terresdartois

1er avril POISSON et autres

  

1er avril.  Poisson et autres bestes de saison

poisson égypte

 

Journée de la fonction publique. Ce n’est pas un poisson d’avril. Ça se passe en Thaïlande. Des braves  gens, ces siamois !  

Il n’y en a pas que pour les poissons .  Avis à tous ceux qui ont un jardin dans leur zone de confinement, sous le doublet zodiacal du Bélier et du Taureau, Avril entrant comme un agneau s’en va comme un taureau

En ce jour, Hugues, Huguette, Hugo   sont à la fête.  Sous quel patronage  exactement?  Il y a foule chez les saints catholiques : une bonne dizaine d’ évêques francs et mérovingiens porte ce nom qui fleure sa germanité : HUG signifie, apprends-je, esprit ou intelligence, pensée. Cet hommage à la culture et à la réflexion vaut mieux  pour un religieux que l’éloge  de la gloriole comme Robert « gloire illustre »,  Clovis ou Louis  (Chlodwig  « illustre combattant » ) , Thierry ( Théodoric Theud-ric «peuple puissant» ou «chef du peuple ») ou  la référence  païenne à des animaux totémiques  pour Bernard  « ours courageux »  ou Bertram/ Bertrand   « corbeau brillant », l’oiseau fétiche d’ Odin (vade retro Satanas !)

L’heureux élu est Hugues de Grenoble, Hugo en latin (né à côté,  en Dauphiné ) . Bon gré mal gré   (il aurait préféré la vie

hug d'avalon

oie élevage

monastique), il fut évêque de ce diocèse alpin de 1080 à sa mort en 1132. Que les féministes les moins frénétiques restent calmes : selon un de ses biographes de l’époque  sa piété était telle qu’on disait qu’il n’avait aperçu qu’une seule femme dans sa vie.  Le pauvre homme – et/ou le gros hypocrite. Il soutint constamment l’effort de Saint  Bruno, le fondateur de l’ordre des Chartreux  dans la construction de monastères, dont  celui de la Grande Chartreuse. Un miracle ? En voici un pour temps de rigueur : visitant une chartreuse, il vit les moines attablés  -grave infraction au régime végétarien en vigueur- autour d’oies rôties. Il les changea en tortues  (les oies, pas les moines : la légende tente de rester dans les limites du vraisemblable).

        

chat et oie égypte

Pour ajouter à ce bestiaire qui se constitue en filigrane sous l’égide du poisson du jour, j’ai envie d’évoquer un autre chartreux. Je ne parle  pas de ces paisibles félins gris-bleu aux yeux d’or que paraît-il les moines de l'ordre susdit, non contents de concocter leur élixir fameux, élevèrent dès le Moyen-âge pour leur laine  (Ciel, ma Pépita tondue comme à la Libération, et pour finir en chaussettes !) , certais disent pour leur peau (j’ai toujours envisagé pour Pépita une fin en petit gilet antirhumatismal). II  s'agit d'un de ces moines montagnards, un Hugues encore,   hors concours  car il se fête le 17 novembre :  

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Hugues d’Avalon (en Dauphiné encore) décédé en 1200. On le connaît surtout comme Hugues de Lincoln car il  fut envoyé en Angleterre  par le Pape: selon une légende, à son arrivée, il fut accueilli par un cygne qui n’accepta jamais de nourriture que de sa main. Un avatar  (à interpréter comme on veut) de la légende de Léda abordée par un cygne caressant  (ô combien) dont Jupiter avait adopté la forme pour mieux abuser (de) la belle. Cela nous vaut  sur  le retable d’une chartreuse près d’Abbeville en Picardie, une représentation improbable de notre austère évêque: le crème de la robe de laine aux plis raides comme la règle de St Bruno s’oppose au volume  tout en courbes et  blancheur  neigeuse du plumage du cygne.  Le col sinueux  du volatile est enserré comme pour maîtriser une animalité dérangeante d’un collier d’or. Un subtile contre-point  à la richesse imposante de la chape, de la mitre et de la crosse.

  

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Si vous connaissez des Beheront, pensez à eux ce jour-là. Seul problème : ce saint n’existe plus: sa statue a beau décorer un portail de la cathédrale d’Amiens, l’Église, révisionniste à ses heures, l’a rayé de ses tablettes pour sa trop mince historicité. On sait seulement qu’il fut lié à un collègue qui se fête aussi le 1er avril, Saint Valéry de Leuconay (c’est l’ancien  nom de  Saint-Valéry-sur-Somme, le bourg né autour de l’abbaye qu’il fonda). Et voici qui boucle la boucle des Hugues de prestige : une légende inventée au XIe siècle par d’habiles publicitaires   du monastère affirma qu’HUGUES CAPET passant la nuit dans l’abbaye, Valéry lui apparut et lui prédit que ses successeurs  régneraient sur le royaume franc jusqu’à la septième génération.

On parle de l’autre moitié de l’humanité

Atlantic- rogné

La femme inconnue.  1er avril 1873. En pleine nuit, en vue du Canada,  naufrage  du transatlantique Atlantic. Parmi les 567 morts un marin qui s’avère être une américaine de 20 ans  Selon un article de l'époque, elle avait « été matelot au cours de trois voyages, et son sexe ne fut jamais connu jusqu'à ce que son corps soit retiré de l'eau et préparé pour son enterrement. Elle est décrite comme ayant été très appréciée de ses collègues, et l'un d'entre eux, parlant d'elle, a remarqué : Je ne savais pas que Bill était une femme. Il prenait son grog aussi régulièrement que nous, et demandait ou volait toujours du tabac. C'était un bon camarade, de plus, et je suis désolé que ce soit une femme. »

 La matheuse 1776 Sophie GERMAIN  (1776-1831)   nait à Paris. Jusqu’ici, elle n’était pour moi que  le nom d’un lycée proche de

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Charlemagne,  dans le Marais. Un véritable lycée-papillon dans les années 70,  sous  la houlette vacillante d’une directrice singulière dont hérita ensuite mon lycée Rodin: au moment du  tournoi de Roland-Garros, les profs de gym retouchaient l’emploi du temps afin qu’enseignants et élèves puissent assister commodément aux matches importants. Honte sur moi, il m'a fallu ce blog pour vouloir en savoir un peu plus.

Je ne vais pas faire le malin : ses travaux  dépassent ma compréhension. Ce qui me frappe, c'est sa frénésie à étudier les mathématiques en autodidacte, qui effraie une famille pourtant  ouverte aux Lumières. Pour la forcer à prendre le repos nécessaire, on retire de sa chambre le feu, les vêtements, la lumière. Elle feint de se résigner ; mais, quand la famille est endormie, elle se relève, s’enveloppe de couvertures et, par un froid tel que l’encre gèle en son écritoire, se livre à ses chères études. Plusieurs fois on la surprit ainsi le matin, transie de froid sans s’en être aperçue. Devant une volonté si extraordinaire pour son âge, on eut la sagesse de laisser la jeune Sophie disposer à son gré de son temps et de son génie, et l’on fit bien  écrit un biographe du XIXe. Sa vie  multiplie les exemples de son intrépidité pour lever les obstacles afin de se faire reconnaître, mais montre aussi qu’elle suscita admiration et soutien dans son entourage comme de la part des plus grands savants,  Lagrange ou Gauss, bien qu'elle ait souvent dû  prendre un pseudonyme masculin pour que ses correpondants scientifiques lisent sans prévention ses communications. On se peut rendre au Père-Lachaise méditer sur sa tombe, romantique à souhait .

   L’aviatrice. 1921 Adrienne BOLLAND  (1895-1975) improvise sur un coup de tête et réussit à 25 ans la première traversée de la

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Cordillère des Andes d’Argentine au Chili dans des conditions rocambolesques. À Santiago, elle est accueillie par des officiels enthousiastes. Un absent , le  consul de France : prévenu, il avait cru à un poisson d’avril.

   Arts ménagers. 1938 invention du Nescafé dans sa première version, à la demande du Brésil qui cherchait

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un moyen d’écouler sa surproduction de café autrement qu’en le brûlant dans ses locomotives .Un flop. Une version améliorée aura pour meilleurs agents publicitaires  les GI  qui débarquent en France en 1944: les boîtes ont leur place dans chaque paquetage et ils les distribuent  à tout va. Un soulagement pour la femme ? Bien moins que le frigidaire et la machine à laver.

   L’intrus de 1933:  un scientifique, Claude COHEN-TANNNOUDJI. Je suis sûr que le Ness a été pour quelque

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chose dans l'ambiance studieuse de son labo. Prix  Nobel  de physique 1997 pour des travaux sur le laser (ma compétence  là-dessus équivaut à  moins l’infini) , ce n'est pas rien mais que fait-il donc ici ?  Par le biais de

son épouse : il est le mari d’une collègue  physicienne au lycée Rodin où j’ai sévi durant vingt ans. Pilier du cabinet de physique,  elle faisait partie du clan des mères fondatrices (ainsi les appelais-je) d’un établissement qui ne datait que de 1960. Quant à lui, discret, affable, il mettait un point d’honneur à accompagner sa femme aux festivités du lycée. Vaste question  ente parenthèses,  que ce rapport des conjoints mâles avec les ami(e)s de travail de leur enseignante d’épouse.

     La veuve et ses trois cordonniers.         HUGUES. Après sa vogue au Moyen-âge, Le prénom ne resta en faveur que dans le Nord de la France et au début du 17ème siècle.  En déclin constant jusqu’en 1900, il a connu une remontée spectaculaire dans les années d’après-guerre.

          Dans notre magasin familial, aucun  stock: quelques articles seulement.   Côté paternel, entre Arras et Bapaume, chez les DRUGY, on se transmet le prénom sur trois générations  de charpentier de la deuxième moitié du XVIIe.  J’entraperçois  même à la périphérie du clan DAUCOURT   un échantillon magnifique : Hugues HUGO. Un   berger,   du côté d’Arras entre 1718 et 1767.  L’ancêtre  de notre poète national ? Non bien sûr : les racines du grand Victor sont lorraines. Néanmoins la région est un foyer assez important.  Voici un autre Hugues, Hugues LEMAIRE (1690-1740) cordonnier à Bapaume, où la corporation prospère car il faut bien chausser tous ces soldats qu’abrite  la ville, de tout temps considérée comme une place-forte de première importance. Sa veuve Marie-Anne DREUX ne supporte apparemment pas la solitude : à soixante ans, elle se remarie  avec Jean-Charles THERY, veuf lui    aussi et cordonnier. Entre lui et les témoins maître chapelier et tailleur sans compter amis ou parents on aurait de  quoi  habiller de pied en cap  tout le régiment de l'Angoûmois en garnison à Bapaume.  Mais l’élu de 63 ans disparaît trop vite cinq ans après.  Marie-Anne n’attend pas quatre mois qu'elle trouve  dans le même milieu une valeur sûre de vingt ans plus jeune, Antoine BEAUMONT, un cordonnier  encore,  cruellement éprouvé par la vie : trois ans avant il  avait perdu  en quelques mois ses quatre jeunes enfants  et sa femme. L’Église favorise ces remariages déséquilibrés qui ont tout de l’arrangement matériel et du confort affectif, mais préférables à ses yeux au désordre d’un concubinage affiché, d’autant qu’en l’absence de descendance directe des deux côtés, un remariage ne vient pas trop gravement mettre à mal les espoirs des héritiers.  Marie-Anne décède  trois ans après. Beaumont n’a que 50 ans. Il

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pourra peut-être convoler une troisième fois. Le cas n'est pas rare  en cette fin du XVIIe  car la mortalité y est  très élevée, tant chez les hommes que chez les femmes. La jeune épouse  d'un Hugues III DRUGY  disparu à 36 ans était devenue veuve à 26 ans : elle se remarie à 37 ans, puis à 41 ans  pour décéder un peu avant la soixantaine.

PS Pour agrandir les images, normalement, quand ça marche, il suffit de cliquer dessus.

 


Hors -séries anniversaires 22 mars

  

 Bon anniversaire,  Henri mon beau-frère, né un 22 mars,

diogene

 

On fête les LEA. Avis au jardinier que tu es:

 Le vent de la sainte LÉA les trois quarts de l’an couvrira

léa peinture

La bise du Nord est venue refroidir nos illusions de printemps. Jardiniers et plantules n’ont pas fini de gémir. Ce retour incongru du froid    va peut-être inciter  à un meilleur respect des consignes de confinement.

 Question insidieuse : comment  cette Léa a-t-elle gagné ses galons de  sainteté ? La noble dame fut une fidèle auditrice des enseignements de  Saint Jérôme. Devenue veuve elle se retira dans le monastère d’Ostie qu’elle avait fondé. Aucun  petit miracle, aucun  martyre bien épouvantable à signaler. A ce compte, les   familles entassées dans leur appartement  vont toutes mériter la sainteté façon Léa.

            Sans chauvinisme aucun,  fêtons ce 22 mars  un saint bien de chez nous  peu connu mais officiel  - pas St Vaast qui patronne quantité d’églises du Pas-de-Calais, mais   le  très discret premier évangélisateur des  gaulois d’Artois -les Atrébates,  ce Diogène d’Arras -dont j'apprends  l’existence à l'instant. Bien de chez nous, c’est vite dit : un grec, comme son nom l’indique, envoyé par le Pape pour porter la bonne parole à nos gaulois romanisés encore fidèles aux idoles de leurs pères.  La tâche ne semble pas avoir été trop pénible : une église est bâtie mais ,mais,  mais les  horribles Vandales  passaient par là: ils  se conforment à leur réputation  désastreuse -jusqu’à décapiter notre premier évêque  alors qu'il priait dans son église, vers 390.

  22 mars, tout le monde a en tête évidemment le Mouvement du 22 mars  né à Nanterre  en 1968 pour

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protester contre une réglementation stricte dans la cité universitaire  qui jouxtait  l’Université  toute neuve construite au milieu d’un immense bidonville - dont chacun aujourd'hui  a oublié l'existence. Petite cause grand effet : le mouvement  sous l’impulsion de son leader devait prendre l’ampleur que l’on sait, bien aidé par une répression maladroite, sans compter les propos xénophobes et antisémites du ministre Marcellin lorsqu'il expulse Cohn-Bendit: de quoi assurer à celui-ci une popularité incroyable. Sous les pavés la plage, un fameux slogan

     

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     À ma petite échelle, au jeu des sept familles de ma généalogie,  bonne pioche, beau-frère : j’ai dégotté un natif du 22 mars prénommé Henri. Dans la famille DEMAZURE  j’appelle Henry Édouard (avec un Y : il avait l’air d’y tenir).   22 mars 1788- 12 octobre 1839, né à la veille de la Révolution, décédé  un peu vite sous Louis-Philippe. Prénom très snob à nos oreilles, et tout autant   certainement pour ses contemporains,  au village de Gommecourt près de Foncquevillers et Bapaume. Même choix décalé avec   Hubert Pascal, à un moindre degré Luc Martin; hors concours Casimir Parfait. Dans la vie courante, comment s’appelaient-ils ? Leurs sœurs ont pour l’époque des prénoms plus anodins.

                    Les parents Nicolas Joseph DEMAZURE et Agathe DERUE sont issus de familles

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modestes implantées depuis longtemps dans le village : manouvrier, ouvrier,

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ménager quand on a un petit lopin à cultiver, à faire prospérer après le travail chez les autres.  Pas de profession bien définie pour Henry-Edouard. Il est tisserand quand le travail des champs se fait rare et se dit ensuite ménager.  Vieux garçon, il vit longtemps au foyer de sa sœur Eugénie mais se marie à 46 ans, avec Védastine DRUGY  une vieille fille aussi de 42 ans (à ma première rencontre avec ce prénom  qu'aurait adoré Claire Brétecher, je suis tombé des nues; c’est la forme féminine de Vaast, patron de l’Artois, Vedastus en latin; il fallait y penser.)  Les DRUGY-DEMAZURE ne cessent de s’allier du côté de ma famille paternelle.  Comme son mari,  Védastine  DRUGY a vécu dans une famille nombreuse. Ses  frères et sœurs étaient mariés depuis  20 ans quand les deux célibataires  (peut-être poussés par leurs familles qu’ils encombraient ou bien désireux  de prendre leur autonomie pour ne plus être au service des autres)  décident d’un arrangement pour faire une fin. Expression malheureuse : Henry-Édouard meurt quatre ans après cette union. Pas d’enfant. Védastine se remarie avec un veuf, plus jeune de dix ans et encombré depuis deux ans de trois enfants en bas âge.. Elle tiendra son ménage, élévera sa progéniture sans guère la voir grandir car elle disparaît  6 ans après.

 Pour un anniversaire,j'aurais pu trouver des    images plus riantes   du bonheur  et du mariage !  Mais voilà  la réalité de temps  pas si lointains.  Ni Sécu, ni retraite, une médecine balbutiante... Pas de virus couronné  mais quantité d'autres microbes qui se

https://www.retronews.fr/sante/echo-de-presse/2018/03/27/la-france-face-la-terrible-epidemie-de-cholera-de-1832

portaient à merveille. Le choléra en particulier. En 1832, il faisait 100.000 morts en six mois  dont 20000 dans Paris et la région et atteignait toute les classes de la société, tuant par exemple le président du conseil Casimir Périer.  Confinons-nous confinons-nous! (plus facile à écrire qu'à prononcer)

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17 mars Gloire aux enseignant.e.s confiné.e.s

 

Sème des pois à la St Patrice, tu en auras tout ton caprice

école humour

 

            Par les temps qui courent, voilà une saine occupation, si on le peut, que ces activités de plein air. La terre, elle, ne ment pas

 

. tant pis si cet éloge douteux  du retour à la terre fut mis dans la bouche d'un sinistre vieillard par un brillant intellectuel parisien, l'inconséquent Emmanuel BERL qui ne savait probablement pas plus distinguer un poireau d'un brin d'avoine qu'une gancahe tremblotante et fascisante d'un véritable patriote.

Retour à la terre?  Coup de chance: on fête aussi en ce 17 mars Saint Agricole. Laissons  les Irlandais célébrer dans la morosité une St Patrick confinée.  

Et vive donc Saint Agricole, l'évêque de Chalons sur Saône décédé un 17 mars 580. Nous en avons d'autres en magasin: un "névêque " de Nevers mort en 594 ( peut-être d'ailleurs  le même que le précédent), un évêque du Limbourg, et le Saint Agricol d'Avignon, fondateur entre 660 et 700 d'une collégiale à lui consacrée. C'est à ce dernier que renvoie certainement le prénom d'Agricol PERDIGUIER, Avignonnais la vertu (1805-1875), une belle personne , que Proudhon désignait comme "le Saint Vincent de Paul du

Le-livre-du-compagnonage

compagnonnage". Menuisier, ardent réformateur du compagnonnage, républicain engagé, député du 12 ème ( le faubourg Saint-Antoine, quartier du meuble). Il a son monument et son square à Avignon,  et sa tombe au Père-la-Chaise, 85ème division, surmontée d’une ruche  symbole du travail.

Moururent un  17 mars pêle-mêle NOUREEV, René CLEMENT, VISCONTI, La ROCHEFOUCAULD, et bien sûr St Patrick, l'évangélisateur de l'Irlande - en 432.

Ironie du sort quand débute une vacance  scolaire  inédite, le 17 mars 1808 marque la création officielle du baccalauréat comme premier diplôme de l'Université, le 2ème étant la licence, le 3ème le Doctorat. Heureux temps de la primauté des "humanités" (:-),  pour passer le baccalauréat -ès-sciences, il fallait avoir obtenu le baccalauréat-és-lettres. Il n'y avait qu'un écrit.  Avis à nos réformateurs  en panne de simplification, surtout dans la période particulière que nous traversons (j'adore ces euphémismes cache-misère) l'oral,  quand il sera  institué en 1830 consistera simplement en une question tirée au sort parmi cinq cents publiées à l'avance. large avenue tracée pour un frénétique "bachotage"  et la naissance des "boîtes à bachot" .

    En ces temps curieux où les parents s'aperçooivent soudain qu'il va leur alloir assumer l'éducation et l'instruction d'une progéniture récalcitrante,  l'occasion est belle de rendre hommage aux enseignants. Car le hasard faisant comme toujours bien les choses dans ce blog, je découvre une chaîne familiale d'enseignants au moment de fêter en fanfare l'anniversaire de ma nièce et filleule professeure d'histoite-géo, pour le coup en télétravail

 Sursum corda ! Alleluia ! France-Inter vient de m’envoyer un excellent signe pour débuter cette première journée de confinement : on

 

y décortiquait à l’instant  ma chanson fétiche Alexandrie Alexandra dont les paroles incompréhensibles en apparence démarrent sur  un RRRRRRrrrrr qui arrache.

Pardon, revenons à nos moutonss.  Des enseignants, dans la famille, j’en connaissais au moins trois : ma mère institutrice

lebas 1852 fe Monvoisin signat

remplaçante avant son mariage,le blogueur, et sa nièce. Le premier maillon  de cette chaîne que  je viens de découvrir incidemment s’avère être une ancêtre native du 17 mars  Bénédictine MONVOISIN (1790-1857). Simple fileuse de laine à Bavincourt (près d’Arras) elle sait écrire, en tout cas former avec précaution et effort les lettres de son nom, contrairement à son mari Jean-Baptiste LEBAS troisième du nom, tourneur en bois de son état (1786-1873). De leur mariage naissent neuf enfants, tous des garçons mais quatre meurent en bas âge ou à la naissance : les jumeaux premiers-nés, un mort-né, un Victor Louis disparu à quatre ans et  son frère  Charles- Victor né deux mois après devra assumer la mission délicate de le remplacer.  Parmi le « stock  restant »

arbre Monvoisin

 comme disait  un Rocard parfois bien technocratique, ceux du milieu suivent leur destin sociologique : Augustin, qui meurt assez jeune à 52 ans reste journalier  ou ménager. Théotime un temps « pannetier » (ouvrier dans une fabrique locale de pannes, nom régional des tuiles) acquiert une certaine envergure sociale en devenant garde-champêtre. L’aîné et les deux  cadets saisissent  la chance  que leur offre le  développement de l’enseignement primaire  au milieu du XIXème siècle: ils deviennent instituteurs, sans qu’on puisse savoir qui les aura incités  à nourrir l’ambition d’échapper au sort commun du travail de la terre, à préparer le concours d’entrée à l’école normale. On notera cependant  que leur mère  mettait son point d’honneur à signer, et que le père, artisan spécialisé, devait mal supporter son illettrisme. Ambition des parents et dispositions particulières pour le savoir se combinant peut-être aussi à des faiblesses de santé pourraient expliquer  cet engouement familial pour un métier qui pourrait risquer – ou permettre -de s’éloigner des racines  sociales et géographiques.  Cependant les filles qu’épousent nos trois   maîtres d’école appartiennent au même milieu qu’eux, sinon à leur village.et leur itinéraire est assez singulier

    

   Jean-Baptiste  l’aîné signe d’un vigoureux paraphe à son mariage. Nommé à Villers-lès-Cagnicourt,  il  y rencontre  Catherine Augustine  PETIT, une des nombreuses filles du maréchal du village. Il l’épouse et s’installe là, quitte à devoir prendre une chambre à Vitry  (le grand bourg voisin) quand il y est momentanément nommé. Je viens de le découvrir et j’ignore  son parcours après 1866.

        À 32 ans, Charles-Victor se marie  en 1858 avec  Adèle SAINT-AUBIN une fille du bourrelier de son village natal.  Son acte de mariage  offre une belle illustration de l’essor de l’enseignement dans les milieux ruraux et d’un début  d’ascension socio-culturelle. Il est instituteur à Drocourt près de Vimy au nord d’Arras.  Bénédictine est décédée mais le père de 72 ans est là, sans doute assez fier. Ses  témoins sont ses deux frères l'un et l'autre instituteurs : Jean-Baptiste l’aîné, 43 ans alors en poste à Villers-lès-Cagnicourt  et le benjamin, Julien Joseph  pour le moment à Foncquevillers  près de Bapaume. Le marié va s’installer à Avesnes-le-Comte, prospère  chef-lieu de canton  avec notaires, huissiers, tribunal, pensionnats privés.   En 1888, au mariage  d’un de ses enfants, notre instituteur  (en retraite probablement) est devenu garde-champêtre, agent de police rurale, comme son frère Théotime à Bavincourt, mais avec un bagage de connaissances moins léger. Faut-il s’étonner ? Dans  ces années-là,  le maître d’école a  la férule facile pour dispenser l’instruction ;  on ne badine pas avec l’orthographe et le calcul. Je ne veux voir qu’une seule tête. Pour préparer la Revanche, le jeudi ou le dimanche, l’instituteur joue les instructeurs  avec ses jeunes élèves armés de fusils en bois. Un temps béni selon certains. Voire.

lbs 1846 tous signent sauf le père du m

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Le benjamin, Julien ou  Joseph, possède un élégant paraphe. Il se marie avec  Séraphine DEBUIRE, la fille d’un charpentier du village, dont  la seconde sœur est déjà sa belle-sœur. Longtemps instituteur à Foncquevillers près de Bapaume, il s’installe à Willerval, petit village au Nord d’Arras, instituteur d’abord et puis, chose étonnante,  en 1876 on le retrouve horloger, le poste de maître d’école étant dévolu à Ovide PLUQUET, un trentenaire. Curieuse reconversion à 46 ans. Ses deux garçons (viennent derrière  trois filles)  suivent chacun une des voies qu’il a prises : l’aîné Charles  est instituteur et finit directeur d’école à Cambrai, le cadet fait horloger comme papa, toujours à réparer montres et horloges en 1900,  à Fouquières-lès-Lens, en plein pays minier.

carte

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15 février la fête à Claude? à Angélique aussi

 

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15 février   Claude & Angélique

  La saint Claude dit le calendrier. MAIS  pas si vite : ce  Claude -là  possède  sans doute tous les certificats possibles d’authenticité,   mais ce n’est pas  le plus connu, celui   qui a  construit autour de son nom toute une culture traditionnelle. Ce bon vieux saint Claude-là,  le vrai,  se fêtait le 6 juin : patron des tourneurs sur bois et des bimbelotiers, évêque de Besançon devenu ermite dans son monastère de Saint Oyand-de-Joux, qui se rebaptisa en son honneur Saint-Claude, capitale de la pipe comme on sait.   Personnage sans bases historiques solides aux yeux de Vatican II qui passant par là lui a préféré une personnalité  solidement inscrite dans le catholicisme de notre temps: Claude de la COLOMBIÈRE, un Jésuite mort à 42 ans de la tuberculose, confesseur  et soutien dans un couvent de Paray-le-Monial d'une visitandine remuante, Marie ALACOQUE (1647-1690). Ce  nom empreint de bonhomie  dissimule une acharnée de la sainteté,   Sainte Marie Marguerite, décidée à vouer la France au Sacré Coeur . Les rois y avaient rechigné,  la toute jeune troisième République  passa à l'acte et fit construire sur souscription publique la basilique de Montmartre  pour laver le péché de la Commune    . 

 Quoi qu’il en soit, à mi-février la merlette doit couver.

  Et  surveillez bien le ciel, braves gens car s’il neige à Saint-Onésime, la récolte est à l’abîme. Eh oui, l’Église a plus d’un saint dans son martyrologe du jour.  Pour les amateurs , un conseil de  lecture au passage : la Légende Dorée de Jacques de Voragine, un  stock inépuisable de supplices sanctifiés. 

 

                         Ça s’est passé un 15  février

 

 

r&clame meubles le pa de c sinistré 15 fév 20

1836 Publication de Jocelyn de Lamartine. Un roman d’amour. Le narrateur - héros en

figaro fin des grèves

est un prêtre. Parfait pour s’endormir au rythme de ses alexandrins. Je parle d’expérience, en ayant trouvé  un exemplaire  parmi des livres que maman avait gardés de sa scolarité au lycée de jeunes filles d’Arras. Et pourtant,  à le feuilleter aujourd’hui,  si l’on fait abstraction d’une versification  souvent plate  on tombe sur quelques passages plein d’humanisme et d’appels à la tolérance que nos sectaires du jour feraient bien d'écouter. 

Le pauvre colporteur est mort la nuit dernière.
Nul ne voulait donner de planches pour sa bière ;
Le forgeron lui-même a refusé son clou :
« C’est un juif, disait-il, venu je ne sais d’où,
Un ennemi du Dieu que notre terre adore,
Et qui, s’il revenait, l’outragerait encore.
Son corps infecterait un cadavre chrétien.
Aux crevasses du roc traînons-le comme un chien.
La croix ne doit point d’ombre à celui qui la nie [...]

Vous croyez posséder seuls les clartés divines,
Vous croyez qu’il fait nuit derrière vos collines,
Qu’à votre jour celui qui ne s’éclaire pas
Marche aveugle et sans ciel dans l’ombre du trépas :
Or, sachez que Dieu seul, source de la lumière,
La répand sur toute âme et sur toute paupière ;
Que chaque homme a son jour, chaque âge sa clarté,
Chaque rayon d’en haut sa part de vérité….

Il y a les grandes orgues hugoliennes. iI y a la musique plus discrète et méconnue de celui qui fut un grand homme politique, et un véritable ami du peuple, Monsieur ONFRAY, et pas un démagogue

 

1950 Première de Cendrillon de Walt Disney. La France devra attendre le 1er décembre

1946 sont né.e.s un 15 février

       Yves COCHET, un  Vert presque  historique,  qui donne désormais dans le catastrophisme,  ou plus exactement dans la collapsologie

      

cusine tante marie

Jacqueline DEAUCOURT championne du cake aux fruits, du choux à la crème et de la quiche lorraine

       Matthieu RICARD,   porte-parole et traducteur du Dalaï-lama, fils de Jean-François REVEL, brillant polémiste. Dans son ermitage glacial  de l'Himalaya ou dans un studio  surchauffé d'Antenne 2 , toujours  la  même robe safran dont un pan découvre l'épaule dénudée.  Une pub pour Damart "froid moi? jamais"

      Din nou couin : 15 février 1814 : naissance d’Angélique marquise des Anges  ou quasiment : à Hendecourt-les- Ransart près d’Arras Angélique Françoise MARQUIS pleure en recevant sur son visage quelques gouttes  d'’eau glaciale : pour le salut de son âme le curé Lequette ancien récollet, l'asperge d'eau bénite sur les fonts baptismaux de l’église  de la Nativité . 

      . Il y a quinze jours encore, elle  se réduisait pour moi à une date de naissance,  et  un mari, Florentin FROMENT  présent dans le fichier parce que je suis collectionneur de FROMENT  du nord de la France, dans l’espoir de tomber un jour sur l’individu qui permettrait de raccorder les différentes branches  à un tronc commun.

             Je vous livre maintenant  la petite (la plastique de Michelle Mercier en sus)  avec parents, petits FROMENT, et un véritable nid, à Hendecourt, de MARQUIS,  -  ironie du

angélique affiche

sort- bergers ou tisserands, journaliers, manouvriers. Difficile d’imaginer cette paysannerie descendre du  titulaire d’un marquisat  -à moins d’une fameuse dégringolade sociale  parfaitement improbable. Comme souvent, avant de se figer et de se transmettre vers le XIème siècle,  MARQUIS fut  plutôt un sobriquet moquant celui qui se donnait les allures de la haute noblesse ; il a pu aussi  désigner le domestique d’un marquis ou un paysan  travaillant les terres  d’un marquis. Pas trace à ma connaissance de  marquisat aux environs durant la période médiévale mais le métier  de berger  que plus d’un exerce n’a rien de sédentaire : ces MARQUIS qui ont prospéré à Hendecourdelle (tel était autrefois le nom du lieu) venaient sans doute de beaucoup plus loin.  L’amusant, c’est que tandis que mes MARQUIS se multiplient au bas de l’échelle sociale – toutefois dès la fin du XVIIIème les hommes savent signer- le seigneur du lieu  depuis 1570 ,   anobli  en 1614 se nomme avec fierté Le SERGEANT d’HENDECOURT, 

Hendecourt armooiries celles de lesergeant

 

marquis 1814 N angélik hendecourt

alors qu'existent par ailleurs dans le même village des SERGEANT  dûment roturiers alliés à mes MARQUIS. Sans Estre, Sergeant je suis, telle est la devise [je suis preneur  de l’interprétation à en donner] de ces nobles sans complexe, dont les armes (reprises par la commune) « d’azur à trois gerbes d’or liées de gueule » affichent avec fierté de prosaïques  bottes de blé. Difficile effectivement de tirer grande gloire de la fonction de sergent sous l’Ancien Régime : elle est tenue par un notable de village doté  ainsi d’un petit pouvoir de justice, entre le rôle du bailli et celui de prévôt.

    Angélique a un père  tisserand: Hubert (1788-1862), un grand-père: Dominique François (1754-1829) aux métiers variés  souvent manouvrier ou journalier, marchand de tabac en 1788, berger dans ses vieux jours en 1820, un arrière-grand-père  Lambert qui voit mourir la même année son père Pierre  au bel âge de 86 ans et sa femme Marie Marguerite Caboche à 63 ans. Tous natifs d’Hendecourdelle  et mariés sur place, y compris la vedette du jour qui  accepte de se retirer de la scène  à l’âge canonique de 92 ans le 20 janvier 1907. On vivait bien et longtemps à Hendecourt, et particulièrement les natives du 15 février – jusqu’à ce que la GUERRE , oui toujours la même, la Grande, ne réduise en caillasses les belles pierres de calcaire blanc des maisons du village, de l’église et du château occupé alors par la famille de Diesbach de Belleroche dont  je découvre qu’un descendant  actuel n’a pas hésité à faire du nom une marque  , "la société MONSIEUR BENOIT DE DIESBACH DE BELLEROCHE spécialisée dans les arts du spectacle vivant"! Pauvre France  (pauvre Suisse plutôt en l’occurrence,  le

hendec les rans église

marquis 1780 N 1er eft domi-001

berceau de la famille étant  helvétique).

  Angélique tient son prénom d’une tante Marie Angélique Désirée  MARQUIS (an III- 1869),  première – et unique- fille après cinq garçons. Le MARQUIS  pullule à Hendecourt : c’est l’impression qu’on retire à parcourir les sept feuillets du recensement de 1820:   vingt MARQUIS seulement en fait sur les  194 habitants mais l’effet de masse est certain et plusieurs facteurs  sont en cause.  Honneur aux gènes  des maris et des épouses : pas d’hécatombe de bébés  et  on vit  vieux. Pas de dispersion : on  reste au village ; les garçons sont nombreux et transmettent leur nom : Dominique-François  a eu 7 enfants dont  6 garçons et autant de futurs MARQUIS. Parmi eux, Hubert le père d’Angélique donne à celle-ci 4 frères et  3 sœurs. À cela s’ajoute une originalité supplémentaire : cet Hubert et ses deux frères Aimable et Joachim  épouse les trois filles LEBRUN : Marie-Thérèse Joséphine, Marie Augustine Geneviève, Marie Jeanne Frosine. Tournis garanti avec ces ménages –clones MARQUIS - LEBRUN  et leur progéniture.

Angélique s’est mariée. Avec Florentin FROMENT (1806-1887): les parents d’icelui, venus du village voisin, avaient le sens de l’allitération en choisissant ce prénom  assez rare mais en vogue  dans ce village. Ouvrier agricole, père tailleur d’habits. Une famille de filles : cinq sœurs avant lui et encore une ensuite :   père et mère devaient tenir à lui comme à la prunelle de leurs yeux. Angélique et Florentin ont passé cinquante-cinq ans ensemble depuis leur mariage le 17 septembre 1833 -et ils se connaissaient depuis l’enfance. Autant dire qu’ils ont vécu côte à côte durant 80 ans. Ils n’ont pas chômé et cette branche de FROMENT n’aura pas disparu :

angélique film

huit enfants  dont plusieurs  en élèvent autant ; au total 29 petits-enfants. Au recensement de 1886, c’est à peine si je  repère  nos Philémon et Baucis de l’Artois au milieu d’un marécage MARQUIS et de FROMENT mêlés.   Mais pas un seul FROMENT qui ait un lien avec les miens !

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 Merci à  Martine Totola  dont le travail sur Généanet m'a permis de compléter ces familles nombreuses

https://gw.geneanet.org/mtotola?lang=fr&p=florentin+joseph&n=froment

 

 

 

Un rêve américain avorté

né un 16 juin

 

  Pour une fois, une dédicace:

à Jocelyn dont c'est aujourd'hui l'anniversaire

                   Le 15 aurait eu sa logique pour un blog qui flirte avec une parution bi-hebdomadaire. Ou encore le 18 mais l’ombre de

carte gale

l’illustre speaker de la BBC était vraiment encombrante. Ce fut le 16. Et voilà comment je suis tombé sur une mine de nouveautés en jetant mon dévolu sur Zéphyr Gustave DEAUCOURT.  Pourquoi lui ? Il n’y avait pas foule de candidats et  puis c’était  l’occasion de réparer ma négligence vis-à-vis de cette branche de cousins qui ont fait leur vie au Nord d’Arras alors que ma famille  s’est ancrée dans les campagnes du Sud, proches de la Somme. Ce sont aussi les premiers, dès le milieu du XIXe siècle,  à faire écrire leur nom avec un E. Les enfants de François-Marie DAUCOURT  ne se sont guère éloignés dans toute leur existence  de Beaufort le village natal mais  l’un d’entre eux,  Zéphyr,  va

DCT arbre

 

suivre ses deux garchons (prénommés Zéphyr tous les deux !)  à Bully-Grenay : ils  ont quitté les collines de l’Artois, ses paysages vallonnés de pâtures, de champs de blé et de betteraves pour fonder leur famille dans la plaine de la Gohelle, autour de Lens. S’ils sont nés à Noyelle-Vion, à côté de Beaufort,  quelques lieues auront suffi, une fois franchies la crête de Lorette et la côte de  Vimy,  pour les jeter dans un paysage et une société en pleine révolution : les paysans

bully gd rue

deviennent mineurs, houilleurs dit-on alors. Les gros villages traditionnels  groupés autour du clocher  changent de visage, de nom même parfois et deviennent des cités minières : ils se gonflent  de nouveaux quartiers en briques  tracés au cordeau, et dominés par les chevalements des puits. Les modes de vie sont bouleversés.

 

Des mots nouveaux surgissent : porions, galibots

min vert

 

galibots

min galerie

carreau de mine, fosses, corons, terrils. Pour les fils de Zéphyr Joseph, c’est une aubaine car il n’y avait pas d’autre perspective: dès 1861  ce ménage  de journaliers, qui avait perdu quatre enfants sur six , faisait partie des « indigents secourus par la charité ». Les compagnies  recrutent à tour de bras. Avant même leur service militaire, Zéphyr Gustave et Zéphyr-tout-court travaillent à la mine. Ils s’installent

courrières méricourt

à Bully - appelé plus tard Bully-Grenay puis  Bully-les-Mines et s’y marient. Des gueules noires.  La vie rythmée par les postes, les remontées et les descentes qui remplissent et vident les rues. L’entraide, l’estaminet. Les accidents. La silicose, les sirènes. La mort.

             Fin de l’histoire ? Non. J’ai eu la main heureuse : mon Zéphyr-Gustave  a un dossier militaire, plein d'intérêt (de façon inexplicable celui de son frère reste introuvable) . On connaît son physique : un châtain aux yeux roux ( dénomination bizarre pour des yeux) grand par rapport à la moyenne de l’époque : 1m72.

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Surtout, l’oiseau profite de l’aubaine pour voir d’autres horizons que le terril et les corons noircis: il a signé un engagement de cinq ans dans l’infanterie de marine, les fusiliers marins  qui sont à la manœuvre en Afrique et en Indochine. Il est gâté : c’est le

 

 

moment où Jules Ferry engage l’expédition du Tonkin. Le Chti est au cœur de l’action. D'abord ans le 1er Régiment d’infanterie de marine sur le Niger puis le Sénégal. Ensuite, avec le 4è RIM il embarque à Toulon pour  le Tonkin, la Cochinchine, Saigon de 1882 à décembre 1884. Revenir à Bully, descendre  à la mine, on imagine bien que ce ne fut pas de gaîté de cœur –et pourtant il aurait pu rempiler. Il ne l’a pas fait. Il s’est marié, a eu des enfants, a accompli régulièrement ses périodes dans l’infanterie de marine – bouffées d’oxygène dans tous les sens du terme. On sent pourtant  l’instabilité : peut-être en quête de meilleures postes, on le retrouve à Bruay en 1891, à Rouvroy en 99, à Méricourt en 1900. Une morale élastique aussi car il y a  ces 6 jours de prison pour vol en 1892.

                   Mais voici plus inattendu ; et là je crois que j’ai

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touché le jack pot – en réalité je ne m’en suis aperçu que ces temps-ci : dans la liste des adresses successives, après  diverses localités attendues dans le bassin minier, voici en queue de peloton une mention 10 février 1905 Chicago,  barrée. Quand je l’avais notée, j’avais cru que  l’employé aux écritures avait ainsi proprement corrigé une erreur. En fait maintenant je ne crois plus à l'erreur: la mention a été barrée parce que mon Zéphir Gustave est définitivement libéré de ses obligations militaires. L’armée n’a plus à connaître son itinéraire. Dommage car la suite de l’existence de notre mineur du jour est bien floue. Dans l’immédiat pourtant, me voilà requinqué : j'ai du grain à moudre comme disait André ( Bergeron, secrétaire totémique de Force Ouvrière). En route pour une nouvelle aventure sur la Toile, à la recherche d’une éventuelle émigration au Nouveau monde. Un fait plutôt rare chez nous, terre d’immigration de belges, de polonais, plus tard d’italiens ou d’espagnols. Un cousin d’Amérique ?

        Autrefois, vouloir retrouver sa trace aurait relevé du défi aussi hasardeux que de traverser  l’Atlantique à la rame   mais nos infatigables fourmis de Salt Lake City ont  tout répertorié et mis en ligne – ou presque. Recherche lancée. Bingo: DAUCOURT, surtout sous la forme DEAUCOURT  est un patronyme rare  et voici qu’apparaît sur l’écran un type de document rare  et émouvant: la liste de ces gens qui ont affronté dix jours en mer, seul ou avec femme et enfants : leur passé,  leur destination et donc leurs espoirs tiennent

en colonnes serrées, rébarbatives et pourtant si précieuses car s’y conserve la seule trace d’existences minuscules. Puissance de l’informatique : armé de mes seuls petits neurones et de mes pauvres yeux de vieil humain, aurais-je eu  l’idée de l‘existence d’un tel document ? Et même alors, une  chance infime de tomber  sur LA page où figurerait Gustave DEAUCOURT.

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              Il est bien là, débarqué à Ellis Island,  le 20 octobre 1903, en compagnie d’autres mineurs candidats à une vie meilleure, des Italiens mais aussi des Français du Nord (Noyelles, Hénin-Liétard -devenu ce fameux Hénin-Beaumont-, Roubaix) et même de Pau. Il est venu sans sa famille, comme en éclaireur, mais pas tout seul : à ses côtés, une connaissance de Méricourt, Henry BERTIN – un nom qui ne m'était pas inconnu. En généalogie il faut tout garder, comme dans le bricolage

ça peut toujours servir. Tout noter donc, même les témoins ou les parents de personnages secondaires. Effectivement, c’était le futur  beau-père  de sa fille Robertine (dans quatorze ans ! -le généalogiste joue les  Madame Irma à rebours: il sait prédire l’avenir déjà connu).

 

Ce ne sont pas des têtes brûlées  mais des chargés de famille: Gustave a 45 ans ; avec ses 41 ans Henry a un peu le  même pedigree : il a tourné dans les mêmes puits de mines depuis 13 ans ; grâce au service militaire passé en Afrique,  il a aussi connu d’autres horizons que le carreau de la mine et les terrils; physiquement, il est nettement plus petit 1m62, avec des yeux roux (lui aussi! le scribe doit être un fétichiste) , des taches de rousseur mais une instruction très élémentaire. Par quel réseau de propagande et de recrutement ont-ils été influencés? Les deux donnent pour référent et point de chute aux États-Unis un certain Joseph HELLE à Georgetown. Le vieux limier flaire une piste bien chaude. Les moteurs de recherche ronronnent de bonheur comme Pépita (ma chartreuse de gouttière).  

         Au rapport. Georgetown est alors une bourgade minière créée autour de la gare d'où partent les wagons de charbon.Entre 1890 et 1900 sa population augmente de 50% tandis que Danville, le chef-lieu du Comté de Vermilion à 20 kms double carrèment son nombre d'habitants. Chicago est à 150 kms. Ici l'extraction se fait en grande partie à ciel ouvert. Est-ce cette particulrité, prometteuse de conditions de travail plus confortables qui a attiré nos mineurs du Nord?

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               Le Rijndam sur lequel ont embarqué les deux compères  ne transporte pas que des candidats à l’émigration, comme l’atteste un menu déclinant ris de veau glacé Talleyrand, faisan de Bohême à l'Anglaise, pêches Melba. Racheté par les USA  il deviendra ensuite un valeureux transport de troupes américaines durant la première guerre mondiale. Propriété d’une compagnie néerlandaise basée à  Rotterdam, il  a l’avantage de faire escale à Boulogne-sur-Mer.

               Joseph Helle. Le référent de ces  immigrés n’a aucune expérience de la vie américaine : il vient juste d’arriver un mois avant : sur la même ligne il a pris le Rotterdam. Âgé de 34 ans,  il arrive avec sa jeune femme et leurs quatre enfants de 11, 6, 4 et 1 ans. Ils sont de Méricourt, tout comme  le belge Aimé Zoute qui vient seul à 58 ans, et les Louis Bertin père et fils, des parents  c’est sûr (mais par quels liens je l’ignore encore) de celui qui accompagne  Gustave DEAUCOURT sur le navire suivant. On reconstitue ainsi toute une filière : la tête de pont est un ami à Georgetown Jean BRAULT,  un breton d’origine. Passé par Méricourt il va faire souche

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aux États-Unis et devenir américain. Les deux Bertin vont retrouver à Flaglers Iowa un beau-frère et le vieux belge y rejoint sa fille.

              Flaglers. 200 habitants en 1914, quelques maisons autour de la gare du chemin de fer qui embarque le charbon pour Chicago. Une église méthodiste, une poste, le téléphone, une école avec 3 maîtres, un magasin général. Un vrai décor de western. Un village fantôme maintenant : 50 habitants en 1990.

           On passe au dénouement. La greffe n’a pas pris. Contrairement à Jean BRAULT, les HELLE, les BERTIN et Gustave DEAUCOURT ne s’installent pas dans l’Illinois. Joseph  HELLE meurt à Méricourt le 10 mars 1906, et Henri BERTIN aussi. Que s’est-il donc

 

courrières méricourt

 

 

produit ? La catastrophe de Courrières (elle a lieu en fait à Méricourt mais la fosse 3  sinistrée appartient à la Compagnie des mines de Courrières) . Officiellement 1029 morts. Un  traumatisme  social et moral.

           Et Zéphyr Gustave ? Je sais seulement qu’en 1905 il est encore à Chicago. On le retrouve en  1914 à Mazingarbe (dossier militaire de son fils) puis en 1919 à Paris dans le 10ème  5 rue du Dahomey. Il est infirmier. Je perds alors sa trace, et celle de sa femme.

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De Zéphir Gustave reste une photo rescapée comme on disait des 13 mineurs sortis vivants après avoir errés durant vingt jours dans l’obscurité des galeries -en employant un mot picard  entré à cette occasion dans le vocabulaire français

  Le rêve américain : un leurre pour les chtis ? Pas pour tous. J’ai cherché à savoir ce qu’étaient devenus les Louis Bertin arrivés  par le Rotterdam  un mois  avant Gustave. En France le jeune Louis est déclaré insoumis en 1914 . Grave accusation : il faut attendre 1945 pour qu’on déclare le délit prescrit. Que s’est-il passé ? Inconnu au bataillon en France, il est connu comme le loup blanc par les services fédéraux américains: il est régulièrement recensé à Des Moines Iowa. En 1940, il est électricien dans un garage, et plus tard pompier ; il est marié à une Mary, père d’un James Louis de 7 ans. En fait il avait été naturalisé dès 1917 ! Apparemment il n'avait pas eu envie de repartir en France comme engagé volontaire avec les autres américains. Peur de complications inextricables avec cette accusation de désertion? Il meurt à 79 ans le 10 décembre 1971 à Des Moines  où il aura passé plus de soixante ans. Ses parents  sont  restés aussi: au recensement de 1930 (ils ont passé la soixantaine ) le père ancien ouvrier agricole s’est fait mineur, un fils Marceau vit de "petits boulots".  Comme leur fils  aîné, ils demeurent à des Moines. Je ne sais où ni quand  ils sont morts. Aux States probablement.


Saloir et pediâtrie

 

St Nicolas ( II)

                        Dans la France septentrionale, comme dans l’Est, la véritable fête des enfants était dans les années d’après-guerre  non pas Noël mais la St Nicolas, le 6 décembre. Je me souviens avoir reçu  pour l’occasion une petite trompette de  métal bleu. À Lille, quand j’y étais étudiant dans les années soixante et que les facultés étaient encore installées dans la partie Second Empire de la ville,  pour cette journée spéciale, des bandes d’étudiants coiffés de la faluche  traversaient toute la journée les rues du centre en monômes de plus en plus joyeux au fil des bocks.

      St Nicolas est « multicartes » : protecteur des enfants grâce au miracle célébré dans la complainteIl était trois petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs, par extension  il patronne ces grands enfants d’étudiants et d’ailleurs plusieurs versions de la légende mettent en scène des clercs, des escholiers  c’est-à-dire des étudiants plutôt que de jeunes écoliers. Mais pourquoi sur l’image d’Épinal, ce vaisseau qui fend les flots pour entrer dans un port, cette ancre, ces balles? C’est qu’il est le protecteur des marins, des voyageurs et des pèlerins  pour avoir selon la légende et sa prolifération d’ajouts sauvé maints bateaux du naufrage.  Ainsi s’explique qu’à Cap-Breton, autrefois grand port de commerce et de pêche (jusqu’à Terre-Neuve) l’église, connue pour son clocher-phare arbore sur son modeste fronton une statue (bien mangée par  l’air marin) de celui auquel elle est dédiée.  Saint voyageur lui-même, à son corps défendant : évêque de Myra en Lycie, (en Asie Mineure, près d’Antalya, dans le Sud de la Turquie actuelle) très en honneur dans tout le monde orthodoxe, sa relique fut kidnappée,  et « transférée », « translatée », par des croisés à Bari  mais un seigneur français réussit à en distraire un doigt – une phalange plus exactement- qui devient le centre d’un pèlerinage à St Nicolas de Port près de Nancy. Énième avatar pour ce saint venu d’Orient qui se transforme  en patron de la Lorraine cependant que son culte se propage dans toute la France, les Pays-Bas et l’Allemagne rhénane. Et c’est ainsi que l’immigration germanique aidant, Santa Claus va préfigurer aux États-Unis ce Père Noël qui finit par l’évincer.

     Dimension  géopolitique  de ce  Saint  si lié chez nous à l’enfance et qu’on démembre sans vergogne aujourd’hui encore: en 2017 le pape François et le

st nic arrivée en Russie

patriarche de Moscou se sont mis d’accord pour offrir aux Russes l’occasion d’adorer chez eux la relique du protecteur de la Sainte Russie et la châsse quitte Bari pour la première fois depuis neuf cents ans. Le site officiel de l’Église orthodoxe russe narre la cérémonie avec minutie et componction. Un petit reliquaire contenant la parcelle de reliques [le journal La Croix précise prosaïquement « une côte », les medias russes ajoutent « une côte gauche, la plus près du cœur »] de saint Nicolas qui sera transportée en Russie, était placé sur l’autel pendant la liturgie. Après l’envoi, le prieur de la basilique Saint-Nicolas, Ciro Capotosto, a porté le reliquaire dans l’église haute. Après l’encensement au chant du tropaire à saint Nicolas, le reliquaire a été placé dans une châsse surmontée d’une icône du saint, fabriquée spécialement pour l’occasion par les orfèvres de l’entreprise « Sofrino ». […] Ensuite, la châsse a été portée en procession hors de la basilique. Un feu d’artifice, traditionnel pour les fêtes religieuses à Bari, a été lancé. La châsse a été solennellement transportée à l’aéroport et s’est envolée pour Moscou. Elle sera accueillie à la cathédrale du Christ Sauveur par Sa Sainteté le Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie. Les fidèles pourront y vénérer la relique jusqu’au 12 juillet, après quoi elle sera transportée à Saint-Pétersbourg.

 

 Pendant ce temps des archéologues (italiens ou turcs) affirment avoir fouillé à Myra ( actuelle Demre)

St nicolas -MYRA_-002

la tombe présumée du saint, ensevelie profondément à la suite d’un tremblement de terre vers 500 ; des ossements ont été trouvés enterrés avec soin et d’en conclure que 1° le saint n’a jamais quitté la Turquie (peu importe les anachronismes, Nicolas ayant vécu à l’époque byzantine) 2° tout le tintouin  religieux  autour de Bari  ne concerne que les restes d’un prêtre et repose sur une vaste fumisterie !   L’antique commerce des reliques n’a pas fini de nourrir notre présent et de revivifier tous les nationalismes contemporains.      

   Et moi et moi et moi ? Dans mes fiches  j’ai des Nicolas, nombreux, en rapport avec la popularité  dont le prénom a joui par le passé tout comme aujourd’hui,  - avec un creux étonnant à cheval sur le XIXe et le XXe siècle.

nicol popularité

L’apogée du succès se situe pile au tournant du XVIIIe. Au sein  de mon bataillon de 17000 individus, 494 se prénomment

nico carte

Nicolas : on frôle les 3% dans un secteur géographique centré sur le Sud -Ouest de l’Arrageois, une réalité que ne démentent pas les chiffres fournis par la base Geneanet. Remarque purement anecdotique : les naissances de garçons un 6 décembre se comptent sur les doigts d’une seule main et trois seulement ont du coup reçu le prénom du saint du jour.

 

que faire lénine

Et maintenant, Что делать? / Chto dielat?  Que faire comme disait l’Embaumé de la Place Rouge? Ou en plus classique, plus neutre et plus léger Quid faciamus (exemple grammatical depuis des lustres  du subjonctif délibératif en latin) autrement dit en bon picard, quoiquin fageons ? Qu’allons-nous faire? Je pourrais prendre les familles où le prénom se transmet sur deux ou trois générations : c’est un chantier trop vaste et du travail de coulisses pas forcément intéressant pour un billet. Mieux vaut se recentrer sur les ancêtres directs. Mon premier choix était tombé sur une famille VAILLANT, plus ou moins impliquée dans ma lignée.  Leur nom est gage d’allant! Yallah ! Et joyeux Noël !

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Vive St Nicolas Homme

Sur St Nicolas et la construction de sa légende

https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article939

un blog   « à propos des reliques de saint Nicolas de Myre » avec des commentaires très orientés

http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?t=1121

le point de vue officiel de l’église orthodoxe russe

https://mospat.ru/fr/2017/05/21/news146173/

   

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drôles de saints

 

 1er  Novembre 

 Journée mondiale du véganisme (mon correcteur  de vocabulaire me refuse le mot et propose vaginisme !). Bel exemple d’humour involontaire que le choix de ce jour! En l’honneur de tous les animaux de boucherie auxquels les végans souhaitent une mort  heureuse?

      Les sites spécialisés dans les éphémérides  sont d’une lecture réjouissante. Dans ce rappel des événements du passé se côtoient le futile, l’insolite, le tragique ou l’historique ; on y mesure aussi notre forcenée capacité d’oubli.

Au hasard (presque)

1er novembre 1970. Le cinq-sept  brûle. Les plus anciens s’en souviennent-ils ? C’est le nom d’une boîte de nuit de l’Isère. Cent quarante-neuf morts. Quand même.

 1er novembre 1954.

1er nov parisien libéré

une 1 er nov

On ne le savait pas : c’était le début de la guerre d’Algérie. Et l’émergence d’un mouvement inconnu, le FLN. Les fils de la Toussaint, selon le titre du livre d’Yves Courrière, le premier à avoir travaillé sur « les événements ». Ce jour  est désormais  jour de  fête nationale en Algérie.  Huit ans de déchirure en France, de bouleversements intimes rarement étalés au grand jour. Sursitaire, j’aurais dû partir  en 1962 mais les accords d’Évian me sauvèrent la mise.

Deux cents ans en arrière. 1er novembre 1755. Tremblement de terre de

 

voltaire poème désastre original début

Lisbonne , d’amplitude 9 estime-t-on aujourd’hui, suivi d’un tsunami  et d’incendies qui durèrent cinq jours.  D'immenses vagues destructrices  atteignirent en réponse  tous les bords de l’Atlantique, de l’Afrique du Nord,  à la Martinique et jusqu'à la Finlande, au fond de sa Baltique. À Lisbonne même,  entre 60000 et 100000 morts. Destructions  des bâtiments les plus prestigieux,  des églises, des bibliothèques, des archives  du royaume  -dont les comptes rendus des grandes explorations passées.  Pour le  Portugal,  c'est la fin de l’âge d’or.  D'aucuns pensent que l’impact sur les consciences de l’époque fut comparable à celui de la Shoah sur nous. En plein éveil des Lumières  se multiplient les interrogations métaphysiques sur le sens d’une pareille catastrophe,  sur la place du Mal dans le plan du Créateur. Chaque année, je faisais étudier en première des extraits du poème de Voltaire, un des rares exemples de poésie philosophique, surtout en un siècle si dénué de sens poétique. À l’ordinaire plus versificateur que créateur inspiré, l’angoisse sincère  arrache à Voltaire  des accents déchirants. ( On dirait du Lagarde & Michard, non?)

1er novembre 1950.

Proclamation-Assomption-04

Maintenant qu’on m’en parle, je m’en souviens : Pie XII avait décrété 1950 année  mariale   afin d’offrir un bel emballage à  l’Assomption de la Vierge que fort de son infaillibilité papale, il avait érigé en dogme . Pour être un bon catholique, il fallait croire qu’elle était montée au Ciel  et comme corps et comme âme sans subir la corruption charnelle. À la maison on était œcuménique : étaient punaisées côte à côte deux pages de la Voix du Nord (ou de Nord-Matin, peut-être, son rival socialiste) Pie XII proclamant 1950 année mariale et le portrait de Léon Blum grand format. Blum, soit : dans la famille on était de fervents SFIO mais pourquoi cette année-là ? Renseignements pris à l’instant, il était mort le 30 mars. 

     Tiens, au petit jeu des « je me souviens » à la Perec, me revient à l'esprit la journée de deuil national décrétée pour l’enterrement du général Leclerc. Sa photo parue en Une  - un poster avant la lettre- avait aussi été punaisée sur un mur de la maison Cité des marronniers,

reste-avion-leclerc

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leclerc Mal monument

308bis. Mon informateur habituel me souffle que c’était le 8 décembre 1947. Je me souviens surtout être resté à la maison car il n’y avait pas eu école. Son avion s’était écrasé  près de Colomb-Béchar le 28 novembre . Il était né le 22 novembre 1902. Après la stupeur et l’affliction, des rumeurs   de complot accompagnèrent longtemps la disparition du libérateur de Paris et de Strasbourg, un héros aussi populaire à gauche qu’à droite, surtout en Artois dont  il était originaire, et malgré un passé maurassien avec lequel il avait rompu dès 1940.

1er novembre 1179 :   On remonte le temps à grande allure. Philippe -Auguste est sacré roi de France à Reims. Pourquoi mon site de base retient-il cette date ? Pas de quoi fouetter un chat : ce n’est ni le premier ni le dernier sacre à Reims. On reste en famille : son oncle lui donne l’onction ecclésiastique.  Plus singulier : le surnom d’icelui : Guillaume aux blanches mains. N’aurait-il pas eu par hasard  un concurrent,  Guillaume le Blond ?  On aurait  rejoué  façon Jean Genet la rivalité autour de Tristan entre la légitime (et traîtresse) Yseut aux blanches mains et la seule aimée, Yseut la Blonde.

Anonyme_-_Gisant_de_Guillaume_Le_Jeune,_évêque_de_Mende_(Lozère),_1296-1330

 

 

1er novembre 1908. Naissance d’Alexandre CHAZEAUX, « homme politique français » décédé en 2001. J’en demande pardon à sa famille,  mais  pour moi qui m’intéresse à la vie politique depuis l’Express de Servan-Schreiber  et Françoise Giroud,  Chazeaux est un inconnu parfait. Allons aux nouvelles. Il a été essentiellement actif à Marseille et dans les années cinquante. Un ancrage régional dans les rangs du MRP. J’aurais appris quelque chose. Le MAITRON, vous en dira bien plus, et mieux que moi.

Et maintenant, deux morts. Guillaume DURAND écrivain … et évêque. Diable ! Mais en 1296. C’était pour rire. Un grand personnage cependant, évêque de Mende  - avant même d’être prêtre mais dans la famille on est évêque d’oncle en neveu. Il ferraille contre les barons de la région et réussit à devenir comte du Gévaudan ; il participe à l’affaiblissement des Templiers, propose au Concile de Vienne le mariage des prêtres. Sur la route pour préparer une Croisade qui n’aura jamais lieu, il meurt à Nicosie en 1330.  L’église et le tombeau où il reposait furent détruits au XVIe siècle. Ne reste qu’un gisant de deux mètres  visible à Toulouse. « Écrivain » dit ma source. Bizarre  qualification. Théologien tout simplement ou "comment rater à moitié tout ce qu'on entreprend".

       Mort aussi de Jules Romain, mais pas l’académicien  Jules ROMAINS,

Self-portrait_Giulio_Romano

 Farigoule de son vrai nom et mort  en 1972 -  je parle du peintre, décédé en 1596.

On fête tous les saints bien sûr, mais plus particulièrement  Spinule ainsi que Gralon.  Pensez à eux si vous en avez dans vos connaissances.  Ne pas oublier   Primitif et Facond deux martyrs du côté de Salamanque. J’ignore si des espagnols d’aujourd’hui se réclament de leur patronage. Vous aurez aussi deux Césaire pour le prix d’un, un martyr sous Trajan vers 110, le 22ème évêque de Clermont d’Auvergne mort en 627. Ajouter Côme et Damien,  des jumeaux que les orthodoxes fêtent le 1er novembre. Deux anargyres m’apprend-on. Des anargyres? Des derviches qui tournent de façon anarchique ? « Meuh non » comme dirait Gaston Lagaffe. La bonne coupe n’est pas anar-gyrios  mais an-argyrios qui signifie «  sans argent » en grec byzantin : ils ne se faisaient pas payer. Et pan sur le bec ! Comme si l’existence  de cette paire de martyrs sous Dioclétien ne suffisait pas,  histoire de brouiller inutilement les pistes, les diverses églises reconnaissent deux autres couples de jumeaux qui ont la

Come_et_Damien_Image_d'Epinal

même profession. Et fêtés à des dates différentes. Mais tous ces clones protègent médecins et/ou pharmaciens. Éclectisme ou ambivalence des symboles : au Brésil, ils sont protecteurs des enfants : le jour de la fête (le 27 septembre), on leur distribue des paquets de bonbons imprimés à l’effigie des jumeaux. Pour les habitants d’Isernia près de Naples  apparemment obsédés par l’impuissance  mais d’imagination fertile,  ce sont  des saints phalliques qu’on invoque pour des problèmes de fertilité – parce qu’ils sont jumeaux ? Phalliques vraiment nos deux savants engoncés dans  leurs simarres jaune et rouge ??

    

eponine ds la chambre de marius P jeanniot 1890

On n’aura garde de laisser de côté les Éponine. Personnellement, comme beaucoup d’entre vous, je ne connais que la fille des Thénardier, la sœur  de Gavroche, amoureuse de Marius   « une rose dans la misère », selon l’intitulé trouvé par le grand Victor pour un chapitre. Cinq Éponine recensées en 2018. Les porteuses antérieures qui savent déjà écrire sont   très satisfaites. Ainsi Epaty : je vous livre un copier-coller de son message : Je m'appelle Eponine et je suis fière de portée ce jolie prénom peut commun. On le complimente régulierement et je ne changerais pour rien au monde! Elle semble aussi très contente de son orthographe…

 Une autre femme attire mon attention, - l’unique en fait, dans toutes ces listes commémoratives, à se distinguer  par son œuvre et non par sa seule mort.

capet-autopportrait 1790

Capet marie gabrielle

-Marie-Gabrielle_Capet_-_dans son atelier 1808

Marie-Gabrielle CAPET née le 6 septembre 1761, décédée le 1er novembre 1818. Une aristocrate ? Une parente de Louis Capet et de Marie-Antoinette, la Veuve CAPET ? Fausse route totale. C’est son vrai patronyme. Elle est fille d’un domestique et d’une servante de la région lyonnaise. On ignore, selon mon informateur favori, comment à Lyon elle eut la possibilité de faire fructifier son talent et de devenir une de ces peintres du XVIIIème siècle qu’on se met à (re)découvrir : en 1791 elle fait partie des 21 femmes peintres qui exposent pour la première fois au salon du Louvre. Façon Vigée-Lebrun en plus modeste. Je ne vois qu’un  scénario possible : elle est la fille naturelle d’un aristocrate ou d'un riche soyeux lyonnais ; il reconnaît ses dons,  favorise ses premiers pas. Sans un efficace  coup de pouce,  difficile d’  expliquer qu’à l’âge de 20 ans, déjà lestée d'un sérieux bagage artistique, elle ait pu monter à Paris, devenir l’élève puis l’assistante, et la fille adoptive d’une pastelliste très en vogue Adélaïde LABILLE-GUIARD. Des appuis et son talent éclatant lui procurent une clientèle intéressante: la femme de l’intendant de Fontainebleau, le supérieur général de l’Oratoire, des fillles de Louis XV.

capet j hom en bleu

Durant la Révolution, elle passe au travers des gouttes et gagne sa vie en se spécialisant dans la miniature (comme le père de Baudelaire, prêtre défroqué et précepteur). Elle meurt le 1er novembre 1818, ayant cessé de peindre depuis plusieurs années. Voilà un personnage dont les années d'apprentissage méritent d’être sorties de l’oubli..  Elle est

CAPET_Marie_Gabriel_1751-1817_Peintre stèle

enterrée au Père-Lachaise. Je serais curieux de savoir si  sa tombe est encore visible. Un agréable but de promenade, en ce jour où le cimetière parisien éclate de beauté. Té ! À peine ai-je écrit cette phrase  qu’en cliquant légèrement sur mon écran, je découvre la tombe (division 11 chemin Mélul). Trop fort.

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 Poème sur le tremblement de terre de Lisbonne .1756                                                                            

Ô malheureux mortels ! ô terre déplorable !
Ô de tous les mortels assemblage effroyable !
D'inutiles douleurs éternel entretien !
Philosophes trompés qui criez: « Tout est bien »,
Accourez, contemplez ces ruines affreuses,
Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,
Ces femmes, ces enfants l'un sur l'autre entassés,
Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ;
Cent mille infortunés que la terre dévore,
Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours
Dans l'horreur des tourments leurs lamentables jours !
Aux cris demi-formés de leurs voix expirantes,
Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,
Direz-vous : « C'est l'effet des éternelles lois
Qui d'un Dieu libre et bon nécessitent le choix » ?

lisbonne treblemt de Ter et tsunami


Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :
« Dieu s'est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes » ?
Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants
Sur le sein maternel écrasés et sanglants ?
Lisbonne, qui n'est plus, eut-elle plus de vices
Que Londres, que Paris, plongés dans les délices ?
Lisbonne est abîmée, et l'on danse à Paris.
Tranquilles spectateurs, intrépides esprits,
De vos frères mourants contemplant les naufrages,
Vous recherchez en paix les causes des orages :
Mais du sort ennemi quand vous sentez les coups,
Devenus plus humains, vous pleurez comme nous.
Croyez-moi, quand la terre entrouvre ses abîmes
Ma plainte est innocente et mes cris légitimes.

On trouvera l’original  dans Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5727289v/f17.item.zoom

 Sur Marie Gabrielle CAPET : http://www.femmespeintres.net/peintres/hist/capet.htm

http://www.artnet.fr/artistes/marie-gabrielle-capet/

http://www.artinsociety.com/forgotten-women-artists-3-marie-gabrielle-capet-stepping-out-from-the-shadows.html

http://www.pastellists.com/Articles/Capet.pdf

 

La fille de Colombine a star is born

 

petite mise en jambe.

15 novembre 1812.

guilbert Mgr portrait

Naissance de Aimé Victor François GUILBERT. Encore un illustre inconnu comme mon site sait en dégotter. Fils d’un boulanger de la Manche, évêque d’Amiens (1879) , archevêque de Bordeaux  (1883) il est nommé cardinal en 1889 mais  il meurt trois mois trop tôt pour porter officiellement  le chapeau. Le 15 août 1889. Que souhaiter de mieux  pour un prince de l’Église en ces années marquées par la frénésie du culte marial ? Rien de remarquable semble-t-il à son actif. Un livre, peut-être : La Démocratie et son avenir social, qui paraît s’inscrire dans la ligne définie peu après par Léon XIII:   1891 doctrine sociale  de l’Église de l’encyclique Rerum Novarum; 1892 ralliement à la République dans le texte  Au milieu des sollicitudes  publié, contrairement à l’usage, en français avant de devenir l’encyclique inter Sollicitudines. Sacré Léon !

15 novembre 1905.

mantovani s orchestra

On avance. Naissance de MANTOVANI,  Annunzio de son prénom. Un italo-américain auteur de nombreux arrangements à la tête de son orchestre dans lequel il donne la part belle aux violons. Brillant, me dit-on. Sirupeux à coup sûr. Pour les mélomanes dépravés: voir plus bas le lien internet.   À ne pas confondre avec Bruno MANTOVANI, estimable compositeur de musique contemporaine et chef d’orchestre, directeur du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, plus progressiste dans son art que dans ses opinions: sur France-Musique il a suscité un beau tollé en 2013 en assurant  du haut de sa cinquantaine qu’une femme qui va avoir des enfants pouvait difficilement mener une carrière de chef d’orchestre « qui va s’interrompre du jour au lendemain pendant quelque mois et puis après j’allais dire vulgairement [va] assurer le service après-vente de la maternité: élever un enfant à distance ce n’est pas simple ». Actrices, cantatrices, et autres  mères-instrumentistes l’accablèrent de lazzi. L’imp(r)udent maintint son propos, ne regrettant que l’expression «  service après-vente ». Quand Ségolène Royale se portait candidate à la présidence de la République l’actuel président du conseil constitutionnel s’inquiétait  benoîtement :« qui va garder les enfants ? » .

 J’ai mon Mantovani perso : c’était dans les années cinquante un garagiste italien à la périphérie d’Arras, sur la route de Saint-Pol près de la Cité des marronniers où

mantovani rond pooint

pompe essence hopper

nous avons passé notre enfance. Il avait bricolé ses hangars avec des tôles faites de fûts d’essence récupérés de l’armée de l’air américaine,  recoupés et aplatis. Ce qui me fascinait, c’était sa station d’essence avec les pompes Mobilgas qu’on actionnait à la main, un réservoir se remplissait à la force du bras tandis que l’autre se vidait. Une vraie station  façon Hopper. Autour, la campagne,  la ferme Ramon où on allait chercher du lait,   plus loin celle des Vahé  dont les filles étaient mes camarades de classe, des pâtures, un petit bois pour les pique-niques de printemps à la recherche de  coucous ( les primevères sauvages s'entend).  Sur la hauteur  un champ de courses, qui ne s’animait que le lundi de Pentecôte,  un terrain d’aviation : les acrobates  de l’Aéro-club venaient perfectionner leurs loopings au-dessus de nos têtes. Dévalant jusqu’à la nationale une immense pâture où Ducroquez, un gros agriculteur de Duisans mettait des bœufs blancs à l’embouche : ils étonnaient car  nous ne connaissions  en fait de bovins que les Flamandes marron mais  déjà apparaissaient les  hollandaises pie,  qui gagnèrent la partie. À part l’hippodrome,  tout  a été englouti par un Mammouth avant-coureur d’autres hypermarchés, des tours, les HLM des Hauts Blancs-Monts, des rocades. Longtemps, l’endroit s’est nommé quasi officiellement rond-point Mantovani. C’est maintenant le rond-point Pablo Picasso. Le Mantovani de mon enfance    n'a pas disparu: il me semble qu'il survit sous les apparences d'un Midas rue des Bleuets. Quant aux marronniers, ils ont été victimes du grand remplacement  paysager : des peupliers, des platanes,  des prunus ….des arbres de lotissements quoi

Berneuil_eglise

 

Parmi la flopée de saint(e)s du jour,  en dehors du grand Albert père de l’Église ,  je relève saint Cessateur. Que les porteurs lèvent le doigt : on va s’empresser de les fêter. Mon correcteur d’orthographe se fâche et me  propose causateur, essayeur, testateur et même dessaleurMy god ! Saint Dessaleur ! Cessateur  s’appelle aussi Cessadre ; c’était un évêque de Limoges au VIIème siècle auquel était dédiée une église aujourd’hui disparue, ainsi qu’à une trentaine de kilomètres de là,  l’église de Berneuil, un village qui compte aussi 5 superbes dolmens. On en apprend des choses inutiles avec papa Doc !

À côté de ces augustes personnes, MA Clarice AUBY ne va pas faire le poids, je le crains. Elle a beau être « éligible »   à ce billet pour être une native du 15 novembre, et malgré une brochette de prénoms insolites din nou villache  à l’époque: Céline, Clarice, Angelina,  je ne sais d’elle que deux ou trois petites choses. C’est une DAUCOURT, petite-fille de François  DAUCOURT, le premier à avoir quitté le berceau familial de Wailly (à trois lieues au sud d’Arras) pour s’enfoncer un peu plus vers l’Ouest dans les collines de l’Artois. Pas loin : à quatre lieues de là. La mère de Clarice fut prénommée Colombine mais on l’appelait aussi  plus prosaïquement Catherine. C’était l’aînée. Le prénom est charmant  et ne manque pas d’exotisme au fin fond des campagnes de l’Artois mais la Commedia del arte vaut-elle brevet de vertu ? Imprudence, naïveté,  légèreté  de mœurs ? D’emblée Colombine se montra peu  sage. Ce 15 novembre, elle a 24 ans ; ce n’est plus une enfant. Son père vient déclarer que Clarice est née chez lui. Pas de père  connu. Colombine s’affirme domestique et demeure officiellement chez ses parents dans la maison desquels elle accouche. En fait, elle  vit à Amiens;  elle y entretient une liaison avec François AUBY un veuf qui se déclare ouvrier teinturier lorsqu’enfin, au 3ème enfant  né en 1852 il consent à officialiser sa relation et à reconnaître ses deux filles. Le petit Zéphir mort à deux ans, entre les deux naissances,  n’a pu porter le nom de son père. Sidonie la dernière-née meurt peu après le mariage de ses parents. Tout l’entourage noté en différentes circonstances vit

Poireau rue benoit malon

à Amiens dans le quartier ouvrier de Saint Leu  connu pour ses fabriques de tissage et de teinturerie installées dans les bras de la Somme. Mais Auby est un drôle de loustic. Quand sa fille Lucie se marie à Amiens en 1854, étant mineure elle doit avoir  l’autorisation d’un conseil de famille faute d’avoir obtenu le consentement de son père : il a disparu sans laisser d’adresse depuis 18 mois et les frères eux-mêmes ne savent  où le trouver. En réalité, il est parti avec Colombine et Clarice s’installer à Puteaux où il décède en 1876 .  Merci aux généanautes pour l’info ! Se serait-il fâché avec sa famille ? Mais pourquoi Puteaux? C’est là, rue Poireau (devenue rue Benoît Malon) que meurt à 37 ans notre Clarisse. Elle vivait  au 47 avec sa mère. « Artiste lyrique » déclarent les témoins. Fragile oripeau, cache-misère de qui vend ses charmes ?  Daumier, Devéria, d’autres moins doués ont montré ces filles souvent très jeunes adornées de leur mère -  une concierge souvent ou comme on disait alors une portière- qui fréquentent le Conservatoire de la rue de Madrid  pour entreprendre une carrière artistique dont elles espèrent une élévation sociale mais aussi dans l’espoir de se voir distinguée par  un  bourgeois qui l’installera dans ses meubles – avec maman bien sûr. Intégrées au corps de ballet, au  foyer  de l’Opéra,  telles qu’a su les magnifier plus tard Degas,  elles nourrissent l'espoir d’attirer le regard des vieux messieurs  qu’on y admet avec complaisance. Plus âgées, peut-être resteront-elles dans les coulisses, habilleuses-chiens fidèles espérant grappiller quelque chose dans la réussite d'une protégée.  Comment résister à citer  (voir le site Gallica à la fin) James Rousseau et sa Physiologie de la portière ornée des vignettes pleines d’empathie de Daumier. Malgré les clichés inhérents au genre, son observation fielleuse  mais subtile  des ambitions des femmes  du peuple  permet de se faire quelque idée de la vie que Colombine et Clarisse ont pu mener au 47  rue Poireau à Puteaux

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daumier mère d'actrice

Daumier portière

      L’ex-portière mère d’actrice se pavane dans le quartier mais devient l’esclave  consentante de sa fille. En était-il ainsi pour Colombine?  Quoiqu’il en soit, Clarisse disparue,  impossible  pour le moment de savoir où et comment Maman a fini sa triste vie. D’ailleurs , l’état civil l’avait déjà fait passer à la trappe :  l’acte enregistrant le décès de son mari  ne note que l’existence de la première femme considérée en 1876 comme vivante alors qu’elle était décédée à Paris en 1837, 40 ans auparavant. Apparemment, à  ce moment-là, AUBY avait aussi rompu avec Colombine et sa fille et les témoins venus déclarer son décès, un marchand de vin et un employé voisin,  disent un peu n’importe quoi : ils n’ont connaissance que de la première épouse, l’imaginent encore vivante et demeurant avec le défunt !

       le seize janvier 1876 à midi acte de décès de François AUBY teinturier âgé de soixante-dix-neuf ans décédé avant-hier à six heures du soir en son domicile 49 rue de la Croix à Puteaux […] marié à Sophie Riquier sans profession âgée de soixante-dix-neuf ans même domicile que le décédé .( AD 92 Puteaux D 1876 vue 4 n°10)

Encore des vies parties à vau-l’eau, perdues dans  les banlieues industrielles où elles  imaginaient trouver un nouveau

puteaux quai nat c

départ.

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Mantovani and his Orchestra :

https://www.youtube.com/watch?v=__tm_j8FPl0

Sexisme ordinaire :

https://www.francetvinfo.fr/culture/musique/classique/tolle-apres-des-propos-du-compositeur-mantovani-juges-machistes_3318379.html

Physiologie de la portière (1841) par James Rousseau vignettes de Daumier

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8530294w/f16.item.zoom

La Saint Louis

 

25 août

                     

aou fructidor

  . Avé l’assent ou sans ? SANS préconisait la commission de réforme de 1990 : aout. Tout nu? Personne bien sûr ne se conforme à la suppression de cet ornemental accent circonflexe qui donne quelque allure à un mot  autrement quasi invisible au sein de  cette suite baroque des mois de l’année. Encore qu’il se singularise, avant le pesant escadron  des derniers mois, par sa brièveté et par une prononciation assez flottante, complétement déconnectée de sa graphie. Tout plutôt que d’être confondu avec des homonymes insipides, ces ou/où, simples outils grammaticaux peu propices aux fantaisies.  

  Août se termine donc. Messidor n’est plus à l’ordre du jour.Les moissons sont rentrées depuis belle lurette, de nos jours.  En ce 25 août, Fructidor règne, et c’en est le 8ème jour.

  Sous le signe de la Vierge, notre pulpeuse Pomone du Directoire récolte les fruits de son travail

aou lunéville fructidor plat

(hypothétique) dans une  élégante corne d’abondance. L’Art déco dans sa version populaire s’est emparé du nom pour répandre  les formes rebondies et aimables des fruits sur maints services de faïence.

Ce 8 fructidor, c’est aussi  et d’abord  la Saint Louis,  ce qui explique mon arrêt sur image : c’est la fête de mon père, Louis DEAUCOURT. Il aurait eu 101 ans  - car c’est en même temps son anniversaire, puisque dans cette famille on avait trouvé commode de mettre les enfants sous le patronage du saint du jour : André naît à la St André, un 11 novembre, Geneviève venue au monde un 1er janvier hérite de sa patronne fêtée le trois. Louis aura les yeux bleus (virant au gris) et les cheveux blonds des DRUGY et des DEAUCOURT, la

dct ascend

profonde entaille au menton de son père et de sa grand-mère paternelle Laure RICHE. Et comment se nomme la maman du petit Louis, Marie,  Léonard ici pris en photo à six mois ? Blanche évidemment.  Comme Blanche de Castille la mère de Louis IX, la

st Louis N

 

Blanche et Louis dans ses bras

régente du royaume -  le caractère en moins car j’ai l’impression que ma grand-mère paternelle était complétement sous l’emprise du père de son enfant. Aucun faste royal bien sûr  pour cette naissance, rien de paisible non plus, à mon avis. D'abord pour la famille où  la naissance a lieu : après le décès précoce de Léonard, le père,  en 1916, mère et fille ont dû tant bien que mal survivre en pleine guerre et conduire la ferme. Même si l’enfant est, je pense, accueilli avec amour, sa venue est une tache sur  l’honneur des DRUGY –FROMENT : Blanche, malgré ses trente ans  est célibataire et  le mariage n’aura lieu avec le tout jeune père de dix-neuf ans que trois mois plus tard, à l’occasion d’une permission. C'est que, depuis avril, il est mobilisé dans l’artillerie du côté de la Champagne et ne sera renvoyé dans ses foyers que le 21 mars 1921.

      En même temps, les circonstances extraordinaires qui depuis quatre ans mettent en ébullition  ce village resté miraculeusement épargné par les destructions font passer au second plan l’éventuel scandale familial

 

petit journal supp dimanche une

aout 1918 attaque des canadiens à l'est d'arras

En effet,  ce 25 août 1918,  l’interminable guerre qui  n’en finit pas est en train de prendre un tournant décisif depuis  l’arrivée des volontaires américains. Foch ce jour-là justement reçoit son bâton de Maréchal, ce qui lui doit d'occuper la  Une du Petit Journal. Il coordonne avec tous les alliés et surtout les britanniques une grande offensive déployée sur plusieurs sites. Canadiens et Australiens servent de chair à canon pour la seconde bataille d’Arras et celle d’Amiens. Le petit village de Bavincourt, où Louis voit le jour,  se situe d'un cheveu à  l’arrière des combats mais  plonge dans  l’agitation générale : la guerre fait rage  tout autour : Tincques, Dainville, Arras, Neuville-St Vaast,  mentionnés dans son journal par l’artilleur canadien Bottomley sont à une vingtaine de kilomètres au Nord et les champs de  bataille de la Somme, au Sud, à une trentaine. Le mouvement incessant des équipages, des camions et des affûts de canons met le village en sens dessus-dessous.

       La circulation est très intense dans le pays, aussi en récréation les conversations ont pour objet les scènes vues en cours de route. Aujourd'hui ce sont de petits canons, des convois d'artillerie ; un autre jour, ce sont d'énormes tracteurs conduisant les pièces de marine. Une autre fois, ce sont les convois de blessés, les voitures d'ambulance. […] il y a tant à voir dans le pays: baraquements où logent les troupes d'infanterie, dépôts de munitions, réparations de canons, service de ravitaillement, fabrique de grenades, scierie mécanique... etc., toutes les prairies sont occupées. Septembre 1915 - Le village est occupé par un parc d'artillerie. Tous les jours, des convois vont ravitailler en munitions les canons qui sont en batterie […] Février 1916. Maintenant le canon gronde avec force. Les Anglais ont amené une artillerie formidable. Ils bombardent les villages occupés par les Allemands, mais ceux-ci sont tellement fortifiés qu'il est bien difficile de les en

journée du p de C aout 1918 gravure

déloger. Ce témoignage de la jeune institutrice d’alors, Marthe VAILLANT, sur les premières années du conflit à Bavincourt vaut toujours en cet été 1918 : l’artillerie  est partout à l’offensive ; le grondement continue des canons déchire les airs, abîme les tympans, effraie les nouveau-nés. En ce dimanche 25 août, on participe comme on peut à la journée du Pas-de-Calais organisée par le préfet pour récolter des fonds destinés aux personnes déplacées  billets de tombola, loteries, vente de cartes dessinées par Arthur MAYEUR.   Quant à couper le blé qu’on a pu semer sur les rares terres laissées libres par les cantonnements, à le rentrer dans ces conditions, qui pouvait y penser ?

       Pendant ce temps...

      à quelques (milliers de) kilomètres de là près de Boston naît le jumeau de Louis, Marie, Léonard DEAUCOURT: un américain fils d’ immigrés juifs d’Ukraine, qui tiennent un prospère salon de coiffure:  BERNSTEIN Léonard de son prénom le plus  connu, mais qui selon Wikipédia s’appelait à l’  origine … Louis !  Les

west side story pochette disc

similitudes s’arrêtent là car  si maman adorait reprendre les airs à la mode, Papa n’avait pas l’oreille musicale ;

 

il affirmait chanter faux et  ne connaître que le Vol du bourdon  et l’air Nuit profonde de Rameau. Sans qu’il en ait jamais rien dit, j’ai dû probablement lui casser les oreilles à repasser cent fois  West Side Story sur mon Pathé-Marconi -un grand frère de l’illustre Teppaz des sixties. La fameuse pochette rouge était bien fatiguée, écornée, déchirée à force d’en sortir et d’y remettre le vinyle ! Qu’on passe en boucle  In America  dans les EHPAD ! N’importe quel.le impotent.e en oublie ses infirmités  et se prend un court instant pour Georges Chakiris,  le vibrionnant danseur vedette !

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sean connery le nom de la rose

Et voici une devinette à la manque comme on s’en posait dans les cours de récré autrefois : quelle différence y-a-t-il entre Le Nom de la Rose  et Le Radeau de la Méduse ? Aucune : le Guillaume de Baskerville du  film, Sean Connery, est né un 25 août (1930), et le tableau a été présenté au public le 25 août 1819, pile il y a deux cents ans.

 Que faire maintenant de ma petite trouvaille généalogique, cet Abraham Louis

Ménétrier né le 25 août 1716 ?  Ce n’est pas un parent. J’ai fait sa rencontre en fouinant du côté des Chantavoine, alliés  à des miens

ménétrier 1716 N abraham louis détail

cousins. Ces  Ménétrier  ont prospéré dans les tanneries à Mussy l’Évêque (devenu platement Mussy-sur-Seine) en Champagne près de Chaource durant plusieurs siècles.  En ce début du XVIIIè siècle, les Jacques, les Claude,  les François Ménétrier remplissent les pages des registres de Mussy, tous cousins, maîtres ou marchands tanneurs, mégissiers, chamoiseurs.

 

Aucun Ménétrier n’est vigneron alors que la culture de la vigne assure les revenus d’une grande partie du bourg. Personne dans le village ne se prénomme Abraham ou Louis, sauf un cousin à lui né un peu plus tard en 1720 et décédé aussitôt. Mon natif du 25 août, j’ai eu beau chercher, je ne trouve de lui aucune autre trace que sa naissance. Les généanautes  amateurs  restent tout aussi bredouilles. Qu’il se prénomme Louis, un 25 août, pourquoi pas ? Mais Abraham ? Pas de (crypto-) protestants à l’horizon ni de juifs avérés en ce lieu, en ce temps. Cependant,  un Abraham Louis existe bel et bien, parrain représenté du deuxième : c’est un Docteur en Sorbonne, résidant à Paris rue St Eustache, prêtre probablement, parent du côté maternel - sur  lequel il serait intéressant de se pencher. J’ai mis la main sur lui trop tard pour aller plus avant aujourd’hui. Il ne perd rien pour attendre. N’est-ce pas ce qu’il fait depuis trois siècles ?

 

__________________ pour en savoir plus_________________

 

Louis Deaucourt, photo de classe 1926

 

Mlle Vaillant

Récit de Marthe Vaillant sur Bavincourt dans la  guerre. (Ma famille l'estimait beaucoup. C'est elle qui,  au début des années trente, avait incité  mes deux parents enfants de cultivateurs à  présenter le concours des Bourses et ainsi persuadé les familles de   les inscrire aux lycées d'Arras). 

 http://mairie.bavincourt.fr/wp-content/uploads/2014/07/guerre-14-18-r%C3%A9cit-de-Marthe-VAILLANT.pdf

 Journées du Pas-de-Calais de 1916 et 1918 :

http://www.archivespasdecalais.fr/Activites-culturelles/Chroniques-de-la-Grande-Guerre/Albums/Les-gravures-de-guerre-d-Arthur-Mayeur/La-Journee-du-Pas-de-Calais

Léonard Bernstein :

http://brahms.ircam.fr/leonard-bernstein

America :

https://www.youtube.com/watch?v=YhSKk-cvblc

 

R O L A N D 15 septembre

15 septembre on fête les ROLAND

                        Entre la rentrée new-look et la tradition séculaire du 1er octobre, j’ai choisi le 15 septembre pour la rentrée de mon blog – ce fut d’ailleurs durant quelques années la date officielle. Le vénérable manuel de 1893 qui me sert d’almanach, les saisons et les mots   édité par Alcide Picard et Kaan 11 rue Soufflot Paris ignore évidemment septembre, sauf  en dernière page pour quelque benoîte admonestation style « devoirs de vacances » avant la lettre :

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Repos tout relatif pour les enfants des campagnes que les travaux des champs moisson, fenaison, la récolte des fruits et des pommes de terre, ou vendanges  éreintaient durant ces trois mois. Nos braves auteurs  Cuissart et Cavayé, tout à leur référence rhétorique à la vie champêtre, font semblant de l’ignorer.

15 septembre. La faillite de la banque Lehmann donnait naissance à la plus

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belle pagaille depuis 1929. Le monde de la finance se trouva bien heureux  de voir ces États si vilipendés se précipiter  au secours des banques. Oublieuses et ingrates celles-ci sont depuis retournées à leurs acrobaties préférées.

15 septembre. On conseille de diviser les touffes de rhubarbe et d’arrêter l’arrosage des

figuier de barb

cactées. Pour la rhubarbe , on verra l'année prochaine: je vais laisser la menne se requinquer  après cet annus horribilis comme disait la Qeen; quant aux cactées, le régime sec auquel elles sont soumises aujourd’hui leur va comme un gant ; des esprits sérieux envisagent

 

même de replanter en figuiers de Barbarie  les haies bocagères mises à mal  par les sécheresses  à répétition. Un avatar rural  inattendu en somme de ce   grand remplacement que nous pronostiquent certains plumitifs auto-proclamés « intellectuels »

   

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Chouette ! On fête les  Roland, un prénom naguère répandu en Alsace car impossible à germaniser. Un tour de force: les lois de l'évolution phonétique auraient-t-elles révélé des sentiments antiprussiens? Pourtant, 

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 son origine franque ne fait aucun doute: c’est  Hruodland en francique  et depuis 1404, il a sa statue (énorme)  à Brême, devant l’hôtel de ville, comme symbole de l’indépendance de la cité hanséatique ! Je viens de découvrir qu’à Riga se dresse aussi devant l’hôtel de ville une grande statue  (récente) de Roland : ici on a franchi le pas:  trêve de canonisation officielle,  c’est saint Roland, et il donne son nom au quartier. La statue (d’August Volz) ne date que de 1897, offerte par la communauté allemande du pays, en imitation de celle de Brême. L’original  endommagé en 1942 est  à l’abri dans la cathédrale St Pierre. Je lis que  Roland symbolise ici comme dans d’autres villes hanséatiques la justice et l’indépendance des villes. J 'y vois plutôt, outre une ressemblance avec les autres figures extravagantes  qui ornent les immeubles art nouveau de la ville ( une grande partie érigée par le père d'Eisenstein) une image du redoutable chevalier teutonique.  Depuis Roncevalles, la machine à symbole s'est emballée! 

Et du côté ldes statistiques de Geneanet ? La France du

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Sud est peu représentée. Lorraine, Alsace,  Franche-Comté fournissent d’importants bataillons,   moindres cependant  que la Picardie, l’Artois et la Flandre,  sans compter  la Bretagne autour de Saint-Brieuc  ou de Nantes. Au XXème siècle, après un frémissement vers 1914-1916 ( 54ème rang)  l’heure de Roland arrive  vraiment dans  les années trente  et un premier pic en  1930  (28ème); pendant la seconde guerre il chute à peine (31ème en 1943) pour rebondir de façon spectaculaire en 1947.  Aux dernières nouvelles,  son éclat s’est sérieusement terni.

                

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Trop de chiffres ? Un dernièr godet pour la route. Et du jamais vu,  en France du moins. Voilà un prénom qui a l'audace de paraître dans l'innocence de la nouveauté  malgré le patronage d’un paladin venu du fond du Moyen-Âge avec son olifant. Quelques traces au XVIIe, quasiment rien au XVIIIe, encore moins au XIXe. Pourquoi cette mode fulgurante  au XXe, pourquoi aussi tant de discrétion dans les siècles antérieurs ? J’ai ma petite idée que je m’empresse de ne pas garder pour moi. En dehors des cercles de

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la vieille noblesse, difficile pour le commun des mortels de parer un rejeton  du nom d’un preux, d’autant que la  Chanson de geste  dont il est le héros  n’a été sortie de l’oubli en France que par les grands médiévistes de la deuxième partie du XIXe siècle ; elle n’a pas été relayée comme en Italie  par la popularité d’un Orlando furioso qui inspirait jusqu’au théâtre de marionnettes siciliennes. Aucune   puissante tradition catholique non plus autour d’un pèlerinage, d’une relique, d’une histoire édifiante. L’Église balbutie et ne peut offrir à la dévotion de ses fidèles  qu’un anachorète mutique des Apennins, Roland de Médicis décédé d'inanition probablement le 15 septembre 1386, 15 jours après sa découverte par des chasseurs dans les bois où il vivait depuis trente ans. On l’avait parfois

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entraperçu restant des heures sur un pied le regard vers le ciel.  Du coup sans doute, l’invoque-t-on (selon des sites confidentiels) contre les vertiges. Impossible de mettre un nom ou une origine sur les   deux  représentations du saint que j’ai pu dégotter  sur la Toile.  Faute de miracles patents il fut élevé tant bien que mal au rang de bienheureux par Pie IV, un pape de sa famille.   Car c’était bien un Médicis, un  vrai de vrai (ou un homonyme – mais rien n’est simple: on en discute !)  qui avait fui les fastes princiers de sa « tribu ». En fouinant, je découvre qu’un saint Roland bien de chez nous, 3ème abbé du monastère cistercien de Chézery  (dans une profonde vallée du Bugey) né en 1150 en Angleterre, décédé vers 1200 et qu’on fête le… 15 septembre.

  Un pèlerinage local s’était instauré, le prénom était à la mode en Franche-Comté mais les  bénédictins avaient eu  la légéreté de laisser rentrer les femmes dans l’abbaye – une source de désordre, une entorse insupportable à la régle monastique. La  mauvaise réputation qui s’attacha du coup à l’abbaye  contribua à son déclin. Les reliques  du saint sont désormais dans l’église.   On l’invoque pour les maux d’yeux, de tête, d’estomac et contre la sécheresse. Alors, tous en prière mes sœurs et mes frères !                Voilà donc un prénom pas très catholique, je veux dire sans véritable  rayonnement universel  (katholikos  « qui vaut pour  tous »). Est-ce pour cela  que sa vogue fut tardive ?  Mais quel  élément changea la donne ?  Mon vieux limier est lancé sur  la piste …comme d’habitude. Comme d'habitude, reviendra-t-il bredouille, la langue pendante?

 

   Ce n’est pas ma population d’ancêtres issus de Bretagne, de Champagne et surtout de Picardie et d’Artois qui va contredire ces singularités: je n’y ai rencontré, XXème siècle exclu, qu’un seul Roland.

                 Roland PRONNIER. Il est marchand de vaches au village de Ficheux près d’Arras en Artois, fils et frère de marchand de vaches. Une activité assez rarement notée dans les registres. Il est mort le 9 mars 1745 à 63 ans. Né donc en 1682 : Arras et l’Artois n’étaient français, - ou plutôt rattachés à la France-  que depuis une vingtaine d’années. Pourquoi fut-il prénommé Roland ? Un Roland dans la parentèle environnante ? Pour cette époque antérieure à 1737, les données sont souvent fragmentaires, au hasard de contrats de mariage recopiés par Adolphe Béthancourt pour résumer des archives notariales depuis parties en fumée. Son parrain était-il déjà un Roland ? Peut-être ce Roland DURIETZ rencontré au détour d’un acte de baptême ? Mon marchand de vaches est l’avant dernier d’une fratrie de sept qui ont suivi leur bonhomme de chemin au village ou dans le coin. L’aînée, Marie-Ghislaine est décédé à 80 ans, le cadet de Roland est aussi marchand de vaches. Le benjamin est cordonnier mais en même temps sergent de Messieurs de St Vaast Ficheux_église2 car l’Abbaye d’Arras qui est à l’origine de la fondation de Ficheux en est le Seigneur principal. Plusieurs fermiers cultivent ses 135 ha; elle perçoit deux tiers de la dîme. Des paysages qui encadrèrent ces existences, plus rien n’est visible. La reconstruction du Pas-de-Calais a permis du moins    l’élévation d’une belle église toute pimpante de briques et de bêton comme au temps de sa (re)construction.[ il suffit de cliquer sur la photo pour mieux l'agrandir]

 

 

ficheux armoiries

Elle est  depuis toujours sous l’invocation de Saint Maurice, un original encore ( dont j'ai parlé ailleurs), légionnaire égyptien à la peau noire et aux cheveux crépus -. Les décrets de la "distinction"  étant pleins de mystère,  la noblesse semble s 'être réservé ce prénom  (on pense à Maurice de Saxe) et rares sont les "manants" à avoir placé lerus bébés  sous son patronage.

J’adore le blason de la commune, tiré des armoiries du Mayeur Nicolas CAUWET « d’argent à trois poules de sable, becquées et membrées de gueules  et posées deux et une »  Les règles archaïsantes du langage héraldique hissent à la noblesse de l'aigle ou du faucon notre brave volatile de basse-cour.

En miroir, économie de moyens, sublime simplicité  du récit de  la mort du héros du jour dans la transposition de Joseph Bédier

roland chanson joseph bédier

roland mort jean fouquet gdes chroniques de france-001

 

                       

 

 

 

 

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