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MARIAGES de MESSIDOR

 

 

1, 2, 3, S o l e i l

a messsidor allégorie

 Calendrier républicain  illustré:  un néo-classique donne à  Messidor les traits d’une paysanne (plutôt une élégante du Directoire !) au sein  blanc et généreux, alanguie et rêveuse. Elle s’est assoupie  en cousant  un bleuet au revers d’un vêtement, sur fond de coquelicots bien rouges, de gerbes d’épis et de faucille. Sous son diadème d'épis de blé, Cérès somnole. Mièvrerie au carré du quatrain :

     Quel repos plein d’attraits goûte la moissonneuse/ Quand aux travaux du jour succède un doux sommeil. / Cérès par tes présents tu rends la vie heureuse/ Jamais on ne les voit s’évanouir au réveil.

     Retombons sur Terre : des moissons  dès Juillet , est-ce bien réaliste? En Artois, on parlait de « faire le mois d’Août » pour signifier le temps de la moisson. Qu’importe ! Messidor retentit des richesses  futures ; les vagues  des épis ondulent sur la plaine, Nous irons écouter  la chanson des blés d’or… La version de Jacques Lantier est adornée d'illustrations kitschissimes  du meilleur effet.

les blés d'or version Lantier

 

Par André Dassary (2’37), je préfère : c’est le plus sobre

https://www.youtube.com/watch?v=Cxdi0ibQARs

https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=la+chanson+des+blés+d'or+auteur

Voilà qui leur aurait plu à mes trois jeunes épousées  de Juillet  - si le phonographe avait existé, si la chanson ne datait pas de 1882. Au programme du jour donc , un tiercé gagnant  ( la chronologie parfaite est un pur effet du hasard, comme j’adore):

-          11 juillet (1705) Jeanne GARET à Wailly-lès-Arras épouse Robert THÉRY

-          12 juillet (1820) Joséphine Florentine CARON de Beaufort près d’Arras  s’unit à François Marie DAUCOURT

-          13 juillet (1831) la noce se passe  en Bretagne, à Plounévez-Quintin Côtes-du-Nord (comme on disait alors) : Marie-Thérèse LE PILLOUER se marie avec Jean Sébastien JÉGOUIC.

Ce ne sont pas des moissonneuses de romance ou de carte postale; elles ne se pavanent pas sous leur ombrelle pour garder leur teint de lait. Des vraies. La peau tannée dès leurs jeunes années par le vent,  le soleil et la pluie,  abritées sous un grand chapeau de paille ou un fichu bien serré, les reins déjà en compote  à se pencher sur la glèbe, éreintées de grossesses à répétition. À vingt-cinq ans, elles en paraissent déjà cinquante, comme dans ces photos en noir et blanc de la grande dépression américaine.

carte lieux

Jeanne GARET ouvre le bal – pas celui des débutantes car elle est veuve d’après son contrat de mariage de 1705 . C'est  la Veuve mystérieuse   car impossible de retrouver le nom du premier élu de son cœur, avec qui semble-t-il elle n’a pas eu le temps d’avoir d' enfants. Elle se (re)marie avec un veuf, sans enfant aussi .  Après ce « galop d’essai », à 27 ans pour lui 30 ans pour elle, ils recommencent une nouvelle vie.

       11 juillet 1705   Robert THERY relict de Marie LEFEBVRE demeurant à Wailly assisté de Augustin THERY son père, de Jean et Pierre THERY ses frères et de Pierre TAILLANDIER son cousin d'une part

- Jenne GARET Veuve, fille de feu Robert et de Cécile CARON demeurant au dit Wailly assistée de Sébastien et Jean GARET ses frères et de Marie GARET sa sœur d'autrepart

 

c c procession de jardiniers

garet Jeanne tableau

Robert THÉRY  est fils d’un maître charron du village. Dans une dizaine d’années,  l’ancêtre Antoine Jean-Michel DAUCOURT  natif de Bapaume viendra s’installer là maître cordonnier. L’activité essentielle de Wailly  est alors le maraîchage. Les « jardiniers » comme on les appelle travaillent  les riches alluvions d’un ruisseau, le Crinchon. Le village se dispute avec Achicourt, plus proche d’Arras, le soin d’approvisionner  en légumes la capitale de l’Artois, -une activité qui perdure jusque tard dans le  XXème siècle.   Le père de Jeanne est laboureur – avec toujours cette équivoque sur le sens à donner : ouvrier agricole ou propriétaire ?  Son frère Sébastien est simplement « garçon jardinier » lors de son décès  au mitan du siècle à … 80 ans. En dix  ans, quatre enfants, résultats d’un contrôle des naissances tranquillement assumé malgré les enseignements de l’Église. Pas d’élévation sociale en vue ni de projet d’aller voir ailleurs : les deux garçons et un gendre sont  manouvriers  ou « batteur en grange » au village – des ouvriers agricoles bons à tout faire. La dernière fille, Marie fait un pas vers cette distinction chère  à Bourdieu en épousant  un maître tailleur.

    Louis XIV meurt (pour finir), Louis XV meurt, Louis   XVI a le cou coupé, la Révolution meurt, l’Empire meurt  et sous peu l’Empereur- au loin, sur son îlot.  1820. Les revoilà,  les deux  Bourbon's  Brothers plus habiles à fuir que  leur naïf aîné. On  Restaure. Et on réprime après l’assassinat du duc de Berry.  Le Comte d’Artois n'est toujours pas Charles X, il s'en faut de quatre ans. Loin de cette agitation, en Artois,justement,  le 12 juillet, à Beaufort près du chef-lieu de

CARON enfants tableau

canton Avesnes –Le-Comte (encore une allusion) et  d’Arras, l’ancien siège des États d’Artois, c’est la noce au village : Joséphine CARON 23 ans épouse un couvreur en paille de 24 ans François Marie DAUCOURT. Les toits de chaume abondent dans la région jusqu’à la fin du XIXe siècle et pas seulement sur les granges. La tuile reste longtemps un luxe et plus encore l’ardoise. Le métier de François  a dû jouer son rôle dans leur  rencontre: ses chantiers  l’amènent  souvent à s’éloigner de ses bases. Il opère d’ailleurs en famille, avec son père et son beau-frère Hippolyte DELVAL, qu’il prend pour témoin.  Ses parents à elle sont d’Avesnes et de Beaufort, des valets de meunier ou de charrue.  Son père Alexis CARON,  veuf de Clémentine- Florentine  LANDRY ne doit pas être mécontent  d’avoir casé leur cinquième fille. Lors de

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mes débuts  foutraques en généalogie,  la découverte de ce mariage m’avait permis de

 

remettre sur pied une recherche qui partait dans tous les sens. Satisfaction très égoïste ! Mais eux, les tourtereaux ? Le bonheur sentimental n’était généralement pas la priorité – ce qui n’empêchait pas les sentiments  mais ni Florentine ni son couvreur en paille n’ont eu l’idée de tenir un journal… Au fait savaient-ils écrire ? Lui signe  avec effort. Quant à elle, comme  la plupart des paysannes, elle est illettrée. Qu’importe ; ils fondent une famille – nombreuse comme celle où elle est née, selon un rythme assez courant : après les précipitations des débuts, un peu de sagesse vient s’installer et la surprise d’une naissance tardive : Angélina survient quand sa mère a quarante-quatre ans et sept grossesses derrière elle. L’aînée, Colombine court sur ses vingt ans. Elle court aussi le guilledou…C’est sa mère, illettrée - et non son père- qui vient déclarer la naissance de la petite Clarisse, fruit d’une longue liaison avec un ouvrier teinturier d’Amiens (ville alors renommée pour son velours) qui finira  par l’épouser sept ans plus tard en donnant son nom aux deux enfants  qu’ils ont eus. Il  y en avait eu un troisième, mort trop tôt pour recevoir cette légitimation tardive. Que faisait-elle donc à Amiens ?  Servante, comme une autre sœur. Une troisième est couturière à Wanquetin. Deux garçons sont ouvriers agricoles, un autre est « sans profession », (infirme peut-être ?) mais veuf à trente ans il se remarie avec  une quasi sexagénaire  - mariage d’amour (pourquoi  pas?) - ou d’intérêt bien compris des deux parties? Quant aux petits-enfants – ceux du moins que j’ai repérés-  ils se situent sur un large éventail, du mineur de fond chti  à «l’artiste lyrique » parisienne !

     Joséphine/ Florentine meurt avant d’atteindre la soixantaine, en 1852. Son François-Marie ne tarde pas à quitter le village et finit ses jours – j’ai eu du mal à le dénicher- à Wanquetin chez une de ses filles qui prend en outre une pensionnaire avec laquelle il paraît un temps entretenir une liaison (un recenseur se fiant probablement à leurs déclarations  les dénomment même mari et femme).

     

st nicolas du pelem carte

noces en bretagne leleux

Direction la Bretagne maintenant. 1831. Charles X à trop surjouer les rois a été contraint de passer la main à Louis-Philippe. On doute que la révolution de Juillet ait eu beaucoup d’écho au cœur d’une Bretagne profondément royaliste.  C’est la veille du 14 juillet 1831, presque un an après les trois Glorieuses que Marie-Thérèse LE PILLOUËR et

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le pillouer M-thérèse tableau

Jean-Sébastien JÉGOUIC  passent devant Monsieur le maire et Monsieur le curé. Les

bretagne noces 1912 bancs de terre

noces en  Bretagne, sujet favori des folkloristes et des séries de cartes postales de « la France pittoresque » : le balzavan (littéralement l’homme au bâton de genêt, c’est-à-dire l’entremetteur), le protocole subtile des cortèges, les tablées mémorables, les danses tard dans la nuit des coiffes et des gilets brodés, la soupe au lait qu’on sert bruyamment aux mariés. Ils ont connu tout cela. Ils sont jeunes, à peu près du même âge : ce n’était pas le cas de ses parents à elle issue du remariage d'un  Yves Pillouer de 50 ans avec une Marie-Anne COURTOIS de 24 ans. Elle a eu 14 frères et soeurs mais les cinq derniers nés  rendent l’âme à peine ont-ils ouverts les yeux. Vingt-six ans la séparent de sa soeur aînée. Du côté de Jean-Sébastien, mêmes familles nombreuses,  mêmes hécatombes . Des douze enfants qu’auront eu ses  grands-parents Sébastien et Louise, seuls deux  leur assureront une descendance.  Le jeune ménage n’échappe ni à la tradition ni à cette fatalité.  Quand Sébastien meurt prématurément à quarante-cinq ans, ils ont eu neuf  enfants en vingt ans. Les deux dernières années de leur vie commune sont marquées par la mort : le dernier-né de  février 1853 ne vit que quinze jours ; au premier trimestre de l’année suivante, un mal mystérieux frappe tour à tour Jean, 5 ans, Jean-Louis qui vit trois jours et le père mi-mars. À quarante-deux ans, Marie-Thérèse est veuve avec 6 enfants âgés de 21 à 8 ans. En comptant sur le travail des aînés, arrive-t-elle à s’en sortir ? Impossible de la repérer avant  1872 où je la retrouve dans son village Sainte-Tréphine, installée chez un de ses beaux-fils aubergiste, avec Marie-Anne, sa soeur aînée, restée vieille fille ( un classique) après avoir aidé sa belle-mère élever toute une marmaille. C’est là qu’elle meurt en 1879, à 66 ans.

               Bilan global plutôt amer pour ces noces de Messidor !

 


1er juin Auguste et ses cuisinières

C'est l'été météo nous disent les spécialistes. Et ça chauffe. Un grand souffle brûlant de chergui ou de siroco. Tant pis. Séraphine TARTAR, sors de l’ombre! Arrive en pleine lumière pour une fois. Tu le mériterais  déjà  par ton nom, un attelage abracadabrantesque,  un exemple parfait d'oxymore  -pour puiser dans   la quincaillerie  "relookée" de la vieille rhétorique.

séraphine fleurs

séraphine yolande

Ton prénom  promet jusque dans ses sonorités les suavités ineffables  de tous les anges du paradis, le raffinement des fleurs  nées sous le pinceau de Séraphine LOUIS dite Séraphine, la servante  visionnaire qu’incarne Yolande MOREAU. Ton nom ?  Une rareté, cantonnée entre Saint-Omer et Aire-sur-la-Lys, une énigme pour les spécialistes, éventuelle référence aux riches draperies importées de Tartarie  ou de Turquie, et finalement un sobriquet pour désigner sans doute  un prétentieux paré à toute occasion, comme nous dit  GODEFROY dans son Dictionnaire d’ancien français,  d’un chaperon fourré de tartaire vert,  d’une chapelle de tartare vermeil, d’un garde cors de tartaire jaune  mais le sombre éclat barbare de la syllabe redoublée  renvoie tout autant, surtout au voisinage du  gratin des messagers bibliques,   au Tartare de la mythologie grecque, ce  gouffre des Enfers  que redoutent  les Dieux eux-mêmes. Syncrétisme surprenant, bien européen au final, non? II faudrait la plume savante et contournée du petit Marcel  ou du  subtile Roland (pas Garros, l’autre)  pour tresser en guirlande élégante toutes ces suggestions contradictoires qu’éveille ton nom alors que, frêle silhouette, tu n’as fait que passer dans le paysage des DAUCOURT.

          Donc ce 1er juin 1836 dès 9 heures du matin tu te maries à Wailly (à 10kms d’Arras) 

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Encore un village dont il ne reste aucune trace ancienne sinon dans les miniatures de l'Album De Croÿ

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car il a été entièrement  ravagé par les bombardements de la première guerre mondiale. Tu épouses   Auguste DAUCOURT, fils, petit-fils, arrière-petit-fils   de cordonniers établis à Wailly depuis au moins 1720. L’ancêtre maître cordonnier,  Antoine Jean Michel DAUCOURT, venait de Bapaume, une petite ville de garnison proche, avant de s’établir par son remariage dans ce village de maraîchers, de « jardiniers » comme on les nomme officiellement. Tu sais signer. Auguste aussi - moins bien toutefois que l'ancêtre né en 1700. Pas plus que ses frères  il n’est cordonnier mais garçon brasseur puis cabaretier.Il tient un "estaminet", salle de réunion, de jeux autant que débit de boisson

                  Malgré les prémices de l’été,  je doute que  la noce ait été joyeuse : Auguste a perdu sa femme  Marie-Josèphe ACCART, une payse, six semaines avant ; il se remarie avec l'héroïne du jour, une quasi quarantenaire dont  le principal attrait, je crois, est d’être là au bon moment, quand on a besoin d’elle : elle est cuisinière de métier, elle saura tenir le cabaret et, l’important, peut-être , lui donner des enfants car  l’unique progéniture du premier mariage, Marie Josèphe Stéphanie, n’a vécu que onze mois .  Mission accomplie in extremis  pour Séraphine : elle atteint la quarantaine quand naît Charles - la prunelle de leurs yeux on imagine, qui malheureusement meurt à 19 ans.

       Six semaines entre l’inhumation d’ACCART et la noce avec TARTAR,  j’y reviens car ce délai de décence si  court a du mal à passer:  la première épouse était-elle malade depuis un certain temps? Façon Contes de Maupassant, l’entourage avait-il mis en place « un plan B », guettant  avec une impatience mal dissimulée une fin programmée, un remariage avec une fille solide et sans histoires ?  Il est clair qu’on n’a pas fait de manières pour remplacer  la défunte au plus vite. Un point intéressant : l’ « heureuse élue » n’appartient pas au village. Elle est cuisinière à Arras. Pas une simple servante. Chez qui ? Un particulier ? Un restaurant ? Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Elle est originaire de Saint-Venant, l’arrière-pays de Béthune, la plaine de la Gohelle, ce futur bassin minier où commence à se dresser quelques chevalements. Comment Auguste l’a-t-il connue? Le garçon brasseur, même après son premier mariage n’a pas toujours vécu à Wailly : peut-être à Arras,  vers les villages, du côté de Saint-Nicolas, Sainte-Catherine ou Duisans,   quand il travaillait dans une des nombreuses brasseries de la ville, à fabriquer la bière, à la livrer aussi. Autre curiosité : contrairement aux  traditions, le mariage n’a pas lieu dans sa paroisse de naissance, qu’elle a quittée vraisemblablement  il y a belle lurette, ni à Arras où elle est établie.

       Alors, heureuse, Séraphine ?  Je réponds pour elle : Oui car, comme tant de domestiques que leurs maîtres contraignent  - ou incitent - au célibat, au fond, elle trouve là l’occasion de « faire une fin ». Aller vivre à Wailly, quitter la ville ? Il n’est pas sûr que cela lui coûte : c’est une fille de la campagne, dont les parents étaient cultivateurs. Et puis, le cabaret, "l'estaminet" lui permet de ne pas rester confinée dans sa cour de ferme. Les jours de marché à Arras, avec les maraîcher(e)s  du village qui

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arbre épouses

multiplient  en carrioles les allers-retours à la ville, et ceux qui viennent de Rivière, un peu plus en amont du Crinchon, Wailly n’est pas un village refermé sur lui-même.Il y a du "passage".

« Faire une fin » ? Expression à prendre au pied de la lettre car la chose arrive dare-dare: mariée à trente-huit ans, Séraphine disparaît de  la scène 3 ans après. Son  fils n’a que deux ans. Et le même scénario se reproduit, avec la même distribution , le même décor: deux mois  après l’église et le cimetière, Auguste repasse à la Mairie et à l’Église pour la troisième fois, en compagnie d’une cuisinière  encore, en place à Arras , toujours, et originaire elle aussi des environs de Béthune, Honorine VANNIUS. Nom étrange souvent mal reproduit par les scribouillards du recensement, orthographié  ailleurs comme Van Hiusse: origine flamande en vue. Elle a un âge canonique pour l'époque : 46 ans. Elle appartient probablement au même réseau de connaissances que s’est tissé Auguste dans ses tournées de brasserie à Arras  et dans la Gohelle : parmi les témoins figurent un charcutier d’Agnez-les-Duisans, un « homme de confiance » d’Arras originaire d’Ablain-Saint-Nazaire. Honorine tient donc le ménage, élève l’enfant unique tout en s’occupant du cabaret qui s'anime un peu le dimanche ou les jours de marché à Arras avec le va-et-vient de charrettes et de baudets  dès l’aurore. Mais l’affaire tourne tout doucement: Auguste redevient journalier. Honorine a fait venir Julie sa sœur plus âgée,  et infirme dit le recensement de 1866 .

      1866: dernière date répertoriée de ces existences minuscules en pleine débine désormais. Auguste est décédé  l’année précédente; avec lui s'évanouit toute trace  de créatures fugitives, ses deux épouses et sa petite de onze mois, Marie-Josèphe Stéphanie;     le visage de Charles  s'estompe dans les mémoires.  Les deux sœurs sont indigentes « secourues par la commune ».Julie meurt en 1867 à 84 ans. Aucune trace d’Honorine dans les villages dont elle est originaire ou à Arras.

Heureusement, nous bûmes bien frais. Un grin bock de Coq Hardi ou de Motte-Cordonnier. Une Pélican, brune ,peut-être?

 

Un rêve américain avorté

né un 16 juin

 

  Pour une fois, une dédicace:

à Jocelyn dont c'est aujourd'hui l'anniversaire

                   Le 15 aurait eu sa logique pour un blog qui flirte avec une parution bi-hebdomadaire. Ou encore le 18 mais l’ombre de

carte gale

l’illustre speaker de la BBC était vraiment encombrante. Ce fut le 16. Et voilà comment je suis tombé sur une mine de nouveautés en jetant mon dévolu sur Zéphyr Gustave DEAUCOURT.  Pourquoi lui ? Il n’y avait pas foule de candidats et  puis c’était  l’occasion de réparer ma négligence vis-à-vis de cette branche de cousins qui ont fait leur vie au Nord d’Arras alors que ma famille  s’est ancrée dans les campagnes du Sud, proches de la Somme. Ce sont aussi les premiers, dès le milieu du XIXe siècle,  à faire écrire leur nom avec un E. Les enfants de François-Marie DAUCOURT  ne se sont guère éloignés dans toute leur existence  de Beaufort le village natal mais  l’un d’entre eux,  Zéphyr,  va

DCT arbre

 

suivre ses deux garchons (prénommés Zéphyr tous les deux !)  à Bully-Grenay : ils  ont quitté les collines de l’Artois, ses paysages vallonnés de pâtures, de champs de blé et de betteraves pour fonder leur famille dans la plaine de la Gohelle, autour de Lens. S’ils sont nés à Noyelle-Vion, à côté de Beaufort,  quelques lieues auront suffi, une fois franchies la crête de Lorette et la côte de  Vimy,  pour les jeter dans un paysage et une société en pleine révolution : les paysans

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deviennent mineurs, houilleurs dit-on alors. Les gros villages traditionnels  groupés autour du clocher  changent de visage, de nom même parfois et deviennent des cités minières : ils se gonflent  de nouveaux quartiers en briques  tracés au cordeau, et dominés par les chevalements des puits. Les modes de vie sont bouleversés.

 

Des mots nouveaux surgissent : porions, galibots

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galibots

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carreau de mine, fosses, corons, terrils. Pour les fils de Zéphyr Joseph, c’est une aubaine car il n’y avait pas d’autre perspective: dès 1861  ce ménage  de journaliers, qui avait perdu quatre enfants sur six , faisait partie des « indigents secourus par la charité ». Les compagnies  recrutent à tour de bras. Avant même leur service militaire, Zéphyr Gustave et Zéphyr-tout-court travaillent à la mine. Ils s’installent

courrières méricourt

à Bully - appelé plus tard Bully-Grenay puis  Bully-les-Mines et s’y marient. Des gueules noires.  La vie rythmée par les postes, les remontées et les descentes qui remplissent et vident les rues. L’entraide, l’estaminet. Les accidents. La silicose, les sirènes. La mort.

             Fin de l’histoire ? Non. J’ai eu la main heureuse : mon Zéphyr-Gustave  a un dossier militaire, plein d'intérêt (de façon inexplicable celui de son frère reste introuvable) . On connaît son physique : un châtain aux yeux roux ( dénomination bizarre pour des yeux) grand par rapport à la moyenne de l’époque : 1m72.

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Surtout, l’oiseau profite de l’aubaine pour voir d’autres horizons que le terril et les corons noircis: il a signé un engagement de cinq ans dans l’infanterie de marine, les fusiliers marins  qui sont à la manœuvre en Afrique et en Indochine. Il est gâté : c’est le

 

 

moment où Jules Ferry engage l’expédition du Tonkin. Le Chti est au cœur de l’action. D'abord ans le 1er Régiment d’infanterie de marine sur le Niger puis le Sénégal. Ensuite, avec le 4è RIM il embarque à Toulon pour  le Tonkin, la Cochinchine, Saigon de 1882 à décembre 1884. Revenir à Bully, descendre  à la mine, on imagine bien que ce ne fut pas de gaîté de cœur –et pourtant il aurait pu rempiler. Il ne l’a pas fait. Il s’est marié, a eu des enfants, a accompli régulièrement ses périodes dans l’infanterie de marine – bouffées d’oxygène dans tous les sens du terme. On sent pourtant  l’instabilité : peut-être en quête de meilleures postes, on le retrouve à Bruay en 1891, à Rouvroy en 99, à Méricourt en 1900. Une morale élastique aussi car il y a  ces 6 jours de prison pour vol en 1892.

                   Mais voici plus inattendu ; et là je crois que j’ai

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touché le jack pot – en réalité je ne m’en suis-je aperçu que ces temps-ci : dans la liste des adresses successives, après  diverses localités attendues dans le bassin minier, voici en queue de peloton une mention 10 février 1905 Chicago,  barrée. Quand je l’avais notée, j’avais cru que  l’employé aux écritures avait ainsi proprement corrigé une erreur. En fait maintenant je ne crois plus à l'erreur: la mention a été barrée parce que mon Zéphir Gustave est définitivement libéré de ses obligations militaires. L’armée n’a plus à connaître son itinéraire. Dommage car la suite de l’existence de notre mineur du jour est bien floue. Dans l’immédiat pourtant, me voilà requinqué : j'ai du grain à moudre comme disait André ( Bergeron, secrétaire totémique de Force Ouvrière). En route pour une nouvelle aventure sur la Toile, à la recherche d’une éventuelle émigration au Nouveau monde. Un fait plutôt rare chez nous, terre d’immigration de belges, de polonais, plus tard d’italiens ou d’espagnols. Un cousin d’Amérique ?

        Autrefois, vouloir retrouver sa trace aurait relevé du défi aussi hasardeux que de traverser  l’Atlantique à la rame   mais nos infatigables fourmis de Salt Lake City ont  tout répertorié et mis en ligne – ou presque. Recherche lancée. Bingo: DAUCOURT, surtout sous la forme DEAUCOURT  est un patronyme rare  et voici qu’apparaît sur l’écran un type de document rare  et émouvant: la liste de ces gens qui ont affronté dix jours en mer, seul ou avec femme et enfants : leur passé,  leur destination et donc leurs espoirs tiennent

en colonnes serrées, rébarbatives et pourtant si précieuses car s’y conserve la seule trace d’existences minuscules. Puissance de l’informatique : armé de mes seuls petits neurones et de mes pauvres yeux de vieil humain, aurais-je eu  l’idée de l‘existence d’un tel document ? Et même alors, une  chance infime de tomber  sur LA page où figurerait Gustave DEAUCOURT.

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              Il est bien là, débarqué à Ellis Island,  le 20 octobre 1903, en compagnie d’autres mineurs candidats à une vie meilleure, des Italiens mais aussi des Français du Nord (Noyelles, Hénin-Liétard -devenu ce fameux Hénin-Beaumont-, Roubaix) et même de Pau. Il est venu sans sa famille, comme en éclaireur, mais pas tout seul : à ses côtés, une connaissance de Méricourt, Henry BERTIN – un nom qui ne m'était pas inconnu. En généalogie il faut tout garder, comme dans le bricolage

ça peut toujours servir. Tout noter donc, même les témoins ou les parents de personnages secondaires. Effectivement, c’était le futur  beau-père  de sa fille Robertine (dans quatorze ans ! -le généalogiste joue les  Madame Irma à rebours: il sait prédire l’avenir déjà connu).

 

Ce ne sont pas des têtes brûlées  mais des chargés de famille: Gustave a 45 ans ; avec ses 41 ans Henry a un peu le  même pedigree : il a tourné dans les mêmes puits de mines depuis 13 ans ; grâce au service militaire passé en Afrique,  il a aussi connu d’autres horizons que le carreau de la mine et les terrils; physiquement, il est nettement plus petit 1m62, avec des yeux roux (lui aussi! le scribe doit être un fétichiste) , des taches de rousseur mais une instruction très élémentaire. Par quel réseau de propagande et de recrutement ont-ils été influencés? Les deux donnent pour référent et point de chute aux États-Unis un certain Joseph HELLE à Georgetown. Le vieux limier flaire une piste bien chaude. Les moteurs de recherche ronronnent de bonheur comme Pépita (ma chartreuse de gouttière).  

         Au rapport. Georgetown est alors une bourgade minière créée autour de la gare d'où partent les wagons de charbon.Entre 1890 et 1900 sa population augmente de 50% tandis que Danville, le chef-lieu du Comté de Vermilion à 20 kms double carrèment son nombre d'habitants. Chicago est à 150 kms. Ici l'extraction se fait en grande partie à ciel ouvert. Est-ce cette particulrité, prometteuse de conditions de travail plus confortables qui a attiré nos mineurs du Nord?

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               Le Rijndam sur lequel ont embarqué les deux compères  ne transporte pas que des candidats à l’émigration, comme l’atteste un menu déclinant ris de veau glacé Talleyrand, faisan de Bohême à l'Anglaise, pêches Melba. Racheté par les USA  il deviendra ensuite un valeureux transport de troupes américaines durant la première guerre mondiale. Propriété d’une compagnie néerlandaise basée à  Rotterdam, il  a l’avantage de faire escale à Boulogne-sur-Mer.

               Joseph Helle. Le référent de ces  immigrés n’a aucune expérience de la vie américaine : il vient juste d’arriver un mois avant : sur la même ligne il a pris le Rotterdam. Âgé de 34 ans,  il arrive avec sa jeune femme et leurs quatre enfants de 11, 6, 4 et 1 ans. Ils sont de Méricourt, tout comme  le belge Aimé Zoute qui vient seul à 58 ans, et les Louis Bertin père et fils, des parents  c’est sûr (mais par quels liens je l’ignore encore) de celui qui accompagne  Gustave DEAUCOURT sur le navire suivant. On reconstitue ainsi toute une filière : la tête de pont est un ami à Georgetown Jean BRAULT,  un breton d’origine. Passé par Méricourt il va faire souche

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aux États-Unis et devenir américain. Les deux Bertin vont retrouver à Flaglers Iowa un beau-frère et le vieux belge y rejoint sa fille.

              Flaglers. 200 habitants en 1914, quelques maisons autour de la gare du chemin de fer qui embarque le charbon pour Chicago. Une église méthodiste, une poste, le téléphone, une école avec 3 maîtres, un magasin général. Un vrai décor de western. Un village fantôme maintenant : 50 habitants en 1990.

           On passe au dénouement. La greffe n’a pas pris. Contrairement à Jean BRAULT, les HELLE, les BERTIN et Gustave DEAUCOURT ne s’installent pas dans l’Illinois. Joseph  HELLE meurt à Méricourt le 10 mars 1906, et Henri BERTIN aussi. Que s’est-il donc

 

courrières méricourt

 

 

produit ? La catastrophe de Courrières (elle a lieu en fait à Méricourt mais la fosse 3  sinistrée appartient à la Compagnie des mines de Courrières) . Officiellement 1029 morts. Un  traumatisme  social et moral.

           Et Zéphyr Gustave ? Je sais seulement qu’en 1905 il est encore à Chicago. On le retrouve en  1914 à Mazingarbe (dossier militaire de son fils) puis en 1919 à Paris dans le 10ème  5 rue du Dahomey. Il est infirmier. Je perds alors sa trace, et celle de sa femme.

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De Zéphir Gustave reste une photo rescapée comme on disait des 13 mineurs sortis vivants après avoir errés durant vingt jours dans l’obscurité des galeries -en employant un mot picard  entré à cette occasion dans le vocabulaire français

  Le rêve américain : un leurre pour les chtis ? Pas pour tous. J’ai cherché à savoir ce qu’étaient devenus les Louis Bertin arrivés  par le Rotterdam  un mois  avant Gustave. En France le jeune Louis est déclaré insoumis en 1914 . Grave accusation : il faut attendre 1945 pour qu’on déclare le délit prescrit. Que s’est-il passé ? Inconnu au bataillon en France, il est connu comme le loup blanc par les services fédéraux américains: il est régulièrement recensé à Des Moines Iowa. En 1940, il est électricien dans un garage, et plus tard pompier ; il est marié à une Mary, père d’un James Louis de 7 ans. En fait il avait été naturalisé dès 1917 ! Apparemment il n'avait pas eu envie de repartir en France comme engagé volontaire avec les autres américains. Peur de complications inextricables avec cette accusation de désertion? Il meurt à 79 ans le 10 décembre 1971 à Des Moines  où il aura passé plus de soixante ans. Ses parents  sont  restés aussi: au recensement de 1930 (ils ont passé la soixantaine ) le père ancien ouvrier agricole s’est fait mineur, un fils Marceau vit de "petits boulots".  Comme leur fils  aîné, ils demeurent à des Moines. Je ne sais où ni quand  ils sont morts. Aux States probablement.

Feuilleté du 13 mai

 

                     

saints d Gl grandF

servais de tongres reliquaire

  Autrefois on fêtait ce jour-là Saint Servais, le dernier de la trilogie des saints de glace -après  Mamert et Pancrace. Servais fut évêque de Maëstricht  et gardien de la foi contre les hérésies au Concile de Nicée. Saisie de modernisme, l'Église les a depuis belle lurette  supprimés de son calendrier – qui selon notre drôle de laïcité, continue de nous régir. Malgré tout, la tradition ne veut pas mourir et rituellement chaque année, chacun cherche les noms – pourtant bien singuliers- de  ces trois fameux  saints fantômes. Saint Achille remplace je crois Mamert, Rolande a été substituée à Pancrace. De son côté, Servais,   malgré ses états de service dans la lutte pour la sauvegarde de la vraie foi, avait été détrôné dès le XIXe siècle par un Onésime voué à un discrédit abyssal : qui dans sa famille peut citer un grand-oncle, un cousin Onésime ? La naïveté (et l’ardeur) complotiste de certains internautes est sans limite:  on s’épuise sur la Toile   à mettre en doute la validité des  prévisions (prédictions plutôt) météorologiques patronnées par notre antique triade. De toute façon, cette année, c’était raté : le retour des gelées printanières a eu lieu il y a une bonne quinzaine  mais nos lurons glacés ont failli tenir leur promesse

    Le 13 mai : au lieu d’un coup de gel tardif ou d’un baroud d’honneur du général Hiver, j’ai plutôt à l’esprit (serais-je le seul ?) une

Alger 13 mai 58

alger 13 mai timbre surchargé

surchauffe fatale pour la Quatrième, avec ce putsch d’Alger le 13 mai 1958. Et quand clamait-on vaillamment : Chaud chaud chaud le printemps – puis l’été -sera chaud ? En mai 68.

Et moi et moi et moi ? J’ai bonne mine  avec  mon « stock » de  solides anonymes, de « petites gens », et même de gens de rien, de sans dents.  Inutile de  chercher  un événement du même niveau  survenu  un 13 mai ! Qu’importe ! On ne joue pas dans la même cour.

                      Mais j’ai quelques petites trouvailles: le 13 mai 1858,   cent ans pile avant le coup de force qui permettra l’arrivée  au pouvoir du « plus illustre des français » comme disait René Coty, Célina GRIGNY et Pierre Joseph DAUBIGNY s’épousent. Qui sont-ce ?  Un maréchal-ferrant de Lattre-Saint-Quentin et  la fille d’un cabaretier d’Avesnes-le-Comte. Comment rêver plus parfait  contraste -hugolien, hugolesque  même-  entre le « sauveur » de 1940 faisant son come-back pour sortir à nouveau la France de l’ornière et nos artésiens qui  se construisent leur foyer en toute discrétion et simplicité ? Leurs patronymes, sinon eux-mêmes, ont néanmoins quelque lustre.

       Alexandre GRIGNY (Arras 1815-1867) est un architecte diocésain autodidacte qui multiplia dans le goût gothic-revival églises, chapelles, couvents, hôtels particuliers dans tout le département du Pas-de-Calais et même au-delà, à Cambrai, Valenciennes et jusqu'à Genève. Mais en raison des malheurs qui la frappèrent,  j’ai une affection particulière pour la tour du couvent des Ursulines  qu’il réalisa à Arras. Sa hauteur et sa forme saugrenues tiennent à ce qu’elle fut élevée en souvenir de la sainte Chandelle érigée  avant la Révolution sur la petite Place.

arras alentours ouest état-major

arras grigny ursulines

Ses réalisations largement saccagées par la sottise ou anéanties par les guerres suscitent bien tardivement un début d’intérêt.  Une souscription auprès de ses concitoyens avait permis d’honorer sa mémoire d’un buste placé dans la cour de l’ancien évêché :  il fut fondu par les allemands pendant la première guerre ; les édiles arrageois, comme en catimini ne trouvèrent pour maintenir son souvenir qu’une petite rue mal goudronnée qui se perdait quand j’étais gamin dans les jardins maraîchers près des fossés de la Citadelle.

 

       

Daubigny famille

DAUBIGNY est  un nom assez fréquent dans l’Arrageois,  en référence  au chef-lieu de canton Aubigny-en-Artois. Je doute que mon maréchal-ferrant ait quelque lien avec  Charles-François DAUBIGNY (1817-1878) le peintre ami de Corot et de Courbet, parisien de Paris né, selon son dossier pour l’obtention de la légion d’honneur, 34 rue du Temple quartier du marché Saint Jean fils  d’un peintre en bâtiment, petit-fils de vitrier (entendre après information non pas qu’il remplace les vitres cassées mais qu’il peint sur verre)

 Et  nos humbles ?

_Daubigny_-_Bateaux_sur_la_côte_à_Étaples_(1871)

garde champêtre j breton détail c

Un nid de Grigny existe dans l’arrière-pays d’Avesnes-le-Comte. Pour les Daubigny, j’en ai une collection implantée depuis longtemps dans la contrée mais s’agissant de Pierre -Joseph  la recherche tourne court : son père  Thomas Daubigny est un enfant trouvé des hospices de Paris né à Paris le 20 janvier 1775, selon le recensement de 1820. Belle précision mais vrai cul-de-sac.  Un point intéressant  malgré tout: c’est un de ces soldats de la Révolution et de l’Empire (dixit son acte de décès), un pensionné qu’on a recasé comme garde-champêtre bien qu’il soit illettré  - et plus ou moins infirme. On aura misé sur son sens de l’ordre et de la discipline et d’ailleurs il  finit par savoir signer. Comment ce parisien est-il venu s’établir au fond de l’Artois ? Comment a–t-il fait la connaissance de la jeune Praxède HODIEZ native de Noyellette ? Les hasards des cantonnements sans doute, les conséquences imprévues d’une amourette de passage peut-être : mariage express le 11 août 1810, 2 jours avant la naissance de Pierre André. La demoiselle n’a que  21 ans (mais elle signe) quand l’ex- militaire illettré en affiche déjà 36. Ils s’établissent à Lattre Saint-Quentin. Il meurt à la cinquantaine (des suites de ses blessures ?), non sans avoir fondé une nombreuse famille. Pierre Joseph notre marié du 13 mai est le sixième enfant. Six autres suivront Finalement,  cinq disparaissent prématurément. De l’aîné  Pierre André, en 1846, sa famille ignore où il est passé. Eliza se case très  vite auprès d’un charron de quinze ans son aîné ;   Ferdinand-François  fonde un foyer mais brouille passablement les pistes en reprenant le nom de son frère  disparu à 7 mois.  Paralysé, Louis Protais a juste le temps de se marier et de faire un enfant, Ludovic, avant de disparaître à 28 ans. C’est par ce Ludovic (un blond d’1,65m) et son dossier militaire que cherchant à compléter une branche homonyme, je suis tombé sur toute cette famille. Il avait tiré un bon numéro mais il paraît avoir voulu faire son service ; en 1870 il est mobilisé ; il semble s’être installé à Arras où je perds sa trace. Élisabeth, enfant posthume,  se marie et reste auprès de sa mère devenue aveugle. À ses côtés  aussi, Virginie qui élève deux enfants de père inconnu.

           Mon maréchal-ferrant du mois de mai et sa Célina ont l’air d’avoir sévèrement contrôlé leurs ébats, tirant probablement la leçon des inconséquences paternelles.  Un seul rejeton, Jean-Baptiste-Constant parfois prénommé Ferdinand. Que Célina, devenue très tôt veuve, va devoir élever seule : il n’a que 9 ans lorsque son père meurt, presque au même âge que son grand-père. Un châtain aux yeux bleus  dispensé de service car  soutien de famille d’une mère veuve  - et surprise tardive à 43 ans - d'une demi-soeur Aline née de père inconnu. Un bagarreur :  10 jours de prison pour outrage à agents et port d’arme prohibée. Il a quitté sa campagne pour devenir à Paris employé des Postes mais en 1891 le revoilà  à la maison à Avesnes –Le-Comte chez  maman. Retour peut-être bien lié à la disparition d'Aline décédée à 12 ans. Il est serrurier et en 1911  peintre en bâtiments, toujours avec sa mère marchande de bonbons. Je perds la trace du couple…

 Ce n’est pas la grande Histoire et ses fracas mais les drames muets  et les douleurs cachées des sans voix. Ainsi se fabrique le feuilleté du Temps.

 

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Grigny

FERDINAND

Ferdinand 7 novembre

 

cheval portrait

Fd magellan

 

fd Buisson

Prénom germanique très porté dans le passé par  les Habsbourg, divers  ducs d’Italie,  en faveur également dans l’aristocratie ibérique, en héritage d’un passé wisigoth. Il veut dire « porteur de paix », un bon programme pour un prince ! Le saint qu’on fête le 30 mai ou le 27 juin est issu de la famille royale d’Aragon et de Castille : Ferdinand III qui « libère l’Andalousie de l’occupation maure », ou dit  en plus  politiquement correct, acteur décisif de la Reconquista. Mort en 1242, il fonde l’université de Salamanque  et lance la construction de la cathédrale de Burgos.

                 Des Ferdinand  célèbres en dehors des sphères royales ?   Magellan par exemple, ou plus près de nous, et plus sociologiquement en rapport avec mes ancêtres le facteur Cheval (186-1924), et puis celui dont 116 écoles portent le nom : Ferdinand Buisson (1841-1932), le grand idéologue de l’école laïque, co-prix Nobel de la paix en 1927 avec un allemand , ou Ferdi Kübler (1919-2016), le vaillant rival de Bartali et de Fausto Copi. Le prénom est rare dans ma base de données : 53  hommes sur 11000 le portent soit 0,5%, essentiellement à partir du milieu du XIXème siècle et dans les premières années du XXème. Il atteint son étiage vers 1970 et reprend un peu du poil de la bête chez les  »bobos », à la façon d’Arthur ou de Jules. Le diminutif Fernand n’a pas encore  retrouvé la faveur du public. Les porteurs actuels ont en moyenne 63 ans.

            

          Curieusement,  sans avoir le succès des Jean, Guislain, Jean-Baptiste, François  ou Pierre, le prénom pousse une petite pointe

gd champ lisant

dans la famille de l’arrière-grand-mère Mélina. Du côté maternel,    Charles François I Cailleret valet de charrue et Alexandrine Mouche, après deux filles donnent au  premier garçon, futur garde-champêtre le nom du père mais pour le second, ce sera Ferdinand- Emmanuel (futur garde-champêtre aussi), probablement  en honneur de son parrain,  Ferdinand Emmanuel Monvoisin, couvreur en paille de son état qui assistera à son mariage. Jules Ferdinand leur petit-fils ne vivra que six mois. La fille de

Mélina

 

Charles-François Cailleret épouse un Ferdinand François  LEBAS -fils de Martial (voir l’épisode précédent «Énigme »). Ce sont les

ferdi kübler           parents de l’arrière-grand-mère  Mélina (1887-1956) 

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1er Mai

 

                               

muguetcart post

1 mai 56 pelouse reuill

Le premier mai, j’entends la fête du Travail, voilà un superbe marronnier comme on dit dans le journalisme. Comment l’éviter ? Et pourquoi d’ailleurs ? J’aime les marronniers : mon enfance s’est déroulée Cité des marronniers à Arras. Le marronnier est connu pour ses… marrons luisants.

 

 

Mélina Lebas devant la porte1

Pourtant, avec le lilas, c’est le roi du printemps : il est  alors en plein triomphe avec ses jeunes palmettes vert tendre et ses hampes blanches ou rose. Personnellement pour ma part c’est un premier mai qu’est morte Grand-mère  Mélina  - mon arrière-grand-mère en fait.

Mélina Naiss D

À 89 ans;   après avoir été « extrêmisée »  une bonne douzaine de fois. « Trompe-la-Mort » ,  c’était son surnom.  Mais les miracles ont une fin. C’est donc le 1er mai 1956 qu’elle s’est éteinte à Bavincourt, chez sa fille,  à dix-huit kilomètres de chez nous à Achicourt, dans la banlieue d’Arras. L’instituteur Alphonse Delbecque avait  pris sa voiture  pour venir nous annoncer la nouvelle – car ni les grands-parents, ni  nous n’avions le téléphone. Je révisais ma composition d’histoire (j’étais en 3ème). Le lendemain, nous avons pris l’autobus pour aller à la ferme, chez les grands parents. À la porte de la maison, une croix en paille drapée de noir. Grand-mère Mélina reposait  sur son lit, dans ce qui avait été autrefois la salle à manger.  Les volets étaient fermés. Quelques petits cierges brûlaient. Les femmes  du village défilaient, faisaient  une prière, disaient  une dizaine ou un chapelet entier. Dans l’arrière-cuisine, grand-mère Lucienne servait du café ; on bavardait  à voix basse, évoquant des souvenirs ou déroulant les nouvelles du village.  Le maire Henri LEBAS a dit : « elle aura travaillé dur toute sa vie ».  Jeune bonne chez de riches censiers du village, on la nourrissait, dit la légende familiale,  des croûtes de pain que la marmaille de ses patrons lui laissait. D’une de ses tantes  (impossible de retrouver laquelle) en place à Yvetot chez un médecin  elle avait hérité une superbe armoire normande que son médecin tentait toujours de lui acheter. Pas question : l’armoire devait être transmise aux filles : maman, puis ma sœur, puis ma nièce. On l’a déménagée à Achicourt mais à cause de sa hauteur, pour la faire rentrer dans le vestibule  où elle est toujours,

normande sfronton sombre

il a fallu la décheviller entièrement et la remonter.

      

Mélina âgée en gros plan_0001-001

 

J’ai toujours connu grand-mère Mélina en aïeule, le visage ridé,  les lèvres rentrées, les mains violacées, amaigries. Forcément : j’avais cinq ans qu’elle en avait  déjà quatre-vingt,  toujours habillée à la mode du début du siècle en robe ou tablier longs, en noir depuis le décès de son mari Lucien en 1942 et auparavant de trois de ses enfants, Lucienne étant la seule rescapée après les morts précoces de l’aînée  prénommée Lucienne à un mois, puis de Sophie Flore  à 5 mois et de Marcel à 4 mois. Nous,  les arrière-petits enfants, nous n’étions pas toujours gentils avec elle; nous la taquinions. Elle se plaignait à sa fille : i m’ font endêver, vieux mot de picard et d’ancien français qui signifie « faire enrager ». Sa tâche principale était d’éplucher les légumes pour les énormes soupes  qui nourrissaient les grandes tablées de la ferme. À la saison des confitures, elle faisait ses cueillettes  confortablement assise sur un’ cayelle au milieu des groseilliers et des  framboisiers. Mission de confiance aussi : fabriquer un hachis de jaunes d’œufs durs et d’ortie pour « faire pousser leur rouge » aux dindons et les protéger de divers maux à cette période délicate de leur développement. Ça semblait bien appétissant, s’il n’y avait eu  ces  horribles orties qui apparemment ne rebutaient pas les dindonneaux! Nos écolos devraient essayer cette pâtée : pochées, les orties perdraient peut-être  leur pouvoir urticant !

        

Lucien Leclercq et Mélina couple en pied

 

Elle avait bien sûr été autre chose que l’ancêtre accablée d’ans et de douleurs que j’ai connue. Pendant la guerre quatorze, le village était situé à l’arrière: dans une pièce de sa fermette transformée en buvette, elle vendait du vin aux soldats. Sa  fille Lucienne jouait les Madelon:  c'est ainsi qu'elle  se trouva  son breton de mari.  Le grand-père Lucien veillait au grain – certainement à la vertu de sa fille, mais aussi à la qualité du vin : pas question de le mouiller et de faire fortune sur le dos du soldat. C’est ce qu’on rapporte dans la famille. Le quart de rouge c'est la boisson du garde rouge chanta bien plus tard notre Dutronc national. Ce fameux PINARD,fer de lance de nos troupes comme aurait dit M. Prudhomme. Transition toute trouvée pour évoquer un autre premier mai, bien lointain, du côté des ancêtres de Marcel POISSON, cet enfant de l'Assistance que ses parents nourriciers, Mélina et Lucien pleurèrent après sa mort près de Verdun en 1915.

 Entre ici Georges PINARD, [ici voix tonitruante et inspirée façon André Malraux au Panthéon] dans cette

égliz gde ver

église de Verrière-sur-Glenne devenue en 1904 La Grande Verrière. En ce 1er mai 1650 tu vas y épouser une demoiselle Lazaire (ou Lazarotte) POULET , fille de Lazare POULET l'Ancien. Je m'étonnais   de la vogue des Lazare  dans ce coin de Bourgogne, près d’Autun jusqu'à ce qu' une lectrice attentive me donne la clé: la cathédrale d'Autun  abrite les reliques de St Lazare.   Il est aisé en revanche de comprendre pourquoi les Pinard abondent  dans une contrée imprégnée de culture vigneronne. Lazarotte et Georges ont un enfant, laboureur comme ses ancêtres: Pierre PINARD qui épouse  of course une demoiselle … PAUCHARD. En 1711 leur fils Georges II se marie avec Françoise LAMOUR. Naîtra Jacques qui s’unit en 1744 à Vivande JEANNIN. On s’arrête là. Ils savaient s’amuser à La Grande Verrière sous l’Ancien Régime.

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mémoires du 21 avril

poiss X

Mémoires du 21 avril

21 avril 2019  Pâques

                        L’année dernière, c’était  un 1er avril … un  vrai poisson d’avril en somme si on garde à l’esprit que dans les catacombes, le poisson  (- Ichthus en grec ; c’est même un modèle de déclinaison), fonctionnant comme un acronyme, était la marque de reconnaissance de ces chrétiens dont la langue originelle était le grec. Cette année, selon certains savants (des propagateurs d’infox peut-être, on ne sait plus) Pâques aurait dû tomber un 24 mars, à quelques heures près.

21 avril: quand on s’intéresse un peu à la chose publique (res publica) , la date  fait tilt.  21 avril 2002,  dies horribilis:  au premier tour des élections présidentielles, est sortie des urnes une confrontation inédite et à peine repérée par les sondages entre Jean-Marie Le Pen  et Jacques Chirac. Relégué à la troisième place  le « courageux »  Jospin abandonne la gauche en rase campagne et se retire de la vie politique.Il avait déjà prévenu en ouvrant la campagne "mon programme n'est pas socialiste"! Le même assumait mal ( pas du tout même) son passé lambertiste, assurant qu'on le confondait avec son frère. Oh le vilain menteur! Le même toujours ,  pas plus que le président Chirac,  n'avait assisté aux funérailles de l'ancien

senghor timbre de 2002

président du Sénégal,  Léopold Sédar Senghor en 2001. Le défenseur de la francophonie, l'agrégé de lettres citoyen français, le poète au talent reconnu, l' académicien! Peur d'être accusés de néocolonialisme?  Des gribouilles: leur absence avait été  vécue comme un affront . La Poste un an plus tard  tenta de se rattraper en émettant un timbre. 

 

                                 Un bond en arrière de quelque soixante ans,  si  du moins l’arthrose  ou l’Alzheimer  n' interdit pas pareille acrobatie aux plus vieilles carcasses  d’entre nous. 1961. Dans la nuit du 21 au 22 avril, c’est le putsch d’Alger.  

putschdAlger

De gaulle putsch

Conseil de guerre à Paris dans un salon de la Comédie française : le Président de la République y assistait  en compagnie du  tout frais président du Sénégal - le Léopold Sédar Senghor  déjà cité- à une représentation de  Britannicus  car le 21 avril  est , comme chacun le sait, l’anniversaire de la mort de Jean Racine. Le 23 le président  revêt sa tenue de général : en Jupiter tour à tour tonnant et déplorant ("hélas, hélas, hélas") il stigmatise « un quarteron de généraux  en retraite » et fort de son passé  de dissident de 1940,  aujourd’hui chef  légitime des armées de la République, il ordonne à tout soldat de désobéir aux chefs du « pronunciamiento ». Françaises, Français ! Aidez-moi. Les appelés l’ont écouté ; ils l’aide. « Cinq cent mille gaillards munis de transistors » selon l’expression du général pour désigner le contingent refusent d’obéir aux mutins. La République a vacillé mais le grand timonier a tenu bon… et ses moussaillons aussi.

Pâques 2019 : Notre-Dame de Paris dresse toujoours sa carcasse calcinée. L’archevêque de Paris Mgr Aupetit est un SDF abrité à St Eustache ou à St Sulpice. Les millions d’euros  affluent…on discute, on dispute : défiscaliser les dons des riches ? Refaire la flèche à l’identique ou en carbone ? Et la toiture ? En titane ?  Et ces milliers de chênes  carbonisés ? Ils étaient le lien matériel qui nous reliaient  au Xème siècle ou même à Charlemagne, quand ils n’étaient encore que de fragiles plantules. Leurs lignes de croissance nous faisaient toucher du doigt les hivers rudes, les étés secs ou pluvieux, les caprices de saisons perdues dans la nuit des temps.  Versons une grosse larme.

      Pâques un 21 avril, il n’y en a pas plus de cinq ou six par siècle. Un astronome  ou un mathématicien nous en dirait peut-être la raison. Encore un complot des planètes et des cléricaux  réunis? Plus sérieusement, plus modestement, j’aimerais bien savoir pourquoi dans mon bataillon généalogique,  le 21 avril est presque  un non-événement : quasiment pas de naissances, de mariages ou de dé

cazam firmin descendance

cazam louis tableau

cès.

     J’ai repéré pourtant la naissance d’un futur décoré de la Légion d’honneur. Un CAZAMIAN né près de Béziers, le  modèle parfait de cette ascension républicaine qu’on mythifie tellement aujourd’hui. Probablement de culture protestante, il a pour mère une Calas. Grands parents paysans, père instituteur « communal » (c’est-à-dire recruté local). Il devient professeur de philosophie et …proviseur - nobody’s perfect. Les garçons (tous nés après la guerre de 70) ont fait de belles carrières dans l’armée ou l’enseignement : professeur à Janson de Sailly, professeur à la Sorbonne, chef d’escadron, médecin chef et médecin général de la Marine.  On dit bravo à la méritocratie. La République, bonne fille, (et belle pourvoyeuse de réseaux) n’a pas été ingrate : le frère du proviseur (demi-frère en fait) est décoré de la légion d’honneur  (à titre militaire) et deux de ses fils aussi. L’un d’eux, Louis,  peut ainsi écrire au grand Chancelier qu’il souhaite voir son frère André l’introniser dans l’Ordre et qu’il pense se dispenser de l'achat d'une médaille  (actuellement 229€ y compris l'écrin) car il portera celle de son père. Sens de l'économie et respect filial font bon ménage. Un Ordre héréditaire ? Mais bon sang bien sûr, le commissaire Bourdieu aurait-il eu raison ? En tout cas, la méritocratie  a eu vite fait de se figer  en une nouvelle aristocratie  cadenassée bien que longtemps la porte soit restée ouverte à de nouveaux arrivants. Ne pas perdre espoir :  grâce  à nos nouveaux sans-culottes vêtus seulement d’un gilet, tout cela va changer, c’est sûr.

    

médaille chevalier lég d'H

«  À la Légion d’Honneur » maison Cazamian  & filss  fondée en  1892.  J’ai mis un double S là où l’espagnol serait plus explicite : « Cazamian y Hermanos ». L’administration a ses secrets : pourquoi le dossier de Jules Modeste Pierre, médecin général de la marine n’est-il pas communicable  alors que celui  de son frère Louis décédé deux ans avant peut être consulté? Autre mystère : le site « Léonore » ne mentionne pas cet André dont Louis a reçu sa croix.

           CAZAMIAN ? Les anglicistes et les khâgneux des vieilles générations connaissent bien ce nom : c’est

cazamian et cestre sorbonne

celui d’un éminent angliciste, auteur de quantité d’ouvrages, dont  (avec  son complice Legouis) une  Histoire  de la littérature anglaise longtemps en usage. Sur la photo que j’ai pu dégotter de lui, il figure en compagnie d’un de ses collègues et je ne sais s’il est en grand  apparat  universitaire ou en  redingote et haut de forme.

           Son frère,  le mystérieux André,  était un naturaliste et un poète très attaché à l’île de la Réunion (au Tampon, une "ruelle" porte son nom).  Car ces occitans d’origine  ont aussi des racines  dans  l’île  Bourbon. La faute  en revient à  notre Alma Mater : avec la mobilité frénétique qu’elle imposait à ses professeurs désireux d’avoir un poste définitif, elle s’est révélée une scénariste imaginative, maîtresse de plus d’un destin,  une fameuse entremetteuse  en somme.

                   Firmin, Jean-Pierre, Louis, Désiré,  frère et père de décorés est donc mon natif du 21 avril, en 1839, il y a 180 ans pile.  Son itinéraire  professionnel donne le tournis : Avignon, Bergerac, Béziers, Tours, Alger, Bastia, Pau, Sens. À plusieurs reprises il a l’occasion de connaître St Denis de la Réunion comme maître

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roussin 1845 autoportarit

répétiteur dans les années soixante, puis en 1880 comme professeur de seconde et de philosophie puis censeur. C’est à St Denis qu’il se marie en 1864 et que naissent plusieurs enfants. Son histoire d’amour, ce n’est pas avec la première venue qu’il l’écrit : l’élue est le fruit  d’une  alliance entre la descendante d’une vieille famille de l’île et d’Antoine ROUSSIN, un jeune avignonnais  au parcours tout aussi intéressant. Fils de boulanger, élève à Paris des frères Devéria, il est venu à la Réunion pour son service militaire. Il s’y installe imprimeur-lithographe,  donne des cours de dessin au lycée de St Denis et devient une véritable personnalité locale : entre 1856 et 1876,  il   coordonne 5 volumes de « l’Album de l’Île de la Réunion » dont les multiples articles se veulent une histoire illustrée de la société et des richesses réunionnaises. Tel est le beau-père avec lequel le jeune mari ne doit pas manquer d’avoir des affinités.

En 1898, à 60 ans  quand il constituait son dossier pour l’obtention de la croix, notre Firmin pouvait  légitimement ressentir quelque fierté en relisant la copie de son   acte de naissance  

     L'an 1839 le 22 avril à huit heures du matin par devant nous Fages Joseph  chevalier de l'ordre royal de la légion d'honneur maire et officier de l'état civil de la commune de Villeneuve les Béziers, est comparu CAZAMIAN Louis instituteur communal âgé de 24 ans né et domicilié dans cette commune lequel nous a présenté un enfant de sexe masculin né le jour d'hier à une heure du matin dans sa maison d’habitation de lui et de CALAS Célestine son épouse sans profession âgée de dix-huit ans

Fait en présence de Grolo Joseph  tailleur d'habits âgé de 69 ans et Lantier Etienne sans profession 24 ans

 

cazam louis 1838 x Calas signature

Le  chevalier de la légion d’honneur, le tailleur d’habit et le jeune Etienne  Lantier (oui oui, comme dans Germinal) consacrent  l’entrée dans ce monde du petit Cazamian. En un superbe paraphe, le père arbore comme un titre nobiliaire sa fonction d’ »instituteur communal » . Le mariage a dû être un peu précipité car la (très) jeune Célestine qui n’avait que 16 ans était enceinte  de 4 mois. Pauvrette ! Disparue un mois après la naissance du bambin. Le père sera veuf une deuxième fois avant de donner un demi-frère à Firmin dont l’ enfance bien compliquée aura été, on l’espère, entourée de l’affection de ses grands-parents.

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 Allocation du  général De Gaulle  le 23 avril 1961

https://www.google.com/url?sa=i&rct=j&q=&esrc=s&source=images&cd=&ved=2ahUKEwi6i7Gs7dvhAhWoy4UKHWC8AZMQjRx6BAgBEAU&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DQwQYrd7xhqs&psig=AOvVaw1sILr7hi1PbF4vsXO6gf6Z&ust=1555752707465392

https://youtu.be/QwQYrd7xhqs

Poisson d'avril

Poisson d’avril !

                       

1er avril c post

Pauvre Zéphyr François DRUGY. Il était né un 1er avril, en 1860. Il aurait bien eu besoin de recevoir ce gage de chance  au moins une fois dans sa courte vie.   

Comme souvent  pour ce blog, j’ai laissé le hasard « choisir »  ma victime: cherchant les natifs du 1er avril je tombe sur lui et une Joséphine Françoise DRUGY. Chouette, des jumeaux ! Vérification faite, j’ai fait naître cette Joséphine dans  un moment d’aberration. État second ? Fumage avancé de moquette ? Quoi qu’il en soit, j’ai eu beau chercher,  impossible de trouver confirmation de sa date de naissance ou d’une

fcq blt cart mod

filiation.

      Exeunt  les jumeaux.  Poisson d’avril ?  Reste  un Zéphyr François, dûment répertorié : c’est le frère de mon arrière-grand-père Jonas Siméon DRUGY, connu dès l’enfance  comme Léonard et dont j’ai raconté ailleurs la fin stupide en 1916, à soixante ans. Ils ont une sœur, Sidonie Henriette. Les DRUGY sont originaires de Bucquoy  et de Foncquevillers. Dans ces contrées, paysages, chemins, maisons, rien ne subsiste du cadre passé des  travaux et des jours. La cause ? La Guerre. Trois guerres : 1870, 1914-1918, 1940-1945. Restent les cartes postales.

blt rue de la gare

Depuis plusieurs générations, les DRUGY ou leurs alliés sont tisserand, faiseur de bas, fileuse pour les femmes tout en vivant du produit d’une petite ferme.   Tout ceci est assez banal. Ce qui l’est moins, c’est le choix des prénoms à partir de Siméon lui-

drugy siméon arbre

même : jusqu’alors, on avait puisé dans le stock ordinaire mais  Pierre Augustin DRUGY et sa femme Marie Barbe LEROY jettent leur dévolu sur des Siméon, Nazaire, Adélaïde  à côté d’Augustin, ou d’Elizabeth plutôt passe-partout. Soif de distinction chez l’ancien maréchal des logis de cuirassiers redevenu dans le civil tisserand et qui finira chiffonnier , faisant sa tournée ( peut-être su un' carett' à quien (une charette à chien) de vieux chiffons  et de peaux de lapins !  Siméon son fils  n’hésite pas :   avec sa femme  aux  prénoms impressionnants  - Fortunée, Victoire,  ils affublent leur aîné d’un Jonas rarissime, remplacé dans la vie courante par un Léonard à peine moins discret. Le choix  de Sidonie, pour la fille, est moins original. Quant à Zéphyr, il jouit d’une certaine faveur dans   la deuxième moitié du XIXe siècle.

           Zéphyr François est déclaré bon pour le service. Il a de l’instruction, comme son frère et sa sœur. Il est petit : 1, 56 m. Un blond aux yeux bleus. Faire son régiment à l’époque marque un homme : cinq ans - qu'il passe à Paris  au fort de Vincennes sans doute-dans  la 22éme section de commis et

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drg 1889 M x dégez signat dégez mélina

drg 1889 M x dégez tsignat zéphyrouvriers militaires d’administration. Qui sont-ce ces C.O.A. ?  Ils travaillent à l’intendance, aux écritures,  au ravitaillement,  aux équipages.  La 22ème section est attachée au gouvernement militaire de la capitale.  Au regard de son niveau d’instruction, il a sans doute  travaillé dans les bureaux.   Malgré ce long séjour  à Paris, hors deux  périodes d’un mois en 1887 et 1889, il retourne au pays : à Foncquevillers chez ses parents puis  en 1890 à Bailleulmont, à une quinzaine de kilomètres. Pourquoi là? Il s’y est marié et établi, enfin – à 29 ans. Son frère  aîné Léonard encore moins  pressé  de « faire une fin » attend  ses 35 ans pour lier son destin à une  « jeunesse »     de 37 ans.  Leur sœur Sidonie les a largement devancés : à 20 ans, elle épousait  son Jules -DEMAZURE, un quasi trentenaire.

          L’élue de Zéphyr-François  est native de Bailleulmont. Un beau parti : c’est la fille du meunier DÉGEZ.

blt moulin

L’héritière plutôt car il est décédé depuis 8 ans. Les fils Augustin et Camille s’occupent  du moulin qui, miraculeusement rescapé de la guerre 14,  reprendra du service pendant la seconde guerre mondiale.  Un troisième fils est cabaretier. Les deux filles Mélina Aimée et Zulmée (on raffole  décidément des prénoms rares !) vivent avec leur mère des revenus d’une ferme. Elles habitent sur la place. Le nouveau marié  s’installe chez elles et prend sans doute la direction de l’exploitation. Un régisseur-maison en somme. Six ans après, en 1896, l’ectoplasme ZedeF disparaît vraiment du paysage : il meurt.  La matriarche et ses filles (car Zulmée en dépit de  - ou à cause de son superbe prénom – n’a pas trouvé chaussure à son pied) habitent toujours la maison de famille  et touchent  les revenus de leurs biens. En 1911,  les deux sœurs, leur mère disparue, ont à leur service une gamine de l’Assistance Publique de Paris née en 1896 (c’est  justement année du décès de Zéphyr-François).  Mélina Aimée  « propriétaire cultivatrice »  meurt en 1913, à cinquante ans. Impossible  pour l’instant de trouver où et quand est décédée Zulmée. 

   Quant à la « pièce rapportée », le pauvre Zéphyr François, a-t-il seulement pu exister dans un village où le meunier et sa famille sont des notabilités, dans une maison régentée par sa belle-mère? De quelle légitimité pouvait-il jouir quand son  union avec la fille du meunier était restée stérile ? Et que lui est-il arrivé pour qu’il meure en un lieu improbable : Marquette-lez-Lille, dont, par chance il est fait mention dans son dossier militaire?     

        14 février 1896 11h du matin par devant nous Michel Dillis maire de Marquette. Ont comparu Francisque Hudot 56 ans  et Séraphin Payen 36 ans employés demeurant en cette commune, voisins du défunt, lesquels nous ont déclaré que

- Zéphir François DRUGY cultivateur 35 ans 11 mois né à Foncquevillers (Pas-de-Calais) domicilié à Bailleulmont  époux de Mélina Aimée Dégez, fils de Siméon et de Fortunée Dersigny ( sans autre renseignement) est décédé en la maison qu'l habitait sise route d'Ypres en cette commune hier à dix heures du soir. Les témoins ont déclaré ne savoir signer [AD 59 Marquette 1884-99 vue 586 N° 19/ Bailleulmont 1893-1902 vue 58]

     Séparation  déguisée ? Mais pourquoi chercher refuge  dans ce village proche de Lille? Je ne vois qu’une explication: à cette époque Marquette  est connu pour abriter une maison pour aliénés, Lommelet fondé  en 1826 par l’ordre des frères de St Jean de Dieu.  Zéphyr-François  malade mental ? Soit  mais pourquoi aller si loin, alors que dans le Pas-de-Calais, existait  à St Venant une maison créée par le Conseil Général ?  Réponse : St Venant accueillait les femmes et les enfants ;  à Lommelet, des places étaient réservées pour les aliénés  du Pas-de-Calais. Seront plus tard accueillis ceux de l’Aisne puis de la Somme en attendant que ces départements se                         dotent des structures adéquates. Un rapport de 1851 décrit ainsi Lommelet :     L’asile est situé à 400 mètres environ de la route nationale à laquelle il est relié par un petit chemin pavé. Le
bâtiment principal, parallèle à la grande route, orienté sud-sud-est, a la

lommelet entrée cart post


forme d’un vaste quadrilatère divisé en deux par le milieu. La partie droite,
qui peut accueillir cinquante pensionnaires, est réservée aux pensionnaires de
« la classe bourgeoise » (50 places). Elle comprend trois réfectoires,
correspondant aux différents prix de pension, une salle de lecture et de jeux
de société, avec un billard. Une vaste cour, plantée d’arbres et ornées de
plates-bandes de fleurs et d’arbustes, y est attenante. La partie gauche
comporte une salle pour les patients de la « classe ouvrière » (17 places) et
une pièce beaucoup plus grande pour les malades du Pas de Calais placés d’office
(80 places). […] Au premier étage, on trouve à l’extrémité droite, les chambres
particulières destinées aux pensionnaires des deux

    

 

lommelet cour princip 1914

premières catégories, puis deux grands dortoirs de 20 lits chacun pour les malades issus de la classe ouvrière et de la dernière catégorie bourgeoise. À l’extrémité gauche se trouve l’infirmerie, composée de deux salles de 10 lits chacune. Au deuxième étage à droite, au-dessus des chambres du premier, on retrouve un nouveau quartier de 20 chambres pour les malades aisés, et à gauche, deux dortoirs de 20/24 lits chacun, pour les patients placés d’office.

On compte aussi une chapelle, une ferme où des patients travaillent aux champs. Le château initial qui subsiste abrite outre buanderies et cuisines,  plusieurs chambres et un vaste dortoir.  L’hôpital accueille six cents pensionnaires en 1865. Cette année-là,  un médecin visiteur se montre assez critique  sur la conception architecturale  mais loue le dévouement du personnel et les nombreuses activités ludiques et laborieuses offertes:

         Au bout de la rue Royale [à Lille], passé le pont levis de la porte Saint André, pris à droite la route sinueuse d’Ypres que traversent le railway et le canal de la haute Deûle, on arrive au village, où se trouve sur la gauche, un monument de briques rouges.  La continuité de ses bâtiments, la lourdeur de ses constructions, l’élévation de ses murs, et sa rectitude mathématique lui impriment un aspect par trop nosocomial [c’est-à-dire « hospitalier » ; « carcéral » correspondrait mieux aujourd’hui à son intention]. Tout au long des dernières années du XIXe siècle, on ne cesse de bâtir : moulin, nouvelle ferme moderne, ateliers du bâtiment, lieux d'accueil pour  les pensionnaires aisés. L’établissement a une excellente réputation pour la qualité de ses soins.

         Je reviens à l’acte de décès ,  superbe démonstration d'hypocrisie ( ou , au fond de délicatesse?): cette « maison  sise  route d’Ypres », ce lieu non nommé, (innommable  sinon par un euphémisme dérisoire?) ne sont  (j’en suis convaincu) rien d’autre que  la maison de santé de Lommelet,  et ces « employés » illettrés, ses « voisins »  (sic) les domestiques  ou hommes de charge de l’établissement. Reste à savoir si Zéphyr a été admis  dans les dortoirs comme nécessiteux du Pas-de-Calais ou a eu le statut de pensionnaire payant. Autre scénario, peu probable à vrai dire: il n’a été qu’un patient « de jour » et la famille  aurait  loué pour lui ce pied-à-terre. Questions primordiales : quand  fut-il admis là ? Pas avant 1891 car à cette date il est encore recensé à Bailleulmont. Quelle était la nature de ses troubles ?  De quelle maladie est-il décédé aussi précocement?  Les archives de l’hôpital pourraient donner une réponse, à moins qu’elles n’aient été perdues car l’occupation des lieux par les allemands en 14 puis en 40 fit des dégâts considérables. Quoi qu’il en soit, il est mort seul, loin de sa famille.  Triste fin, cruel  poisson d’avril !

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poiss ménage

Complément sur  Lommelet :

https://www.epsm-al.fr/index.php/article/lhistoire-de-lepsm-de-lagglomeration-lilloise

https://www.epsm-al.fr/sites/default/files/structures/publication-Lommelet-1825-2013-2%C3%A8me-edition-epsmal.pdf

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une Jeanne CALMENT sous Louis XIV ?

 

 

À Delphine pour  son anniversaire, ce 17 mars

                       Désolé, Delphine,   ce  17 mars-là,  en 1706 , ce n’est pas une naissance qui se produit, mais un décès. Pas n’importe lequel : celui de Marie DACHEZ et elle  a…    cent ans. Donc longue vie à toi, si tu veux imiter Marie DACHEZ! C'est rageant de ne rien connaître d'elle sinon la fin de son passage sur  cette Terre.

bailleulmont-album-de-croÿ

carte blt bis

        l'an de notre seigneur 1706 le 17 mars est décédée  Marie Dachez veuve de Thomas dela CRESSONIÈRE âgée d'environ cent ans laquelle a été enterrée le lendemain dans  le cimetière de St Martin de Bailleulmont et ont assisté le lendemain à l’inhumation Jean de laCRESSONNIÈRE son fils (signe) et Philippe DELATTRE (signe)

En cette fin calamiteuse du règne de Louis XIV entre canicules et hivers glaciaires sur fond de misère extrême,  son âge avancé est un miracle. Une véritable Jeanne Calment pour son époque !

jeanne-calment-encadrée

Avec peut-être la même dose d’incertitude sur la véracité du phénomène. Car pas question de retrouver son

dachet 1706 D 100 ans extrait

dlc 1705 D extrait

acte de naissance - en  1606 donc,  sous Henri IV  en théorie ou plus exactement, sous la domination espagnole. L’événement se situe à Bailleulmont, à quatre lieues d’Arras et la « tyrannie espagnole semble si peu redoutable, qu’il faudra un long siège et des avantages fiscaux  importants pour que les Arrageois et l’Artois se résignent à devenir sujets français. Sur les cent ans de Marie DACHEZ, nous n’avons que les dire de l‘entourage. Il est déjà beau d’avoir un acte lisible de 1706, même si dans ce village, on peut parfois remonter au début du XVIIe siècle -avec des actes malheureusement   trop souvent indigents ou peu lisibles. J’ai pu repérer, comme d’autres généanautes le décès de son mari, à cinquante ans. Certains persistent à avancer l’âge de 85 ans. C’est pourtant bien cinquante ans qu’il faut lire, aussi peu vraisemblable que paraisse la différence d’âge. Ils ont eu au moins un fils, Jean de LA CRESSONNIÈRE,

J de la Cressoinnière signat

en bonne place lui aussi pour le Guinness  des records puisqu’il est décédé à 99 ans. Sans doute  faut-il  accorder crédit  à cette déclaration car Jean de la CRESSONNIÈRE a été le clerc de Bailleulmont et c’est son petit-fils, Vindicien LEGRU qui lui succède.

sépulture de jean delacressonnière 1737 19 8bre est décédé  jean de la cressonnier 99 ans ayant servi de clercq dans  cette paroisse 80 ans et fut enterré le lendemain dans  le cimetière de St Martin  . Témoins: Michel Legru (signe) et Vindicien Legru clercq (signe) et autres (vue 130)

clerc guerrit dou

Quatre-vingt  ans de règne ! Malheureusement il n’a pas  toujours été très soigneux dans la fabrication de son encre et sa plume n'était pas toujours taillée avec précision. Du coup des pages entières conservées par miracle sont à peine lisibles. Il s’inscrit cependant dans une belle tradition de clercs sur laquelle il faudra qu’un jour je me penche car il existe des dynasties et des réseaux de clercs : ainsi, à son mariage en 1728, Vindicien fait-il témoigner un autre clerc, celui de Pommier, Denis PORTRAIT.

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Ursmer? vous avez dit Ursmer?

Ursmer ?

                                Ç ‘aurait pu être Urbain, Ursule, Uranie mais avec Ursmet j’ai tiré le gros lot : j’ai un Ursmet GERVAIS, en un exemplaire. Un hapax comme on dit. Il a vécu à Houdain, près de Béthune toute sa vie, du 9 mars 1777 au 16 mai 1847. Les secrétaires de mairie successifs, et déjà  le clerc de 1777 ont hésité: Ursmer, Usmer,  Ursmet, Ursmetz. Il savait écrire pourtant et pouvait donc épeler l’incongruité de son prénom. Même Google en a perdu de son assurance : il suggère des séquences   désopilantes du genre « X… avec ses sœurs met… ». Ils ne sont que 11 en France selon Généanet, tous concentrés du côté de Bruay. C’est bien la première fois que je rencontre cet animal. La première raison, c’est que Saint Ursmer a exercé ses talents sur un territoire très circonscrit qui correspond à peu près à la Belgique actuelle : Hainaut belge et français, Brabant flamand, Flandre orientale. C’était un évangélisateur du VIIe siècle, de ces temps mérovingiens dont Augustin Thierry fit le récit. Binche (célèbre pour ses Gilles du carnaval, aucun rapport comme je le croyais encore tout à l’heure avec la Bintje, cette fameuse patate à frites) conserve  ses reliques dans la collégiale St Ursmer. Il est né à Avesnes-sur-Helpe, en Thiérache, mais on peut s’étonner qu’il jouisse d’une audience –très confidentielle-  du côté de Bruay, en Artois. Le curieux de l’histoire, c’est que mon Ursmet a son double parfait,  ou un homonyme, Ursmer GERVAIS né le 25 août 1724 dans le Hainaut, à Trivières  près de La Louvières. Ils n’ont que je sache, aucun rapport de parenté mais au moins ses parents (Jean et Marie Agnès) pouvaient sans verser dans l’insolite décider  de le mettre sous la protection de ce saint auquel plusieurs églises de la région sont dédiées.

         J’ai eu beau chercher dans l’entourage de mon artésien,  je ne trouve rien qui ait pu expliquer la singularité du choix de François GERVET (c’est une des orthographes rencontrées) « peintre » (artiste peintre ? douteux) et de sa femme Justine GUILLIOT. Aucun prénom recherché. Le parrain est un Valentin Delautre fils de Martin berger de son état, la marraine une Félicité, fille de Noël  DESPREZ « joueur de violon ». Un original peut-être, celui-là ? Un paysan comme les autres avec un petit talent de violoneux qu’on appelle pour les noces et les bals.  Pressé d’étoffer  la fiche de mon « hapax »,  j’amorce des recherches express d’où il ressort que Ursmet a transmis son prénom, non pas à son premier-né (Charles- Norbert) mais au cadet -après trois filles- Jean-Baptiste Ursmet Joseph (1822-1912) qui est déclaré « briseur de grès » à son décès: à 89 ans casser des cailloux ? Même activité énigmatique pour un de ses fils, Alphonse à son mariage en 1883 – en 1911, le voilà charcutier…

 

 

    Mais où sont les autres Ursmet ? Et c’est alors qu’une sorte de miracle se produit, au moment même de rédiger ce texte : miracle si l’on veut, plutôt effet de mon étourderie. Le nez sur ces Ursmet Gervais, je ne me suis pas aperçu que j’avais déjà  en magasin d’autres Gervais, les descendants en fait qu’il a suffi de raccrocher  à leur arrière- grand-père. Beau désordre,  Watson ! Et comment se prénomment   ces petits jeunes ? Usmée et Usmar !  Et non Ursmée ou Ursmar,  un R de différence qui les a fait échapper à  mon listing « uRs- ». C’est vraiment ballot.  L’art de s’étonner soi-même en maniant la technique  comme un pied nickelé ! Sur la tête de  son premier né (1884-1920) Alphonse accumule tous les prénoms familiaux, le sien, celui de son père et donc du grand-père (plus ou moins bien compris) : Usmée, Alphonse, Jean-Baptiste, Joseph (1884-1920).  Le second  (ou le deuxième)   Usmar, Ovide, Alphonse, Joseph (1886-) bénéficie d’une variante plus authentique du fameux prénom.  Dans cet embrouillamini je comprends enfin pourquoi ces GERVAIS étaient dans mon fichier: à cause du dernier,  Usmar Ovide : il avait croisé  le chemin  d’un(e) de ces CHEMINEL toujours en vadrouille d’une génération à l’autre à travers les villages de l’Artois et qui au milieu du XIXe siècle firent leur entrée dans ma famille paternelle. Je me demande comment tous ces U(r)smer & Cie vivaient le port d'un nom de baptême aussi exotique din nou région. En tout cas ils tenaient à se transmettre scrupuleusement ce patrimoine, tel un titre de noblesse.

     

Posté par Jlouis62 à 14:29 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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