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du bon usage de Noël

Noël carte post

                       Du bon usage de  NOËL

                              Encore un coup du hasard pour ce deuxième blog de décembre. Après avoir élucubré sur la St Nicolas,  je voulais consacrer  ces lignes…à Noël. Tant pis pour l’originalité. C’est la loi de l’almanach: sacrifier à tous les rituels. Premier constat quand je mouline ma base de 16000 individus (oui, ça fait du monde): si le printemps selon la loi de Nature est la saison de l’effervescence  amoureuse, en revanche chez les humains,  Mars n’est pas le mois idéal pour les galipettes et la reproduction de l’espèce. Dans toute cette foule, 12 individus seulement ont été conçus de façon  à naître le jour de Noël,  dont deux seulement prénommés Noël(le). On pourrait y ajouter  ceux qui ont raté de peu  le rendez-vous : 6 naissances  de  la veille (dont la plus illustre,  la mienne) et les 9 retardataires du 26. C’est peu. Malgré le divin exemple (l’Immaculée Conception en moins), les couples ont joué la précaution: pas d' ardeurs  menant tout droit à des naissances à risque dans les intempéries hivernales. Vingt-sept nouveaux- nés à Noël au sein d’un aussi vaste échantillon – essentiellement rural il est vrai, et centré principalement sur l’Artois – s’étalant sur  trois siècles.  Une énigme. N’étant  ni ethnologue, ni démographe je constate  et m’étonne. Je suis déçu aussi : rien de palpitant dans ces destinées réduites à quelques dates. Mon idée tourne court dirait-on.

     Cependant  tandis que je m’échinais sur le parcours de Colombine DAUCOURT  (la fausse Catherine de mon blog précédent) je suis tombé sur  des témoins de son mariage à Amiens le 29 novembre 1852 avec François AUBY: deux Natalis DOBELLE (père et fils sans doute), des  ouvriers en teinture comme le marié. Natalis ? Un prénom inconnu de nos services.  Auby s’était  marié une première fois et voici deux autres Natalis,  des RICQUIER, témoins  des épousailles, toujours à Amiens, le 18 novembre 1826  avec une Sophie RICQUIER. Pour un coup d’essai, un coup de maître: quatre Natalis d’un coup à Amiens. Qu’est-ce que ce particularisme local ? Et voilà le vieux limier tout requinqué: il se lance sur cette piste imprévue  toute chaude encore du ventilateur de l’ordi.

        Natalis, m’a tout l’air de la forme latine de Noël   (natalis dies,  le jour de la naissance –du Christ)). En somme l’équivalent

st natalis d'ulster image pieuse

natalis d'ulster et les loups garous

masculin de Nathalie.  Mais pourquoi en ce XIXe siècle, ce retour aux sources latines ? Renseignements pris – on devine où- un Saint Natalis, Naile, ou  Naal  a existé: un moine irlandais du 6è siècle, Natalis d’Ulster qui se fête le 27 janvier. Selon la légende rapportée par Gérard de Galles (ou Giraud de Barri) il aurait condamné  un couple de frère et sœur incestueux à devenir pendant sept ans des loups garous. Ce qui nous vaut de jolies miniatures. Un autre Natalis « prêtre à Casal » se fête le 21 août. Impossible  d’en savoir plus sur lui  et d’identifier cette ville.

          Quelques données un peu moins floues maintenant, à  partir des arbres déposés sur Geneanet. Le prénom est rare. Au milieu du XVIIIe, il se rencontre un peu dans le Sud-Est, l’Alsace, l’Artois, la Flandre et surtout en Champagne. Son apogée  vers 1600, est trompeur: les actes d’alors sont rédigés en latin et  Natalis traduit Noël. Par la suite il atteindra au mieux 0,005%, avec une légère poussée vers 1800, 1840. Aux alentours de 1800, c’est en  Picardie qu’il est à la mode. D’où mes quatre Natalis d’Amiens.  Et une façon de  sortir  pour Noël des sentiers battus. Et comme la chance est bonne fille avec les curieux du Web et les généalogistes, j’apprends l’existence du saint patron des Archives françaises, qui porte en plus -là je suis vraiment gâté- le nom du village dont les DAUCOURT sont originaires: Natalis de Wailly.

               La capture d’écran de ma recherche livre déjà quantité d’informations. C’est  une dynastie que je découvre dans La France littéraire,  Dictionnaire bibliographique  (T. X 1839) de  Joseph-Marie Quérard. Quatre pages bien serrées  consacrées à cette famille qui sur trois générations exploite le domaine de la philologie, de la lexicographie et de l’édition savante. Entre  érudits qui devaient parler latin couramment on s’amuse doctement avec ces  deux prénoms Noël et Natalis.

            À l’origine : Noël François de Wailly (1721-1801) « connu en 1754 sous le nom de l’abbé de Wailly, grammairien et lexicographe distingué membre de l’Institut » dixit Quérard. L’énumération de ses œuvres occupe deux pages. Il s’agit essentiellement d’abrégés et de  révisions de dictionnaires et de classiques latins. Des publications scolaires en rapport  direct avec son activité principale de directeur d’ une école destinée spécialement aux étrangers qui voulaient apprendre le français. Tout ceci mérite approfondissements ultérieurs.  Nonobstant sa qualité momentanée d’abbé et son activité éditoriale ou directoriale,  Noël-François a pris le temps de fonder une famille (à 43 ans) et de se procurer par là même collaborateurs et continuateurs.

wailly Barth alfr dico frnç latin

Aussi appliqué que ses ancêtres plongés dans  la teinture du drap de père en fils, lui  installe  une dynastie d’auteurs scolaires et de proviseurs: voici  Étienne-Augustin (1770-1821), proviseur du  futur lycée Henri IV puis le fils aîné de ce dernier, Barthélemy- Alfred né en 1800,  proviseur lui aussi à Henri IV, couvert de louanges par  Quérard  pour ses dictionnaires Latin-Français et surtout français-latin. Ses deux autres frères se dévergondent. Gabriel-Gustave fait le grand écart entre son activité de vaudevilliste (Ma place et ma femme, le Mort dans l’embarras, Amour et intrigue etc.) et ses fonctions au Conseil d’état et à la liste civile. Augustin-Jules commet quelques œuvrettes dramatiques pendant ses loisirs  de chef de bureau au ministère de l’Intérieur. Un cousin-germain, Armand-François Léon collabore à des livrets : Benvenuto Cellini (1834), Ivanhoé (1826). Il donne une traduction nouvelle du Moine de Lewis, chef d’œuvre du romantisme noir ; il collabore (pour de vrai, lui) à la Revue des deux mondes.

          

classq hachette St Louis

 J’en viens au personnage central,  mon sujet d’aujourd’hui, Joseph/Jean-Noël dit Natalis  (1805-1866). Élevé dans le sérail, en compagnie de son oncle et de ses cousins,  mais au risque d’être étouffé par cette parentèle de hauts fonctionnaires et d’écrivains plus ou moins érudits,  c’est sans doute pour se distinguer  - dans tous les sens du terme-  qu’il officialise ce prénom de Natalis, discret rappel par ailleurs de son érudition.  Les spécialistes ne tarissent pas d’éloge sur son rôle majeur dans un domaine aride s’il en est mais capital: sous la monarchie de Juillet puis sous le second Empire il est à l’origine de toute la réorganisation de ces archives nationales et surtout départementales  où   nous les généalogistes amateurs, autodidactes ou professionnels  nous faisons notre miel. Tout naturellement il dirige un temps l’École des Chartes et il rentre à l’Institut. Le plus extraordinaire, c’est qu’il a appris « sur le tas ».  Comme tout enfant de la bourgeoisie  en mal de « plan de carrière », il avait « fait son droit » sans grande conviction nous dit son biographe H. Wallon. Nommé  par relation en 1830 dans un service des Archives, il ne se contente pas de rester dans sa sphère administrative: il a trouvé sa vocation. Il prend à bras le corps les problèmes posés par l’amoncellement de documents accumulés sans aucun tri depuis les bouleversements de la Révolution et de l’Empire . De fil en aiguille il se met à l’école des paléographes et applique sa rigueur à l’étude des textes médiévaux. Mais il a également à cœur de rendre accessible au public ces textes écrits en ancien français : il édite,  il adapte  ses préférés en français moderne, l’Histoire de Saint Louis de Joinville ou la Conquête de Constantinople par Villehardouin. Il se trouve que  comme collectionneur des vieux classiques Hachette reliés, je possède une Histoire de Saint Louis par Joinville – et l’éditeur en est évidemment l’ami Natalis : Hachette pour cette collection SCOLAIRE n’hésitait pas à faire appel aux plus grands érudits du temps comme les romanistes Gaston PARIS et Alfred JEANROY qui de leur côté ne dédaignaient pas apporter leurs lumières aux jeunes esprits de l’époque (pour pasticher la pompe de leurs préfaces).

    

ascendance Natalis arbre

 Je n’oublie pas mes  Natalis teinturiers d’Amiens. Quel rapport avec l’érudit Natalis de Wailly?  En les baptisant ainsi, leurs parents étaient  à cent mille lieues des doctes activités d’un milieu qui illustre à merveille les analyses de Bourdieu sur  la reproduction et les héritiers. Aucun jeu savant dans le choix de ce prénom, on s’en doute. Dans  un milieu aussi populaire, nul  ne pouvait imaginer que Natalis était la forme savante de Noël, une alternative « distinguée » à un prénom somme toute banal. Pourquoi cet engouement soudain pour Saint Natalis dans ce coin de Picardie? Difficile de savoir quel « prescripteur » comme on dirait aujourd’hui  a mis pour quelques temps à la mode ce prénom. Ils auraient pu s’appeler Noël, comme tout le monde dirais-je. Car Noël n’est pas si rare,  du moins dans la France du Nord-Ouest: Bretagne (sous la forme de Nedelec) Flandre et Artois puis Normandie. En  Picardie le prénom est mal représenté (6% seulement des prénoms) le Beauvaisis l’emportant pour la moitié.

               J’en étais là de mes réflexions, dans une impasse en fait, malgré la découverte (pour moi) de cette personnalité intéressante quand je m’aperçois, en consultant mieux les notices du Dictionnaire biographique, puis l’inévitable- inépuisable  Geneanet, que si Noël dit Natalis de WAILLY  est né dans les Ardennes, à Mézières, le grand-père, ce fameux « abbé » de Wailly est originaire d’Amiens, de la paroisse Saint Leu, au bord de la Somme et que dans la famille,  depuis plusieurs générations (au moins  depuis le XVIe siècle),   on est  maître teinturier. Évidemment, dans une ville depuis longtemps renommée pour son drap, en particulier le velours, rien de stupéfiant s’il s’y rencontre des maîtres teinturiers. Curieux pourtant que la recherche de distinction qui pousse à  se nommer Natalis, touche,  aux deux bouts de l’échelle sociale, et dans la même branche du textile,  aussi  bien l’ouvrier teinturier qu’un fils de famille membre de l’Institut. La transmission familiale du prénom, quant à elle, est en usage dans bien des familles, et pas seulement nobles.  Chez nos De Wailly,  aucune trace de NOÊL avant le mariage de Pierre avec une Noëlle BARON qu’on avait  deux bonnes raisons de baptiser ainsi: née un 25 décembre,  elle hérite en outre du  prénom de son père, - son frère aîné  aussi, fils premier-né (qui embrasse le sacerdoce et se voue donc au célibat). Précision : aucun de ces  deux Noël  n’est venu au monde un 25 décembre.  Devenu veuf Pierre de Wailly  semble mettre son remariage sous le patronage de la morte : la cérémonie a lieu un 26 décembre. De quoi se convertir à la psycho généalogie ! C’est au cinquième enfant du premier lit qu’on transmet le prénom de la grand-mère et de l’arrière-grand-père maternels. Comme ses ancêtres et son père, Noël De Wailly (5 mai 1689-1743) est marchand teinturier et marguillier de sa paroisse St Leu. Dans sa nombreuse progéniture décimée par les morts prématurées, pas moins de 3 enfants Noël : le premier (né un 13 septembre) meurt en bas âge, le second, dernier  et huitième enfant du premier lit   est  notre Noël- François, « l’abbé » (né en juillet 1724), le lexicographe, celui qui n’obéit pas au tropisme familial. Le troisième Noël, Pierre-Noël est le fruit d’un remariage,   huitième et dernier-né. Noël fonctionne – plus ou moins bien- comme un exorcisme, un recours ultime contre le mauvais sort qui s’acharne sur la famille.

     

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 « L’abbé » se marie  tardivement, à 43 ans. Son deuxième fils Noël-François-Henri  (1773-1816) récupère le double prénom de son père mais laisse à son frère aîné et à ses neveux le soin de faire fructifier  l’héritage intellectuel et professionnel de son père : ni auteur de manuels, ni proviseur, le voilà en poste à Mézières dans les douanes ;  quand il meurt en 1816,  il est contrôleur principal des contributions indirectes des Ardennes. Haut fonctionnaire donc, soucieux de la légalité et des règlements  jusqu’au moindre détail on imagine, même, et surtout en ces temps si agités. Et cependant, sur sa tombe, photographiée par des allumés « Amis et Passionnés du Père-Lachaise », les APPL,  est gravé le  nom qu’il a utilisé sans doute toute sa vie, François Henri Natalis de WAILLY. Première

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trace officielle, inscrite dans la pierre et pour longtemps,  de la métamorphose de Noël  en Natalis, prénom érudit en passe de devenir  le premier  élément d’un nom composé :NATALIS DE WAILLY. C’est à Mézières que naît son fils Joseph-Noël qui préférera, lui aussi, escamoter son nom officiel de baptême  pour un Natalis librement choisi, sous lequel il publie, et qu’il fait graver sur sa tombe. Grand archiviste  et médiéviste devant l’éternel comme on a vu, né le 10 mai 1805, décédé à Passy le 4 décembre 1886. Décembre, encore et toujours. Entre prénom d’usage et prénom officiel, dans leurs entrées, les dictionnaires y perdent leur latin : NATALIS DE WAILLY /NATALIS DE WAILLY Noël /   Jean-Noël, dit Natalis DE WAILLY.  Un méli-mélo extravagant créé par   un féru de la classification et de l’authentification, scrupuleux éditeur de manuscrits, gardien obsessionnel de la conservation des sceaux de l’ancienne France. Il est mort sans descendance, à 81 ans, veuf éternel : sa femme Fanny DE STADLER était décédée très jeune à 23 ans en 1834 en mettant au monde un enfant mort-né. Où était passée la protection de Noël? Une mélancolie profonde marque son visage sur la photo officielle que j’ai trouvée de lui. Je ne me trompais pas. Dans sa longue notice (en la découvrant in extremis, je m’aperçois qu’elle est à nourri tous les

natalis de Wailly portrair recadré

articles sur « mon » Natalis), son ami Henri Wallon (l’auteur de l’amendement qui fit entrer le mot « république » dans la constitution de 1875) révèle: M. N. de Wailly avait été cruellement éprouvé dans sa vie domestique. Il avait de bonne heure perdu sa femme et l'enfant qu'elle venait de lui donner (1834). Ce grand deuil laissa dans son âme une empreinte qui se lisait sur sa physionomie dans le recueillement, et toutefois s'effaçait dans le commerce du monde. Il ne parlait à personne du malheur qui l'avait frappé, il ne disait rien qui pût en rappeler le souvenir. Mais dans un coin de sa bibliothèque on pouvait remarquer, auprès de ses livres, un petit cadre qui renfermait l'image d'une tombe, et quand il nous arrivait d'accompagner avec lui les restes mortels d'un confrère au Père-Lachaise, nous nous apercevions, après la cérémonie, qu'il ne revenait pas avec nous

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 Note sur le DE  de DE WAILLY:

        Wikipédia à plusieurs reprises indique qu’il ne s’agit pas ici d’une particule nobiliaire. Tout à fait d’accord: échevins ou marguilliers, les De Wailly  ne semblent jamais avoir eu de prétention nobiliaire mais qui sait ?. En revanche,  il ne s’agit pas non plus, comme l’avance l’auteur de la notice,  de l’article néerlandais DE (= The, le) qu’on trouve  attaché ou pas dans De Klein (= Lepetit), Dejonghe (=Lejeune), Debaeker (Le Boulanger). Que viendrait faire un article flamand à côté d’un nom de lieu picard? DE indique ici  l’origine, la provenance, le village ou la ville dont les premiers porteurs sont originaires, comme dans les  Darras, Damiens, Dachicourt, Damiens, Dechelers, Deberles, Defosseux, Dewailly aussi  qui se rencontrent souvent dans le Pas-de-Calais. Wailly peut se référer à trois lieux : Wailly-les-Arras (dont ma famille est originaire), Wailly-Beaucamp près de Berck ou, plus vraisemblablement ici Wailly, un hameau de Conty connu pour son château de Wailly. Ce village est au Sud d’Amiens près de Viefvillers dont sont originaires les plus anciens Dewailly recensés dans Geneanet

 

  Pour aller plus loin

Sur les prénoms Nathalie et Natalis:  St natalis wolfthe Irish saints        

 La France Littéraire de Quérard, notice sur les de Wailly :https://www.google.fr/search?client=firefox-b&dcr=0&tbm=isch&sa=1&ei=nJk6Wo9k0tpS8Me48A8&q=qu%C3%A9rard++de+wailly&oq=qu%C3%A9rard++de+wailly&gs_l=psy-ab.12...0.0.0.39392.0.0.0.0.0.0.0.0..0.0....0...1c..64.psy-ab..0.0.0....0.XbzsN8vupo8

Sur Noël François De Wailly :https://www.qwant.com/?q=natalis+de+wailly+images&client=qwantfirefox  https://fr.wikipedia.org/wiki/No%C3%ABl-Fran%C3%A7ois_De_Wailly

Sur Natalis de Wailly père de l’archivistique :    https://www.reseau-canope.fr/savoirscdi/societe-de-linformation/le-monde-du-livre-et-de-la-presse/histoire-du-livre-et-de-la-documentation/biographies/natalis-de-wailly-1805-1886.html

 

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6 Décembre St Nicolas

                     

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 Ce mois-ci encore, pour mon frontispice,  j’ai puisé dans « Les Saisons et les Mois »  "conformes aux programmes de 1890". CUISSARD & CAVAYÉ, les auteurs  de ce livre de lecture pour le CE, sont durs avec  les jeunes troupes – peut-être d’ailleurs à moitié endormies par les émanations d’oxyde de carbone du poêle qui trône au milieu de la classe – classe unique bien sûr pour que le bonheur nostalgique soit parfait. Pas d’échappatoire, pas d’illusion, pas de rêve. On vous le répète, jeune public : tout va de mal en pis sous le signe du Capricorne. Pas de chance, c’est le mien. Sa réputation n’est pas très bonne. Il n’empêche : lors d’une réunion de bureau de mon syndicat d’enseignants, nous nous sommes aperçus que les capridé.es astrologiques étaient majoritaires. La.le Capricorne paraît donc avoir des dispositions pour l’action altruiste ou revendicative. De toute façon, jusqu’au 22 c’est le Sagittaire qui régente nos vies.

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     En attendant le passage en Capricorne comme dirait Madame Soleil,  et les joies commercialisées de Noël, aujourd’hui c’est le 6 décembre et c’est fête pour un certain nombre d’initiés (ou de privilégiés) de par le monde. C’est La Saint Nicolas. Vous saurez tout,  tout, tout  sur Saint Nicolas grâce au lien en fin d’article (sur ce blog, on n’arrête pas le progrès). Quand j’étais petit (peu après la guerre),  dans le Pas-de-Calais on fêtait  la St Nicolas, comme un avant-goût de Noël, un pendant pour les petits garçons de la Ste Catherine des fillettes. Je me souviens d’une petite trompette bleue en métal (le temps du plastique n’était pas encore arrivé). Avec cette trompinette, j’ai dû casser les oreilles de mes parents et de ma petite sœur pendant un bon moment! À Lille, dans les années soixante, quand les facultés étaient encore intra-muros, en dehors des manifestations  contre l’OAS ou contre le coup d’État manqué d’un « quarteron de généraux en retraite »,  pas une St Nic sans fiestas carnavalesques organisées par les étudiants en faluche.  C’est à cette  seule occasion que j’ai vu apparaître cette sorte de large béret rappelant par sa forme une brioche  du même nom, typique du Nord.

     Saint Nicolas, un saint multicarte  protecteur,  entre autres  patronages, des enfants et des écoliers (et donc des étudiants) mais aussi des marins comme on voit sur l’image

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d’Épinal. Quantité d’églises en France sont placées sous son  invocation, celle de Cap-Breton par exemple, et son clocher-phare. La légende des

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trois enfants sauvés du saloir par St Nicolas est très ancienne : un psautier du XIIIe siècle en donne une représentation saisissante de contraste entre les obliques  pour dire la violence de cette hache brandie sur les enfants endormis et le geste si simple mais tout-puissant de la main soulignée par l’épaisse verticale bleu foncé de la porte de ville  et les plis majestueux du costume épiscopal d’un Nicolas  omnipotent de zen’attitude malgré l’espace réduit qu’il occupe sur la droite. Nerval a recueilli la chanson en 1842 ; je la connaissais par coeur quand j’étais petit . Pour ceux qui voudraient la chanter, ou cultiver l’esprit d’enfance j’ai

St nicolas -MYRA_

mis un lien en bas vers un site tout à fait charmant. Le rythme  de la chanson y est trop guilleret  à mon goût: dans mon souvenir la légende était  pleine de mélancolie malgré le miracle final. Plusieurs petites animations inventives l’accompagnent. À Myra dont il était évêque – en Lycie près d’Antalya- on peut encore visiter son église ; elle date   du VIIIe; elle a été fortement restaurée mais l’endroit est émouvant pour  les amateurs d’archéologie et les dévots du saint comme moi. Et j’apprends à l’instant que cette église byzantine, les Turcs l’appellent Noel baba kilisesi « église du père Noël ». Trop fort comme diraient les jeunes (mais je date déjà certainement).

                 6 décembre: 15 frimaire dans le calendrier républicain (ou révolutionnaire). Nous serions le 15 frimaire 226. Je pense à une autre révolution- ratée,  à un autre Nicolas, certainement pas un saint.  La révolution ratée, insurrection plutôt, c’est celle de la Commune qui sombre dans les excès des deux parties et cette  Apocalypse de la semaine sanglante.

elle n'est pas morte chanson

Entre 10.000 et 25.0000 exécutions sommaires, viols et meurtres de communards.  Un épisode, une répression

commémorative

avec lesquels la République n’a jamais été très à l’aise. Ce Nicolas auquel je pense, c’est celui qu’apostrophe Eugène POTTIER. il avait déjà à son actif l’Internationale. Moins tonitruante mais plus émouvante, la chanson intitulée  Elle n’est pas morte a été écrite pour les quinze ans de la Commune en mai 1886 et dédiée aux survivants de la Commune de Paris. Le refrain répète en incantation: Tout ça n’empêche pas Ni-i-icolas /qu’la Commune n’est pas mo-o-OOrte. Il faut avoir la foi – du désespéré. Sont épinglés quelques anticommunards notoires, Maxime du Camp, le compagnon de voyage de Gustave Flaubert en Orient, plus à l'aise avec ses plaques de verre au pied des pyramides que dans les rues de Paris assiégé  et Dumas, le fils  jugeant en ces termes  choisis les communardes : Nous ne dirons rien de leurs femelles par respect pour les femmes, à qui elles ressemblent quand elles sont mortes. Cette animalisation m’en rappelle une autre, bien connue, de Brasillach : il faut se séparer des juifs en bloc et ne pas garder de petits (« je suis partout » 25-9-1942).

     

ogeret pochette

 Marc Ogeret chante la chose avec l’énergie militante qu’il faut, tout comme une autre aussi désespérée, La semaine sanglante de Jean-Baptiste  CLÉMENT, écrite, elle, juste au lendemain de la répression.  Mais je m’égare. Qui est ce Nicolas ? En fait, comme il arrivait souvent à une époque où les droits d’auteur étaient encore dans les limbes, pour aller vite et être sûr d’être chanté,  dans le vaudeville par exemple, les paroliers reprenaient un air connu. Le procédé est  bien connu des chansonniers de tous les temps. Ici,  dixit Wikipédia, il s’agit de t’en  fait pas Nicolas d’un certain Victor PARIZOT, un des fondateurs –ironie du sort- de la SACEM. Compositeur entre 1840 et 1863 de musique pour chansonnettes et vaudevilles, son univers à en juger par quelques titres est à des années-lumière   de l’évocation tragique d’Eugène Pottier : La mère Michel aux Italiens, Je suis enrhumé du cerveau, J’suis donc pas amoureux.

    Donc finalement, ce Nicolas interpellé par Pottier n’a d’existence révolutionnaire et communarde que par la grâce d’une chansonnette bien connue du public d’alors. Sans être rare le prénom n'a jamais été d’un usage banal. La moitié sud de la France et la Bretagne l’ignoraient dans l’ancienne France.  Il était  très populaire en Lorraine et relativement répandu à Paris  du fait  qu’il se rencontrait facilement  dans les provinces aux alentours: Normandie, Picardie, Beauce, Brie, Artois, grands foyers  d’immigration dans la capitale.

Nicolas de Myra, une figure presque parisienne. Un communard? My God!Ce ne serait pas pire que ma trouvaille de l'instant, dont l'intitulé m'a révulsé

chic commune

 Et voici les liens promis:

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Myre_(Turquie)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_de_Myre 

http://www.lexilogos.com/saint_nicolas_chanson.htm 

http://www.commune1871.org/?Quelques-chansons-communardes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sainte Catherine

ste catherine

 

Sainte Catherine

                        Je sais : nous sommes le 30 novembre. Hors délai mon billet. Mieux ou pire: je ne suis pas sûr de parler de la sainte ni de  catherinettes. Je comptais trouver dans mes données une Catherine  qui sorte un peu de l’ordinaire. À croire que l’inspiration était engourdie par le froid de retour : rien de passionnant dans mes listings desséchés – ou alors je n’ai pas su les faire parler. Et puis en épouillant mes fichiers j’ai retrouvé une vieille connaissance qui m’a réservé quelques surprises. Elle ne se prénomme pas Catherine mais Colombine – ça rime finalement. J’imagine assez la Colombine du théâtre sous les traits de cette catherinette des années cinquante: soubrette piquante et  rusée,  paysanne délurée habile à prendre les manières des dames chez qui elle sert et prompte à mener par le bout du nez ce lourdaud d’Arlequin, ce pleurard  de Pierrot.

 Dans un hypothétique casting, je doute que malgré son prénom,  Colombine DAUCOURT ait eu quelque chance d’obtenir le rôle: car son destin n’a rien de glorieux ni de romanesque, malgré, cependant, sa part de mystère. « Domestique » comme disent les recensements, fille de ferme ou souillon en vérité,  plutôt que servante maîtresse, je la vois mal  aussi pimpante que ma catherinette de carte postale à l’œil rieur et aux joues roses. Plutôt les traits tirés de fatigue, la peau basanée et recuite par le soleil et les intempéries,   pauvre fille usée et abusée  …mais qui sait jusqu’à quel point, car  finalement elle retombe sur ses pieds comme on va voir.

      Colombine DAUCOURT ou DOCOURT est la sœur de mon trisaïeul paternel Augustin Denis. Un an les sépare. Future aînée de huit enfants, elle naît le 14 avril 1821 à Beaufort, un petit village de 288 habitants en 1820 (avant sa fusion avec Blavincourt) près du chef-lieu de canton Avesnes–Le-Comte mais  à l’écart de la route royale Arras- Amiens. Arras est à 25 kms, Amiens à 50. Son père, François Marie est couvreur en paille.  Colombine ? Un prénom rare. Par quel mystère  cette irruption de la commedia del arte au fin fond de l’Artois? Comme un héritage inconscient de la liberté révolutionnaire, dans cette famille, quand il s’agit des filles, on n’hésite pas innover : on rompt le fil d’une transmission, on ne cherche pas à faire plaisir à une parente.   En outre, ici, la mode des terminaisons  romanesques en –ine a

cassini beaufort

des antécédents  du côté de la mère, Joséphine Florentine CARON. Grand-mère se prénomme Clémentine, une sœur va s’appeler Célestine (ou Célinie, les scribes hésitent), il y aura ensuite une Élisa et pour finir une Angelina. Les garçons n’ont pas droit à ces fantaisies : le premier né porte bien selon la tradition le prénom du grand-père, Augustin-Denis ; ensuite on ose quand-même un Jean-Baptiste et un Zéphyr, beaucoup plus original repris, lui, à qui mieux mieux. Pour ses propres filles, Colombine joue l’originalité flamboyante comme pour effacer avec panache l’opprobre de ces naissances hors mariage : Célinie, Clarice, Angelina  (1845-1892) puis Sidonie Louise (1852-1853). Effet d’un souci populaire de distinction puisée dans les feuilletons à quatre sous que la mère, même illettrée (elle ne sait pas signer) connaît par ouï-dire? On songe aux fameuses filles Thénardier baptisées Éponine et Azelma par Hugo, sans compter Euphrasie le  vrai prénom de Cosette (le prénom de sa mère  Fantine sonnerait plutôt  à l’instar de Fanfan, Fanchon comme un diminutif de Françoise). Le fils sera plus platement un Zéphyr.

     Affaire  classée donc : dans tous les recensements et tous les actes que j’ai pu trouver l’héroïne du jour apparaît constamment sous la dénomination de Colombine. Mais alors, mézalors  pourquoi(re)devient-elle à 70 ans une  Catherine des plus ordinaires dans l’acte de décès de sa fille en 1892? En tout cas in extremis je retombe sur mes pieds -sans l’avoir fait exprès! C’était peut-être  son prénom usuel ? C’est bien possible: l’arrière-grand-père DRUGY   que tout le monde appelait Léonard  n’existe que comme Siméon dans les actes officiels  sauf dans un acte de vente qui spécifie Siméon dit Léonard.  Pour Colombine/Catherine la question reste en suspens : pour l’heure, je ne sais toujours pas où elle est décédée.

      Je n’en ai pas fini avec ma lointaine cousine. Elle m’a donné du fil à retordre. À l’image du reste de la tribu d’ailleurs, qui disparaît  définitivement de Beaufort  en 1861. Je savais où s’était installé mon ancêtre direct Augustin Denis : à Saulty.  Après avoir battu consciencieusement  jusqu’au harassement tous les villages de la région je finis par retrouver  François le père (entre temps veuf) et le ménage de sa fille Élisa à Wanquetin, Célinie deux fois mariée à Gouy-en-Artois,  Zéphyr faisant de son côté souche à Noyelle-Vion, encore «valet de charrue» mais tous ses enfants vont bientôt prendre le chemin des mines en plein essor. Dans cette drôle de famille,  la Colombine réussit à se distinguer avec  à son actif trois enfants naturels. De quoi jaser dans le pays ! Deux sont nés à Beaufort chez ses parents : Clarice née le 15 novembre 1845 est élevée par ses grands-parents au moins jusqu’en 1851, Zéphyr né deux ans après, le 3 avril 1848,  ne vit que 21 mois. Je n’ai découvert l’existence (brève: 9 mois) d’une Sidonie-Louise (née en le 14 juillet 1852 à Amiens -Amiens ?) que la semaine dernière au hasard d’un site de rencontres (généalogique). Encore une enfant naturelle. Imp(r)udente Colombine ? Esprit libre ? Pauvre fille ne sachant pas résister aux invites ?  Et pourtant femme mariée. Je le savais depuis un certain temps : l’acte de naissance de  sa première fille Céline-Clarice-Angélina précisait « naissance légitimée par le mariage de Colombine Docourt avec François AUBY le 29 novembre 1852 ». Soit. Zéphyr, mort avant ce mariage ne pouvait être reconnu, et la dernière alors née juste avant le mariage? - qui suis-je pour juger? Dirai-je benoîtement.  Oui mais quand même ! Colombine !  Et manque un point essentiel dans cette information: OÙ le mariage a-t-il eu lieu? Impossible de mettre la main sur le couple au cours de mes virées (virtuelles) dans les registres aux alentours de Beaufort.  J’ai fini par renoncer.

                

auby 1826 x riquier-Signature Marié

Ne jamais s’avouer vaincu. Le temps a passé. Je me suis abonné à Geneanet le site a évolué et de nouvelles informations apparaissent. Un clic désinvolte (genre on-ne-sait -jamais) sur Clarisse Docourt et j’apprends -quinze ans après la création de sa fiche- tout à la fois sa mort à Puteaux le 18 avril 1892 – quel chemin parcouru depuis Beaufort Pas-de-Calais!- , son état d’ »artiste lyrique », et de clic en clic que son père François Auby – ça je le savais- et sa mère Colombine se sont mariés à …AMIENS ! J’ai tiré un fils et j’ai découvert le pull tricoté  par François AUBY (merci à lui). Pendant que moi j’étais dans l ’impasse, lui avait accès à tout ce qui concernait son ancêtre. Miraculo ! Miraculo ! Alléluia

L’acte de mariage est explicite :

 […] reconnaissent qu'il est né d'eux deux enfants le premier inscrit sur les registres de Beaufort 15 nov. 1845 sou les nom et prénoms de DOCOURT Célinie Clarice Angelina et le 2ème à Amiens pour l'année courante le 14 juill. DAUCOURT Sidonie Louise lesquels enfants ils reconnaissent pur leurs filles(AD 80. Amiens 5MI D188 1852 n°408 vue 412) Trois témoins sur quatre sont des ouvriers teinturiers, collègues de travail du mari.

              Mais l’affaire se complique : AUBY est veuf de Sophie RIQUIER qu’il a épousée à Amiens en 1826. Ils ont eu une fille, Lucie Alexandrine (26.11.1833 Amiens- 25.2.1890 Ailly/ Somme) Elle meurt le 10 avril 1837 à Paris dans le 8è ancien. Quand, comment 

anastasie et javotte

Colombine a-t-elle rencontré AUBY ?  à Amiens probablement où elle est allé se placer. Mais la retrouver par le biais des recensements dans cette immensité est impossible. Au moment de leur mariage, ils habitent dans le quartier Saint Leu  au Nord de la cathédrale, 51 Chaussée Saint- Pierre. Rien ne subsiste des immeubles de l’époque. Si Colombine n’a que 31 ans à son mariage, AUBY a largement dépassé la cinquantaine (55 ans pour être exact) lorsqu’il lui passe enfin la bague au doigt. Pourquoi ont-ils attendu aussi longtemps pour régulariser leur union qui a commencé au moins en 1846,  huit ans après la disparition de la première femme d’Auby ? Les patrons de Colombine n’acceptaient peut-être pas une femme mariée chargée d’enfants. À moins que l’obstacle soit à chercher dans  la famille de la première femme, les Riquier qui pouvaient voir d’un mauvais œil le remariage du père de leur petite-fille avec une  future marâtre tentée de privilégier ses propres enfants. Le syndrome de Cendrillon.

 Clarisse meurt le 18 avril 1892 à quatre heures du matin chez sa mère âgée de 70 ans 42 rue Poireau à Puteaux. Elle est célibataire. L’acte lui donne trente-sept ans : sa mère se trompe de dix ans. Artiste lyrique ?  Soyons clair : c’est une dénomination cache-misère  pour désigner une fille entretenue sinon carrément sur le trottoir. Mais après tout, peut-être se produisait-elle dans un beuglant ou dans les cours. La révélation est toute fraîche et je n’ai pas eu le temps de pousser plus looin mes investigations.

    Pour finir, un document vraiment curieux : l’acte de décès de François AUBY,  ce père que j’ai mis des années à identifier

       le seize janvier 1876 à midi acte de décès de François AUBY teinturier âgé de soixante-dix-neuf ans décédé avant-hier à six heures du soir en son domicile 49 rue de la Croix à Puteaux […] marié à Sophie Riquier sans profession âgée de soixante-dix-neuf ans même domicile que le décédé .( AD 92 Puteaux D 1876 vue 4 n°10)

 Colombine est passée à la trappe : en son lieu et place l’employé municipal  ou le maire adjoint a ressuscité Sophie Ricquier, la première femme dont le décès a dûment été enregistré à Paris en 1837 (40 ans auparavant) Erreur administrative de taille et triste oraison funèbre pour cette « Catherine » dont j’ignore toujours  le lieu et la date du décès. Pas à Puteaux en tout cas. « Colombine ou la disparition »

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Novembre

   

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          J’ai une faiblesse pour les vieux almanachs et leurs vérités intangibles au fil des saisons, du style brumes en novembre, Noël en décembre. Comme frontispice  de ce mois,  je puise encore dans le livre que j’avais utilisé pour Octobre.

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Ce n’est pas un almanach, mais un manuel pour le CE et le CM.  Il s’agit de « les saisons et les mois » leçons de choses « ouvrage rédigé conformément aux programmes officiels du 28 janvier 1890 ».  Auteurs ? CUISSART et CAVAYÉ (dans l’ordre hiérarchique, et non alphabétique car le premier était  inspecteur primaire à Paris et le second professeur au lycée de Carcassonne).

    

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 Une France rurale omniprésente – travaux des champs, arpentage, outils agricoles-  mais  la modernité n’est pas ignorée.  La table des gravures aurait enchanté les surréalistes. Tout sur la locomotive et sur le renne, sur le pigeon voyageur et le ballon dirigeable de l’École d’aérostation de Meudon.  Et voici pour Novembre  une promesse  façon Apocalypse de lendemains qui déchantent. La désolante litanie de négations §1 et 2  donnerait envie de rester sous l’édredon. Que nenni : c’est normal, c’est novembre ! Chaque mois a/à sa place: l’Histoire et l’étymologie, (§3) doivent permettre de relativiser le désastre annoncé. D’ailleurs  l’agriculteur ne se laisse pas abattre ; il ne  va rester pas les bras ballants car il sait que le cycle de la vie va reprendre et qu’il doit soigner et entretenir. Le style en moins évidemment, mais les phrases simples, l’utilisation du  présent gnomique (allez, un peu de cuistrerie) c’est Virgile et Hésiode revisités à la portée des petits. Des Géorgiques pour école primaire

 Mais en voici d’une autre cuvée comme disait Montaigne : à l’occasion d’une recherche, je suis tombé 

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grâce à Gallica sur quelques  numéros du Figaro de 1884, du 3 et du 10 novembre. De saison donc. Et quasiment contemporains de la petite encyclopédie susdite. Tout un monde s’offre à la simple lecture des petites annonces -un autre monde,  celui de la haute bourgeoisie avec ses rites mondains et ses réalités quotidiennes. Provende pour des Pinson-Charlot de l’époque: le petit Marcel  par exemple. Il est encore un peu jeune (treize ans)  mais  de ses yeux déjà cernés par les veilles, il observe tout de ce monde dont il va, dans une dizaine d’années,  décortiquer les jeux et les vanités  ou bien les cocasseries  involontaires dans le goût de  Prévert ou de Boris Vian.

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      Mais d’abord, rien  de bien affriolant avec ces annonces passées par des « gens de maison ». Plutôt une plongée dans l’univers décrit par O. Mirbeau du Journal d’une femme de chambre. Dure condition des domestiques pour qui ne sait pas se défendre comme l’héroïne: ils peuvent se marier mais attention l’union doit rester stérile. En tout cas l’absence d’enfant dans le ménage est un argument « de vente » constamment mis en avant.

Figaro 1884 vins

Et puis voici les vraies valeurs. Le sens de l’économie : on peut réutiliser ses anciennes fourrures (curieuse précision: les dames peuvent les réutiliser : serait-ce interdit aux hommes ? Le sens  du vrai aussi: le bon marché coûte toujours plus cher aime à répéter la maîtresse de maison avisée.  Mais qui oserait prétendre vendre des vins inauthentiques ? La cave des évêques devient avec la componction ecclésiastique de rigueur une garantie de sérieux, sans doute grâce au professionnalisme qu’il faut pour choisir le vin de messe de Monseigneur?  

 

     Même empêtrés par des bagages innombrables et des noms « longs comme des trombones », comme disait Boris Vian, on voyage, on s’allie. Foin de

décès raccourci

Figaro 1884 matrimoniales-recadré

romantisme malgré un certain goût pour l’exotisme: ON vend pour 8 millions une jolie orpheline « étrangère ». Comment cependant  ne pas s’inquiéter en lisant pareille « offre » malencontreusement précédée par l’annonce de « curieuses révélations » sur les agences matrimoniales ! Et cette malheureuse Veuve Séguin dont le faire-part de décès est publié in extremis entre des réclames pour un purgatif, un dépilatoire,  un lait de toilette,  un aliment ferrugineux  régénérant produit par la Pharmacie rationnelle.

vie du christ fig 2-11-84

Quant à la vérité sur le Christ, elle éclaire un monde  de pardessus, de robes et de chapeaux, sous le patronage certes de Saint Thomas mais le petit ! Cet entourage est-il vraiment involontaire? Le typographe a dû éprouver un malin plaisir à composer sa page.

Par ailleurs, de par le vaste monde,  et tant pis pour l’anachronisme (la chanson date de 1935) tout va très bien madame la Marquise,  en particulier dans notre protectorat de Tunisie, sabre et goupillon confondus.

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Le Cardinal Lavigerie -cardinal depuis deux ans, et promu cette année-là archevêque de Carthage et primat d’Afrique- n’avait rien finalement. C’est en 1884 aussi  que débutent les travaux de construction de la cathédrale de Carthage. Sur le plan militaire tout baigne aussi : nos troupes   occupent le territoire  par roulement  et sans heurt.  

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  Et c’est ainsi qu’Allah est grand comme disait le grand Alexandre – Vialatte, bien sûr.

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Lehmann & Paul-émile

 

 

 

Lehmann et Paul-Émile

Honneur aux instituteurs.trices (comme l'usage commence à s'en répandre) pour ce blog d'octobre.

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Actualité (d'autrefois) oblige en effet: la rentrée des classes était au siècle dernier un vrai « marronnier » pour le 10ème mois de l'année. 1948, je rentre en CE1. Les marrons jonchent le sol, précieuses boules bosselées rouges et brillantes. De l'acajou qu'on adore caresser ...ou lancer sur les copains. À l'école un élève-maître (je fréquente ... Cité des marronniers à Arras une annexe de l'école « d'application » Ferdinand Buisson) nous apprend à chanter La feuille d'automne / Emportée par le vent/ En rondes monotones/ tombe en tourbillonnant. Une vraie nouveauté puisque la chanson, malgré ses allures anciennes venait d'être créée en 1943.

 

Des instituteurs, j'en compte une soixantaine dans ma base de données de fils et filles de paysans, sans compter ma mère, institutrice remplaçante avant son mariage. C'est elle qui m'a appris à lire, me dispensant de CP. J'ai choisi de m'arrêter sur deux instituteurs, que tout oppose jusqu'à la caricature, même s'ils ont un lien - bien caché, je dois dire. Paul-Émile GOSSART et Lehmann WALZ.

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Paul-Émile GOSSART (1860-1920), un lointain cousin, est né à Bavincourt, en Artois, de parents petits cultivateurs. C'était en 1860, sous le second Empire. Il est cousin-germain avec un Émile GOSSART, dont j'ai ailleurs détaillé un parcours qui le mène de Bavincourt à Bordeaux comme universitaire décoré spécialiste de physique et d'électricité.

      Malgré l'exemple de son parent, Paul-Émile a eu beaucoup moins d'ambition:  se satisfaisant de son état d'instituteur il a creusé son sillon dans son département  d'origine, le Pas-de-Calais: marié à une institutrice avec qui il a trois enfants, il occupe différents postes: Billy-Berclau ("dans les mines" comme on disait)  près de Lens, Hamblain-les-près un village à l'Est d'Arras, Puisieux, gros bourg aux confins de la Somme. Il termine sa carrière professionnelle comme directeur d'école, exerçant dans des conditions autrement moins précaires que le maître d'Ernest LAVISSE au milieu du siècle. À la retraite il applique au pied de la lettre l'expression « cultiver son jardin »: il opère un total retour à la terre dans son village natal: il y avait fait bâtir une ferme ; il se déclare « cultivateur » au recensement de 1911 et son fils reprendra l'affaire. Voilà véritablement un comportement réactionnaire au sens premier du mot. Paul-Émile n'a cédé qu'avec réticence à l'appel de la ville et à l'intellectualisation.

         

 

 

       Lehmann WALZ,naît sous Napoléon Ier à Romanswiller près de Strasbourg en  1809. il meurt à Paris en 1880 alors que la république s'installe dans ses meubles sous la présidence de Jules Grévy, Gambetta étant le président du Conseil. Voilà qui dit tout d'une trajectoire en parfaite adéquation avec le grand mouvement d'émancipation des Juifs d'Alsace à la fin du XVIIIème siècle. Première étape: gagner la ville, cet espace si longtemps interdit par les autorités administratives mais dont se méfient aussi les instances religieuses les plus traditionnalistes.  Quand il naît en 1809, son père Abraham JOSEPH et son grand-père Haïm JOSEPH, colporteurs à Romanswiller, viennent comme tous les autres membres de la famille, de troquer leur nom mobile de HAÏM ou de JOSEPH pour celui transmissible et intangible de WALZ (francisé plus tard en WALTZ). Nul caprice: il faut se conformer au décret impérial de « prise de nom ». Vingt-sept ans plus tard  à son mariage en 1837 on le retrouve instituteur à Grüssenheim, village distant d'une vingtaine de kilomètres de Colmar. Il épouse Odile LEVY. C'est une élève sage-femme née à Soultzmatt (à 40 kms au Sud de Colmar) mais vivant depuis longtemps à Colmar avec sa famille .

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Une famille probablement acquise aux idées modernes que diffuse la vie citadine. Par l'enseignement qu'elle reçoit, Odile  se place aux avant-postes de l'hygiène du temps. Après son mariage, elle continue à exercer son art. Quant à Lehmann, il se soucie d'intégration au point de d'ajouter un prénom chrétien , Jean, à son prénom traditionnel. Instituteur? le titre recouvre alors en Alsace  des réalités très différentes: exerce-t-il dans un établissement confessionnel traditionnel (hébreu, lecture et interprétation de la Bible)? J'en doute, vu les études que suivront ses enfants. Plutôt dans une école moderniste (au programme: outre la Bible et l'hébreu, les rudiments du français, de l'allemand, et des sciences). Cependant en 1837 à Grüssenheim l'instituteur se nomme Samuel Klotz (titulaire du brevet du 2è degré) ; il a 37 élèves ( http://judaisme.sdv.fr/synagog/hautrhin/g-p/grussenh/ecole.htm )  Reste la troisième possibilité, toute simple: Lehmann est instituteur public. Un indice:  lorsqu'il déclare la naissance de son fils Adolphe, il se fait accompagner de son beau-père Isaac LEVY  et de Joseph PICARD, instituteur, fort probablement un collègue dont le nom n'évoque aucun enracinement juif. 

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          Le couple s'installe à Colmar, rue Grenouillère (1839), rue Étroite (1846), rue de l'Ange (à partir de 1848). C'est le centre ancien, près du covent de dominicaines qui abrite désormais le Musée Unterlinden et son fameux retable d'Issenheim. Sept enfants.  Odile exerce toujours de sage-femme, d'après les recensements successifs.  Je ne connais que la date de naissance de Pauline, Henriette et Jules. Victorine la dernière-née se marie à Paris avec un ébéniste suisse. S'agissant d'Émile (1848-1904), je repère sa trace comme journaliste en 1879 à Nevers puis comme sous-préfet à Ruffec, Gray, Dax,  cible de virulentes attaques antisémites dans la presse catholique locale et dans la Libre Parole de Drumont. François est négociant rue de l'Échiquier à Paris en 1874. 

            

     C'est Adolphe (1840-1926),que je connais le mieux. Il profite à plein de l'ascenseur social et culturel mis en place par la monarchie de Juillet puis le Second Empire. Brillant élève à Colmar puis à Paris, agrégé, après plusieurs postes en lycée à travers la France, il s'installe dans une carrière universitaire  à Bordeaux comme spécialiste de littératures latine et grecque. Pour sa retraite il choisit Paris où il a séjourné à plusieurs reprises, où vivait une partie de sa famille et de sa belle-famille. Son ancrage professionnel dans le passé ne l'empêche nullement d'être engagé dans son siècle:

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il a été un républicain de combat. Comme son frère Emile il a tâté du journalisme: en 1870, après la défaite de Sedan, avec quelques autres professeurs en poste comme lui à Mont-de-Marsan, il a animé un comité républicain, il a créé et dirigé l'Avenir Landais puis  le Patriote Landais qui  remuent  la vie politique locale et  contribuent à l'élection de deux députés. Il s'est marié avec une Dreyfus apparentée au capitaine et sœur de Camille-Ferdinand Dreyfus, un publiciste député radical  au destin agité et malheureux (c'est lui que vise l'article de La Libre Parole).

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Il aurait pu figurer parmi ces Fous de la République auxquels Pierre Birnbaum a récemment consacré un ouvrage. Ses deux fils (l'un et l'autre décorés de la croix de guerre) sont aussi des universitaires : René (qui adopte officiellement sur le tard son prénom complet René-Isaac) fait carrière à Lyon comme (en autres activités) traducteur et éditeur de Sénèque.

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Avec son autre fils Pierre il a écrit un manuel de vulgarisation des littératures anciennes. Pierre est un helléniste réputé, un travailleur acharné qui s'est attelé seul à l'édition et la traduction de  l'Anthologie Palatine pour la collection Budé. C'est par lui que j'ai un très lointain rapport avec cette famille: il avait épousé une fille d'Emile GOSSART, collègue d'Adolphe à Bordeaux.  Il s'active dans la politique locale du côté des socialistes.  Il est une des premières victimes de la rupture du pacte républicain auquel avaient adhéré avec ardeur les juifs de France: doyen de la faculté de Lettres de Clermont-Ferrand, il est révoqué en 1942 en application des lois antisémites promulguées par Vichy. Il meurt peu de temps après avoir retrouvé sa charge en 1945 

En 1870 l'Histoire avait déjà eu l'occasion de bouleverser la vie des membres de  la famille WALTZ dans leurs fidélités comme  alsaciens et français fidélités. Après la défaite de Sedan, l'Empire allemand annexe l'Alsace et d'une partie de la Lorraine. le traité de paix  oblige les populations annexées  à choisir, à "opter": s'ils restent, ils deviennent allemands et perdent la nationalité française. S'ils veulent la garder, s'ils "optent" pour elle, il leur faut partir. 50.000 choisissent l'exil dans les départements voisins, à Paris, ou en Algérie. Nombre de WALTZ  sont restés. Lehmann et Odile, se rangent avec leurs enfants dans le camp des « optants »; ils quittent Colmar et s'installent à Paris où vit depuis longtemps une partie de leur famille. Ils y meurent, lui en 1874, à leur domicile rue d'Enghien, elle en 1880 chez un de ses fils, négociant boulevard Magenta.

    Belles réussites sociales pour les petits enfants du colporteur Abraham. L'intégration aurait-elle comme  prix l'oubli total des origines? Quand Adolphe déclare à Paris, en 1874, le décès de son père Lehmann, il est incapable de dire le nom de ses grands-parents.

 

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OCTOBRE écoles d'autrefois

Octobre écoles d’autrefois

 Vacances dites de la Toussaint. En profiter pour revenir sur quelques images de l’école d’autrefois.

classe 1955classe_1955

 

classe 1955

                       

           Un peu figés ces gamins, les bras croisés mais plutôt  avec naturel: rien à voir avec les   bambins endimanchés  posant un peu plus bas pour la photo d’apparat de 1905. Visages sérieux mais ouverts et même souriants. Pas beaucoup de blouses mais de gros pulls tricotés par maman avec la laine commandée à La Redoute. École de garçons. La moitié de la classe est vide. Pourquoi? Sans doute pour permettre un cadrage plus serré, on a décidé de ne photographier que deux travées à la fois. La pratique rompt avec la traditionnelle photo de classe où les enfants regroupés dehors dans la cour de récréation ou sous le préau  s’alignaient en rang d’oignons.

mobilier scolaire

Le mobilier est d’une solidité à toute épreuve et tous les pupitres d’une travée sont solidaires : pas question de s’amuser  aux classes mouvantes. Pas question non plus de s’avachir sur ces sièges sans confort au dossier raide à vous éreinter.  Un petit élément de confort que je n’ai pas connu : le crochet sur le côté pour y suspendre la « gibecière », la « carnasse » au lieu de la laisser traîner dans l’allée ou entre les pieds.  Le couvercle du pupitre se rabattait ou comportait un casier pour y mettre les fournitures qu’on n’emportait pas chez soi. je ne vois qu'un seul encrier pour deux : une belle occasion de disputes ou de coups en traître lorsque chacun avait  comme par hasard en même temps que l’autre l’idée ou le besoin de tremper la plume dans l’encrier.  Cité des Marronniers, à Arras, -une école à classe unique- on était  tour à tour de semaine pour remplir les encriers de l’encre violette que le maître préparait, essuyer le tableau, rapporter du bûcher  un seau de charbon ou le bois pour allumer le poêle. Comme sur la photo, le Godin trônait en plein milieu de la salle, entouré d’un grillage. J’ai le souvenir d’après-midi d’hiver où la fonte (fendue) était rougie à blanc tellement on l’avait rempli jusqu’à la gueule. Une certaine torpeur nous envahissait, produite autant par la chaleur que par l’oxyde  de carbone mais il y avait des jours suffisamment larges sous la porte d’entrée et aux fenêtres pour nous éviter l’asphyxie total ! Dans le Grand Meaulnes, il me semble qu’Alain Fournier décrit ces après-midi où tout le monde flottait, à moitié intoxiqué. Les cartes murales me semblent bien archaïques, plutôt là d’ailleurs pour le plaisir du maître que pour l’instruction des « jeunes esprits »  puisqu’elles ornent le mur du fond. Une date? 1955 ?

 J’adore la leçon d’écriture ci-dessous. Elle court en fait sur quatre ou cinq photos, une vraie petite BD avant l’heure.Un premier août ?  Pour les besoins de la séance, ils ont  dû faire  des heures supplémentaires car il me semble

écriture classe

bien que l’école s’arrêtait au 31 juillet  (en théorie car plus d’un enfant avait déjà déserté, réquisitionné pour aider à la moisson). Rappelons-nous le combat épique de l’institution contre le crayon bille qui paraît-il incitait la main à la mollesse et à une écriture relâchée sans pleins ni déliés. Avec une craie, ce n’est pas à la portée du premier  Mélenchon venu (il s’était aventuré avec sa craie à  faire une démonstration d’écriture à l’ancienne avant de se rendre compte, dépité, que c’était quasiment mission impossible). 

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Il faut un véritable artiste pour 

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obtenir ces superbes tableaux d’écriture s'offrant tout en même temps comme modèles de calligraphie et de morale. Forme et fond allaient de pair pensait-on. De la tenue: pas une lettre  avachie ou un bras de traviole et la France récupérera l’Alsace et la Lorraine ?  Toujours mauvais esprit l’Assiette au beurre (N° du 4 décembre 1909) ne s’y laissait pas prendre, au risque de faire un couac dans ce concert de louange d’hier et d’aujourd’hui sur un certain âge d'or de l'école. Pour sa une, le journal a choisi un maître d’école mains enchaînées, revers de manche garnis de deux galons « caporal de la Troisième République » : il se croit quelque chose, il n’est que prisonnier d’impératifs contradictoires  et de grands mots dévalués comme la fameuse devise « liberté fraternité,... inégalité ».

 Avec les  images suivantes on plonge au milieu du 19ème siècle, avant l’école obligatoire, et dans des écoles rurales. Ce qui frappe c’est la misère des locaux  (d’ailleurs, même sous la IIIème République, instituteurs et inspection d’académie devront souvent batailler pour obtenir des maires des locaux décents).

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Ici, se mélangent « pièce à vivre » comme on dit dans les magazines de décoration et "local professionnel" : la commode,   le lit et son énorme édredon; un gros poêle pour chauffer la salle. Du moins l’autorité du maître d’école trouve-t-elle  son symbole dans l’estrade et le bonnet d'âne; le sol est planchéié, une grande table commune et des bancs assurent un semblant de confort. L'image proposée par Lyonnet (éd. Istra vers 1935)  devait servir de support à un exercice de vocabulaire et de rédaction sur "l'école d'autrefois" afin de sensibiliser les enfants de CE2 aux progrès réalisés, sans pour autant les renvoyer à une vision trop négative du passé.

 

 Élève LAVISSE Ernest

« l’instituteur de la troisième République » comme on le surnommait aimait  s'adresser aux enfants. Dans ses Souvenirs ou ses Nouveaux discours à des enfants il revient à plusieurs reprises sur son école du Nouvion en Thiérache vers 1848. J'ai trouvé le premier extrait dans le  livre de lecture  cité plus haut

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L’illustrateur a souligné la misère du local, son manque d’agrément et d’hygiène,  l’absence de tout confort pour les enfants. Du moins s’agit-il d’un lieu entièrement dédié   à l’enseignement. dans le second texte,  Gabet (publié par Hachette à la même époque) a choisi dans les Souvenirs du maître l’arrivée du jeune Ernest dans une pièce aussi peu attrayante que possible. Le vieil historien-pédagogue a sans doute voulu rendre plus palpable son désarroi de "petit nouveau"  tout en ne ratant pas  l'occasion de souligner les progrès opérés par la IIIème République: il a gommé  la familiarité qu’il entretenait avec un lieu bien connu de son père et de sa grand-mère. L’image veut accentuer une singularité et un dénuement qui dans les villages ne devait pas tellement offusquer élèves, parents,- ou maires  souvent  logés à la même enseigne.  D’autres images glanées ici ou là insistent de la même façon sur la promiscuité et le mélange des genres privé-public montrent

école dans une étable

. Voici dans une pénombre esthétique mais malsaine une classe installée dans une étable:on devine dans la pénombre le cul d’une vache - une présence  qui  réchauffe la pièce comme

on voyait  naguère encore dans plus d’un chalet  de montagne -  tantôt  dans un capharnaüm insupportable pour un esprit rationnel, imprégné d’hygiénisme  et de théories sur l’attention comme dans cette litho dont j’ignore malheureusement l’origine mais datée par  une inscription au tableau de 1872 : d’un clair-obscur peu propice à l’étude  ressortent drapeau français,, palette de peintre, crucifix, suspension, hardes personnelles, lit de curé ; un poêle au long tuyau comme dans les ateliers d’artiste est sensé réchauffer les corps ;

école 1872

deux  bambins  en sabots y sont accotés en compagnie d’un chien ; un maître  broussailleux semble surveiller une tablée d’élèves  assis sur un robuste banc à peine équarri : ils sont tranquillement occupés à écrire ou rêvasser sur un grand double pupitre collectif. Au mur, le tableau noir  sur lequel le lithographe a inscrit  une date (1872) et un  titre (je distingue le mot Instituteur), des panneaux éducatifs pour apprendre à lire dans le cadre de l’enseignement mutuel, je pense.   Une ambiance assez studieuse finalement et patriotique. 

école idéale delmas

 Bien  éloignée pourtant de la vision proposée par les éditions A. Colin dans un tableau pédagogique Delmas, le n°1.  Osons  paraphraser Baudelaire et lui faire subir les derniers outrages,  lui qui a eu l’école en détestation tout n’est qu’ordre, beauté - celle de l’ordre en tout cas, luxe (certainement car l’espace, la lumière et le fonctionnel sont rares dans l’habitat populaire et rural des deux derniers siècles), calme - studieux en tout cas,  volupté? C’en est trop ! Vade retro satanas! Vastes espaces,  grande hauteur sous plafond, larges baies vitrées ouvertes. La perspective idéalise à tout va ! Rien  d’autre ne distrait le regard  de la parole du maître que les tableaux pédagogiques dont l’immense mur est largement pourvu.  Mais les élèves ne sont pas au garde-à-vous: on les a voulus dans des attitudes variées: deux au tableau dessinent des figures géométriques, un autre debout récite sa leçon ; au premier plan on s’interpelle d’une table à l’autre ; au fond quatre petits  bien sages.  Dehors, je repère une partie de saute-mouton, à droite, dans une grande salle vitrée règne un  désordre plus artiste: des moulages au mur,  les enfants sculptent semble-t-il sous la houlette de deux moniteurs. Redingote, barbe ou moustache et même hauts de forme sont de rigueur dans cette école de garçons.  Et toujours le Godin au milieu. Et voilà,  je me suis pris au jeu de l’exercice d’élocution et de rédaction. Piégeux Delmas !

               Pour la rentrée  (des vacances de Toussaint) je compte sortir de mes réserves  quelques manuels.

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SOYEZ Scieur de long

                                                

                                                              SOYEZ scieur de long

 

le scieur de long leçons de choses 1890-007 recadré

  16 Septembre.

Aujourd’hui, je vous dis pas, c’est drache sur drache, ça finit pas de cesser, comme dit Erik.(François Caradec, Le doigt coupé de la rue du Bison, Fayard, 2008, p. 213).

   Tempête d’équinoxe mercredi. Le samedi était du même tonneau. Ce dimanche, idem. Il vient de tomber une ‘drache’ carabinée.

      Le poêle ronfle. Pépita ne va pas tarder à venir se blottir pour la soirée sur le canapé. Je me suis promis de continuer à tenir le blog de généalogie que j’ai ouvert en juin.  Le temps a passé. Juste une petite contribution en août et voici l’automne. D’urgence trouver un sujet pour « terresdartois ». L’ordre alphabétique a imposé sa logique toute aléatoire à « Challenge AZ ». On le garde. Ce sera donc  un patronyme, et commençant par S.

      Va  pour SOYEZ: aucun ancêtre direct mais ils sont nombreux dans ma base de données centrée sur le Sud d’Arras.   Rien d’étonnant: selon  Geneanet, d’après les arbres déposés sur son site, le nom est essentiellement attesté  avant 1800 uniquement dans le Nord de la France: du côté de Lille, et en Artois: autour de Béthune,  et là où j’ai mes quartiers familiaux, à l’Est et au Sud d’Arras vers Saint-Pol-sur-Ternoise, Beaumetz-les-loges.

soyez-b

    En plein dans le thème de mon blog.  Au classement général de Filae, pour les naissances entre 1891 et  1990, Saulty arrive cependant en 5ème position (18 naissances) ; 45ème Bienvillers-au-Bois (4 naissances); 86ème Bavincourt (2 naissances).

    Question: pourquoi  cette concentration géographique du patronyme? En connaître le sens pourrait peut-être nous éclairer. Reprend-il un terme du dialecte local, une réalité qui n’existe qu’en Flandre et en Artois ? Filae  se contente de répéter ce que disent  d’autres sites

         Origine : SOYEZ est un nom du nord-est, forme septentrionale de Séguier, nom de personne d'origine germanique sighari, compose de sig qui signifie victoire et Hari qui signifie armée. Soyez est au 3224ème rang

     J'ai oublié  mon cours de phonétique de l'ancien français et j'ignore tout de l'occitan pour me prononcer sur une évolution qui me semble quand même  bien aventureuse. En outre, pourquoi des occitans (descendants de gallo-romains) auraient pris, en nombre, ce patronyme germanique de Séguier alors que les Wisigoths et les Francs n’ont jamais constitué en Aquitaine qu’une

soyez 1774 formes du R

minorité d'occupants peu soucieux de se mêler aux autochtones. Ceux-ci en retour n'avaient guère de considération pour ces "sauvages" qui cultivaient leur particularime barbare.On les voit mal poussant le snobisme jusqu'à prendre des noms germaniques. Geneanet retient cette origine et ce lien avec Séguier mais avance  une autre hypothèse: le mot se référerait « dans certains cas » au nom picard du scieur. Quelle est d'ailleurs la bonne orthographe ? SOYEZ ou SOYER?  Aïe ! Aïe ! Aïe ! Question à ne jamais poser si on veut  paraître un tant soit peu informé. En effet, selon les bons auteurs, aucune graphie n’est fixée avant la fin du XIXème siècle et la création des livrets de famille. Elle varie d’un acte à l’autre ou dans le même acte -selon les fantaisies du scribe, curé, clerc laïc, plus tard instituteur car le plus souvent les intéressés ne savent ni signer ni écrire  et s’en remettent entièrement à lui sans pouvoir contrôler la graphie de leur nom. Petite mise au point paléographique? Ce Z final  n’est au départ qu’une lecture erronée, ensuite tenue pour exacte,  d’une forme ancienne de R final avec une jambe comme on voit dans l'acte de mariage d’Augustin- François SOYER.

       Malgré ce flottement orthographique qui nous affole alors que nos aïeux s’en souciaient assez peu,  la prononciation locale est en général respectée et c’est ce qui doit nous guider, je pense. La signification du nom reste hermétique si on le prononce comme l’impératif du verbe "être" [swayé] (on me pardonnera les incertitudes de mon alphabet phonétique j’espère). Tout devient clair avec  les graphies SOHIER/SOÏÉS parfois rencontrées: elles veulent  transcrire  sans équivoque la prononciation en picard  [So-i-é]. Sohier du bwo, c’est le scier. C’est ce que j’entendais dans mon enfance durant les vacances passées au village de Bavincourt  chez mes grands-parents. Ce patronyme désigne donc (la chose est courante)  un métier, celui de scieur de long, en picard un sohieu francisé dans la graphie en Sohier avec la terminaison en -ier  (ou en –eur) habituelle des noms de métiers.

bavincourt Saulty Cassini

Dans le reste de la Picardie (Somme, Aisne) et en  Champagne c’est la forme SOYEUX qui prédomine.   Des scieurs de long, j’en ai beaucoup dans ma base de données – et certains se nomment même SOYER - à Bavincourt  et Saulty, deux villages de l’Artois exceptionnellement entourés de bois aujourd'hui encore.

       Mais pourquoi  dans tous ces pays de langue d’oïl ne rencontre-t-on les SOYER/SOHIER/SOYEUX que dans la partie Nord, là où l’activité forestière n’est pas primordiale?  Sans compter qu'il faut partout de petits ateliers  (peut-on parler de scieries ?) pour débiter les troncs et les rendre utilisables pour la charpente ou la menuiserie?

        Les cartes postales anciennes montrent le caractère précaire  des installations: on opère au plus près du lieu d'abattage, en pleine forêt dans une clairière, sur la placette d'un village. Il suffit de dresser deux hauts chevalets, d'improviser avec un tronc une chèvre.

scieur b

Et pourtant, pas de SOYER autour de Paris, ni en Beauce ou en  Brie,

Soyez fréquence avant 1800

pas plus qu’en Normandie, Touraine ou Bourgogne. Des scieurs de long, il y en avait forcément ds chaque bourg, qu’ils soient dénommés  dans les registres paroissiaux scieurs d’aire, d’aisses, d’aix  et autres scieurs de haute scie mais  - allez savoir pourquoi- le métier n’a pas servi à distinguer les individus qui l’exerçait et n’est donc pas devenu un patronyme.

 

 

     Qu’en est-il  en pays d’oc ? Comment désignait-on le scieur de long en Auvergne dans le Poitou ou la Guyenne? Pourquoi les Picards se seraient-ils distingués en étant les seuls à figer  à l'occasion cette activité en patronyme.

   En occitan  le scieur de long se nomme un rassegaïre (à consulter par exemple le site « vieux métiers cantalous » https://www.cantalpassion.com/nos-terroirs/occi/1457-vieux-metiers-cantalous.html ). Comme il fallait s’y attendre, un patronyme en a été tiré: RESSEGUIER. Information de Geneanet:  

       Resseguier : Le nom est porté dans le Tarn et les départements voisins. Variantes ou formes voisines : Rességuié,   Ressiguier (82), Rességaire (84, 26, 05), Rességuet (32), Resséquier (73). Il correspond au métier de scieur, en principe scieur de long.

RESSEGUIER est classé au 4423ème rang des noms de famille en France, SOYEZ  au 3224ème: l’un comme l’autre sont donc

scier occitan carte

rares. Et curieusement RESSEGUIER se limite comme SOYEZ à une zone

séguier avant 1800

très restreinte alors que le métier est largement répandu. Un mystère. La carte du verbe « scier » en

occitan  apporte au dossier des éléments dont je mesure mal la portée. Le patronyme pseudo-germanique ( c'est ce que je continue à penser!) SÉGUIER ne serait-il pas à mettre en rapport avec ces formes segar et ressegar rencontrées dans  l’Ouest du domaine occitan? Pourquoi ne pas en faire  un avatar de RESSEGUIER, d’autant qu’il est porté exactement dans les mêmes départements ?

           Ces singularités excitent  les imaginations  dans certains sites de discussion : les SOYER du pays chtimi désigneraient des soyeux, des artisans qui tissaient la soie.  Peu vraisemblable en Artois où on n’a jamais vu trace d’un ver à soie, et encore moins au XIème siècle lors  de l’apparition des noms propres : la soie était une matière précieuse qu’on importait sous forme de soieries et non de fil à tisser.  J’appelle à la rescousse quelques érudits du  Web comme Francis LETHO bien connu du site de discussion GenNPdC ("Généalogie du Pas-de-Calais"). Il m’a sauvé la mise lors d’un échange assez chaud avec un tenant du tissage de la soie en Artois.   

 Je confirme pleinement les formes picardes "Soyer Sohier" etc. : en français SCIER : on dit en bon Picard "Soyer du bos" "scier du bois", et de là l'ouvrier était un « soyeu ».
  L'outil, la scie se dit en Picard "in-ne soye" (le mot SOYE ne se prononce pas SOI mais SO-ILLE !) et la petit "Soye" est une "so-i-ette"
     La forme "soyeu de haute soye" : il s'agit en français d'un "scieur de long" c'est à dire un scieur de planches. Le tronc était disposé sur deux hauts tréteaux, un scieur se positionnait pieds à terre et l'autre scieur les pieds sur le tronc et par un mouvement de va et vient "ils tranchonne-ouais" l'arbre pour en faire des planches.
Une ritournelle enfantine d'autrefois en Picard : "quand min père éteu so-y-eu, on so-y-eu si bi-in a deux, archi, archi, archi bibi!
    Autre forme pour le nom du "scieur de long" en Artois, "scieur d'aire" qui vient du fait que les scieurs de long s'installaient sur une aire pratiquée dans la forêt (espace défriché). Cette forme est souvent orthographié dans les registres sous la forme "sieur d'aire" ce qui a donné à penser à certains que leur ancêtre était "seigneur de la ville d'Aire" '15/09/2012!

           Pour se faire une idée du travail des scieurs de long avant le développement des scieries actionnées par l'eau ou plus tard la vapeur, voici dans  la Fortune des Rougon, Zola décrivant le travail des ouvriers à Plassans dans un coin  de l’aire Saint-Mittre (merci le Web pour la référence!).

    Une scierie, qui débite dans un coin les poutres du chantier, grince, servant de basse sourde et continue aux voix aigres. Cette scierie est toute primitive : la pièce de

scieur rép des pyrennées

bois est posée sur deux tréteaux élevés, et deux scieurs de long, l’un en haut monté sur la poutre même, l’autre en bas aveuglé par la sciure qui tombe, impriment à une large et forte lame de scie un continuel mouvement de va-et-vient. Pendant des heures, ces hommes se plient, pareils à des pantins articulés, avec une régularité et une sécheresse de machine. Le bois qu’ils débitent est rangé, le long de la muraille du fond, par tas hauts de deux ou trois mètres et méthodiquement construits, planche à planche, en forme de cube parfait. (Ch. II début)

         Un tour par Geneanet avec la requête SOYEZ et ses variantes: pour Bavincourt et dans un rayon de 15 kms,  361 résultats (mais beaucoup de doublons). Je m’y retrouve en compagnie d’autres généalogistes amateurs qui ont déposé leur arbre. Une occasion de  vérifier mes résultats, de me conforter dans le sérieux de mon travail au vu de certaines bourdes qui font taches d’huile (heu!) si on pratique sans précaution le copier-coller, et puis restons modeste et reconnaissant, je m’aperçois de mes propres erreurs et je glane quelques infos supplémentaires. On revoit certaines  fiches, on reçoit quelques fameux coups de pouce aussi quelquefois. Bref un grand ramassage de feuilles mortes: approximations, erreurs,  manques, confusions entre homonymes. Me voilà par exemple avec deux Jean-Jacques SOYER sur les bras. Pas de confusion possible entre eux mais autant la fiche de l’un est bien remplie, autant l’autre est squelettique. Yallah! (allons-y, en avant!, let's go!) comme aimait répéter sœur Emmanuelle pour se donner du cœur à l’ouvrage.

          Dans ma base de données, j’ai repéré à Bavincourt, au cours du  XVIIIème  15 familles de scieurs de long  qui touchent de près ou de loin à ma famille soit  plus d’une trentaine d’individus. Pas mal car les professions ne sont pas toujours indiquées. Curieusement, ce métier n’est plus mentionné au XIXème siècle : aurait-il disparu ? Douteux. Ou alors on l’intègre dans la catégorie très floue et dévalorisante de manouvrier ? Affaire à suivre.

      

Soyez JB arbbre

Ces scieurs de long  du XVIIIème siècle se connaissent bien car ils travaillent en équipe; ils  forment un milieu professionnel structuré et les alliances entre eux  ne sont pas rares mais rien à voir avec les cercles fermés des meuniers. Pour seul bien, ils n’ont que leurs bras ; ils louent leur force de travail. Les meuniers de chaque village bénéficient  d’une rente de situation, les paysans du village ayant obligation de venir faire moudre leur grain chez eux. Personnages enviés et redoutés ils fonctionnent comme de véritables dynasties dont les membres tiennent les différents moulins d’un secteur géographique. Mes scieurs de long se constituent tout au plus en réseau au sein du village. Jean-François (scieur d’aire)  et Jean-Jacques BRASSART continuent la tradition de Théodore leur père. Le frère Pierre Joseph (manouvrier ou couvreur en paille selon les années) épouse une SOYER, Marie Joseph fille de Pierre Laurent SOYER dont le frère Jean-Jacques  est également scieur (leur père Jean-Baptiste était, lui, berger). Une SOYER était déjà entrée dans la famille  en 1701 comme épouse de l’arrière-grand-père Nicolas BRASSART (1680-1730) dont j’ignore l’état. A creuser.

      Au fil de mon propos, je prends conscience des manques et des à-peu-près du dossier. Finalement le pari que je me suis fait d’écrire sur les SOYER a pour première utilité de m’obliger à pousser plus avant ces recherches. Belle résolution pour une rentrée.

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Quarantaine & Pastèque

 

QUARANTAINE & PASTEQUE

 Nommer un enfant trouvé 2 Août

patek fotos

Le titre antérieur était Pastèque et Quarantaine. Inversé, ça sonne mieux: les queues en chiasme au lieu de bégayer au milieu: que-que 

       Il m’a bien fallu un mois pour me remettre du Challenge. Le blog est resté silencieux mais le chercheur en marche! n’a pas chômé. Il a plongé dans les registres d’Arras  du début du XIXè siècle pour en conclure …qu’il n’y avait rien à conclure des méthodes du «baptiseur »  de l’État Civil.

        À consulter les tables des naissances de 1817, on sent le souci de « fabriquer » un nom vraisemblable qui se rapproche de noms en usage dans la ville, tel un fictif VASSELINE qui succède à un réel VASSELIN. QUENTINET s’inspire certainement d’un QUENTIN voisin ; VERDEL et VERDELET   reviennent à plusieurs reprises

 

                                         En 1813 ou 1814 la mode était à la botanique- comme au beau temps du calendrier révolutionnaire. Va pour un tonitruant Ladislas COQUELICOT. L’allitération Antoinette ANSÉRINE gomme la bizarrerie du nom. Jeu de rimes : Ferdinande MONARDE, Julien FUSAIN, Denis VERNIS. On   s’autorise aussi quelques extras: un anodin Jules GERMAIN, de plus voyants Léontine TRICOLORE, ou Louis-François TOUTBLANC. On plaindra les Laurentine PYRAMIDALE,  ou Rosalie QUARANTAINE.

1813 Arras noms

1814 arras noms

  1814 a une spécialité: les arbres. Vive Honoré LIQUIDAMBAR, dénomination autrement plus  commode à porter  que  celle de Célestine PASTÈQUE l’année précédente ! Dans cette apparente thématique (on n’ose dire  cette logique), quelques dérapages interpellent, dignes de Queneau ou Desproges : quel cerveau amoureux du bizarre a donc forgé ces Morgou, Chelone, Tornep, Velar sortes d’anagrammes destinés à enrichir une novlangue avant la lettre? L’étrangeté saute d’autant plus à l’oreille que les prénoms   obéissent à l’orthodoxie catholique : ce sont les saints les plus admis sinon courants du calendrier.

Dans les années antérieures, on paraît s’être tout bêtement inspiré du lieu où l’enfant a été recueilli: Micheline Elizabeth DEGRÉ, a été trouvée sur les degrés de la maison commune en floréal an XI, François LANCÉ  fut abandonné en prairial an XII sur un remblai de rempart. Charles Joseph JOYEUX  (pluviôse an XII)  était peut-être doté d’un heureux caractère mais Dominique  Michel IVRE (thermidor XI) avait-il déjà un coup dans l’aile lorsqu’on le récupéra? À moins qu’on lui ait fait ingurgiter une lampée de genièvre pour le ranimer ? En 1806, les enregistrements d’enfants sont rares mais les circonstances des trouvailles sont narrées avec une précision remarquable qui ne manque pas d’émouvoir  à deux siècles d’intervalles.

 15 janvier 1806.   7h du soir le Sr Lemaire vicaire de la cathédrale en sortant  trouva entre les deux portails un enfant qu'il fit remettre par le sonneur entre les mains de la dame Monvoisin. Enveloppé dans un mauvais morceau de couverture d'étoupe un morceau de laine grise, un morceau de toile en forme de drapeau un corset de coton à carrés rouge et bleu un bonnet  d'indienne brune à fleurs jaunes garni d'une blonde noire un ruban de soie bleue aucune marque ni billet. Cheveux, sourcils, yeux noirs. (15 janvier 1806 n° 37 vue 1383)

 Sans surprise l’enfant ancienne cathédraleâgé de 15 jours  s’appellera Jean-Baptiste DUPORTAIL. La cathédrale à cette époque n’est plus que l’ombre d’elle-même. Vendue comme bien national à la Révolution, son acquéreur hollandais la transforme en carrière de pierre. Napoléon décide qu’elle trop délabrée pour qu’on investisse dans sa restauration ; les édiles la raseront et élèveront dans un transept l’église St Nicolas en Cité actuelle

      5 mars 1806  Chez Blondel libraire une femme venue pour lui acheter un livre laisse un enfant dans la boutique pendant qu'elle va faire des courses. Enfant vêtu d'un sarreau d'indienne fond blanc et fils rouges, tablier de toile à carreaux blonds une mauvaise camisole d'indienne fond blanc à barres et fleurs rouges, tablier de toile à carreaux rouges, mauvaise chemise de toile blanche, petit mouchoir rouge,  bonnet à trois pieux? violet garni d'une bande noire.( 5 mars 806 n°136 vue 1410)

L’enfant  âgée de deux ans  est dénommée Marie PAUL. C’est bien plat pour un abandon tristement romanesque.

      Tous les CARTON doivent-ils comme André Guislain leur nom  à l’emballage dans lequel il fut trouvé au matin du 6 janvier 1806, âgé pense-t-on de 3 jours ?

       6 janvier 1806   Lefebvre valet d'église de St Nicolas rue Baudimont a trouvé à 6h du matin sur les degrés de l'entrée principale un carton en forme de tombeau couvert d'un papier rouge à grandes fleurs blanches et l'ayant ouvert y trouva un enfant qu'il porta aussitôt à la dame Monvoisn - l'enfant est enveloppé dans un morceau de serge verte ayant un drapeau de toile blanche, un lange blanc, un autre drapeau était sous son cou, une chemise de toile blanche avec un tour de col de mousseline rayée, un corset de de garat blanc, un bonnet de bazin blanc à grandes  rayures garni de mousseline avec un ruban de soie argenté dans le fond du carton étaient aussi deux morceaux de serge verte, deux autres chemises  et plusieurs morceaux de toile le tout sans marque. Âgé dliquidambare trois jours les cheveux et les sourcils noirs;  les yeux bruns foncés il portait au bras gauche une petite tresse de cheveux noirs (AD 62 naissances 6 janvier 1806 n°36 vue 1383)

coquelicot

 

On espère que la dame Monvoisin qui l’a recueilli lui a laissé le souvenir ultime que sa mère aura voulu qu’il garde d’elle

    L’administration  est peu regardante sur le ridicule qui s’attache à certains noms. Cruelle, perverse ? Mais elle sait bien que la plupart de ces petites créatures n’auront jamais à supporter les quolibets que n’auraient pas manqué de déchaîner de tels noms. Il suffit de lire le registre des décès parmi les enfants trouvés, c’est l’hécatombe. Alors vivent les COQUELICOT  et les LIQUIDAMBAR si malgré ces appellations incongrues leur porteur a pu traverser les orages !

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30 juin 2017

Z comme ZAYONNET 30 juin 2017

Z comme ZAYONNET  30 juin 2017

 

           

Z tour d'abandon

Pour la dernière lettre de ce challenge, une fin en beauté avec ZAYONNET. Honneur aux ZAYONNET  bien vivants d’aujourd’hui qui apparaissent sur Internet. Je parie qu'ils ne se doutent pas de leur  privilège extraordinaire: on sait exactement où et quand est né le premier porteur du nom. Car ce nom est tout récent;  il est arbitraire ; il est unique. Il est apparu dans le Pas-de-Calais au 19ème siècle et ne s’est guèreZ popu nom zayonnet répandu ailleurs: il se situe au 353947ème rang ds noms de famille en France

 

 

   26-5-1818 à midi N°52   Par devant nous Augustin Benoït Joseph Linque adjoint au maire d'Arras le sieur MONVOISIN a déclaré en mairie qu'hier à 9h du soir il a recueilli au tour un enfant du sexe masculin nouveau-né qu'il a présenté n'ayant sur le corps aucun signe distinctif. Nous l'avons inscrit sous le nom ZAYONNET et le prénom Jules et ordonné qu'il soit remis à l'administration des hospices d'Arras de quoi nous avons dressé acte en présence de Henri Demazières et de Constant Vauclin témoins majeurs demeurant à Arras lesquels ont signé (AD 62 Arras 5MI 041-34 vue 1063)

          Augustin LINQUE   a ainsi nommé et prénommé nombre d’enfants trouvés selon une logique qui m’échappe : pas d’ordre alphabétique apparent : les garçons précédents se nommaient  Audorant, Pondé, Féron ; les suivants Calicot, Longet. Puise-t-il,  selon l’inspiration du moment ou  d’après quelque indice physique, dans une liste  établie par avance de noms inventés selon un procédé oulipien ou surréaliste avant la lettre? Dans les années 1830, à Arras on composait des anagrammes  à partir d'une base: par exemple ARFIB, BAFIR,FIBAR,BAFRY,RIFAB oou bien OLFRY,FILOR, LOREF,LEFOR ( recherche de Jean-Pierre ARFIB sur son nom) Rien de tel ici; le mystère reste entier.

   Les ZAYONNET ne font pas partie de ma famille. Pour moi, ce n’est qu’un nom, frappant, comme une zébrure, un fouet qui claque et en même temps pas très redoutable, à cause de ce diminutif aimable. Comment m’est-il entré dans l’esprit ? Par l’arrière-grand-mère Mélina dans ses conversations avec sa fille Lucienne. Il m’avait frappé, de même qu’un autre, HÉRISSÉ. Elle les associait souvent  et pour cause.

Z- arbre

Ce  HÉRISSÉ dont elle parlait, Théodule, était le mari de sa tante. Il était maçon et venait de La Cauchie, le village situé de l’autre côté de la route nationale. Il était aussi le beau-frère d’un ZAYONNET, Alfred, charron à La Cauchie également. HÉRISSÉ (ou HÉRICÉ) n’est pas du tout un nom inventé  mais l’extraordinaire, c’est que l’ancêtre qui le portait, Pierre-Claude était aussi un enfant de l’Assistance, non pas enfant trouvé mais enfant abandonné sciemment, confié  dans des circonstances inconnues  aux Hospices de Paris et mis en nourrice à Humbercamps au début de la Révolution. Or Jules ZAYONNET, le père d’Alfred est aussi passé par Humbercamps: tout en menant une partie de sa vie à Berles-au-Bois où il a trouvé femme et vécu un temps, il a fini par s’installer à Humbercamps.  Un autre lien que je découvre à l’instant avec ma famille maternelle et qui explique que le nom de ZAYONNET devait assez souvent revenir dans les propos que j’entendais tout enfant: Marie la dernière fille de Jules ZAYONNET se marie avec un THUILLIEZ proche parent de mon arrière- grand-père Lucien, le mari de Mélina.

Z berles autour

C’est un peu embrouillé mais ça ne fait rien: dans ces petits villages distants de quelques kilomètres, tout le monde était peu ou prou parents. Finalement ces  ZAYONNET , ces Hérissé  arrivés là par hasard, ou plutôt par les malheurs de leurs géniteurs, après avoir pu surmonter les rudes conditions d'existence de leur petite enfance avaient réussi à se faire  une  place dans les réseaux compliqués de ceux qui n'avaient jamais bougé que de quelques kilomètres en deux ou trois siècles

Z tour d'abandon x

      

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29 juin 2017

Y comme "Y-a-plus-k"

 

Y comme « Y-a-plus-k »   jeudi 29 juin

 Encore faut-il s’y mettre ! Et c’est de la procrastination (quel vilain mot) en généalogie que je voudrais parler.

Y procrastination

Toujours remettre à demain : un boulet dans  la vie quotidienne  des intéressés– et  de  leur entourage donc ! Gilbert STUART mit paraît-il quinze ans à entreprendre de terminer le tableau ci-contre. Terminer ? La main semble  encore enveloppée  dans une moufle.  Mais remettre au lendemain,  en généalogie, quelle importance  après tout? Les morts peuvent attendre, non ? Ont-ils eu tort ceux qui ont longtemps attendu le jour propice où ils  se mettraient à rechercher leurs ancêtres ?  La mise en ligne à peu près généralisée des registres d'état civil leur donnerait raison. Quand je repense à mes débuts, pleins d’enthousiasme pourtant, où je recopiais à la main sur des post-it les actes déchiffrés aux Archives du Pas-de-Calais, je regarde mes balbutiements avec une certaine commisération. Désormais, il suffit de cliquer un peu habilement pour avancer à pas de géants. On transcrit les résultats sur un logiciel personnel ou sur celui d’un site spécialisé et Hop, l’arbre se construit au fur et à mesure. On est impardonnable de ne pas s’y mettre illico. Cependant, passés les premiers enthousiasmes des découvertes les plus faciles, viennent les impasses, les familles indémêlables, les registres gribouillés, les battues fastidieuses, les heures qui s'écoulent infructueuses. On se casse les dents. On se lasse. On repousse à plus tard l'inventaire des blocages, on ouvre d'autres chantiers dans tous les coins. « Ne pas remettre à demain etc. … » martelaient  les leçons de morale de l’école traditionnelle.

               Mais en généalogie l’information  n’est pas que dans les vieux papiers. Ne pas interroger à temps l'entourage m'a joué plus d'un tour, ou plutôt m'a privé irrémédiablement de certaines données. Je n’ai jamais pensé à interroger ma mère  sur le village dont je croyais si bien connaître la chronique tant elle était ressassée par elle et ses frères à chacune de leur rencontre. C’est maintenant que je saurais leur poser des questions précises mais ils ont disparus. Ma mère la première, la plus proche et la mieux disposée à raconter sa famille et son village mais Alzheimer l’a enfermée dans une forteresse inaccessible.  Pendant des années, allant la voir à sa maison de retraite, je suis passé devant le bâtiment des Archives du Pas-de-Calais sans me décider à y rentrer  pour y trouver de quoi commencer mon arbre. Du coup je suis passé à côté des renseignements précieux que mon père, encore en vie aurait pu me donner.

Y- Lucienne, François, Marcel et des inconnus 1933-001

Le peu qu’un jour j’ai réussi à lui faire dire ne fait qu’aviver mes regrets d’avoir tardé. Coïncidence à interpréter comme on veut : au moment où j’étais décidé à sérieusement interroger un oncle qui en connaissait un rayon sur la famille  j’ai appris qu’il venait de décéder, emporté par un cancer qui le minait depuis des années. J’en avais connaissance

Y- Lucienne, Julienne-Beaucourt-Coin, Mlle Poidevin

mais, mais…plus tard, trop tard. Restait mon autre oncle. Avec lui la communication était difficile à cause d’un cancer de la gorge mal soigné : seule sa fille comprenait bien ce qu’il disait  mais quand il dérivait dans des horreurs sur la famille  sa fille se refusait à me traduire. Bref, faute d’avoir su à temps  recueillir la mémoire familiale,  j’ai des albums entiers de photos de mariage ou de communion qui me restent muets à jamais. Regrets éternels.

 

            Et puis parfois, vous ne supportez plus cette inertie qui vous fait constater avec une morosité paralysante que vous ne savez toujours rien des parents d’Alexis BAS, votre ancêtre direct . Qu'est-il advenu de cettte Colombine CHEMINEL dont vous ne connaissez que la date de naissance et un enfant naturel? Vous en avez assez d’évoquer avec émotion le souvenir de plus en plus effacé d’une photo de  Marcel POISSON accrochée au mur de la cuisine chez les grands-parents. Au fait combien d’enfants avait Hyacinthe GOSSART ? Yallah! Vous vous secouez, vous vous renseignez sur les horaires  d’été des Archives de la Seine, vous bravez la canicule sur un boulevard Serrurier dépourvu d’ombre, vous n’avez de cesse  de retrouver le dossier de l’Assistance Publique du petit Marcel mort à Verdun. Autre scénario: un clic de hasard vous met sur la piste d’Émile GOSSART professeur de physique à Bordeaux. Mais comme vous êtes impénitent et dispersé, vous attendez des années avant d’exploiter cette veine. Elle vous réserve pourtant bien des surprises une fois que vous  avez repris le sentier de la guerre. Nul n’est incurable. La fièvre de la découverte  fait parfois trembler le procrastinateur le plus endurci. Un Challenge comme celui-ci mobilise, réactive les zèles assoupis. Soit. Il me tarde malgré tout d’arriver justement à la lettre Z pour  disons reconstituer ma force de travail   et laisser un peu filer les choses. Demain demain demain…           

 

 

Posté par Jlouis62 à 18:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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