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Sainte Catherine

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Sainte Catherine

                        Je sais : nous sommes le 30 novembre. Hors délai mon billet. Mieux ou pire: je ne suis pas sûr de parler de la sainte ni de  catherinettes. Je comptais trouver dans mes données une Catherine  qui sorte un peu de l’ordinaire. À croire que l’inspiration était engourdie par le froid de retour : rien de passionnant dans mes listings desséchés – ou alors je n’ai pas su les faire parler. Et puis en épouillant mes fichiers j’ai retrouvé une vieille connaissance qui m’a réservé quelques surprises. Elle ne se prénomme pas Catherine mais Colombine – ça rime finalement. J’imagine assez la Colombine du théâtre sous les traits de cette catherinette des années cinquante: soubrette piquante et  rusée,  paysanne délurée habile à prendre les manières des dames chez qui elle sert et prompte à mener par le bout du nez ce lourdaud d’Arlequin, ce pleurard  de Pierrot.

 Dans un hypothétique casting, je doute que malgré son prénom,  Colombine DAUCOURT ait eu quelque chance d’obtenir le rôle: car son destin n’a rien de glorieux ni de romanesque, malgré, cependant, sa part de mystère. « Domestique » comme disent les recensements, fille de ferme ou souillon en vérité,  plutôt que servante maîtresse, je la vois mal  aussi pimpante que ma catherinette de carte postale à l’œil rieur et aux joues roses. Plutôt les traits tirés de fatigue, la peau basanée et recuite par le soleil et les intempéries,   pauvre fille usée et abusée  …mais qui sait jusqu’à quel point, car  finalement elle retombe sur ses pieds comme on va voir.

      Colombine DAUCOURT ou DOCOURT est la sœur de mon trisaïeul paternel Augustin Denis. Un an les sépare. Future aînée de huit enfants, elle naît le 14 avril 1821 à Beaufort, un petit village de 288 habitants en 1820 (avant sa fusion avec Blavincourt) près du chef-lieu de canton Avesnes–Le-Comte mais  à l’écart de la route royale Arras- Amiens. Arras est à 25 kms, Amiens à 50. Son père, François Marie est couvreur en paille.  Colombine ? Un prénom rare. Par quel mystère  cette irruption de la commedia del arte au fin fond de l’Artois? Comme un héritage inconscient de la liberté révolutionnaire, dans cette famille, quand il s’agit des filles, on n’hésite pas innover : on rompt le fil d’une transmission, on ne cherche pas à faire plaisir à une parente.   En outre, ici, la mode des terminaisons  romanesques en –ine a des antécédents  du côté de la mère, Joséphine Florentine CARON. Grand-mère se prénomme Clémentine, une sœur va s’appeler Célestine (ou Célinie, les scribes hésitent), il y aura ensuite une Élisa et pour finir une Angelina. Les garçons n’ont pas droit à ces fantaisies : le premier né porte bien selon la tradition le prénom du grand-père, Augustin-Denis ; ensuite on ose quand-même un Jean-Baptiste et un Zéphyr, beaucoup plus original qu'on reprendra à qui mieux mieux. Pour ses propres filles, Colombine joue l’originalité flamboyante comme pour effacer avec panache l’opprobre de ces naissances hors mariage : Célinie, Clarice, Angelina  (1845-1892) puis Sidonie Louise (1852-1853). Effet d’un souci populaire de distinction puisée dans les feuilletons à quatre sous que la mère, même illettrée (elle ne sait pas signer) connaît par ouï-dire? On songe aux fameuses filles Thénardier baptisées Éponine et Azelma par Hugo, sans compter Euphrasie le  vrai prénom de Cosette (le prénom de sa mère  Fantine sonnerait plutôt  à l’instar de Fanfan, Fanchon comme un diminutif de Françoise). Le fils sera plus platement un Zéphyr.

     Affaire  classée donc : dans tous les recensements et tous les actes que j’ai pu trouver l’héroïne du jour apparaît constamment sous la dénomination de Colombine. Mais alors, mézalors  pourquoi(re)devient-elle à 70 ans une  Catherine des plus ordinaires dans l’acte de décès de sa fille en 1892? En tout cas in extremis je retombe sur mes pieds -sans l’avoir fait exprès! C’était peut-être  son prénom usuel ? C’est bien possible: l’arrière-grand-père DRUGY   que tout le monde appelait Léonard  n’existe que comme Siméon dans les actes officiels  sauf dans un acte de vente qui spécifie Siméon dit Léonard.  Pour Colombine/Catherine la question reste en suspens : pour l’heure, je ne sais toujours pas où elle est décédée.

      Je n’en ai pas fini avec ma lointaine cousine. Elle m’a donné du fil à retordre. À l’image du reste de la tribu d’ailleurs, qui disparaît  définitivement de Beaufort  en 1861. Je savais où s’était installé mon ancêtre direct Augustin Denis : à Saulty.  Après avoir battu consciencieusement  jusqu’au harassement tous les villages de la région je finis par retrouver  François le père (entre temps veuf) et le ménage de sa fille Élisa à Wanquetin, Célinie deux fois mariée à Gouy-en-Artois,  Zéphyr faisant de son côté souche à Noyelle-Vion, encore «valet de charrue» mais tous ses enfants vont bientôt prendre le chemin des mines en plein essor. Dans cette drôle de famille,  la Colombine réussit à se distinguer avec  à son actif trois enfants naturels. De quoi jaser dans le pays ! Deux sont nés à Beaufort chez ses parents : Clarice née le 15 novembre 1845 est élevée par ses grands-parents au moins jusqu’en 1851, Zéphyr né deux ans après, le 3 avril 1848,  ne vit que 21 mois. Je n’ai découvert l’existence (brève: 9 mois) d’une Sidonie-Louise (née en le 14 juillet 1852 à Amiens -Amiens ?) que la semaine dernière au hasard d’un site de rencontres (généalogique). Encore une enfant naturelle. Imp(r)udente Colombine ? Esprit libre ? Pauvre fille ne sachant pas résister aux invites ?  Et pourtant femme mariée. Je le savais depuis un certain temps : l’acte de naissance de  sa première fille Céline-Clarice-Angélina précisait « naissance légitimée par le mariage de Colombine Docourt avec François AUBY le 29 novembre 1852 ». Soit. Zéphyr, mort avant ce mariage ne pouvait être reconnu, et la dernière alors née juste avant le mariage? - qui suis-je pour juger? Dirai-je benoîtement.  Oui mais quand même ! Colombine !  Et manque un point essentiel dans cette information: OÙ le mariage a-t-il eu lieu? Impossible de mettre la main sur le couple au cours de mes virées (virtuelles) dans les registres aux alentours de Beaufort.  J’ai fini par renoncer.

                

auby 1826 x riquier-Signature Marié

Ne jamais s’avouer vaincu. Le temps a passé. Je me suis abonné à Geneanet le site a évolué et de nouvelles informations apparaissent. Un clic désinvolte (genre on-ne-sait -jamais) sur Clarisse Docourt et j’apprends -quinze ans après la création de sa fiche- tout à la fois sa mort à Puteaux le 18 avril 1892 – quel chemin parcouru depuis Beaufort Pas-de-Calais!- , son état d’ »artiste lyrique », et de clic en clic que son père François Auby – ça je le savais- et sa mère Colombine se sont mariés à …AMIENS ! J’ai tiré un fils et j’ai découvert le pull tricoté  par François AUBY (merci à lui). Pendant que moi j’étais dans l ’impasse, lui avait accès à tout ce qui concernait son ancêtre. Miraculo ! Miraculo ! Alléluia

L’acte de mariage est explicite :

 […] reconnaissent qu'il est né d'eux deux enfants le premier inscrit sur les registres de Beaufort 15 nov. 1845 sou les nom et prénoms de DOCOURT Célinie Clarice Angelina et le 2ème à Amiens pour l'année courante le 14 juill. DAUCOURT Sidonie Louise lesquels enfants ils reconnaissent pur leurs filles(AD 80. Amiens 5MI D188 1852 n°408 vue 412) Trois témoins sur quatre sont des ouvriers teinturiers, collègues de travail du mari.

              Mais l’affaire se complique : AUBY est veuf de Sophie RIQUIER qu’il a épousée à Amiens en 1826. Ils ont eu une fille, Lucie Alexandrine (26.11.1833 Amiens- 25.2.1890 Ailly/ Somme) Elle meurt le 10 avril 1837 à Paris dans le 8è ancien. Quand, comment 

anastasie et javotte

Colombine a-t-elle rencontré AUBY ?  à Amiens probablement où elle est allé se placer. Mais la retrouver par le biais des recensements dans cette immensité est impossible. Au moment de leur mariage, ils habitent dans le quartier Saint Leu  au Nord de la cathédrale, 51 Chaussée Saint- Pierre. Rien ne subsiste des immeubles de l’époque. Si Colombine n’a que 31 ans à son mariage, AUBY a largement dépassé la cinquantaine (55 ans pour être exact) lorsqu’il lui passe enfin la bague au doigt. Pourquoi ont-ils attendu aussi longtemps pour régulariser leur union qui a commencé au moins en 1846,  huit ans après la disparition de la première femme d’Auby ? Les patrons de Colombine n’acceptaient peut-être pas une femme mariée chargée d’enfants. À moins que l’obstacle soit à chercher dans  la famille de la première femme, les Riquier qui pouvaient voir d’un mauvais œil le remariage du père de leur petite-fille avec une  future marâtre tentée de privilégier ses propres enfants. Le syndrome de Cendrillon.

 Clarisse meurt le 18 avril 1892 à quatre heures du matin chez sa mère âgée de 70 ans 42 rue Poireau à Puteaux. Elle est célibataire. L’acte lui donne trente-sept ans : sa mère se trompe de dix ans. Artiste lyrique ?  Soyons clair : c’est une dénomination cache-misère  pour désigner une fille entretenue sinon carrément sur le trottoir. Mais après tout, peut-être se produisait-elle dans un beuglant ou dans les cours. La révélation est toute fraîche et je n’ai pas eu le temps de pousser plus looin mes investigations.

    Pour finir, un document vraiment curieux : l’acte de décès de François AUBY,  ce père que j’ai mis des années à identifier

       le seize janvier 1876 à midi acte de décès de François AUBY teinturier âgé de soixante-dix-neuf ans décédé avant-hier à six heures du soir en son domicile 49 rue de la Croix à Puteaux […] marié à Sophie Riquier sans profession âgée de soixante-dix-neuf ans même domicile que le décédé .( AD 92 Puteaux D 1876 vue 4 n°10)

 Colombine est passée à la trappe : en son lieu et place l’employé municipal  ou le maire adjoint a ressuscité Sophie Ricquier, la première femme dont le décès a dûment été enregistré à Paris en 1837 (40 ans auparavant) Erreur administrative de taille et triste oraison funèbre pour cette « Catherine » dont j’ignore toujours  le lieu et la date du décès. Pas à Puteaux en tout cas. « Colombine ou la disparition »

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R O L A N D 15 septembre

15 septembre on fête les ROLAND

                        Entre la rentrée new-look et la tradition séculaire du 1er octobre, j’ai choisi le 15 septembre pour la rentrée de mon blog – ce fut d’ailleurs durant quelques années la date officielle. Le vénérable manuel de 1893 qui me sert d’almanach, les saisons et les mots   édité par Alcide Picard et Kaan 11 rue Soufflot Paris ignore évidemment septembre, sauf  en dernière page pour quelque benoîte admonestation style « devoirs de vacances » avant la lettre :

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Repos tout relatif pour les enfants des campagnes que les travaux des champs moisson, fenaison, la récolte des fruits et des pommes de terre, ou vendanges  éreintaient durant ces trois mois. Nos braves auteurs  Cuissart et Cavayé, tout à leur référence rhétorique à la vie champêtre, font semblant de l’ignorer.

15 septembre. La faillite de la banque Lehmann donnait naissance à la plus

lehman

belle pagaille depuis 1929. Le monde de la finance se trouva bien heureux  de voir ces États si vilipendés se précipiter  au secours des banques. Oublieuses et ingrates celles-ci sont depuis retournées à leurs acrobaties préférées.

15 septembre. On conseille de diviser les touffes de rhubarbe et d’arrêter l’arrosage des

figuier de barb

cactées. Pour la rhubarbe , on verra l'année prochaine: je vais laisser la menne se requinquer  après cet annus horribilis comme disait la Qeen; quant aux cactées, le régime sec auquel elles sont soumises aujourd’hui leur va comme un gant ; des esprits sérieux envisagent

 

même de replanter en figuiers de Barbarie  les haies bocagères mises à mal  par les sécheresses  à répétition. Un avatar rural  inattendu en somme de ce   grand remplacement que nous pronostiquent certains plumitifs auto-proclamés « intellectuels »

   

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Chouette ! On fête les  Roland, un prénom naguère répandu en Alsace car impossible à germaniser. Un tour de force: les lois de l'évolution phonétique auraient-t-elles révélé des sentiments antiprussiens? Pourtant, 

roland riggga

 son origine franque ne fait aucun doute: c’est  Hruodland en francique  et depuis 1404, il a sa statue (énorme)  à Brême, devant l’hôtel de ville, comme symbole de l’indépendance de la cité hanséatique ! Je viens de découvrir qu’à Riga se dresse aussi devant l’hôtel de ville une grande statue  (récente) de Roland : ici on a franchi le pas:  trêve de canonisation officielle,  c’est saint Roland, et il donne son nom au quartier. La statue (d’August Volz) ne date que de 1897, offerte par la communauté allemande du pays, en imitation de celle de Brême. L’original  endommagé en 1942 est  à l’abri dans la cathédrale St Pierre. Je lis que  Roland symbolise ici comme dans d’autres villes hanséatiques la justice et l’indépendance des villes. J 'y vois plutôt, outre une ressemblance avec les autres figures extravagantes  qui ornent les immeubles art nouveau de la ville ( une grande partie érigée par le père d'Eisenstein) une image du redoutable chevalier teutonique.  Depuis Roncevalles, la machine à symbole s'est emballée! 

Et du côté ldes statistiques de Geneanet ? La France du

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Sud est peu représentée. Lorraine, Alsace,  Franche-Comté fournissent d’importants bataillons,   moindres cependant  que la Picardie, l’Artois et la Flandre,  sans compter  la Bretagne autour de Saint-Brieuc  ou de Nantes. Au XXème siècle, après un frémissement vers 1914-1916 ( 54ème rang)  l’heure de Roland arrive  vraiment dans  les années trente  et un premier pic en  1930  (28ème); pendant la seconde guerre il chute à peine (31ème en 1943) pour rebondir de façon spectaculaire en 1947.  Aux dernières nouvelles,  son éclat s’est sérieusement terni.

                

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Assez de chiffres ? Un dernièr godet pour la route. Et du jamais vu,  en France du moins. Voilà un prénom qui a l'audace de paraître dans l'innocence de la nouveauté  malgré le patronage d’un paladin venu du fond du Moyen-Âge avec son olifant. Quelques traces au XVIIe, quasiment rien au XVIIIe, encore moins au XIXe. Pourquoi cette mode fulgurante  au XXe, pourquoi aussi tant de discrétion dans les siècles antérieurs ? J’ai ma petite idée que je m’empresse de ne pas garder pour moi. En dehors des cercles de

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la vieille noblesse, difficile pour le commun des mortels de faire sien le nom d’un preux, d’autant que la  Chanson de geste  dont il est le héros  n’a été sortie de l’oubli en France que par les grands médiévistes de la deuxième partie du XIXe siècle ; elle n’a pas été relayée comme en Italie  par la popularité d’un Orlando furioso qui inspirait jusqu’au théâtre de marionnettes siciliennes. Aucune   puissante tradition catholique non plus autour d’un pèlerinage, d’une relique, d’une histoire édifiante. L’Église balbutie et ne peut offrir à la dévotion de ses fidèles  qu’un anachorète mutique des Apennins, Roland de Médicis décédé le 15 septembre 1386, 15 jours après sa découverte par des chasseurs dans les bois où il vivait depuis trente ans. On l’avait parfois

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entraperçu restant des heures sur un pied le regard vers le ciel.  Du coup sans doute, l’invoque-t-on (selon des sites confidentiels) contre les vertiges. Impossible de mettre un nom ou une origine sur les   deux  représentations du saint que j’ai pu dégotter  sur la Toile.  Faute de miracles patents il fut élevé tant bien que mal au rang de bienheureux par Pie IV, un pape de sa famille.   Car c’était bien un Médicis, un  vrai de vrai (ou un homonyme – mais rien n’est simple: on en discute !)  qui avait fui les fastes princiers de sa « tribu ». En fouinant, je découvre qu’un saint Roland bien de chez nous, 3ème abbé du monastère cistercien de Chézery  (dans une profonde vallée du Bugey) né en 1150 en Angleterre, décédé vers 1200 et qu’on fête le… 15 septembre.

  Un pèlerinage local s’était instauré, le prénom était à la mode en Franche-Comté mais les  bénédictins avaient eu  la légèrreté de laisser rentrer les femmes dans l’abbaye – une source de désordre, une entorse insupportable à la régle monastique. La  mauvaise réputation qui s’attacha du coup à l’abbaye  contribua à son déclin. Les reliques  du saint sont désormais dans l’église.   On l’invoque pour les maux d’yeux, de tête, d’estomac et contre la sécheresse. Alors, tous en prière mes sœurs et mes frères !                Voilà donc un prénom pas très catholique, je veux dire sans véritable  rayonnement universel  (katholikos  « qui vaut pour  tous »). Est-ce pour cela  que sa vogue fut tardive ?  Mais quel  élément changea la donne ?  Mon vieux limier est lancé sur  la piste …comme d’habitude. Comme d'habitude, reviendra-t-il bredouille, la langue pendante?

 

   Ce n’est pas ma population d’ancêtres issus de Bretagne, de Champagne et surtout de Picardie et d’Artois qui va contredire ces singularités: je n’y ai rencontré, XXème siècle exclu, qu’un seul Roland.

                 Roland PRONNIER. Il est marchand de vaches au village de Ficheux près d’Arras en Artois, fils et frère de marchand de vaches. Une activité assez rare. Il est mort le 9 mars 1745 à 63 ans. Né donc en 1682 : Arras et l’Artois n’étaient français, - enfin rattachés à la France, que depuis une vingtaine d’années. Pourquoi fut-il prénommé Roland ? Un Roland dans la parentèle environnante ? Pour cette époque antérieure à 1737, les données sont souvent fragmentaires, au hasard de contrats de mariage recopiés par Adolphe Béthancourt pour résumer des archives notariales depuis parties en fumée. Son parrain était-il déjà un Roland ? Peut-être ce Roland DURIETZ rencontré au détour d’un acte de baptême ? Mon marchand de vaches est l’avant dernier d’une fratrie de sept qui ont suivi leur bonhomme de chemin au village ou dans le coin. L’aînée, Marie-Ghislaine est décédé à 80 ans, le cadet de Roland est aussi marchand de vaches. Le benjamin est cordonnier mais en même temps sergent de Messieurs de St Vaast Ficheux_église2 car l’Abbaye d’Arras qui est à l’origine de la fondation de Ficheux en est le Seigneur principal. Plusieurs fermiers cultivent ses 135 ha; elle perçoit deux tiers de la dîme. Des paysages qui encadrèrent ces existences, plus rien n’est visible. La reconstruction du Pas-de-Calais a permis du moins    l’élévation d’une belle église toute pimpante de briques et de bêton.

 

 

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Elle est  depuis toujours sous l’invocation de Saint Maurice, un original encore ( dont j'ai parlé ailleurs), légionnaire égyptien à la peau noire et aux cheveux crépus -. Question de mode, rares sont cependant les bébés qu'on place sous son patronage.

J’adore le blason de la commune, tiré des armoiries du Mayeur Nicolas CAUWET « d’argent à trois poules de sable, becquées et membrées de gueules  et posées deux et une »  Les règles archaïsantes du langage héraldique hissent à la noblesse de l'aigle ou du faucon notre brave volatile de basse-cour.

En miroir, économie de moyens, sublime simplicité  du récit de  la mort du héros du jour dans la transposition de Joseph Bédier

roland chanson joseph bédier

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Maurice BOUCHOR, vous connaissez?

 Maurice Bouchor un faux inconnu

 

                                    

 

                 Des écoles portent son nom, le troisième âge se souvient peut-être d'une récitation . Mais il y a d'autres surprises. Bien sûr

maurice thorez fils du p 1949

 c'est un Maurice moins connu que l'auteur des Rois Maudits ou que le natif de Menilmuche.  Un animalcule comparé au grand  Maurice THOREZ  l’auto-proclamé Fils du peuple - que l'oubli  ensevelit peu à peu. 

         M a u r i c e  B O U C H O R : 16 novembre 1855- 17 janvier 1929 ! Entre bouchon et bouche d’or, quand,  petit, je lisais son nom en bas d’une récitation ou d’une dictée, c’est à l’une ou l’autre de ces associations saugrenues qu’il me faisait penser. Car je l’ai connu dès l’école primaire, comme plus d’un-e de ma génération. Butinant de lilas en lilas pour un billet précédent, j’ai retrouvé  mon Maurice Bouchor  là où je l’attendais le moins : en auteur du poème de l’Amour et de la Mer  (1876) mis en musique par  (entre autres) Ernest Chausson en 1886.  Sa musique délicate et nostalgique transfigure l’évocat ion d’une aventure amoureuse   racontée avec des mots très ordinaires  que  trop souvent la diction brouillée de l'interprète rend à peine audibles: tout le monde n’a pas la clarté de Gérard Souzay – si décrié par Roland Barthes- ou de dame Félicity Lott. Dans  cette œuvre fin de siècle à la fausse simplicité japonisante je préfère les accents verlainiens  des dernières strophes désertées par l’absence irrémédiable  d’avenir. 

      Une œuvre écrite à vingt et un ans.  Bouchor fréquente alors Germain Nouveau, Jean Richepin, toute une « nouvelle vague » opposée aux Parnassiens  - je n’ose dire aux vieilles barbes car lui-même en arbore alors une- impressionnante par sa blondeur et sa longueur.

       Il a eu de la chance, Maurice: ses vers, au fond assez plats sur un sujet rebattu, sommet de l'écriture blanche, ont été immortalisés grâce à la musique de Chausson qui en extrait  toute la substance et développe les résonances de chaque mot.  

   Un itinéraire hasardeux conduit ce poète prometteur à la recherche d’une spiritualité diffuse, christianisme,  bouddhisme (dans  la foulée ce colosse se convertit au régime végétarien), et finalement  un humanisme laïque  qui lui fait écrire cette véritable profession de foi  ( impensable de nos jours) dans le livre du maître de la 3ème série de Chants populaires pour les écoles en 1909 : « je dis que l’on peut se passer de l’une [la foi spirituelle] comme de l’autre [la foi confessionnelle] et trouver de suffisantes raisons, qui sont peut-être les plus nobles, de vivre et de bien agir, en même temps qu’un réconfort puissant et l’enthousiasme nécessaire aux plus difficiles transformations sociales, dans la simple conscience de son devoir, dans l’amour des hommes et dans quelque haute espérance, moins éloignée et plus concevable que celles dont les religions font le viatique de leur fidèles. Ainsi s’explique son engagement sans faille pour l’école laïque: par la volonté d’offrir aux plus démunis, et dès leur plus jeune âge, l’accès à la poésie, au rêve, aux œuvres  littéraires. Dans l’école, à travers l’école, n’aimons-nous pas, nous tous, le peuple qui nous y donne ses enfants, appelés bientôt- trop tôt- à la dure vie du travailleur, ouvrier ou paysan ? (ibidem).

     Dès les années 1880-1890, pour un théâtre de marionnettes de sa fabrication il écrit des sortes de mystères (sur Tobie, la Vierge Marie, Sainte Cécile) il adapte Shakespeare (la Tempête).  Des artistes amis  (on cite Maillol et évidemment son frère peintre)) créent les décors ou récitent les rôles. Des critiques de poids, peu suspects d’aventurisme esthétique, se mêlent avec enthousiasme au public d’enfants: Anatole France, Jules Lemaître, Ernest Renan, Francisque Sarcey, Puvis de Chavannes. On joue d’abord à Paris puis là où il est demandé. Il parcourt les campagnes en compagnie du musicologue Lucien Tiersot pour recenser et sauver de l’oubli des  mélodies populaires;  il en adapte les paroles pour  des  recueils de chansons destinées aux  écoles. Infatigable, il voyage à l’étranger : l’Angleterre bien sûr et le reste de l’Europe, les États-Unis, Alger, Ceylan. Cette ouverture au monde le conduit à transcrire pour les enfants des contes d’Orient ou d’Asie.

              Encore un malheureux écrivain  dira-t-on,  ravalé au rang d’auteur scolaire! La faute à  l’école laïque- qui l’a phagocyté en enrôlant une partie de son œuvre dans un catéchisme républicain. Sauf qu’ici, c’est l’auteur lui-même qui a voulu, de son plein gré, consacrer son talent  à des préoccupations pédagogiques. « C’est avec l’allégresse la plus vive, et sans être affligé d’inutiles regrets en pensant à d’autres projets abandonnés, que j’entrepris ces divers travaux » (ibidem).  Aussi les remarques condescendantes de certaines notices sont-elles mal venues, d’autant que c’est grâce à son investissement pédagogique qu’il n’a pas sombré dans l’oubli car l’œuvre poétique, avouons-le,  a mal vieilli, comme en atteste la première tranche (on n'ose parler de "croûton") du  « pain », incontournable récitation d’autrefois aux intentions louables mais à la rhétorique désuète.

                   Il s’est dépensé sans compter pour cette diffusion de la musique populaire , sillonnant la France des écoles normales et des écoles de village pour faire chanter les enfants,  c’est-à-dire leur donner un supplément d’âme (un mot trop lourd peut-être pour ce qui devait être un plaisir) en tout cas leur rendre, leur transmettre ce qui faisait partie de leur patrimoine laissé à l’abandon et bientôt oublié si l’on n’y prenait garde « … Je fis mon tour de France, méthodique et complet, pour le recommencer ensuite en zigzag, allant d’abord partout où l’on m’ appelait, puis, quand cela devint impossible, où j’avais le temps d’aller » (ibidem). Les écoles baptisées « Maurice Bouchor » n’ont peut-être pas toutes reçues sa visite mais on ne doit pas en être loin! Petite anecdote pêchée dans la presse locale de Normandie : il existe dans  un quartier périphérique du Havre une école considérablement agrandie entre les deux guerres, en briques rouges, élevée sur les bases d’une ancienne. Elle fut en partie bombardée et reconstruite  comme le reste de la ville. Et voilà que récemment, au cours d’une rénovation,  dans ses murs les plus anciens, on a retrouvé des papiers qu’on croyait perdus,   laissés par M. Bouchor  lors d’une de ces fameuses visites!  De la fin du XIXe à la moitié du XXe il n’est guère d’écoliers de la communale  qui n’ait un jour ou l’autre appris une récitation, subi une dictée ou lu un conte signés Maurice Bouchor. Rien d’étonnant que je l’aie rencontré ici ou là dans les livres de lecture légués par ma mère institutrice durant quelques années

                Du côté des adultes, dans le cadre des universités populaires il  donne des conférences devant des ouvriers, il lit des extraits des classiques  qu’il adapte pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Son entreprise, singulière à l’époque, lui vaut éloge et considération.

       Dreyfusard,  membre actif de la ligue pour les droits de l’Homme, il s’engage  au premier rang dans la campagne en faveur de la réhabilitation de Jules Durand. De qui s’agit-il ? C’est un syndicaliste havrais  meneur de la grève illimitée contre la mécanisation intensive du déchargement des bateaux de charbon. Il a été arrêté en septembre 1910  et dans un procès TGV condamné à la guillotine dès novembre  pour avoir, selon l’accusation, incité à l’assassinat  d’un  chef d’équipe non-gréviste au cours d’une rixe -à laquelle  il ne participait d’ailleurs pas.  La campagne d’opinion dans laquelle Bouchor ne ménage pas sa peine réussit à faire commuer la condamnation à mort en sept ans de prison puis aboutit à la réhabilitation du syndicaliste  - qui n’en saura rien car son séjour en prison l’a rendu fou et il termine sa vie en hôpital psychiatrique.

        

       

 

 

lil Bouchorparoles hymn frç-002 Nouvelle rencontre avec ce nom sonore, en cinquième, au lycée d’Arras en cours de musique : monsieur Dufour, notre professeur aveugle nous fait apprendre des chants : les volontaires les meilleurs feront partie de la chorale  chargée de donner un petit récital en prélude à la distribution des prix. On est en 1955-56. Au programme un poème du susdit dont je me souviens encore, plus de soixante ans après : « Peuples des cités lointaines qui rayonnent chaque soir Sentez-vous vos âmes pleines d’un ardent et noble espoir… » L’air, entraînant, se grave  facilement dans la mémoire: le professeur a dû nous en dire l’auteur; je l’oublie jusqu’à ce que, un peu plus âgé,  je reconnaisse dans ce chant  l’Hymne à la joie de la IXe Symphonie de Beethoven. Eh oui ! Dans le cadre de son action militante, l’infatigable Maurice ne pouvait  passer à côté de pareille occasion de faire connaître, de faire chanter dans toutes les écoles de France  l’idéal de paix universelle proposé par Schiller et Beethoven : ce fut un « hymne à l’humanité future » aux multiples strophes, parmi lesquelles les deux qui me sont restées en mémoire.

   Fin de l’histoire ? Non. Voici un dernier rebondissement, tout récent. L’Ode à la joie (arrangée par Karajan , - Karajan deux fois inscrit au parti nazi, en Autriche puis en Allemagne , les voies du Seigneur sont vraiment insondables!) est devenu l’hymne européen on le sait. Et je m’aperçois,  à l’occasion de cette recherche-ci, que les paroles françaises retenues sont celles que j’ai apprises il y a soixante ans. Pour mieux les mettre en situation, une strophe introductive  a été ajoutée par un certain Jean Ruault (ou Robert Dulac) sur lequel le Web est muet. Un site peu regardant  attribue à ce dernier  (et à Schiller) la paternité de toutes les strophes: à la trappe Monsieur Maurice. Un autre site  s’embarrasse encore moins  de scrupule ou de précision: à Bouchor toutes les paroles mais la  musique revient à … un anonyme. On s’esbaudit évidemment grassement devant tant d'aplomb dans l'ignorance. Mais après tout, le comble paradoxal de la gloire pour un tel géant  ne serait-il pas de disparaître en tant qu’individu, de rentrer dans  la masse confuse du peuple auquel il a su donner lavoi.e/x d’espoir?  Aux anonymes l’Humanité reconnaissante.

                        Avec de tels états de service, Maurice Bouchor ne pouvait manquer d’être décoré de la Légion d’Honneur, au titre du ministère de l’Instruction Publique. Il fut fait chevalier le 31 décembre 1890, à 45 ans. Il est qualifié d’homme de lettres. Il n’a pas encore publié  ses adaptations pour les écoles des chants populaires qu’il a commencé à recenser avec le musicologue Tiersot.

 

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                Puisque je suis dans la base Léonor qui recense tous les décorés de la légion d’honneur, dans la famille BOUCHOR je demande Joseph Félix (15 septembre 1853-27 octobre 1937). C’est le frère aîné de Maurice. Artiste peintre déjà décoré, promu officier de la légion d’honneur en 1922 au titre du ministère de la guerre. Diable ! A-t-il comme d’autres peintres ( Léger ou Vlaminck, Delaunay,) œuvré au camouflage des camions et des premiers blindés ? Beaucoup plus original – et gratifiant : « services extraordinaires rendus par le candidat : En août 1914 ayant demandé malgré son grand âge [61 ans] à reprendre du service a été mobilisé et agréé comme peintre militaire. À ce titre a fait 100 portraits de généraux et tableaux militaires reproduits par le service de propagande à 1 million et pour l’armée américaine à 4 millions. A fait des expositions de propagande de ses œuvres de la guerre en Suisse, aux Etats-Unis, à Boston,à Chicago, à Minnéapolis et à New-York ». Pour se faire accepter, la gigantgesque machine à broyer les existences a besoin de montrer  que ses chefs sont des personnalités diverses tbien sûr mais toutes bien sûr  pétries comme ce général Joffre à la moustache si bienveillante et aux yeux rieurs. La troupe figurera quand même, anonymement,  dans des « tableaux militaires », des scènes de vie quotidienne presque apaisée dont bien évidemment toute horreur est bannie : au poste le plus avancé, abrités par les solides boisements de la tranchée, les poilus jouent aux dés, discutent; ils ont lavé leur linge qui séche, tout propre. Des pionniers américains en somme, n’était au loin le front que trahit –discrètement- une abondante fumée.  Art délibéré de la  propagande  qu’accentue la technique choisie par le peintre. Un Lucien Jonas, autre peintre–dessinateur embrigadé lui aussi dans  l’entreprise, mais souvent installé au plus près des combattants a opté pour le croquis, ou l’aquarelle qui nécessite si peu de matériel.  Bouchor a choisi, même sur  le terrain, une technique lente et encombrante (la peinture à l’huile sur chevalet) peu compatible avec l’instantanéité, la précarité et l’inconfort de la vie sur le front et dans les tranchées. Mission de propagande parfaitement accomplie cependant: la lenteur de la technique introduit une distance et un recul par rapport à l’événement ainsi rendu plus acceptable.« Bourrage de crâne », décervelage. Il n’en est pas le seul acteur certes  mais son attitude contraste avec la démarche d’un frère qui, lui, a entrepris  au contraire d’ouvrir les esprits:  rendre accessible aux ouvriers  la culture savante  ou tranmettre aux  enfants avant qu’elle ne s’évanouisse la culture populaire de leurs ancêtres.

          

 

 Merci le Web: je viens de tomber sur l’affiche d’ une exposition actuellement visible à Noyon.  L’autoportrait utilisé   est un régal tant la situation est incongrüe.  Palette et pinceaux à la main, le peintre bedonnant un peu boudiné dans sa vareuse bleu horizon fait son devoir de soldat: pour l’Histoire, il  œuvre  en grand uniforme sur « le terrain », bien droit sur son tabouret. À l’arrière-plan,  le « terrain » donc. Une scène militaire qui respire l’ordre et le calme: tentes et faisceaux parfaitement alignés; le cavalier prend la pose  sur son cheval. Rien ici de L’Enfer décrit par Barbusse ou des Croix de bois de Dorgelès. Parfaitement insoucieux de réalisme, Bouchor Joseph-Félix assume son rôle de peintre officiel en  arborrant  la médaille de la légion d’honneur pendue à son large  ruban rouge. En fait il n’est pas encore officier  mais déjà chevalier- dans le cadre je suppose du ministère de l’instruction publique et des beaux-Arts mais le dossier est vide- à titre civil donc mais  subrepticement, l’environnement guerrier suggère qu’il fut décoré à titre militaire. Soldat d’opérette. Comme s’il  désirait conserver un souvenir d’une de ces périodes de manœuvres que les civils devaient effectuer dans un camp militaire, Joseph-Félix semble poser devant une toile peinte dont se servaient alors les photographes. Un comble pour un peintre que cet hommage involontaire rendu à un « art » rival qui va triompher et tuer le genre du portrait peint et de la peinture d’Histoire.

 

 

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Finalement tout se résumerait bien à une histoire de barbe et de moustaches. Le seul point commun entre nos deux frères, ne serait-ce pas ce goût pour une barbe impressionnante  adornée chez le peintre tiré à quatre épingles d’une menaçante moustache en croc, surmontée chez le poète pédagogue d’une énorme moustache livrée à elle_même ?

 

 

 

 

 

_________________     P O U R L E S CURIEUX    ____________            

 

 

 

                               -école  Maurice Bouchor du Havre        

 https://aucoindelavenue.wordpress.com/ecole-maurice-bouchor/

   Un blog sympathique sur cette école où furent retrouvés des documents appartenant à M. Bouchor

 

https://www.qwant.com/?q=%C3%A9cole%20maurice%20bouchor%20le%20havre&t=all&o=0:cfc37615250846d83d301132bdb311b6

https://actu.fr/societe/au-havre-lecole-maurice-bouchor-est-toute-de-rouge-vetue_546779.html

-        Œuvres

http://charles-bordes.over-blog.com/article-maurice-bouchor-82044796.html

http://livrenblog.blogspot.com/2010/10/maurice-bouchor-et-son-theatre-de.html

http://tybalt.pagesperso-orange.fr/LesGendelettres/biographies/Bouchor.htm

https://fr.wikisource.org/wiki/Auteur:Maurice_Bouchor

liste des œuvres de M. Bouchor. C’est ce site pourtant sérieux qui attribue à un anonyme la musique de l’hymne à l’humanité future

https://fr.wikisource.org/wiki/Anthologie_des_po%C3%A8tes_fran%C3%A7ais_du_XIX%C3%A8me_si%C3%A8cle/Maurice_Bouchor

Anthologie des poètes du XIXe siècle vol IV  Alphonse Lemerre 1888

https://fr.wikisource.org/wiki/Anthologie_des_po%C3%A8tes_fran%C3%A7ais_contemporains/Tome_premier

chez Delagrave  1906. Bouchor p. 517

-       - Affaire Jules DURAND

 

https://www.julesdurand.fr/livres-articles-de-revue-et-autres-ecrits/les-%C3%A9crivains-contemporains-de-durand/maurice-bouchor-1855-1929/

https://www.google.com/search?q=jules+Durand&rls=com.microsoft:fr-FR&rlz=&gws_rd=ssl

https://www.julesdurand.fr/les-amis-de-jules-durand/

le combat de M. Bouchor pour  libérer Jules Durand

-        L’Hymne Européen

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hymne_europ%C3%A9en Histoire de l’hymne européen et des versions nationales

http://www.cjafa.fr/spip.php?article36

différentes versions françaises

 

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La Saint Louis

 

25 août

                     

aou fructidor

  . Avé l’assent ou sans ? SANS préconisait la commission de réforme de 1990 : aout. Tout nu? Personne bien sûr ne se conforme à la suppression de cet ornemental accent circonflexe qui donne quelque allure à un mot  autrement quasi invisible au sein de  cette suite baroque des mois de l’année. Encore qu’il se singularise, avant le pesant escadron  des derniers mois, par sa brièveté et par une prononciation assez flottante, complétement déconnectée de sa graphie. Tout plutôt que d’être confondu avec des homonymes insipides, ces ou/où, simples outils grammaticaux peu propices aux fantaisies.  

  Août se termine donc. Messidor n’est plus à l’ordre du jour.Les moissons sont rentrées depuis belle lurette, de nos jours.  En ce 25 août, Fructidor règne, et c’en est le 8ème jour.

  Sous le signe de la Vierge, notre pulpeuse Pomone du Directoire récolte les fruits de son travail

aou lunéville fructidor plat

(hypothétique) dans une  élégante corne d’abondance. L’Art déco dans sa version populaire s’est emparé du nom pour répandre  les formes rebondies et aimables des fruits sur maints services de faïence.

Ce 8 fructidor, c’est aussi  et d’abord  la Saint Louis,  ce qui explique mon arrêt sur image : c’est la fête de mon père, Louis DEAUCOURT. Il aurait eu 101 ans  - car c’est en même temps son anniversaire, puisque dans cette famille on avait trouvé commode de mettre les enfants sous le patronage du saint du jour : André naît à la St André, un 11 novembre, Geneviève venue au monde un 1er janvier hérite de sa patronne fêtée le trois. Louis aura les yeux bleus (virant au gris) et les cheveux blonds des DRUGY et des DEAUCOURT, la

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profonde entaille au menton de son père et de sa grand-mère paternelle Laure RICHE. Et comment se nomme la maman du petit Louis, Marie,  Léonard ici pris en photo à six mois ? Blanche évidemment.  Comme Blanche de Castille la mère de Louis IX, la

st Louis N

 

Blanche et Louis dans ses bras

régente du royaume -  le caractère en moins car j’ai l’impression que ma grand-mère paternelle était complétement sous l’emprise du père de son enfant. Aucun faste royal bien sûr  pour cette naissance, rien de paisible non plus, à mon avis. D'abord pour la famille où  la naissance a lieu : après le décès précoce de Léonard, le père,  en 1916, mère et fille ont dû tant bien que mal survivre en pleine guerre et conduire la ferme. Même si l’enfant est, je pense, accueilli avec amour, sa venue est une tache sur  l’honneur des DRUGY –FROMENT : Blanche, malgré ses trente ans  est célibataire et  le mariage n’aura lieu avec le tout jeune père de dix-neuf ans que trois mois plus tard, à l’occasion d’une permission. C'est que, depuis avril, il est mobilisé dans l’artillerie du côté de la Champagne et ne sera renvoyé dans ses foyers que le 21 mars 1921.

      En même temps, les circonstances extraordinaires qui depuis quatre ans mettent en ébullition  ce village resté miraculeusement épargné par les destructions font passer au second plan l’éventuel scandale familial

 

petit journal supp dimanche une

aout 1918 attaque des canadiens à l'est d'arras

En effet,  ce 25 août 1918,  l’interminable guerre qui  n’en finit pas est en train de prendre un tournant décisif depuis  l’arrivée des volontaires américains. Foch ce jour-là justement reçoit son bâton de Maréchal, ce qui lui doit d'occuper la  Une du Petit Journal. Il coordonne avec tous les alliés et surtout les britanniques une grande offensive déployée sur plusieurs sites. Canadiens et Australiens servent de chair à canon pour la seconde bataille d’Arras et celle d’Amiens. Le petit village de Bavincourt, où Louis voit le jour,  se situe d'un cheveu à  l’arrière des combats mais  plonge dans  l’agitation générale : la guerre fait rage  tout autour : Tincques, Dainville, Arras, Neuville-St Vaast,  mentionnés dans son journal par l’artilleur canadien Bottomley sont à une vingtaine de kilomètres au Nord et les champs de  bataille de la Somme, au Sud, à une trentaine. Le mouvement incessant des équipages, des camions et des affûts de canons met le village en sens dessus-dessous.

       La circulation est très intense dans le pays, aussi en récréation les conversations ont pour objet les scènes vues en cours de route. Aujourd'hui ce sont de petits canons, des convois d'artillerie ; un autre jour, ce sont d'énormes tracteurs conduisant les pièces de marine. Une autre fois, ce sont les convois de blessés, les voitures d'ambulance. […] il y a tant à voir dans le pays: baraquements où logent les troupes d'infanterie, dépôts de munitions, réparations de canons, service de ravitaillement, fabrique de grenades, scierie mécanique... etc., toutes les prairies sont occupées. Septembre 1915 - Le village est occupé par un parc d'artillerie. Tous les jours, des convois vont ravitailler en munitions les canons qui sont en batterie […] Février 1916. Maintenant le canon gronde avec force. Les Anglais ont amené une artillerie formidable. Ils bombardent les villages occupés par les Allemands, mais ceux-ci sont tellement fortifiés qu'il est bien difficile de les en

journée du p de C aout 1918 gravure

déloger. Ce témoignage de la jeune institutrice d’alors, Marthe VAILLANT, sur les premières années du conflit à Bavincourt vaut toujours en cet été 1918 : l’artillerie  est partout à l’offensive ; le grondement continue des canons déchire les airs, abîme les tympans, effraie les nouveau-nés. En ce dimanche 25 août, on participe comme on peut à la journée du Pas-de-Calais organisée par le préfet pour récolter des fonds destinés aux personnes déplacées  billets de tombola, loteries, vente de cartes dessinées par Arthur MAYEUR.   Quant à couper le blé qu’on a pu semer sur les rares terres laissées libres par les cantonnements, à le rentrer dans ces conditions, qui pouvait y penser ?

       Pendant ce temps...

      à quelques (milliers de) kilomètres de là près de Boston naît le jumeau de Louis, Marie, Léonard DEAUCOURT: un américain fils d’ immigrés juifs d’Ukraine, qui tiennent un prospère salon de coiffure:  BERNSTEIN Léonard de son prénom le plus  connu, mais qui selon Wikipédia s’appelait à l’  origine … Louis !  Les

west side story pochette disc

similitudes s’arrêtent là car  si maman adorait reprendre les airs à la mode, Papa n’avait pas l’oreille musicale ;

 

il affirmait chanter faux et  ne connaître que le Vol du bourdon  et l’air Nuit profonde de Rameau. Sans qu’il en ait jamais rien dit, j’ai dû probablement lui casser les oreilles à repasser cent fois  West Side Story sur mon Pathé-Marconi -un grand frère de l’illustre Teppaz des sixties. La fameuse pochette rouge était bien fatiguée, écornée, déchirée à force d’en sortir et d’y remettre le vinyle ! Qu’on passe en boucle  In America  dans les EHPAD ! N’importe quel.le impotent.e en oublie ses infirmités  et se prend un court instant pour Georges Chakiris,  le vibrionnant danseur vedette !

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sean connery le nom de la rose

Et voici une devinette à la manque comme on s’en posait dans les cours de récré autrefois : quelle différence y-a-t-il entre Le Nom de la Rose  et Le Radeau de la Méduse ? Aucune : le Guillaume de Baskerville du  film, Sean Connery, est né un 25 août (1930), et le tableau a été présenté au public le 25 août 1819, pile il y a deux cents ans.

 Que faire maintenant de ma petite trouvaille généalogique, cet Abraham Louis

Ménétrier né le 25 août 1716 ?  Ce n’est pas un parent. J’ai fait sa rencontre en fouinant du côté des Chantavoine, alliés  à des miens

ménétrier 1716 N abraham louis détail

cousins. Ces  Ménétrier  ont prospéré dans les tanneries à Mussy l’Évêque (devenu platement Mussy-sur-Seine) en Champagne près de Chaource durant plusieurs siècles.  En ce début du XVIIIè siècle, les Jacques, Claude, François Ménétrier remplissent les pages des registres de Mussy, tous cousins, maîtres ou marchands tanneurs, mégissiers, chamoiseurs.

 

Aucun Ménétrier n’est vigneron alors que la culture de la vigne assure les revenus d’une grande partie du bourg. Personne dans le village ne se prénomme Abraham ou Louis, sauf un cousin à lui né un peu plus tard en 1720 et décédé aussitôt. Mon natif du 25 août, j’ai eu beau chercher, je ne trouve de lui aucune autre trace que sa naissance. Les généanautes  amateurs  restent tout aussi bredouilles. Qu’il se prénomme Louis, un 25 août, pourquoi pas ? Mais Abraham ? Pas de (crypto-) protestants à l’horizon ni de juifs avérés en ce lieu, en ce temps. Cependant,  un Abraham Louis existe bel et bien, parrain représenté du deuxième : c’est un Docteur en Sorbonne, résidant à Paris rue St Eustache, prêtre probablement, parent du côté maternel - sur  lequel il serait intéressant de se pencher. J’ai mis la main sur lui trop tard pour aller plus avant aujourd’hui. Il ne perd rien pour attendre. N’est-ce pas ce qu’il fait depuis trois siècles ?

 

__________________ pour en savoir plus_________________

 

Louis Deaucourt, photo de classe 1926

 

Mlle Vaillant

Récit de Marthe Vaillant sur Bavincourt dans la  guerre. (Ma famille l'estimait beaucoup. C'est elle qui,  au début des années trente, avait incité  mes deux parents enfants de cultivateurs à  présenter le concours des Bourses et ainsi persuadé les familles de   les inscrire aux lycées d'Arras). 

 http://mairie.bavincourt.fr/wp-content/uploads/2014/07/guerre-14-18-r%C3%A9cit-de-Marthe-VAILLANT.pdf

 Journées du Pas-de-Calais de 1916 et 1918 :

http://www.archivespasdecalais.fr/Activites-culturelles/Chroniques-de-la-Grande-Guerre/Albums/Les-gravures-de-guerre-d-Arthur-Mayeur/La-Journee-du-Pas-de-Calais

Léonard Bernstein :

http://brahms.ircam.fr/leonard-bernstein

America :

https://www.youtube.com/watch?v=YhSKk-cvblc

 

MARIAGES de MESSIDOR

 

 

1, 2, 3, S o l e i l

a messsidor allégorie

 Calendrier républicain  illustré:  un néo-classique donne à  Messidor les traits d’une paysanne (plutôt une élégante du Directoire !) au sein  blanc et généreux, alanguie et rêveuse. Elle s’est assoupie  en cousant  un bleuet au revers d’un vêtement, sur fond de coquelicots bien rouges, de gerbes d’épis et de faucille. Sous son diadème d'épis de blé, Cérès somnole. Mièvrerie au carré du quatrain :

     Quel repos plein d’attraits goûte la moissonneuse/ Quand aux travaux du jour succède un doux sommeil. / Cérès par tes présents tu rends la vie heureuse/ Jamais on ne les voit s’évanouir au réveil.

     Retombons sur Terre : des moissons  dès Juillet , est-ce bien réaliste? En Artois, on parlait de « faire le mois d’Août » pour signifier le temps de la moisson. Qu’importe ! Messidor retentit des richesses  futures ; les vagues  des épis ondulent sur la plaine, Nous irons écouter  la chanson des blés d’or… La version de Jacques Lantier est adornée d'illustrations kitschissimes  du meilleur effet.

les blés d'or version Lantier

 

Par André Dassary (2’37), je préfère : c’est le plus sobre

https://www.youtube.com/watch?v=Cxdi0ibQARs

https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=la+chanson+des+blés+d'or+auteur

Voilà qui leur aurait plu à mes trois jeunes épousées  de Juillet  - si le phonographe avait existé, si la chanson ne datait pas de 1882. Au programme du jour donc , un tiercé gagnant  ( la chronologie parfaite est un pur effet du hasard, comme j’adore):

-          11 juillet (1705) Jeanne GARET à Wailly-lès-Arras épouse Robert THÉRY

-          12 juillet (1820) Joséphine Florentine CARON de Beaufort près d’Arras  s’unit à François Marie DAUCOURT

-          13 juillet (1831) la noce se passe  en Bretagne, à Plounévez-Quintin Côtes-du-Nord (comme on disait alors) : Marie-Thérèse LE PILLOUER se marie avec Jean Sébastien JÉGOUIC.

Ce ne sont pas des moissonneuses de romance ou de carte postale; elles ne se pavanent pas sous leur ombrelle pour garder leur teint de lait. Des vraies. La peau tannée dès leurs jeunes années par le vent,  le soleil et la pluie,  abritées sous un grand chapeau de paille ou un fichu bien serré, les reins déjà en compote  à se pencher sur la glèbe, éreintées de grossesses à répétition. À vingt-cinq ans, elles en paraissent déjà cinquante, comme dans ces photos en noir et blanc de la grande dépression américaine.

carte lieux

Jeanne GARET ouvre le bal – pas celui des débutantes car elle est veuve d’après son contrat de mariage de 1705 . C'est  la Veuve mystérieuse   car impossible de retrouver le nom du premier élu de son cœur, avec qui semble-t-il elle n’a pas eu le temps d’avoir d' enfants. Elle se (re)marie avec un veuf, sans enfant aussi .  Après ce « galop d’essai », à 27 ans pour lui 30 ans pour elle, ils recommencent une nouvelle vie.

       11 juillet 1705   Robert THERY relict de Marie LEFEBVRE demeurant à Wailly assisté de Augustin THERY son père, de Jean et Pierre THERY ses frères et de Pierre TAILLANDIER son cousin d'une part

- Jenne GARET Veuve, fille de feu Robert et de Cécile CARON demeurant au dit Wailly assistée de Sébastien et Jean GARET ses frères et de Marie GARET sa sœur d'autrepart

 

c c procession de jardiniers

garet Jeanne tableau

Robert THÉRY  est fils d’un maître charron du village. Dans une dizaine d’années,  l’ancêtre Antoine Jean-Michel DAUCOURT  natif de Bapaume viendra s’installer là maître cordonnier. L’activité essentielle de Wailly  est alors le maraîchage. Les « jardiniers » comme on les appelle travaillent  les riches alluvions d’un ruisseau, le Crinchon. Le village se dispute avec Achicourt, plus proche d’Arras, le soin d’approvisionner  en légumes la capitale de l’Artois, -une activité qui perdure jusque tard dans le  XXème siècle.   Le père de Jeanne est laboureur – avec toujours cette équivoque sur le sens à donner : ouvrier agricole ou propriétaire ?  Son frère Sébastien est simplement « garçon jardinier » lors de son décès  au mitan du siècle à … 80 ans. En dix  ans, quatre enfants, résultats d’un contrôle des naissances tranquillement assumé malgré les enseignements de l’Église. Pas d’élévation sociale en vue ni de projet d’aller voir ailleurs : les deux garçons et un gendre sont  manouvriers  ou « batteur en grange » au village – des ouvriers agricoles bons à tout faire. La dernière fille, Marie fait un pas vers cette distinction chère  à Bourdieu en épousant  un maître tailleur.

    Louis XIV meurt (pour finir), Louis XV meurt, Louis   XVI a le cou coupé, la Révolution meurt, l’Empire meurt  et sous peu l’Empereur- au loin, sur son îlot.  1820. Les revoilà,  les deux  Bourbon's  Brothers plus habiles à fuir que  leur naïf aîné. On  Restaure. Et on réprime après l’assassinat du duc de Berry.  Le Comte d’Artois n'est toujours pas Charles X, il s'en faut de quatre ans. Loin de cette agitation, en Artois,justement,  le 12 juillet, à Beaufort près du chef-lieu de

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canton Avesnes –Le-Comte (encore une allusion) et  d’Arras, l’ancien siège des États d’Artois, c’est la noce au village : Joséphine CARON 23 ans épouse un couvreur en paille de 24 ans François Marie DAUCOURT. Les toits de chaume abondent dans la région jusqu’à la fin du XIXe siècle et pas seulement sur les granges. La tuile reste longtemps un luxe et plus encore l’ardoise. Le métier de François  a dû jouer son rôle dans leur  rencontre: ses chantiers  l’amènent  souvent à s’éloigner de ses bases. Il opère d’ailleurs en famille, avec son père et son beau-frère Hippolyte DELVAL, qu’il prend pour témoin.  Ses parents à elle sont d’Avesnes et de Beaufort, des valets de meunier ou de charrue.  Son père Alexis CARON,  veuf de Clémentine- Florentine  LANDRY ne doit pas être mécontent  d’avoir casé leur cinquième fille. Lors de

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mes débuts  foutraques en généalogie,  la découverte de ce mariage m’avait permis de

 

remettre sur pied une recherche qui partait dans tous les sens. Satisfaction très égoïste ! Mais eux, les tourtereaux ? Le bonheur sentimental n’était généralement pas la priorité – ce qui n’empêchait pas les sentiments  mais ni Florentine ni son couvreur en paille n’ont eu l’idée de tenir un journal… Au fait savaient-ils écrire ? Lui signe  avec effort. Quant à elle, comme  la plupart des paysannes, elle est illettrée. Qu’importe ; ils fondent une famille – nombreuse comme celle où elle est née, selon un rythme assez courant : après les précipitations des débuts, un peu de sagesse vient s’installer et la surprise d’une naissance tardive : Angélina survient quand sa mère a quarante-quatre ans et sept grossesses derrière elle. L’aînée, Colombine court sur ses vingt ans. Elle court aussi le guilledou…C’est sa mère, illettrée - et non son père- qui vient déclarer la naissance de la petite Clarisse, fruit d’une longue liaison avec un ouvrier teinturier d’Amiens (ville alors renommée pour son velours) qui finira  par l’épouser sept ans plus tard en donnant son nom aux deux enfants  qu’ils ont eus. Il  y en avait eu un troisième, mort trop tôt pour recevoir cette légitimation tardive. Que faisait-elle donc à Amiens ?  Servante, comme une autre sœur. Une troisième est couturière à Wanquetin. Deux garçons sont ouvriers agricoles, un autre est « sans profession », (infirme peut-être ?) mais veuf à trente ans il se remarie avec  une quasi sexagénaire  - mariage d’amour (pourquoi  pas?) - ou d’intérêt bien compris des deux parties? Quant aux petits-enfants – ceux du moins que j’ai repérés-  ils se situent sur un large éventail, du mineur de fond chti  à «l’artiste lyrique » parisienne !

     Joséphine/ Florentine meurt avant d’atteindre la soixantaine, en 1852. Son François-Marie ne tarde pas à quitter le village et finit ses jours – j’ai eu du mal à le dénicher- à Wanquetin chez une de ses filles qui prend en outre une pensionnaire avec laquelle il paraît un temps entretenir une liaison (un recenseur se fiant probablement à leurs déclarations  les dénomment même mari et femme).

     

st nicolas du pelem carte

noces en bretagne leleux

Direction la Bretagne maintenant. 1831. Charles X à trop surjouer les rois a été contraint de passer la main à Louis-Philippe. On doute que la révolution de Juillet ait eu beaucoup d’écho au cœur d’une Bretagne profondément royaliste.  C’est la veille du 14 juillet 1831, presque un an après les trois Glorieuses que Marie-Thérèse LE PILLOUËR et

1812 M Pillouerx Courtois2 -12

le pillouer M-thérèse tableau

Jean-Sébastien JÉGOUIC  passent devant Monsieur le maire et Monsieur le curé. Les

bretagne noces 1912 bancs de terre

noces en  Bretagne, sujet favori des folkloristes et des séries de cartes postales de « la France pittoresque » : le balzavan (littéralement l’homme au bâton de genêt, c’est-à-dire l’entremetteur), le protocole subtile des cortèges, les tablées mémorables, les danses tard dans la nuit des coiffes et des gilets brodés, la soupe au lait qu’on sert bruyamment aux mariés. Ils ont connu tout cela. Ils sont jeunes, à peu près du même âge : ce n’était pas le cas de ses parents à elle issue du remariage d'un  Yves Pillouer de 50 ans avec une Marie-Anne COURTOIS de 24 ans. Elle a eu 14 frères et soeurs mais les cinq derniers nés  rendent l’âme à peine ont-ils ouverts les yeux. Vingt-six ans la séparent de sa soeur aînée. Du côté de Jean-Sébastien, mêmes familles nombreuses,  mêmes hécatombes . Des douze enfants qu’auront eu ses  grands-parents Sébastien et Louise, seuls deux  leur assureront une descendance.  Le jeune ménage n’échappe ni à la tradition ni à cette fatalité.  Quand Sébastien meurt prématurément à quarante-cinq ans, ils ont eu neuf  enfants en vingt ans. Les deux dernières années de leur vie commune sont marquées par la mort : le dernier-né de  février 1853 ne vit que quinze jours ; au premier trimestre de l’année suivante, un mal mystérieux frappe tour à tour Jean, 5 ans, Jean-Louis qui vit trois jours et le père mi-mars. À quarante-deux ans, Marie-Thérèse est veuve avec 6 enfants âgés de 21 à 8 ans. En comptant sur le travail des aînés, arrive-t-elle à s’en sortir ? Impossible de la repérer avant  1872 où je la retrouve dans son village Sainte-Tréphine, installée chez un de ses beaux-fils aubergiste, avec Marie-Anne, sa soeur aînée, restée vieille fille ( un classique) après avoir aidé sa belle-mère élever toute une marmaille. C’est là qu’elle meurt en 1879, à 66 ans.

               Bilan global plutôt amer pour ces noces de Messidor !

 


1er juin Auguste et ses cuisinières

C'est l'été météo nous disent les spécialistes. Et ça chauffe. Un grand souffle brûlant de chergui ou de siroco. Tant pis. Séraphine TARTAR, sors de l’ombre! Arrive en pleine lumière pour une fois. Tu le mériterais  déjà  par ton nom, un attelage abracadabrantesque,  un exemple parfait d'oxymore  -pour puiser dans   la quincaillerie  "relookée" de la vieille rhétorique.

séraphine fleurs

séraphine yolande

Ton prénom  promet jusque dans ses sonorités les suavités ineffables  de tous les anges du paradis, le raffinement des fleurs  nées sous le pinceau de Séraphine LOUIS dite Séraphine, la servante  visionnaire qu’incarne Yolande MOREAU. Ton nom ?  Une rareté, cantonnée entre Saint-Omer et Aire-sur-la-Lys, une énigme pour les spécialistes, éventuelle référence aux riches draperies importées de Tartarie  ou de Turquie, et finalement un sobriquet pour désigner sans doute  un prétentieux paré à toute occasion, comme nous dit  GODEFROY dans son Dictionnaire d’ancien français,  d’un chaperon fourré de tartaire vert,  d’une chapelle de tartare vermeil, d’un garde cors de tartaire jaune  mais le sombre éclat barbare de la syllabe redoublée  renvoie tout autant, surtout au voisinage du  gratin des messagers bibliques,   au Tartare de la mythologie grecque, ce  gouffre des Enfers  que redoutent  les Dieux eux-mêmes. Syncrétisme surprenant, bien européen au final, non? II faudrait la plume savante et contournée du petit Marcel  ou du  subtile Roland (pas Garros, l’autre)  pour tresser en guirlande élégante toutes ces suggestions contradictoires qu’éveille ton nom alors que, frêle silhouette, tu n’as fait que passer dans le paysage des DAUCOURT.

          Donc ce 1er juin 1836 dès 9 heures du matin tu te maries à Wailly (à 10kms d’Arras) 

carte claire

wailly album de croy

Encore un village dont il ne reste aucune trace ancienne sinon dans les miniatures de l'Album De Croÿ

tartare 1836 signat

garçon brasseur bruxelles 1841belgique-5dsr_03065

car il a été entièrement  ravagé par les bombardements de la première guerre mondiale. Tu épouses   Auguste DAUCOURT, fils, petit-fils, arrière-petit-fils   de cordonniers établis à Wailly depuis au moins 1720. L’ancêtre maître cordonnier,  Antoine Jean Michel DAUCOURT, venait de Bapaume, une petite ville de garnison proche, avant de s’établir par son remariage dans ce village de maraîchers, de « jardiniers » comme on les nomme officiellement. Tu sais signer. Auguste aussi - moins bien toutefois que l'ancêtre né en 1700. Pas plus que ses frères  il n’est cordonnier mais garçon brasseur puis cabaretier.Il tient un "estaminet", salle de réunion, de jeux autant que débit de boisson

                  Malgré les prémices de l’été,  je doute que  la noce ait été joyeuse : Auguste a perdu sa femme  Marie-Josèphe ACCART, une payse, six semaines avant ; il se remarie avec l'héroïne du jour, une quasi quarantenaire dont  le principal attrait, je crois, est d’être là au bon moment, quand on a besoin d’elle : elle est cuisinière de métier, elle saura tenir le cabaret et, l’important, peut-être , lui donner des enfants car  l’unique progéniture du premier mariage, Marie Josèphe Stéphanie, n’a vécu que onze mois .  Mission accomplie in extremis  pour Séraphine : elle atteint la quarantaine quand naît Charles - la prunelle de leurs yeux on imagine, qui malheureusement meurt à 19 ans.

       Six semaines entre l’inhumation d’ACCART et la noce avec TARTAR,  j’y reviens car ce délai de décence si  court a du mal à passer:  la première épouse était-elle malade depuis un certain temps? Façon Contes de Maupassant, l’entourage avait-il mis en place « un plan B », guettant  avec une impatience mal dissimulée une fin programmée, un remariage avec une fille solide et sans histoires ?  Il est clair qu’on n’a pas fait de manières pour remplacer  la défunte au plus vite. Un point intéressant : l’ « heureuse élue » n’appartient pas au village. Elle est cuisinière à Arras. Pas une simple servante. Chez qui ? Un particulier ? Un restaurant ? Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Elle est originaire de Saint-Venant, l’arrière-pays de Béthune, la plaine de la Gohelle, ce futur bassin minier où commence à se dresser quelques chevalements. Comment Auguste l’a-t-il connue? Le garçon brasseur, même après son premier mariage n’a pas toujours vécu à Wailly : peut-être à Arras,  vers les villages, du côté de Saint-Nicolas, Sainte-Catherine ou Duisans,   quand il travaillait dans une des nombreuses brasseries de la ville, à fabriquer la bière, à la livrer aussi. Autre curiosité : contrairement aux  traditions, le mariage n’a pas lieu dans sa paroisse de naissance, qu’elle a quittée vraisemblablement  il y a belle lurette, ni à Arras où elle est établie.

       Alors, heureuse, Séraphine ?  Je réponds pour elle : Oui car, comme tant de domestiques que leurs maîtres contraignent  - ou incitent - au célibat, au fond, elle trouve là l’occasion de « faire une fin ». Aller vivre à Wailly, quitter la ville ? Il n’est pas sûr que cela lui coûte : c’est une fille de la campagne, dont les parents étaient cultivateurs. Et puis, le cabaret, "l'estaminet" lui permet de ne pas rester confinée dans sa cour de ferme. Les jours de marché à Arras, avec les maraîcher(e)s  du village qui

arras marché aux légumes-004

arbre épouses

multiplient  en carrioles les allers-retours à la ville, et ceux qui viennent de Rivière, un peu plus en amont du Crinchon, Wailly n’est pas un village refermé sur lui-même.Il y a du "passage".

« Faire une fin » ? Expression à prendre au pied de la lettre car la chose arrive dare-dare: mariée à trente-huit ans, Séraphine disparaît de  la scène 3 ans après. Son  fils n’a que deux ans. Et le même scénario se reproduit, avec la même distribution , le même décor: deux mois  après l’église et le cimetière, Auguste repasse à la Mairie et à l’Église pour la troisième fois, en compagnie d’une cuisinière  encore, en place à Arras , toujours, et originaire elle aussi des environs de Béthune, Honorine VANNIUS. Nom étrange souvent mal reproduit par les scribouillards du recensement, orthographié  ailleurs comme Van Hiusse: origine flamande en vue. Elle a un âge canonique pour l'époque : 46 ans. Elle appartient probablement au même réseau de connaissances que s’est tissé Auguste dans ses tournées de brasserie à Arras  et dans la Gohelle : parmi les témoins figurent un charcutier d’Agnez-les-Duisans, un « homme de confiance » d’Arras originaire d’Ablain-Saint-Nazaire. Honorine tient donc le ménage, élève l’enfant unique tout en s’occupant du cabaret qui s'anime un peu le dimanche ou les jours de marché à Arras avec le va-et-vient de charrettes et de baudets  dès l’aurore. Mais l’affaire tourne tout doucement: Auguste redevient journalier. Honorine a fait venir Julie sa sœur plus âgée,  et infirme dit le recensement de 1866 .

      1866: dernière date répertoriée de ces existences minuscules en pleine débine désormais. Auguste est décédé  l’année précédente; avec lui s'évanouit toute trace  de créatures fugitives, ses deux épouses et sa petite de onze mois, Marie-Josèphe Stéphanie;     le visage de Charles  s'estompe dans les mémoires.  Les deux sœurs sont indigentes « secourues par la commune ».Julie meurt en 1867 à 84 ans. Aucune trace d’Honorine dans les villages dont elle est originaire ou à Arras.

Heureusement, nous bûmes bien frais. Un grin bock de Coq Hardi ou de Motte-Cordonnier. Une Pélican, brune ,peut-être?

 

Un rêve américain avorté

né un 16 juin

 

  Pour une fois, une dédicace:

à Jocelyn dont c'est aujourd'hui l'anniversaire

                   Le 15 aurait eu sa logique pour un blog qui flirte avec une parution bi-hebdomadaire. Ou encore le 18 mais l’ombre de

carte gale

l’illustre speaker de la BBC était vraiment encombrante. Ce fut le 16. Et voilà comment je suis tombé sur une mine de nouveautés en jetant mon dévolu sur Zéphyr Gustave DEAUCOURT.  Pourquoi lui ? Il n’y avait pas foule de candidats et  puis c’était  l’occasion de réparer ma négligence vis-à-vis de cette branche de cousins qui ont fait leur vie au Nord d’Arras alors que ma famille  s’est ancrée dans les campagnes du Sud, proches de la Somme. Ce sont aussi les premiers, dès le milieu du XIXe siècle,  à faire écrire leur nom avec un E. Les enfants de François-Marie DAUCOURT  ne se sont guère éloignés dans toute leur existence  de Beaufort le village natal mais  l’un d’entre eux,  Zéphyr,  va

DCT arbre

 

suivre ses deux garchons (prénommés Zéphyr tous les deux !)  à Bully-Grenay : ils  ont quitté les collines de l’Artois, ses paysages vallonnés de pâtures, de champs de blé et de betteraves pour fonder leur famille dans la plaine de la Gohelle, autour de Lens. S’ils sont nés à Noyelle-Vion, à côté de Beaufort,  quelques lieues auront suffi, une fois franchies la crête de Lorette et la côte de  Vimy,  pour les jeter dans un paysage et une société en pleine révolution : les paysans

bully gd rue

deviennent mineurs, houilleurs dit-on alors. Les gros villages traditionnels  groupés autour du clocher  changent de visage, de nom même parfois et deviennent des cités minières : ils se gonflent  de nouveaux quartiers en briques  tracés au cordeau, et dominés par les chevalements des puits. Les modes de vie sont bouleversés.

 

Des mots nouveaux surgissent : porions, galibots

min vert

 

galibots

min galerie

carreau de mine, fosses, corons, terrils. Pour les fils de Zéphyr Joseph, c’est une aubaine car il n’y avait pas d’autre perspective: dès 1861  ce ménage  de journaliers, qui avait perdu quatre enfants sur six , faisait partie des « indigents secourus par la charité ». Les compagnies  recrutent à tour de bras. Avant même leur service militaire, Zéphyr Gustave et Zéphyr-tout-court travaillent à la mine. Ils s’installent

courrières méricourt

à Bully - appelé plus tard Bully-Grenay puis  Bully-les-Mines et s’y marient. Des gueules noires.  La vie rythmée par les postes, les remontées et les descentes qui remplissent et vident les rues. L’entraide, l’estaminet. Les accidents. La silicose, les sirènes. La mort.

             Fin de l’histoire ? Non. J’ai eu la main heureuse : mon Zéphyr-Gustave  a un dossier militaire, plein d'intérêt (de façon inexplicable celui de son frère reste introuvable) . On connaît son physique : un châtain aux yeux roux ( dénomination bizarre pour des yeux) grand par rapport à la moyenne de l’époque : 1m72.

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Surtout, l’oiseau profite de l’aubaine pour voir d’autres horizons que le terril et les corons noircis: il a signé un engagement de cinq ans dans l’infanterie de marine, les fusiliers marins  qui sont à la manœuvre en Afrique et en Indochine. Il est gâté : c’est le

 

 

moment où Jules Ferry engage l’expédition du Tonkin. Le Chti est au cœur de l’action. D'abord ans le 1er Régiment d’infanterie de marine sur le Niger puis le Sénégal. Ensuite, avec le 4è RIM il embarque à Toulon pour  le Tonkin, la Cochinchine, Saigon de 1882 à décembre 1884. Revenir à Bully, descendre  à la mine, on imagine bien que ce ne fut pas de gaîté de cœur –et pourtant il aurait pu rempiler. Il ne l’a pas fait. Il s’est marié, a eu des enfants, a accompli régulièrement ses périodes dans l’infanterie de marine – bouffées d’oxygène dans tous les sens du terme. On sent pourtant  l’instabilité : peut-être en quête de meilleures postes, on le retrouve à Bruay en 1891, à Rouvroy en 99, à Méricourt en 1900. Une morale élastique aussi car il y a  ces 6 jours de prison pour vol en 1892.

                   Mais voici plus inattendu ; et là je crois que j’ai

DCT zéf Gust matricul extrait

 

 

touché le jack pot – en réalité je ne m’en suis-je aperçu que ces temps-ci : dans la liste des adresses successives, après  diverses localités attendues dans le bassin minier, voici en queue de peloton une mention 10 février 1905 Chicago,  barrée. Quand je l’avais notée, j’avais cru que  l’employé aux écritures avait ainsi proprement corrigé une erreur. En fait maintenant je ne crois plus à l'erreur: la mention a été barrée parce que mon Zéphir Gustave est définitivement libéré de ses obligations militaires. L’armée n’a plus à connaître son itinéraire. Dommage car la suite de l’existence de notre mineur du jour est bien floue. Dans l’immédiat pourtant, me voilà requinqué : j'ai du grain à moudre comme disait André ( Bergeron, secrétaire totémique de Force Ouvrière). En route pour une nouvelle aventure sur la Toile, à la recherche d’une éventuelle émigration au Nouveau monde. Un fait plutôt rare chez nous, terre d’immigration de belges, de polonais, plus tard d’italiens ou d’espagnols. Un cousin d’Amérique ?

        Autrefois, vouloir retrouver sa trace aurait relevé du défi aussi hasardeux que de traverser  l’Atlantique à la rame   mais nos infatigables fourmis de Salt Lake City ont  tout répertorié et mis en ligne – ou presque. Recherche lancée. Bingo: DAUCOURT, surtout sous la forme DEAUCOURT  est un patronyme rare  et voici qu’apparaît sur l’écran un type de document rare  et émouvant: la liste de ces gens qui ont affronté dix jours en mer, seul ou avec femme et enfants : leur passé,  leur destination et donc leurs espoirs tiennent

en colonnes serrées, rébarbatives et pourtant si précieuses car s’y conserve la seule trace d’existences minuscules. Puissance de l’informatique : armé de mes seuls petits neurones et de mes pauvres yeux de vieil humain, aurais-je eu  l’idée de l‘existence d’un tel document ? Et même alors, une  chance infime de tomber  sur LA page où figurerait Gustave DEAUCOURT.

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              Il est bien là, débarqué à Ellis Island,  le 20 octobre 1903, en compagnie d’autres mineurs candidats à une vie meilleure, des Italiens mais aussi des Français du Nord (Noyelles, Hénin-Liétard -devenu ce fameux Hénin-Beaumont-, Roubaix) et même de Pau. Il est venu sans sa famille, comme en éclaireur, mais pas tout seul : à ses côtés, une connaissance de Méricourt, Henry BERTIN – un nom qui ne m'était pas inconnu. En généalogie il faut tout garder, comme dans le bricolage

ça peut toujours servir. Tout noter donc, même les témoins ou les parents de personnages secondaires. Effectivement, c’était le futur  beau-père  de sa fille Robertine (dans quatorze ans ! -le généalogiste joue les  Madame Irma à rebours: il sait prédire l’avenir déjà connu).

 

Ce ne sont pas des têtes brûlées  mais des chargés de famille: Gustave a 45 ans ; avec ses 41 ans Henry a un peu le  même pedigree : il a tourné dans les mêmes puits de mines depuis 13 ans ; grâce au service militaire passé en Afrique,  il a aussi connu d’autres horizons que le carreau de la mine et les terrils; physiquement, il est nettement plus petit 1m62, avec des yeux roux (lui aussi! le scribe doit être un fétichiste) , des taches de rousseur mais une instruction très élémentaire. Par quel réseau de propagande et de recrutement ont-ils été influencés? Les deux donnent pour référent et point de chute aux États-Unis un certain Joseph HELLE à Georgetown. Le vieux limier flaire une piste bien chaude. Les moteurs de recherche ronronnent de bonheur comme Pépita (ma chartreuse de gouttière).  

         Au rapport. Georgetown est alors une bourgade minière créée autour de la gare d'où partent les wagons de charbon.Entre 1890 et 1900 sa population augmente de 50% tandis que Danville, le chef-lieu du Comté de Vermilion à 20 kms double carrèment son nombre d'habitants. Chicago est à 150 kms. Ici l'extraction se fait en grande partie à ciel ouvert. Est-ce cette particulrité, prometteuse de conditions de travail plus confortables qui a attiré nos mineurs du Nord?

georgetown station de trolley 1910

RYndam carte couleurs

               Le Rijndam sur lequel ont embarqué les deux compères  ne transporte pas que des candidats à l’émigration, comme l’atteste un menu déclinant ris de veau glacé Talleyrand, faisan de Bohême à l'Anglaise, pêches Melba. Racheté par les USA  il deviendra ensuite un valeureux transport de troupes américaines durant la première guerre mondiale. Propriété d’une compagnie néerlandaise basée à  Rotterdam, il  a l’avantage de faire escale à Boulogne-sur-Mer.

               Joseph Helle. Le référent de ces  immigrés n’a aucune expérience de la vie américaine : il vient juste d’arriver un mois avant : sur la même ligne il a pris le Rotterdam. Âgé de 34 ans,  il arrive avec sa jeune femme et leurs quatre enfants de 11, 6, 4 et 1 ans. Ils sont de Méricourt, tout comme  le belge Aimé Zoute qui vient seul à 58 ans, et les Louis Bertin père et fils, des parents  c’est sûr (mais par quels liens je l’ignore encore) de celui qui accompagne  Gustave DEAUCOURT sur le navire suivant. On reconstitue ainsi toute une filière : la tête de pont est un ami à Georgetown Jean BRAULT,  un breton d’origine. Passé par Méricourt il va faire souche

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aux États-Unis et devenir américain. Les deux Bertin vont retrouver à Flaglers Iowa un beau-frère et le vieux belge y rejoint sa fille.

              Flaglers. 200 habitants en 1914, quelques maisons autour de la gare du chemin de fer qui embarque le charbon pour Chicago. Une église méthodiste, une poste, le téléphone, une école avec 3 maîtres, un magasin général. Un vrai décor de western. Un village fantôme maintenant : 50 habitants en 1990.

           On passe au dénouement. La greffe n’a pas pris. Contrairement à Jean BRAULT, les HELLE, les BERTIN et Gustave DEAUCOURT ne s’installent pas dans l’Illinois. Joseph  HELLE meurt à Méricourt le 10 mars 1906, et Henri BERTIN aussi. Que s’est-il donc

 

courrières méricourt

 

 

produit ? La catastrophe de Courrières (elle a lieu en fait à Méricourt mais la fosse 3  sinistrée appartient à la Compagnie des mines de Courrières) . Officiellement 1029 morts. Un  traumatisme  social et moral.

           Et Zéphyr Gustave ? Je sais seulement qu’en 1905 il est encore à Chicago. On le retrouve en  1914 à Mazingarbe (dossier militaire de son fils) puis en 1919 à Paris dans le 10ème  5 rue du Dahomey. Il est infirmier. Je perds alors sa trace, et celle de sa femme.

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De Zéphir Gustave reste une photo rescapée comme on disait des 13 mineurs sortis vivants après avoir errés durant vingt jours dans l’obscurité des galeries -en employant un mot picard  entré à cette occasion dans le vocabulaire français

  Le rêve américain : un leurre pour les chtis ? Pas pour tous. J’ai cherché à savoir ce qu’étaient devenus les Louis Bertin arrivés  par le Rotterdam  un mois  avant Gustave. En France le jeune Louis est déclaré insoumis en 1914 . Grave accusation : il faut attendre 1945 pour qu’on déclare le délit prescrit. Que s’est-il passé ? Inconnu au bataillon en France, il est connu comme le loup blanc par les services fédéraux américains: il est régulièrement recensé à Des Moines Iowa. En 1940, il est électricien dans un garage, et plus tard pompier ; il est marié à une Mary, père d’un James Louis de 7 ans. En fait il avait été naturalisé dès 1917 ! Apparemment il n'avait pas eu envie de repartir en France comme engagé volontaire avec les autres américains. Peur de complications inextricables avec cette accusation de désertion? Il meurt à 79 ans le 10 décembre 1971 à Des Moines  où il aura passé plus de soixante ans. Ses parents  sont  restés aussi: au recensement de 1930 (ils ont passé la soixantaine ) le père ancien ouvrier agricole s’est fait mineur, un fils Marceau vit de "petits boulots".  Comme leur fils  aîné, ils demeurent à des Moines. Je ne sais où ni quand  ils sont morts. Aux States probablement.

Feuilleté du 13 mai

 

                     

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  Autrefois on fêtait ce jour-là Saint Servais, le dernier de la trilogie des saints de glace -après  Mamert et Pancrace. Servais fut évêque de Maëstricht  et gardien de la foi contre les hérésies au Concile de Nicée. Saisie de modernisme, l'Église les a depuis belle lurette  supprimés de son calendrier – qui selon notre drôle de laïcité, continue de nous régir. Malgré tout, la tradition ne veut pas mourir et rituellement chaque année, chacun cherche les noms – pourtant bien singuliers- de  ces trois fameux  saints fantômes. Saint Achille remplace je crois Mamert, Rolande a été substituée à Pancrace. De son côté, Servais,   malgré ses états de service dans la lutte pour la sauvegarde de la vraie foi, avait été détrôné dès le XIXe siècle par un Onésime voué à un discrédit abyssal : qui dans sa famille peut citer un grand-oncle, un cousin Onésime ? La naïveté (et l’ardeur) complotiste de certains internautes est sans limite:  on s’épuise sur la Toile   à mettre en doute la validité des  prévisions (prédictions plutôt) météorologiques patronnées par notre antique triade. De toute façon, cette année, c’était raté : le retour des gelées printanières a eu lieu il y a une bonne quinzaine  mais nos lurons glacés ont failli tenir leur promesse

    Le 13 mai : au lieu d’un coup de gel tardif ou d’un baroud d’honneur du général Hiver, j’ai plutôt à l’esprit (serais-je le seul ?) une

Alger 13 mai 58

alger 13 mai timbre surchargé

surchauffe fatale pour la Quatrième, avec ce putsch d’Alger le 13 mai 1958. Et quand clamait-on vaillamment : Chaud chaud chaud le printemps – puis l’été -sera chaud ? En mai 68.

Et moi et moi et moi ? J’ai bonne mine  avec  mon « stock » de  solides anonymes, de « petites gens », et même de gens de rien, de sans dents.  Inutile de  chercher  un événement du même niveau  survenu  un 13 mai ! Qu’importe ! On ne joue pas dans la même cour.

                      Mais j’ai quelques petites trouvailles: le 13 mai 1858,   cent ans pile avant le coup de force qui permettra l’arrivée  au pouvoir du « plus illustre des français » comme disait René Coty, Célina GRIGNY et Pierre Joseph DAUBIGNY s’épousent. Qui sont-ce ?  Un maréchal-ferrant de Lattre-Saint-Quentin et  la fille d’un cabaretier d’Avesnes-le-Comte. Comment rêver plus parfait  contraste -hugolien, hugolesque  même-  entre le « sauveur » de 1940 faisant son come-back pour sortir à nouveau la France de l’ornière et nos artésiens qui  se construisent leur foyer en toute discrétion et simplicité ? Leurs patronymes, sinon eux-mêmes, ont néanmoins quelque lustre.

       Alexandre GRIGNY (Arras 1815-1867) est un architecte diocésain autodidacte qui multiplia dans le goût gothic-revival églises, chapelles, couvents, hôtels particuliers dans tout le département du Pas-de-Calais et même au-delà, à Cambrai, Valenciennes et jusqu'à Genève. Mais en raison des malheurs qui la frappèrent,  j’ai une affection particulière pour la tour du couvent des Ursulines  qu’il réalisa à Arras. Sa hauteur et sa forme saugrenues tiennent à ce qu’elle fut élevée en souvenir de la sainte Chandelle érigée  avant la Révolution sur la petite Place.

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arras grigny ursulines

Ses réalisations largement saccagées par la sottise ou anéanties par les guerres suscitent bien tardivement un début d’intérêt.  Une souscription auprès de ses concitoyens avait permis d’honorer sa mémoire d’un buste placé dans la cour de l’ancien évêché :  il fut fondu par les allemands pendant la première guerre ; les édiles arrageois, comme en catimini ne trouvèrent pour maintenir son souvenir qu’une petite rue mal goudronnée qui se perdait quand j’étais gamin dans les jardins maraîchers près des fossés de la Citadelle.

 

       

Daubigny famille

DAUBIGNY est  un nom assez fréquent dans l’Arrageois,  en référence  au chef-lieu de canton Aubigny-en-Artois. Je doute que mon maréchal-ferrant ait quelque lien avec  Charles-François DAUBIGNY (1817-1878) le peintre ami de Corot et de Courbet, parisien de Paris né, selon son dossier pour l’obtention de la légion d’honneur, 34 rue du Temple quartier du marché Saint Jean fils  d’un peintre en bâtiment, petit-fils de vitrier (entendre après information non pas qu’il remplace les vitres cassées mais qu’il peint sur verre)

 Et  nos humbles ?

_Daubigny_-_Bateaux_sur_la_côte_à_Étaples_(1871)

garde champêtre j breton détail c

Un nid de Grigny existe dans l’arrière-pays d’Avesnes-le-Comte. Pour les Daubigny, j’en ai une collection implantée depuis longtemps dans la contrée mais s’agissant de Pierre -Joseph  la recherche tourne court : son père  Thomas Daubigny est un enfant trouvé des hospices de Paris né à Paris le 20 janvier 1775, selon le recensement de 1820. Belle précision mais vrai cul-de-sac.  Un point intéressant  malgré tout: c’est un de ces soldats de la Révolution et de l’Empire (dixit son acte de décès), un pensionné qu’on a recasé comme garde-champêtre bien qu’il soit illettré  - et plus ou moins infirme. On aura misé sur son sens de l’ordre et de la discipline et d’ailleurs il  finit par savoir signer. Comment ce parisien est-il venu s’établir au fond de l’Artois ? Comment a–t-il fait la connaissance de la jeune Praxède HODIEZ native de Noyellette ? Les hasards des cantonnements sans doute, les conséquences imprévues d’une amourette de passage peut-être : mariage express le 11 août 1810, 2 jours avant la naissance de Pierre André. La demoiselle n’a que  21 ans (mais elle signe) quand l’ex- militaire illettré en affiche déjà 36. Ils s’établissent à Lattre Saint-Quentin. Il meurt à la cinquantaine (des suites de ses blessures ?), non sans avoir fondé une nombreuse famille. Pierre Joseph notre marié du 13 mai est le sixième enfant. Six autres suivront Finalement,  cinq disparaissent prématurément. De l’aîné  Pierre André, en 1846, sa famille ignore où il est passé. Eliza se case très  vite auprès d’un charron de quinze ans son aîné ;   Ferdinand-François  fonde un foyer mais brouille passablement les pistes en reprenant le nom de son frère  disparu à 7 mois.  Paralysé, Louis Protais a juste le temps de se marier et de faire un enfant, Ludovic, avant de disparaître à 28 ans. C’est par ce Ludovic (un blond d’1,65m) et son dossier militaire que cherchant à compléter une branche homonyme, je suis tombé sur toute cette famille. Il avait tiré un bon numéro mais il paraît avoir voulu faire son service ; en 1870 il est mobilisé ; il semble s’être installé à Arras où je perds sa trace. Élisabeth, enfant posthume,  se marie et reste auprès de sa mère devenue aveugle. À ses côtés  aussi, Virginie qui élève deux enfants de père inconnu.

           Mon maréchal-ferrant du mois de mai et sa Célina ont l’air d’avoir sévèrement contrôlé leurs ébats, tirant probablement la leçon des inconséquences paternelles.  Un seul rejeton, Jean-Baptiste-Constant parfois prénommé Ferdinand. Que Célina, devenue très tôt veuve, va devoir élever seule : il n’a que 9 ans lorsque son père meurt, presque au même âge que son grand-père. Un châtain aux yeux bleus  dispensé de service car  soutien de famille d’une mère veuve  - et surprise tardive à 43 ans - d'une demi-soeur Aline née de père inconnu. Un bagarreur :  10 jours de prison pour outrage à agents et port d’arme prohibée. Il a quitté sa campagne pour devenir à Paris employé des Postes mais en 1891 le revoilà  à la maison à Avesnes –Le-Comte chez  maman. Retour peut-être bien lié à la disparition d'Aline décédée à 12 ans. Il est serrurier et en 1911  peintre en bâtiments, toujours avec sa mère marchande de bonbons. Je perds la trace du couple…

 Ce n’est pas la grande Histoire et ses fracas mais les drames muets  et les douleurs cachées des sans voix. Ainsi se fabrique le feuilleté du Temps.

 

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Grigny

FERDINAND

Ferdinand 7 novembre

 

cheval portrait

Fd magellan

 

fd Buisson

Prénom germanique très porté dans le passé par  les Habsbourg, divers  ducs d’Italie,  en faveur également dans l’aristocratie ibérique, en héritage d’un passé wisigoth. Il veut dire « porteur de paix », un bon programme pour un prince ! Le saint qu’on fête le 30 mai ou le 27 juin est issu de la famille royale d’Aragon et de Castille : Ferdinand III qui « libère l’Andalousie de l’occupation maure », ou dit  en plus  politiquement correct, acteur décisif de la Reconquista. Mort en 1242, il fonde l’université de Salamanque  et lance la construction de la cathédrale de Burgos.

                 Des Ferdinand  célèbres en dehors des sphères royales ?   Magellan par exemple, ou plus près de nous, et plus sociologiquement en rapport avec mes ancêtres le facteur Cheval (186-1924), et puis celui dont 116 écoles portent le nom : Ferdinand Buisson (1841-1932), le grand idéologue de l’école laïque, co-prix Nobel de la paix en 1927 avec un allemand , ou Ferdi Kübler (1919-2016), le vaillant rival de Bartali et de Fausto Copi. Le prénom est rare dans ma base de données : 53  hommes sur 11000 le portent soit 0,5%, essentiellement à partir du milieu du XIXème siècle et dans les premières années du XXème. Il atteint son étiage vers 1970 et reprend un peu du poil de la bête chez les  »bobos », à la façon d’Arthur ou de Jules. Le diminutif Fernand n’a pas encore  retrouvé la faveur du public. Les porteurs actuels ont en moyenne 63 ans.

            

          Curieusement,  sans avoir le succès des Jean, Guislain, Jean-Baptiste, François  ou Pierre, le prénom pousse une petite pointe

gd champ lisant

dans la famille de l’arrière-grand-mère Mélina. Du côté maternel,    Charles François I Cailleret valet de charrue et Alexandrine Mouche, après deux filles donnent au  premier garçon, futur garde-champêtre le nom du père mais pour le second, ce sera Ferdinand- Emmanuel (futur garde-champêtre aussi), probablement  en honneur de son parrain,  Ferdinand Emmanuel Monvoisin, couvreur en paille de son état qui assistera à son mariage. Jules Ferdinand leur petit-fils ne vivra que six mois. La fille de

Mélina

 

Charles-François Cailleret épouse un Ferdinand François  LEBAS -fils de Martial (voir l’épisode précédent «Énigme »). Ce sont les

ferdi kübler           parents de l’arrière-grand-mère  Mélina (1887-1956) 

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1er Mai

 

                               

muguetcart post

1 mai 56 pelouse reuill

Le premier mai, j’entends la fête du Travail, voilà un superbe marronnier comme on dit dans le journalisme. Comment l’éviter ? Et pourquoi d’ailleurs ? J’aime les marronniers : mon enfance s’est déroulée Cité des marronniers à Arras. Le marronnier est connu pour ses… marrons luisants.

 

 

Mélina Lebas devant la porte1

Pourtant, avec le lilas, c’est le roi du printemps : il est  alors en plein triomphe avec ses jeunes palmettes vert tendre et ses hampes blanches ou rose. Personnellement pour ma part c’est un premier mai qu’est morte Grand-mère  Mélina  - mon arrière-grand-mère en fait.

Mélina Naiss D

À 89 ans;   après avoir été « extrêmisée »  une bonne douzaine de fois. « Trompe-la-Mort » ,  c’était son surnom.  Mais les miracles ont une fin. C’est donc le 1er mai 1956 qu’elle s’est éteinte à Bavincourt, chez sa fille,  à dix-huit kilomètres de chez nous à Achicourt, dans la banlieue d’Arras. L’instituteur Alphonse Delbecque avait  pris sa voiture  pour venir nous annoncer la nouvelle – car ni les grands-parents, ni  nous n’avions le téléphone. Je révisais ma composition d’histoire (j’étais en 3ème). Le lendemain, nous avons pris l’autobus pour aller à la ferme, chez les grands parents. À la porte de la maison, une croix en paille drapée de noir. Grand-mère Mélina reposait  sur son lit, dans ce qui avait été autrefois la salle à manger.  Les volets étaient fermés. Quelques petits cierges brûlaient. Les femmes  du village défilaient, faisaient  une prière, disaient  une dizaine ou un chapelet entier. Dans l’arrière-cuisine, grand-mère Lucienne servait du café ; on bavardait  à voix basse, évoquant des souvenirs ou déroulant les nouvelles du village.  Le maire Henri LEBAS a dit : « elle aura travaillé dur toute sa vie ».  Jeune bonne chez de riches censiers du village, on la nourrissait, dit la légende familiale,  des croûtes de pain que la marmaille de ses patrons lui laissait. D’une de ses tantes  (impossible de retrouver laquelle) en place à Yvetot chez un médecin  elle avait hérité une superbe armoire normande que son médecin tentait toujours de lui acheter. Pas question : l’armoire devait être transmise aux filles : maman, puis ma sœur, puis ma nièce. On l’a déménagée à Achicourt mais à cause de sa hauteur, pour la faire rentrer dans le vestibule  où elle est toujours,

normande sfronton sombre

il a fallu la décheviller entièrement et la remonter.

      

Mélina âgée en gros plan_0001-001

 

J’ai toujours connu grand-mère Mélina en aïeule, le visage ridé,  les lèvres rentrées, les mains violacées, amaigries. Forcément : j’avais cinq ans qu’elle en avait  déjà quatre-vingt,  toujours habillée à la mode du début du siècle en robe ou tablier longs, en noir depuis le décès de son mari Lucien en 1942 et auparavant de trois de ses enfants, Lucienne étant la seule rescapée après les morts précoces de l’aînée  prénommée Lucienne à un mois, puis de Sophie Flore  à 5 mois et de Marcel à 4 mois. Nous,  les arrière-petits enfants, nous n’étions pas toujours gentils avec elle; nous la taquinions. Elle se plaignait à sa fille : i m’ font endêver, vieux mot de picard et d’ancien français qui signifie « faire enrager ». Sa tâche principale était d’éplucher les légumes pour les énormes soupes  qui nourrissaient les grandes tablées de la ferme. À la saison des confitures, elle faisait ses cueillettes  confortablement assise sur un’ cayelle au milieu des groseilliers et des  framboisiers. Mission de confiance aussi : fabriquer un hachis de jaunes d’œufs durs et d’ortie pour « faire pousser leur rouge » aux dindons et les protéger de divers maux à cette période délicate de leur développement. Ça semblait bien appétissant, s’il n’y avait eu  ces  horribles orties qui apparemment ne rebutaient pas les dindonneaux! Nos écolos devraient essayer cette pâtée : pochées, les orties perdraient peut-être  leur pouvoir urticant !

        

Lucien Leclercq et Mélina couple en pied

 

Elle avait bien sûr été autre chose que l’ancêtre accablée d’ans et de douleurs que j’ai connue. Pendant la guerre quatorze, le village était situé à l’arrière: dans une pièce de sa fermette transformée en buvette, elle vendait du vin aux soldats. Sa  fille Lucienne jouait les Madelon:  c'est ainsi qu'elle  se trouva  son breton de mari.  Le grand-père Lucien veillait au grain – certainement à la vertu de sa fille, mais aussi à la qualité du vin : pas question de le mouiller et de faire fortune sur le dos du soldat. C’est ce qu’on rapporte dans la famille. Le quart de rouge c'est la boisson du garde rouge chanta bien plus tard notre Dutronc national. Ce fameux PINARD,fer de lance de nos troupes comme aurait dit M. Prudhomme. Transition toute trouvée pour évoquer un autre premier mai, bien lointain, du côté des ancêtres de Marcel POISSON, cet enfant de l'Assistance que ses parents nourriciers, Mélina et Lucien pleurèrent après sa mort près de Verdun en 1915.

 Entre ici Georges PINARD, [ici voix tonitruante et inspirée façon André Malraux au Panthéon] dans cette

égliz gde ver

église de Verrière-sur-Glenne devenue en 1904 La Grande Verrière. En ce 1er mai 1650 tu vas y épouser une demoiselle Lazaire (ou Lazarotte) POULET , fille de Lazare POULET l'Ancien. Je m'étonnais   de la vogue des Lazare  dans ce coin de Bourgogne, près d’Autun jusqu'à ce qu' une lectrice attentive me donne la clé: la cathédrale d'Autun  abrite les reliques de St Lazare.   Il est aisé en revanche de comprendre pourquoi les Pinard abondent  dans une contrée imprégnée de culture vigneronne. Lazarotte et Georges ont un enfant, laboureur comme ses ancêtres: Pierre PINARD qui épouse  of course une demoiselle … PAUCHARD. En 1711 leur fils Georges II se marie avec Françoise LAMOUR. Naîtra Jacques qui s’unit en 1744 à Vivande JEANNIN. On s’arrête là. Ils savaient s’amuser à La Grande Verrière sous l’Ancien Régime.

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