerons et plus récemment marchands tanneurs. Bazile est entré une première fois dans mon champ de vision comme témoin au mariage de sa nièce  Madeleine le 10 fructidor an VI à Mussy. Il était dit propriétaire à Turgy. Deuxième apparition : lors du mariage d’un frère, Louis le 27 janvier 1777; ce fut difficile de dénicher le lieu de l’événement car c’était dans la paroisse de la mariée, pas très loin de Mussy mais en Côte-d’Or, à Belan-sur-Ource.

 

 Bazile est alors diacre, voué à la prêtrise donc. Ce ne serait pas le seul de la famille.  On signale  en 1830 un Sébastien Ménétrier curé de Beauvoir  à 80 ans.  Une parente, Marceline Ménétrier décédée en 1814 à 87 ans avait fondé à Lagny une succursale de la communauté des dames de St Maur. Aurait-il entre temps renoncé à la carrière ecclésiastique ? Oui et non. Oui mais après en avoir tâté car j’ai bien sûr filé à Turgy, dont j’ai épluché les registres. La première tranche se termine  fin 1792 ; les derniers actes sont signés du maire Maugard mais  surprise: jusqu’au 24 septembre 1792, c’est la signature de MÉNÉTRIER curé de Turgy  qui orne toutes les pages antérieures

T- curé 18è

 

 : il y a de fortes présomptions pour qu’il s’agisse de Bazile. On remonte, on remonte le temps et sa première signature  date du 14 octobre 1778 (vue 143), après quelques mois de flottement à la suite du décès de ROGER, le curé précédent disparu le 4 mai 1778 à vingt-huit ans. Pendant 14 ans il a officié  à Turgy, occupé la cure (d'un rapport certainement mince) et tenu (fort bien) les registres. Je pense reconnaître son écriture tout au long et même ensuite, lors qu’il passe le relais à un officier d’état civil. Pour son dernier acte, il laisse déborder  son zèle opportuniste ou son enthousiasme réel à l’égard des idées nouvelles  Lan mille sept cent quatre-vingt-douze le quatrième de la Liberté. Il s'est calmé à l'acte suivant et  opte pour une dénomination plus officielle Lan premier de la république française.  

T- 1799 Mtr B sign maire

Dans le volume suivant, la signature refait vite son apparition, et parée d’un nouveau titre MÉNÉTRIER maire ou MÉNÉTRIER tout simplement jusqu’en 1808 (image 40). L’événement majeur, on l’a rencontré dès les premières pages, vues 7-8 : Bazile a pris femme.

    AD Aube Turgy  M 1793-1860 vues 7-8      aujourd'hui 12 ventôse l'an deux de la république française 5 h du soir  par devant Louis Villain

             -Bazile Ménétrier 42ans propriétaire demeurant en cette commune fils de + Nicolas Ménétrier marchand tanneur et de Marie Briois       son épouse demeurant à Mussy sur Seine Aube   - Edmée Regnard 29ansdemeurant à Turgy fille de Matthieu Regnard laboureur demeurant  à Grimaud, Yonne et de Marie Godot son épouse    -assistés de Pierre Bourguignat notaire à Chaource 41ans, Germain Dehuitmendre? chirurgien à Vanlay 37a, Nicolas Maugard maire de cette commune 36ans amis des futurs, Edme Gaudat ancien officier de dragons 67ans demeurant à Grimaud Yonne oncle maternel de la Mariée, Joseph Mujnet? secrétaire de la municipalité de Mussy 45ans.  acte de Naissance de Basile Ménétrier né le 7 février 1753 à Mussy de Nicolas Ménétrier et Marie Briois; acte de Naissance de Edmée Regnard née le 22 mars 1765 des parents susnommés[...]

        Prêtre défroqué. Il y avait d’abord eu l’épreuve déterminante -ou l’étape  transitoire-  de la prestation de serment à la Constitution civile du clergé. Dans le canton de Chaource, il semble que les prêtres assermentés aient été nombreux et MÉNÉTRIER  fut de ceux-là. Curé jureur. Certains à la vocation défaillante allèrent plus loin et profitèrent  de l’état d’esprit nouveau pour jeter leur soutane par-dessus les moulins. Bazile fut encore de ceux-là. Il se marie même dans sa paroisse. Apparemment ceux qu’il a baptisé, marié, confessé, conseillé semblent avoir parfaitement admis la chose puisqu’il n’a pas hésité à prendre femme dans le village (mais elle n’en était pas originaire). À Bavincourt, mon village natal du Pas-de-Calais, le curé   a suivi le même chemin, exactement à la même date de Ventôse an II. Le clerc du village devenu officier d’état civil célèbre son mariage avec une dame de Paris. Ce couple paraît ensuite avoir quitté le pays. Bazile est resté sur place; il est même devenu un notable, membre du conseil municipal,  et  maire jusqu’en 1808: il continuait en somme  son magister sous une forme laïque. Question prosaïque: de quoi cs curés redevenus des laïcs ont-ils vécu, une fois privés du bénéfice de leur cure ?

   

T Chesley égliseCapture

   Le père de Baudelaire, ancien prêtre lui aussi,  s’était fait peintre en miniatures. Bazile MÉNÉTRIER  se dit propriétaire. Il est d’une famille aisé, ce qui lui a permis de réaliser une excellente opération lors de la mise en vente comme  biens nationaux de certaines propriétés de l’Église. Plus d’un curé dans le diocèse acquière des bâtiments divers; certains rachètent tout ou partie des biens provenant de leurs bénéfices. Ainsi assurent-ils leurs arrières. Basile n’hésite pas à mettre dans l’opération 6.250£, et ce dès le 6 juillet 1791, lorsqu’il vient de prêter serment. Peut-être a-t-il déjà en tête de rompre avec l’Église et de se marier ?

      Très vite le couple a deux enfants : Mélanie le 7 messidor an IV (1796), qui se marie en 1813 à Chesley avec un fils de propriétaire futur adjoint au maire de Chesley, et Élise en l’an VI (1798) mariée en 1818. Bazile décède   à 70 ans à Chesley, bourg plus important que Turgy où se sont installés Mélanie et son mari. Sa femme Edmée REGNARD plus jeune que lui de 13 ans meurt à Chesley à 84 ans au tout début de la IIè République.  

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22 juin 2017

S comme SAUPRANY

S comme SAUPRANY   jeudi 22 juin

Ou Les Aléas de la recherche. J’ai joué à cache-cache avec lui et avec sa femme pendant plusieurs années, au gré de mon zèle à m’occuper d’eux, au gré aussi des mises en ligne des Archives du Pas-de-Calais. Longtemps, il n’y a eu que les Tables décennales ensuite les recensements qui par chance ici commencent dès 1820 et enfin les registres complets. SAUPRANY Jean-Marie, a décidé un secrétaire de Mairie, francisant  élégamment son nom qui s’écrit le plus souvent  SOPRANI, SOUPRANI ou même SAPRANI.

     C’est sa femme  que j’ai d’abord rencontrée, car elle est la fille de François-Marie DAUCOURT, l’ancêtre direct   objet  de mes recherches. Père et fille objets insaisissables. Lui,  venu de son Wailly natal, retrouvé avec femme et enfants  à Beaufort, perdu de vue un bon moment à la fin de sa vie alors qu’il coule tout bêtement ses jours  chez une de ses filles à Wanquetin.

S cart Soprani

Elle, c'est Célestine/Célinie, un de ses huit enfants. Elle apparaît, disparaît d’un recensement à l’autre : c’est toujours  par hasard que je la rattrape par la manche,  dans un village où m’a mené une toute autre recherche.  Quand j’ai l’idée rationnelle -mais saugrenue la concernant-, d’une battue autour des villages aux alentours de Beaufort, j'ai rarement  la main heureuse. J’ai donc fini par me fier au hasard, ayant toujours son nom en tête, au cas où.  Je tombe sur elle  à Sus- St Léger en 1846. Elle a 17 ans ; elle est domestique chez François Nicolas  Jacquemelle (le nom est répandu à Sus- St Léger) un célibataire de 41 ans dont je ne trouve plus trace ensuite dans le village. En 1851, sur le recensement de Beaufort  elle est domestique encore mais j’ignore où. En 1856, disparue de Beaufort : peut-être s’est-elle mariée, mais pas   trace de mariage  dans son village natal comme le voudrait l'usage. C’est Généalogie.com qui me sort de l’ornière en me livrant un mariage… à Gouy-en-Artois. Impossible évidemment de savoir comment elle a atterri là, s’y est mariée,  et y vit en 1851 toute jeune mariée avec un journalier de 30 ans, François Évrard et la mère de celui-ci  veuve depuis quelques mois. L’acte de mariage la dit servante. En fait j’avais bien repéré sur les Tables décennales  (alors seules disponibles) un mariage de Célestine mais avec un certain SAUPRANI  (le voilà enfin !), mais celui-ci m’avait échappé et de toute façon, faute de pouvoir consulter les actes, il m’a fallu attendre leur mise en ligne pour y  voir clair.

S- gouy rue

    Il y a donc  eu remariage: Evrard est décédé  au bout de deux ans, laissant une veuve de 24 ans libre car sans enfant. Cinq mois après,  Célestine convole avec Jean-Marie SOPRANI. L’acte de mariage va tout nous dire sur lui

   AD 62 Gouy 5 MIR 379/1  vue 1225  n°9 novembre 1854 10 h du matin

-- Jean Marie SOPRANI  (ne signe pas) tailleur d'habit né à Acquanera di santa Guistina canton de Beverla [Belluno Émilie Romagne] duché de Parme Italie le 7 juillet 1806 ainsi qu'il nous a représenté son acte de N demeurant à Sombrin    actuellement résident à Gouy fils de François  SOPRANI décédé  le 15 mars 1843 et de Marguerite  RUFFI décédée le 28 octobre 1822

-- Célestine DEAUCOURT  (signe) sans profession née à Beaufort  le 20 juillet 1828 demeurant à Gouy fille de François  DEAUCOURT 60 a  (signe) journalier demeurant à Beaufort  et de Joséphine CARON décédée à Beaufort  le 24 décembre 1852, veuve de François   Augustin Joseph  EVRARD décédé  à Gouy le 27 novembre 1853

pas de contrat de mariage. Témoins: François  Augustin VERNAY 62a cultivateur , Charles Joseph  ANSART 56a cultivateur , amis du M, Hippolyte Jacques Philippe Joseph  LEFEBVRE  42a brasseur et François  CAILLERET  47a garde-champêtre amis de la M tous demeurant à Gouy. Seul le marié ne signe pas

              Le marié demeurerait à Sombrin?  En tout cas il est passé entre les gouttes des recensements de 1851 et 1854 à Sombrin comme à Gouy!

S - Sombrin église

 Un italien dans un village de l’Artois même dans les débuts du IIè Empire, ça ne doit pas passer inaperçu. Tailleur d’habits ? On en manque dans ces villages, faute d’ailleurs de clientèle suffisante. Il vient d’Émilie-Romagne, illettré. On ne saura rien  du parcours qui l’a conduit dans ces contrées septentrionales. Et pourtant les étapes ont dû être nombreuses car il a 48 ans lorsqu’il se marie (et pour la première fois). Une vie d’itinérances  constantes, de tailleur ambulant peut-être, se déplaçant  dans des tournées annuelles ? Il a eu envie de se fixer. Mais le temps d’avoir deux enfants, 7 ans après son mariage il meurt à Beaufort, le village natal de sa femme. Il a 54 ans selon l’état civil mais  on n’en avoue pour lui que 48. Célestine n’a que 32 ans. J’ignore (pour l’instant) ce qu’elle est devenue avec ses deux filles sur les bras. Une recherche  sur le Web me révèle des SOPRANI actuellement implantés en France un peu partout;  Geneanet les montre au 18è et 19è siècles surtout dans les Vosges, certains marchands forains, d'autres musiciens ambulants, plus tard tenanciers de tirs oou de manèges. Gens du voyage peut-être comme on dit maintenant ?    

 

    

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