terresdartois

21 juillet S'il pleut à la St VICTOR...

..., la récolte n'est pas d'or. Cette année, il y aura des  lingots dans les poches. Mais, question : Quel VICTOR ? Entre catholiques et orthodoxes, les saints Victor sont au moins 13  à la douzaine. Celui qu’on fête ce 21 juillet, et qu’a épargné le zèle rénovateur de Vatican II est Victor de Marseille, en l’honneur de qui fut ensuite bâtie l’abbaye St Victor aux allures de forteresse. Légionnaire romain ou  dignitaire peut-être, déjà évêque de Marseille, il refuse de sacrifier au culte officiel lors d’une visite de l’empereur Maximien. Son obstination lui vaut,  entre autres épreuves,  d’ être écrasé sous la meule du boulanger le plus proche

victor de marseille

comme le rappelle l’ornement d’un moulin hollandais.

Natives et natifs du 21  juillet,  ou du 3 thermidor vous n’êtes pas  à plaindre. Que du beau linge et des événements de première grandeur autour de votre berceau.

 21 juillet 356 avant J-C, Naissance d’Alexandre le Grand,   un conquérant au bilan

-Buddha-Vajrapani-Herakles

« globalement positif » : la culture hellénistique lui doit de s’être répandue jusqu’à l’Indus, aux confins de la Chine, comme en témoignent  le syncrétisme esthétique et religieux de certaines sculptures de Bactriane (Afghanistan ou Pakistan actuels). C’était le 6 du mois d’hécatombéon précise Plutarque dans ses Vies parallèles d’Alexandre et de César, ajoutant à la

alexdre

Templo-Artemisa-Efeso-2017

suite d’Hégésias de Magnésie,  que la même nuit,  à Éphèse en Ionie  à des centaines de stades de là, un inconnu avait  trouvé un moyen plus radical de  s’illustrer : il met le feu à une des sept merveilles du monde, le temple d’Artémis « Afin que la destruction d'un si magnifique ouvrage répandît son nom dans tout l'univers. Il avoua cette intention insensée lorsqu'il fut sur le chevalet. Les Éphésiens avaient eu la sagesse d'abolir par décret la mémoire d'un homme si exécrable ; mais Théopompe, s’abandonnant à sa faconde naturelle, l'a mentionné dans ses livres d'histoire (Valère Maxime Dits et faits mémorables (VIII, 14, 5) Il s’appelait Érostrate . Il ne se réclamait d’aucune idéologie. Ce ne fut pas le cas des destructeurs anonymes mais triomphalistes des Bouddhas de Bamiyan ou de l’antique Palmyre. Du second temple d’Éphèse  pillé et incendié par les Goths en 253 ne reste au milieu d’une nappe d’eau qu’une colonne qui a bénéficié d’une anastylose (un mot chéri du guide Bleu)  peu discrète.

           3 thermidor 1798

bataille des pyramides Louis-François_Baron_Lejeune_1808

ciné affich adieu bonaparte

Bonaparte,  émule  revendiqué d’Alexandre,  après une marche de nuit depuis Alexandrie où il avait débarqué la veille, arrive  au lever du jour  au pied des pyramides et prononce  dit-on cette courte harangue : « Soldats ! Vous êtes venus dans ces contrées pour les arracher à la barbarie, porter la civilisation dans l'Orient, et soustraire cette belle partie du monde au joug de l’Angleterre.  Nous allons combattre. Songez que du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent» avant de remporter sur les 10000 cavaliers  mamelouks  de Mourad Bey la bataille des Pyramides. Il inaugure ainsi avec panache une campagne d’Égypte qui militairement parlant tourne au fiasco mais dont le retentissement est sans égal sur le plan scientifique et idéologique comme voulait en témoigner Youssef Chahine dans Adieu Bonaparte (1984),  un film brouillon mais attachant boudé par la critique

         

sur la lune a

Autre phrase célèbre dans le monde entier celle-là, et pas seulement dans notre roman national écrit par Ernest LAVISSE  (on la donne en V.O. sans sous-titre car chacun la reconnaîtra) :That's one small step for a man, one giant leap for mankind. C’était le 21 juillet 1969 : sur la poussière du sol lunaire,  pour la première fois,  un être humain posait le pied. De retour du Maroc où je travaillais, après  avoir roulé toute la journée, je décidais de faire étape à Paris.  Rues vides de ce dimanche soir d’été, comme cinquante  ans plus tard, durant le Grand Confinement. Retrouvant un réflexe de mon enfance, je  cherchais une télé allumée dans la vitrine d’un marchand de télévision : c’est ainsi qu’en 1954, j’avais pu voir le couronnement de la reine Elizabeth. Pas de chance : les temps avaient bien changé. Chacun était chez soi,  devant SON poste ; j’ai quand même  pu trouver un mastroquet douteux resté ouvert, avec quelques clients groupés autour de l’écran haut perché. L’événement se faisait attendre ; les spécialistes discutaient à perte de vue ; les liaisons radios directes avec les USA étaient mauvaises. Harassé par  mes kilomètres en 4L  je n’ai pas eu la force d’attendre ; j’ai cherché un hôtel. Je dormais pendant qu'on marchait sur la Lune. Voilà mon  rendez-vous manqué avec l’Histoire. C’est bien le genre d’événement où chacun se souvient de  ce qu’il faisait à ce moment-là sauf  les petites créatures qui débarquaient  en ce monde et  sortaient la tête en s’époumonant! Des images de studio disent certains ? Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’Armstrong n’est certainement pas   l’auteur de cette phrase longuement mûrie on s’en doute par quelques sommités avant d’être proférée par cet extra-terrestre, empêtré dans les kilos de sa tenue de cosmonaute mais dansant  à petits  pas quand même.

Et puisqu’à Liège on fête le 14 juillet  (de 1795 à 1814 , Liège était la préfecture du département l’Ourte), ne pas oublier , en retour, qu’ aujourd’hui,  c’est la fête nationale belge.

21 juillet 1861 :

First_Battle_of_Bull_Run_Kurz_&_Allison

 une commémoration . iI y  160 ans se déroulait le premier affrontement de la Guerre de Sécessionthe civil war, officiellement déclarée trois mois avant .  Les 19 000 fédérés doivent finalement battre en retraite face aux 15 000 confédérés. Résultat : chaque camp a compris que le conflit risquait de durer et sort renforcé dans sa détermination. Forts de leur succès, les Sudistes se sentent invincibles.  Le président Lincoln dès le lendemain décrète l’enrôlement de 500.000 hommes pour un service de trois ans.

    Un  détail diabolique comme il se doit  vient clore la notice très documentée de Wikipédia : deux jours après la bataille, une partie des terrains est rachetée par des spéculateurs afin d’exploiter sa notoriété.  Gagne-petit franchouillards, les Thénardier des Misérables se contentaient de faire les poches des morts sur le champ de bataille de Waterloo. Business’s business : nos charognards américains visionnaires prévoient déjà probablement un parc d’attractions, des reconstitutions, que sais-je. Le conflit à peine commencé  menace de durer: quatre ans  et 600.000 morts, sans compter les civils  et toutes les destructions. les businessmen ont pu se frotter les mains, à moins que l’inflation des sites de mémoire à venir n’ait  banalisé l’intérêt de ce type d’entreprise.

                 Choix très arbitraire de quelques célébrités (relatives) nées ce jour :  1899 HEMINGWAY,   faux dur mais grand romancier de la guerre d'Espagne avec For whom  the bell tolls  (oui,  c'est la page révision d'anglais des devoirs de vacances). 1920 Jean DANIEL (né Jean-Daniel BEN SAÏD) beau-frère tumultueux de Claude Perdriel le financier du Nouvel Obs enrichi par l'invention des sani-broyeurs, éminence centenaire un peu pleurarde de la gauche, journaliste , fondateur, directeur et éditorialiste du Nouvel Observateur, Isaac STERN, violoniste qui après des années de refus, consentit à venir jouer en Allemagne, et la cadette,  en 1951  l’inoxydable Arlette, pas la passionaria de L.O. pendant presque un demi-siècle, non,  Arlette C H A B O T :  un physique et toute une carrière dans le service public à la radio et à la télévision et maintenant à LCI

                  J’allais oublier : on fête aussi les Praxède et les Trifine

  • Trifine, je la retiens  pour deux raisons :1°)  mes racines bretonnes. Trifine ou Tréphine est fêtée en Bretagne le 21 juillet, son fils Trémeur le 8 novembre.  Son histoire vaut le détour. Ce sera pour un autre jour. Sa vie serait à l’origine du conte de Barbe Bleue! Encore une qui a perdu la tête.  Une céphalophore selon les doctes.  Un féminicide dans notre vocabulaire du XXIe siècle. Mon quart breton d’ancêtres est originaire de Sainte-Tréphine, Côtes-du-Nord (à l'ancienne),  et dans le voisinage,  de Plounévez-Quintin et Gouarec.  2°) la BD. Un dérivé de Trifine serait Tryphon.    Tryphon Tournesol, vous connaissez ? Vérification faite ,

tournesol vexé

pas de Tréfine  à l’origine : il s’agit en fait, d’un  saint  du christianisme d’Orient ,  de Phrygie, patron de la cathédrale romane  du Kotor au Monténégro. Le prénom a eu une (toute) petite vogue en Belgique. On sait que le modèle du personnage fut un voisin d’Hergé, le professeur Auguste Piccard, grand inventeur devant l’éternel. Hommage à Tryphon Tournesol ( belle allitération) et à son inventeur, Hergé, qui, avant la NASA,  l'aura emporté sur la Lune. 

Praxède : douze Praxède du côté de Geneanet depuis 1900. Dans mes fichiers, pas une (oui c’est une fille) côté maternel, sept du côté paternel, toutes  à la fin du XVIIIe siècle. C’était  la fille d’un des premiers convertis de l’aristocratie romaine par l’apôtre Paul. Pas une sainte  à la mode de Bretagne, un vrai personnage historique : sur le baptistère qu’elle avait fait construire fut élevée une église primitive puis la basilique santa Prasseda.

ça  finit un peu en queue de poisson ce billet,   comme m'a dit de mon cours de latin le dernier inspecteur général de ma carrière ( peut-être a-t-il d'ailleurs osé "en eau de boudin") mais l'animal n'est-il pas en grec , chez les premiers chrétiens ( té,  ça tommbeu bien!) le symbole du Christ:  ἰχθύς  

Ichthus-acrostic

  •  (I, Iota) : Ἰησοῦς / Iêsoûs (« Jésus »)
  • Χ (KH, Khi) : Χριστὸς / Khristòs (« Christ »)
  • Θ (TH, Thêta) : Θεοῦ / Theoû (« de Dieu »)
  • Υ (U, Upsilon) : Υἱὸς / Huiòs (« fils »)
  • Σ (S, Sigma) : Σωτήρ / Sôtếr (« sauveur »

 

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Victor de Marseille († 303 ou 304), soldat romain, avec Alexandre, longin et Félicien, ses geôliers convertis, martyrs sous Maximien.

https://vicedi.com/abbaye-saint-victor/

https://www.marseilletourisme.fr/fr/que-voir/patrimoine-culture/eglises/abbaye-saint-victor/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Art_gr%C3%A9co-bouddhique

https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/lune-premiers-pas-lune-depeche-afp-21-juillet-1969-76783/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Premi%C3%A8re_bataille_de_Bull_Run

    Adieu Bonaparte :  https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=38.html

https://www.franceculture.fr/emissions/personnages-en-personne/tryphon-tournesol-est-il-un-personnage

                                                           v-v-v-O-O-v-v-v-v


12 juillet: fêter les O L I V I E R

  Certes. Officiellement, c’est bien la saint OLIVIER -en l’honneur d’Olivier PLUNKET primat d’Irlande, au XVIIème siècle. Faussement accusé d’un complot contre le pouvoir anglais, après trois ans d’emprisonnement, il est  condamné «  à être pendu, vidé, démembré » le 1er juillet 1681, en fait le 11 juillet car l’Angleterre vient d’adopter ce jour-là justement le calendrier de tout le monde.  Paul VI le canonise le 12 octobre 1975.

                       

Olivier mort p etre

roland cit a

Olivier, un  prénom  bien classique, très en vogue dans la 2ème moitié du XXe siècle,  d’évidence lié à l’olivier, arbre méditerranéen par excellence, un don d’Athéna à ses fidèles Athéniens. C’est simple, trop simple. Ce lien botanique est  un leurre paraît-il : Olivier est un prénom médiéval en faveur dans la noblesse avec pour modèle le sage et valeureux  Olivier,   compagnon de Roland. Le récit de sa mort est un grand moment de la chanson de geste, surtout dans une langue qu'on comprend mal, comme le soutient le grand médiéviste  Michel ZINK.

            CLXXV Roland regarde Olivier au visage ; il a changé de couleur, il est livide, décoloré et pâle. Tout le long de son corps, le sang très clair coule, et les gouttes en tombent sur la terre. […], Olivier sent les étreintes de la mort; déjà ses deux yeux lui tournent dans la tête et il perd complétement l'ouïe et la vue. Il descend de cheval, se couche par terre, et de temps en temps fait sa confession ; il lève au ciel ses deux mains jointes et prie Dieu de lui donner le paradis, de bénir Charles, la douce France et son compagnon Roland par-dessus tous les hommes. Le cœur lui manque, sa tête s'incline, tout de son long sur le sol il s'affaisse.

roland cit b

Le comte est mort ; c'en est fait d'Olivier. Le preux Roland le pleure et se désole et vous n'entendrez jamais sur terre un homme plus affligé     […] « Puisque tu es mort, tout mon chagrin est de vivre.» À ces mots, le marquis s'évanouit sur son cheval Veillantif; mais il est retenu par ses étriers d'or fin, et quelque part qu'il aille, il ne peut tomber.

 Inutile de penser remonter à un  Olivarius gallo-romain. Songer plutôt à la latinisation d’un composé germanique d’ALF (elfe, être surnaturel) et HER (guerrier, chef d’armée), comme l’islandais OLAFUR. Équivalent arabe : ZEITOUN, et berbère ZEMMOUR, le nom aussi d’un  ensemble de tribus du Moyen Atlas célèbres pour leurs tapis.   On avait bien déniché un saint OLIVIER,  mort en 147,  fêté le 27  mai : il veillait sur la ville d’Ancône  mais sa vie était  parfaitement inconnue. La canonisation du primat d’Irlande est heureusement venue donner un patron historique à tous ces petits Olivier laissés sans protecteur illustre.

                                                 Bonne fête à eux donc!

 

12 juill 1921 Pt Jal st Honeste

Joyeuse fête aussi aux HONESTE, s’il en existe encore: c’était le saint du jour en titre, un disciple de St Saturnin  originaire de Nîmes, martyrisé à Pampelune en 270.  Passé à la trappe mais encore fêté le 12 juillet dans le diocèse de Toulouse.

      Quoi d’autre dans les réserves de notre magasin saint-sulpicien ?  Le patron des fromagers,  UGUZON, un berger de Lombardie qui distribuait fromages et moutons aux pauvres. Ire de son employeur –qui le tue . Il est fêté en Italie le 12 juillet.

      De son côté, la Normandie, depuis le 16 octobre 2015,  date de la  canonisation (rarissime) d’un couple,  peut

orcanette de'ssin

s’enorgueillir  de fêter le 12 juillet, (jour de leur mariage) Louis MARTIN et son épouse Azélie GUÉRIN. Leur mérite ? Ce furent les parents de la petite Sainte Thérèse de Lisieux.

  

 

Républicains laïcards de choc, haut les coeurs en ce 24 Messidor: célébrez l’orcanette. Qu’est-ce ? Un modèle réduit d’ocarina ? Une marmotte  à bec de canard façon ornithorynque? Pas du tout. Une plante : elle fleurit bleue et donne du rouge, l’Alkanna, de l’arabe al-hanna, le henné. « Après ça, comme on dit sur Arte avec la voix de François MOREL, vous mourrez moins bête. Mais vous mourrez quand même !»

Quelques dernières nouvelles pour la route des vacances

I

1871 15 juill cimetière Mtmartre le châtiment monde illustré

1871 15 juill rade de brest avant d'un ponton monde illustré

l y a 150 ans, on soldait péniblement les séquelles de la défaite de 1870 et de l’insurrection parisienne de la Commune .  L’arrestation des insurgés relève désormais de la rubrique faits divers. Le Monde Illustré s’attarde encore sur des images de ruines ou du « châtiment »  de communeux.

1871 12 juil figaro répression

À Brest, sur les pontons moisissent les insurgés prisonniers qui attendent de partir pour Cayenne ou la Nouvelle Calédonie.

 

 

1921 il y a 100 ans : Canicule. Annulation du défilé du 14 juillet

12 juill 1921 Pt Jal canicule revue supprimée

12 juillet 1962 : premier concert public des Rolling Stones. J’avais vingt ans, je venais d’avoir ma licence. Vous étiez Rolling Stones ou Beatles ?

12 juillet 1998 La France gagne chez elle la coupe du monde de Fouteballe contre le Brésil . Ce fut du délire. La nation black, blanc,  beur…. Vous vous souvenez ?

En vrac : apparition de quelques bébés illustres ( le mot est encore unisexe, savez-vous comme on dit en Belgique) JULES ( César, 101 avant J-C) , CLAUDE ( Bernard,  1813), EUGÈNE (Boudin , 1824), PABLO  (Neruda 1904), ROGER ( Couderc 1918), LIONEL (Jospin1937)

 Des disparitions aussi.  BERTRADE de Laon en 783 –Berthe au grand pied, épouse de Pépin le bref et mère du Grand Charles. ERASME, en 1530, parrain du fameux site de rencontres Erasmus, accessoirement programme éducatif européen.

mort de Marion Dufrresne fragment

marion dufresne

 MARION du FRESNE, en 1772. C’est le nom du bateau scientifique, familièrement dénommé le « Marduf »,  chargé du ravitaillement des stations scientifiques en mers australes. Ignarissime, j’ai cru longtemps qu’on rendait hommage à une femme.  Ou bien à un valeureux marin  baptisé à la bretonne d’un Marie comme d’autres Anne ou Camille. Pfft ! Vous vous le saviez bien sûr: c’est un patronyme, celui de l’explorateur  Marc Joseph MARION du FRESNE dévoré officiellement le 12 juillet 1772 avec d’autres membres de son équipage pour avoir sans doute violé le tabou d’une tribu avec laquelle jusque-là les relations avaient été excellentes.

                                    Joyeuse fête  quand même aux O L I V I E R !

RollingStoneslogo

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Chanson de Roland texte Joseph Bédier vers 2010 sqq.

https://fr.wikisource.org/wiki/La_Chanson_de_Roland/Joseph_B%C3%A9dier/La_Chanson_de_Roland/Texte

Oliver sent que la mort mult l’angoisset.
Ansdous les oilz en la teste li turnent,
L’oïe pert e la veüe tute ;
Descent a piet, a la tere se culchet,

Or veit Rollant que mort est sun ami,
Gesir adenz, a la tere sun vis.
Mult dulcement a regreter le prist :
« Sire cumpaign, tant mar fustes hardiz !
Ensemble avum estet e anz e dis,
Nem fesis mal ne jo nel te forsfis.
Quant tu es mor, dulur est que jo vif. »
A icest mot se pasmet li marchis

Sur sun ceval que cleimet Veillantif.

 

 

rolling stones zip

Satisfaction

https://www.youtube.com/watch?v=poXvMBhjSWk

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Joseph_Marion_du_Fresne

 

Tapis ZEMMOUR

https://www.selency.fr/produit/X8S5XEVD/tapis-vintage-zemmour-158-x-290-cm.html

https://splendidmorocco.skyrock.com/147010457-Tapis-du-Moyen-Atlas-Beni-Sadden.html

tapis zemmour

 

                                                      -o-o-o------o-o-o-o-o-o-

                                                    

 

 

 

 

 

 

 

 

                                  

16 juin: min n'veu,

 bon anniversaire  

tintin revue de presse bb

 et  honneur aux  

ferréol et ferjeux céphalopf

ferréol andre&

François , en souvenir de Jean-François RÉGIS  et à tous les saints du jour , Aurélien, Cyr, et Fargeau  martyr en même temps que son frère Ferjeux. Ils étaient venus d’Asie Mineure  évangéliser les Bisontins au péril de leur tête qu’ils portent comme St Denis , célèbre entre tous les céphalophores . Ferjeux et Fargeau  ont bénéficié  du regain de foi catholique à la fin du XIXe : une  basilique leur est dédiée, élevée entre 1890 1900 sur la grotte dans  laquelle les deux frères avaient construits un oratoire .  Comme le Sacré-Cœur de Montmartre , elle est de style romano-byzantin, le fin du fin d’alors, après la vogue romantique du Gothic revival .  Surprises

Église_Saint-Ferjeux_2

toujours renouvelées des évolutions phonétiques, Fargeau, c’est aussi Ferréol, et son petit frère Ferjeux, (Ferrucius en latin) simple diacre, est connu aussi comme Fergeon ou Ferrution.  

    Comptine agricole : Si le jour de Saint-Fargeau, la lune se fait dans l’eau, le reste du mois est beau.

 En prénom, Ferréol, pas plus que Fargeau, ne court  les rues mais  comme patronyme, on connaît bien Andréa Ferréol, et j'en apprends de belles: elle a partagé les dix dernières années de la vie d’Omar SHARIF. Elle est la descendante de Frédéric MISTRAL qui  selon un scénario tristement banal,  eut avec la jeune bonne de ses parents, Athenaïs Ferréol,   un enfant . On ne lésina pas sur les  prénoms  de généraux romains autour du berceau: Marius, Antoine, Coriolan,  Ferréol  mais Monsieur Frédéric  ne reconnut jamais le fruit de ses oeuvres;  il finança cependant  les études de celui qui fut l'arrière-grand-père d’Andréa.  Mistral gagnant ? Pas très glorieux pour un prix Nobel mais  François le Président  fit-il mieux?

tintin biblio

      近衛天皇  Pour la beauté des signes : c’est le nom du 76è empereur du Japon, Konoe,  (empereur de

geronimo et trois guerriers apaches 18861142 à 1155) né en 1139.

16 juin  1829 : le célèbre apache Geronimo vient au monde au Nouveau Mexique. Chaman d’abord et chef militaire indomptable dans des raids incessants contre les Mexicains puis contre les Américains, après s’être rendu en 1886, il meurt de pneumonie à Fort Still en Oklahoma le 17 février 1909

16 juin 1875 Pose de la première pierre de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. La chambre conservatrice  élue en 1871 avait déclaré d’utilité publique l’édification

sacré coeur mtmartre Construction

sacré coeur mtmartre Constructionmars 1882 Durandelle

d’une basilique  célébrant le vœu national de la France  au Sacré-Cœur. Ainsi était autorisée l’expropriation de terrains jusqu’alors occupés par des jardins, un champ de foire  et des guinguettes (encore visibles sur une photo). L’association entre la construction et les événements de la Commune  s’est faite progressivement mais le discours d’un des instigateurs du projet lors de cérémonie inaugurale est déjà sans équivoque« C'est là où la Commune a commencé, là où ont été assassinés les généraux Clément-Thomas et Lecomte, que (s'élève) l'église du Sacré-Cœur ! Nous nous rappelons cette butte garnie de canons, sillonnée par des énergumènes avinés, habitée par une population qui paraissait hostile à toute idée religieuse et que la haine de l'Église semblait surtout animer »

16 juin 1928 naissance à Laeken de Léonie Juliana COOREMAN devenue baronne « à titre personnel » en 2005 : vous ne connaissez qu’elle, chanteuse, meneuse de revue, actrice, d’une vitalité à toute épreuve, disparue à 92 ans. Annie C o r d y

 

lune tintin haddock

ESPACE :  le  16 juin est une fenêtre de tir particulièrement favorable dans la conquête spatiale

1961 : un satellite Discoverer ; 1963 : Valentina Terechkova 26  ans première cosmonaute en Vostok 6 pendant 3 jours

2000 : la sonde Mars Global Surveyor en orbite autour de la planète photographie des

tereshkova valentina

chinois cosmonaute

ravins produits par  des coulées de boue, ce qui suggère de l’eau enfouie

2012 lancement réussi par la Chine de Shenzou 9 avec 3 taïkonautes dont une femme,  Liu Yang. Après s’être arrimés à leur station spatiale, ils sont revenus 13 jours après: atterrissage en parachute en Mongolie Intérieure.  

1921 16 juin excelsior monde

À quand un anniversaire sur Mars , entre mordus de S F? Ou alors, grâce à la machine à remonter le Temps, il y a un siècle,  du côté du Grand monde ? 

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 Miguel RODRIGUEZ Du vœu royal au vœu national. Une histoire du XIXe siècle, in Cahiers du Centre de recherches historiques, no 21, 1998, [lire en ligne [archive]].

(1)    Annie Cordy – INA rendez-vous avec jacqueline Joubert

(2)     ://www.bing.com/videos/search?q=annie+cordy+chansons+célèbres&&view=detail&mid=AC25A2BC643D7DAF7449AC25A2BC643D7DAF7449&&FORM=VR

(1) Annie Cordy - Bonbons, caramels - Bing video

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natifs du 12 juin

 bon anniversaire mais on vous ment ! Saint Guy, votre patron officiel est un parachuté de Vatican II:  l’authentique,  celui de la danse : Guy, Guido, Guyon, Vit  (comme William/Guillaume) se fêtait traditionnellement le 15. Mon vieux calendrier-réclame de 1887  ne connaît pour ce jour qu’Olympe ; l’éphéméride du Petit Journal de 1921 propose  Basilide, sans compter, les  Onuphre, Odulphe,

onuphre

Chrodobald et autres Gerbaud.  Dieu merci – comme s’exclama Mgr Barbarin lorsqu’il apprit que selon la justice des hommes étaient prescrits les crimes de pédophilie qu’il couvrait-, l’exaltation religieuse  ou les répressions anti-chrétiennes ont fait lever de belles moissons de martyrs. D’Égypte nous vient Onuphre l’anachorète  (décédé  vers 400), une racine wnnn nfr  épithète d’Osiris « être parfait». Un brave ermite qui se contentait des dattes de son palmier, de l’eau de sa source et de sa chevelure pour vêtement. Pourquoi La Bruyère a-t-il fait de lui un émule retors de Tartuffe dans un de ses Caractères où il redessine le personnage de Molière?  je ne vois qu'un motif: les deux sont affublés de sonorités peu agréables  O, U, F, R , sorte de grognement pas très glorieux.

     Onuphre  […] ne dit point ma haire et ma discipline ; au contraire : il passerait pour ce qu'il est, pour un

biville stèle

hypocrite, et il veut passer pour ce qu'il n'est pas, pour un homme dévot […].S'il se trouve bien d'un homme opulent, à qui il a su imposer, dont il est le parasite, et dont il peut tirer de grands secours, il ne cajole point sa femme, il ne lui fait du moins ni avance ni déclaration : il s'enfuira, il lui laissera son manteau, s'il n'est aussi sûr d'elle que de lui-même. […]  . Dans le pays de Caux,  une niche de l’église de Biville-la-Baignarde abrite une belle représentation en bois, sans compter à l’extérieur, une singulière stèle surmontée d’un buste de Marianne. Non sans humour, les tisserands l’ont pris pour patron et l’on vante à l’occasion ses pouvoirs de guérison sur les rhumatismes.

      Et  Basilide ? Qui naît à la Saint-Basilide ne sera jamais invalide. Magnifique dicton, véritable slogan publicitaire. La rime riche, bien clinquante  pour  le destin que promet ce vers de mirliton. Et pourtant, à la bourse des prénoms, Basilide a toujours fait un flop : de 1900 à 1950, calme plat; 9 entre 1950 et 1980 et depuis, aucun. Parents en veine d’originalité, qu’attendez-vous ?

     

basilide fossard impasse

Trouvaille sur la Toile : ce cliché louche : une voiture blanche (une 404, je crois)  en planque dirait-on,  où ça ? impasse Basilide Frossard ! Il exista  donc des parents qui eurent cette audace  pour leur bébé :    « B a s i l i d e  F o s s a r d »,  véritable oxymore : l’impérial basileus byzantin acoquiné au fossé, à la fosse, au froussard,  façon Gonzague TRUC, le savant éditeur de Saint-Simon en Pléiade. Basilide n'a, en toute modestie   laissé son nom qu'à une impasse,  dans le 20ème arrondissement: elle donne sur l’avenue Gambetta. Rien de glorieux à son actif : c’était le propriétaire du terrain. La  voie,  récente,  précédemment  « voie BC /20 » est sortie de l’anonymat  par décret …le 1er avril 1961.

   Qui est ce Basilide, semble-t-il plus célébré en Italie (une basilique lui est consacrée) que par chez nous ?Un zombie- d’après les grands nettoyeurs de Vatican II. Et ils sont deux à partager ce triste destin: un Basilide de Rome, théologien dont la notice officielle est un répertoire réjouissant des tournures du doute

L'existence historique de Basilide ne semble pas faire de doute. Néanmoins, les éléments de sa biographie et les contenus de son enseignement sont beaucoup plus incertains. La vie de ce premier intellectuel chrétien et gnostique d'Égypte dont la réalité historique et littéraire soient discernables reste cependant obscure et largement spéculative. Les sources antiques s'accordent néanmoins sur quelques éléments : Basilide est un chrétien qui enseigne à Alexandrie à l'époque d'Hadrien (117–138) puis d'Antonin (138–161) et a un fils nommé Isidore qui poursuit son enseignement. Tant son lieu d'origine que celui de sa formation sont inconnus, même si une origine alexandrine reste probable.

          L’autre Basilide, le nôtre,  appartient à un groupe de soldats martyrs en 202 pendant la persécution de Dioclétien,  flagellés avec des scorpions et décapités : Basilide, Cyrin, Nabor, Nazaire. Le tort du militaire ? Deux jours auparavant, Basilide, -mais s’agit-il  du même, le drame se situant ce coup-ci sous Septime-Sévère ?- était avec ses collègues chargés de conduire au supplice des disciples d’Origène, dont Sainte Potamienne et sa mère Marcelle, toutes deux finalement brûlées vives. Des fêtards sur leur passage voulurent abuser d’elles. Il les avait menacés de son épée ;  Potamienne lui dit: "Je t'enverrai ta récompense dès que je serai auprès de Dieu." Ce fut ainsi: saint Basilide subit à son tour le martyre deux jours plus tard.

États de service insuffisamment établis selon  la commission de nettoyage du calendrier : effacé  carrément en 1969 , lors de la grande purge  à la soviétique. Heurement, lui survit la réclame « avec Basilide, jamais invalide »!

  Quant à Olympe, à l’honneur dans  certains calendriers d’autrefois, encore une embrouille ! Il ne s’agit nullement de la patronne d’Olympe de Gouges : cette Olympe -là,  une noble diaconesse qui vécut  à Constantinople au IVe siècle,  se célèbre le 25 juillet. L’Olympe du 12 juin est un h o m m e ,  my God ! Olympius. Je recopie : Évêque d'Enos en Roumélie (Bulgarie) (✝ v. 343)   ou Olympe. Se fête le 12 juin. II était un adversaire acharné de l'arianisme . Un prénom mixte comme Dominique, Camille, Claude, ou Anne.

     

tadzio

Faut-il pour autant aujourd’hui  oser Olympe  pour son gamin ? Je crie casse-cou. Olympio à la rigueur, romantique en diable sous la plume de Victor H. première manière. Les champs n'étaient point noirs, les cieux n'étaient pas mornes. Récitation  terrible avec toutes ses strophes! Si vous tenez à  honorer la Grèce , préférez Agamemnon. « Agamêêêmno ! Agamêêêmno ! » C’était sur  une plage de Naxos, pendant un après-midi entier : à intervalles réguliers,  une matrone hellène  hélait ainsi son rejeton récalcitrant  - Voix de rogomme, rien d’une superbe et chaleureuse  Mélina Mercouri  dans « les enfants du Pirée » Τα παιδιά του Πειραιά, [ta pédia tou piraïou],  rien  non plus du tendre « Tadzio »  susurré par la Dame blanche de Mort à Venise.  Agamemnon – ou alors   Attila :  bien sauvage, bien viril comme  les aime Viktor Orban, et pas transgenre – encore que,  cette finale en -a….

                                             __o______ Actualités d'hier____o___

        12 juin 1817 Un record : 14,4 km en une heure. Établi par Karl DRAIS (1785-1851) avec sa

draisienne luxmbourg 1818

 

draisienne, une sorte de trottinette en somme, avec siège. Au fait,

trottinette pédale 1950

trottinette patinette eureka 1900

pourquoi nos mordus d’énergie verte ne ressortent-ils pas ces petites trottinettes démontables qui avaient fait fureur en cadeau de Noël il y a une vingtaine d’années, ou la trottinette à pédale du grand-père ? Et dans le droit-fil  des vélos-cargo, une forme modernisée de ces vélos-taxis du temps de l’Occupation ?

       

 

 

12 juin 1957  Souvenir de la IVé République embrouillée dans "les événements" d'Algérie

bourgès maunoury en algérie

Maurice BOURGÈS-MAUNOURY, (1914-1993),   radical-socialiste, devient président du conseil après avoir tenu de multiples portefeuilles, entre autres celui de l’intérieur durant le ministère de Guy Mollet. Une figure oubliée  mais omniprésente de la IVe République. Il reste trois mois, remplacé par un météore de 38 ans, Félix GAILLARD  (1919-1970) qui tient cinq mois (marqués par le bombardement  meurtrier en Tunisie de Sakiet-Sidi-Youssef) avant de céder la place à l’éphémère Pierre PFLIMLIN remplacé par le Général de GAULLE.

 1921 .Il y a cent ans. Les plaies de la grande guerre restent béantes. Dans le monde, on a bien du souci. Voici juin, le plus beau mois de l’été, celui duquel nous attendons les plus grandes élégances. Juin

haute couture

1921 12 juin l'intransigeant mode

représente en effet toute la joie de Paris, le luxe des dîners au Bois, des épreuves sportives, des plaisirs au soleil. De tous les coins de l’univers les étrangers viendront admirer notre capitale et prendre place à la fête. Pourtant, notre élégance est sans entrain, les couturiers, les modistes se plaignent de ne plus connaître cette effervescence qui précédait le Grand Steeple[…] À force de vouloir être simples, les femmes en arrivent à se négliger et à se montrer partout avec la même toilette.[les couturiers] ont tué la tenue sobre du matin, la gentille robe de déjeuner en ville, le modèle d’après-midi, la toilette de soirée. À qui la

1931 12 juin l'intran parasols

faute ? à la « petite robe noire », la cape noire ! le chapeau noir ! avec lesquels on peut sortir dès dix heures du matin, aller au restaurant, goûter, dîner, danser, au théâtre, en visite, et dans les magasins ! (L’intransigeant 12 juin 1921 « Les conseils de Magda »).

1931. Modernité. Voici fleurir ces terrasses à parasol  dont on célèbre ces temps-ci la réouverture. Art de vivre inscrit dans les gènes des français nous répète-t-on : c’était pourtant une nouveauté en 1931. 

1941   Retour à la terre  et pénurie oblige: Monsieur de Brinon plante un haricot sur la pelouse de Matignon. "Long comme un trombone" comme dirait Boris Vian,  son titre officiel , "délégué général du gouvernement français pour les territoires occupés"  n’est que le cache-misère dérisoire du fonctionnement d'un état croupion.  Par « ruissellement », tous les français auront des haricots à profusion et échapperont au rationnement ! Difficile de ne pas sentir

1941 1- juin echo d 'alger haricots matignon couleur

quelque ironie de la part de l’Écho d’Alger !

                                    Et bon anniversaire V O I S I N !

   ------------  en prime: Melina Mercouri  

 Les enfants du Pirée de « jamais le dimanche »

https://www.youtube.com/watch?v=DrkILMCVAno

                                                 -oooooooo---oooooooooo-

1871 -1921 semaine sanglante

 à chacun son cinquantenaire

  

1871

communards nus ds leur cercueil

1871 1 juin gaulois arrestations

 

 

1871 1 juin gaulois arrestations-001

Dernières nouvelles,ultimes images de la normalisation grâce au reporter du Gaulois : Une ville occupée militairement mais la traque se poursuit sans pitié dans les chapelles funéraires du Père Lachaise – qui servent à l’occasion de popote. Les cadavres

1871 1 juin le Gaulois le Père lachaise après

1871 1 juin le Gaulois Paris la nuit

disparaissent peu à peu dans les fosses communes, certains complètement dénudés  sont mis en bière et photographiés dans une macabre mise en scène ambiguë : dernier hommage, voyeurisme, exemplarité du châtiment ? Les  prisonniers continuent à affluer à Versailles, grâce à l'empressement  des Prussiens qui empêchent toute fuite par le Nord et  par l’Est de Paris. Bilan: 6.500 morts au bas mot selon la dernière évaluation qui reprend un chiffre longtemps contesté  car il s'appuyait uniquement sur les registres d'état civil alors qu'en 1920 on retrouvait encore des fosses communes. 10.000? 20.000? En une semaine. On a lâché la troupe... Un mur au Père Lachaise, lieu des dernières exécutions sommaires  va devenir un lieu de pélerinage, - le Mur des Fédérés.

   1921.

mur des fédérés 1900 adget

50 ans ? ce n’est rien .. Aujourd’hui, il suffirait de remonter à 1971. De l’Histoire récente en somme mais  une  grande fracture devait brouiller le souvenir : la Grande Guerre et ses atrocités,  son hécatombe humaine, ses bouleversements sociologiques rejettent dans les lointains la guerre franco-prussienne et les soubresauts  qui en résultèrent. Autre difficulté dans la transmission : la saignée qu’avait opérée la répression chez les communards les plus déterminés;  s’ajoutant à une espérance de vie d’à peine 45 ans, les anciens communards devaient être une espèce rare.  Même  si les quartiers populaires de 1920  gardent  inscrit dans leur réalité matérielle le souvenir quasi inchangé du Paris de la Commune,  cet épisode  de quelques mois n’aura  concerné que la capitale alors que la guerre franco- prussienne puis l’occupation des "uhlans" avaient bien davantage marqué les esprits dans les campagnes. Restait un impondérable   qui , dans une couche de la société  pouvait triompher de toutes les raisons objectives d’oublier : la vigueur d’un mouvement socialiste, qu’attestaient la Révolution d’Octobre ou le bouillonnement allemand, tout comme en France la virulence des des revendications ouvrières ... et des luttes intestines .

             Facile dans ces conditions pour la presse grand public de  trouver la parade : ignorer ou banaliser l'événement.

1921 21 mai le temps anti manif socialo

Silence du côté de  L’Intransigeant,  de  Paris-Soir ou du docte Journal des débats. En Algérie, aussi bien  l’Écho d’Alger que  L’Écho d’Oran  font un récit circonstancié de  ce qu’ils dénomment sans détour  « L’anniversaire de la Commune ». « Au Mur des Fédérés » titre (en première page ) Le Figaro du 30  qui assaisonne

1921 29 mai la Presse une

1921 30 mai echo d'oran la commune

 son article de quelques remarques perfides « cortège moins bruyant que les années précédentes, et même monotone », qualifie les anarchistes  de «  sans-patrie » et se félicite de « la modération » constante de la police.  La Presse journal du soir insiste le 30 sur  les  perquisitions qui visent  la campagne antimilitariste du PC .  Le Temps joue les pères la vertu  dans l'esprit de "l'union sacrée":  ton modéré  et raisonnable, papelard en diable,  pour récuser  l’idée même  de  commémoration. Il s’en prend essentiellement aux socialistes – bien peu redoutables, empêtrés qu’ils sont dans leur dissidence; les communistes sont à peine nommés  (ils répliqueront cependant vertement) :  commémorer? -  mais quels événements d’ailleurs ? - « d’anciennes luttes civiles » qu’il faut oublier  « UNE MANIFESTATION » dès le titre le ton est donné. […] L'idée de l'hommage à rendre aux morts, à ceux qui se sont sacrifiés  à une cause, fût-elle la plus détestable de toutes, est respectable en soi, et personne ne songerait à faire grief aux socialistes, qui se plaisent à se considérer comme les héritiers des hommes de la Commune, d'apporter simplement un pieux souvenir à ceux qu'ils appellent leurs « glorieux martyrs ». Mais nul n'ignore que le défilé devant le « mur » est, dans la tradition socialiste, autre chose qu'un hommage aux morts, qu'il est surtout une affirmation de la volonté révolutionnaire. […]. Le moment semble particulièrement mal choisi pour glorifier la Commune, alors que 1’union de tous les Français s'impose plus que jamais et que le devoir est d'écarter de l'esprit des foules tout rappel des anciennes luttes civiles qui ont si douloureusement meurtri la patrie […]  Ce qui peut dresser les esprits et les cœurs les uns contre les autres constitue une faute grave à cette heure de notre histoire.

      Bien évidemment, pour les frères ennemis de la famille de gauche,  le rendez-vous est central. on bat le rappel de toutes les manières. 

     

1921 22 mai 1le popu une

La SFIO et Le Populaire  ont choisi le 22 mai, début de la semaine sanglante, et le  monument aux morts de la Commune au cimetière Montparnasse, pour éviter l'affrontement ave les majoritaires qui l'ont emporté en décembre 1920 au Congrès de Tours. La plaie reste béante . La Une de ce 22 mai est particulièrement travaillée. Trois illustrations frappantes de la répression, les corps malmenés par la troupe ou qui tombent sous les fusillades. Au centre un poème de notre gloire nationale, réquisitoire terrible et message d’espoir

[…] Je dis que la société
N'est point à l'aise ayant sur elle ces fantômes.
Que leur rire est terrible entre tous les symptômes,
Et qu'il faut trembler, tant qu'on n'aura pu guérir
Cette facilité sinistre de mourir.[…]

 La vie ouvrant de force  un ventre déchiré,
A pour commencement une auguste souffrance.   Victor HUGO (L'Année terrible)

 Sollicité de témoigner (probablement par Léon Blum lui-même) le sulfureux Arthur Rimbaud   délivre  un message à la poésie sauvage et désordonnée. Léon,  de son côté, signe un éditorial rassembleur  où je note cette réponse anticipée par-delà le siècle à Pierre Nora (commémorer Napoléon oui, la Commune, non a décrété l’académicien, spécialiste estimé des lieux de mémoire) Si la République officielle était capable de quelque gratitude, elle fêterait leur mémoire avec nous au lieu de leur jeter l'outrage. Mais nous ne demandons pas pour eux la consécration des pouvoirs publics. Nous laissons au gouvernement l'anniversaire de Napoléon. Nous gardons pour nous celui de la Commune. Il reste notre bien et notre héritage. Sur les colonnes de droite, l’Histoire ressurgit : le « travail » des tribunaux après la répression, un témoignage sur le traitement des prisonniers à Versailles: parqués sous la pluie, au moindre geste, ils sont mitraillés. 

          L’Humanité du 29  fait  son devoir de mémoire  et de pédagogie: cinq colonnes à la Une« glorifions

1921 9 mai L huma le mur

NOS morts »,  éditorial «ce que dit le mur » accompagné  d’une scène d’exécutions sommaires à la caserne Lobau (derrière l’Hôtel de Ville), appel au grand rassemblement

1921 30 mai l' huma

au mur des Fédérés du Père Lachaise.  Le lendemain, Une triomphaliste du Parti sur le nombre de participants énumérés par sections de villes,  départements, et syndicats « Un défilé  de trois heures devant le mur »  . Les photos mettent en valeur les différentes instances de l’appareil.  « À tous les instants, du Mur, Camélinat lance un retentissant « Vive la Commune ! » auquel la foule répond par un magnifique « À bas la guerre ! ». Aucun discours, et pour cause: ‘c'est à cette condition que la manifestation avait été autorisée et le préfet en personne y veillait.  "OPA "du Parti sur la Commune, sur le Mur des fédérés en tout cas….Il est vrai que la présence de Camélinat, « le bon papa Camélinat », « notre vaillant et

camelinat_cachin_sadou_vaillant_thorez-270b2

cher doyen Camélinat » et de quelques anciens de la Commune  en chair et en os valent tous les ouvrages d’Histoire. Mais pourquoi ne figurent-ils  sur aucun des trois clichés  (de mauvaise qualité  il est vrai mais pas de barbe blanche en vue) ? Je réparerai donc  cet oubli, comme il fut réparé par la suite. On en retirera cette leçon : les "anars" ,  priés par les "gros bras" du parti de rengainer leur drapeau rouge  se sont rattrapés en fondant sur un patronage  qui passait par là à l’étourdi en revenant d’une procession  de la Fête-Dieu (  mais deux cents jeunes scouts défilant  dans le quartier clairon , tambour  et drapeau tricolore en tête, était-ce bien raisonnable, et bien innocent, Monsieur le Préfet de police ?) ont justifié l’intervention de la police qui n’attendait qu’un prétexte et surtout, beaucoup plus grave, les perquisitions du lendemain…

mur des fédérés 1913 jaurès et vaillant

Je veux rester sur deux images d’un mur Fédérateur , comme , il

mur des fédérés 1936 Blum et Thorez

l’était, avec gravité sous la houlette de Jaurès en 1909, et à nouveau au moment du front populaire, dans la joie débridée de 600.000 personnes lorsque, se côtoyaient, mariage de la carpe et du lapin Maurice Thorez tout sourires  et Léon Blum agitant les bras .

        Mais  tandis que les classes populaires célèbrent leurs luttes passées et futures, en cette fin mai de 1921, du côté de Guermantes, antinomie parfaite du Paris populaire, une tout autre stratégie veut sauvegarder l’ordre des choses : dans les quartiers chics de l’Ouest on sait s’amuser intelligemment  grâce aux galas de bienfaisance qui draineront  des fonds afin « de recueillir des enfants pauvres, de leur donner une éducation conforme à leur condition sociale, d’en faire d’honnêtes gens, de laborieux artisans ». Et comme les hasards de l’actualité récompensent le fouineur, à des milliers de  kilomètres de  Paris, de l’autre côté de

1921 29 mai excelsior Carpentier et son chien usa

1921 29 mai excelsior ballet chi phot

l’Océan, grâce à  la modernité d'Excelsior d’autres Frances surgissent : un cliché improbable  en dandy fin de siècle adorné de deux "maous costos" de Georges CARPENTIER,  gloire  sportive  de la boxe, une discipline qui enthousiasme la France entière,  toute classe sociale confondue.  Et du côté de la science, un génie qui  doit sa gloire internationale  à son intelligence , à son intuition et à son courage, femme exemplaire  et mère de plein exercice : l’air pas commode, Marie CURIE se prête  quand même au jeu de la séance photo sur le pont de "l' Olympic" avec ses deux filles,  Irène - aussi boudeuse- appelée à marcher sur ses traces et Eve pianiste virtuose et diplomate, accompagnées d’une américaine beaucoup plus à l’aise avec les medias. Recevoir deux fois le prix Nobel  dans des domaines  scientifiques de pointe : un phénomène, qui méritait bien le titre de docteur honoris causa  outre Atlantique. On ne va pas jeter la pierre aux "scarabées" de la Comtesse de Béhague qui n’ont eu que la peine de naître. À chacun.e sa croix et son karma.

1921 22 mai excelsior Marie Curie et ses deux filles bis

Des raccourcis réjouissants quand même !

 

L’Huma du 29 mai : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4000486/f1.item.zoom

Le Populaire du 22 mai  https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k817695n.item

Le Temps 21 mai :  https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k244382w/f1.item.zoom

Camélinat : https://maitron.fr/spip.php?article24586


23 mai la semaine sanglante il y a 150 ans

Accessoirement Pentecôte 2021. 

actes des apotres début

actes des apotres début

penteôte Greco

L’esprit souffle où il peut.  On fête aussi les Didier et les Désiré (miracle des évolutions phonétiques savante et populaire,  ils ont même origine, desiderium qui signifiait  le sentiment du  manque, le regret, avant  d’avoir un sens positif). Jardiniers familiaux, ouvriers,  partageurs Alléluia ! Semez vos haricots : les anciens sont unanimes mais en ce mois de mai pourri, le pire n’est pas impossible. Je  vous livre quand même ma récolte de dictons:

 « À la saint Didier, soleil orgueilleux, nous annonce un été joyeux.  « Saint-Didier ramasse tout dans son dentier» « Sème tes haricots à la saint Didier, pour un, tu en auras un millier. »« Plante un pois à la saint Didier, tu récolteras un setier.  Haricot semé à la saint Didier, en rapporte un demi-setier. »« Qui sème les haricots à la saint Didier, les récolte par poignées. »

              Langues de feu donc.  Symboles de l’Esprit divin, elles flottaient au-dessus des apôtres soudain atteints  du don des langues .

             

paris marville rivoli après la commune

tuileries

Des siècles plus tard elles dévorent  Paris, les Tuileries, l'Hôtel de Ville, le palais de Justice avec toutes les archives de la ville depuis le Moyen-âge. Les tirs  des troupes régulières répandent sans état d’âme  le sang des insurgés. De l’Histoire, certes mais on ne va pas s’ interdire  de verser quelques larmes sur tant de bêtise, de cruautés et de souffrances longtemps passées à la trappe par une République (la  troisième, la  quatrième, la cinquième et tous leurs auteurs de programme d’Histoire) honteuse d’être naît dans une pareille confusion des sentiments et des valeurs. Péremptoire Pierre Nora : « Commémorer Napoléon oui, la Commune non ». J’ose penser le contraire. Inutile de commémorer Napoléon. Il vit sous nos yeux dans les monuments qu’il a suscités et les institutions qu’il nous a laissées. Des mises à jour  s’imposent sur les parts d’ombre de son règne (le retour de l'eslavage, les exactions en Espagne) -encore qu’on n’ait  pas attendu ce bicentenaire pour se livrer au droit d’inventaire : sauf en Corse,  aucune rue, aucun bâtiment public ne porte son nom.

                   La Commune au contraire a besoin de sortir des oubliettes où on continue à la tenir prisonnière , les uns pour la mythifier comme le paradis absolu, les autres pour en faire un repoussoir , rares étant ceux qui la relient aux événements peu glorieux qui l’ont suscitée : la désastreuse guerre  franco-prussienne menée par des généraux incapables, les efforts mal compris du gouvernement de défense nationale, et la répression féroce d’une insurrection  extrémiste, certes, mais qui servit de bouc émissaire commode à la faillite d’une classe dirigeante obligée d’accepter une paix honteuse. Victor Hugo : « c’est M. Bazaine qui a livré Metz ; c’est Rossel qu’on va fusiller » (Choses vues  Folio p.268)« Guerre civile » dit la presse d’alors, osant une expression devenue ensuite tabou.

     Désespoir du Rappel dans son ultime numéro, le 22 mai.

22 mai rappel appel désespéré couleur

 LA GUERRE DES RUES
L'horrible péripétie de cette abominable guerre a éclaté […]Surprise ou trahison, les troupes de M. Thiers ont franchi, presque sans obstacle, les remparts. Et maintenant voilà, dans nos rues et dans nos maisons, la bataille entre nos citoyens et nos soldats qui devient une boucherie, voilà le duel qui devient un corps à corps.    Nous qui, depuis le commencement de l'affreuse lutte, n'avons pas cessé un jour et une heure de conseiller, d'implorer la paix et l'accord, que pouvons-nous dire aujourd'hui? Recommander la conciliation à Versailles ? Ce serait lui demander grâce; la recommander à Paris ? Ce serait l'affaiblir dans son courage et le blesser dans son honneur.
     Il est trop tard ! Il est trop tard ! Nous n'avons plus qu'à jeter ce cri désespéré et à laisser en silence couler à flots le sang de notre cher Paris, de notre pauvre patrie.

De Bruxelles Victor Hugo  -qui va bientôt être expulsé pour avoir soutenu le droit d’asile- a envoyé au journal un texte refusant de choisir entre la France et Paris. L’exercice de style fait long feu tant le  propos paraît inaudible et inadapté aux circonstances

    Paris et la France
Voulez-vous vous rendre compte de ce qu'est cette ville, — Paris? Mettez-la aux prises avec la France. Et d'abord éclate une question. Quelle  est la fille? Quelle est la mère? Doute panique. Stupéfaction du penseur.
   Ces deux géantes en viennent aux mains. De quel côté est la voie de fait impie? […]. Il y a plus de civilisation dans la Convention et plus de révolution dans la Commune. Les violences que fait la Commune à la Convention ressemblent aux douleurs utiles de l'enfantement.
Un nouveau genre humain, c'est quelque chose. Ne marchandons pas trop qui nous donne ce résultat.

L’équipe du Rappel sera arrêtée peu après

 L’assaut titre le Cri du Peuple du 22 mai.  L’attaque générale a commencé.[…]Du 18 mars au 2 mai, il y a plus de deux

22 mai cri du peuple citation

22 mai cri du peuple citation

mois que Paris soutient contre une armée tout entière de soldats aguerris, la plus grande et la plus belle des luttes que jamais peuple eut à soutenir. Des pavés de Paris, à l’appel de la Révolution, est sortie, menacée, une armée de héros sublimes qui, sans discipline, sans organisation, forte de la seule force de ses convictions, d’une idée, donne au monde le spectacle et l’exemple d’un peuple mourant pour ses libertés

Alors que  la fin est sûre, le journal publie crânement un des derniers décrets progressistes mais parfaitement hors sol de la Commune sur l’augmentation des salaires et l’égalité de traitement entre instituteurs et institutrices:  considérant, que les exigences de la vie sont nombreuses et impérieuses pour la femme autant que pour l'homme et qu'en fait d'éducation, le travail de la femme est égal à celui de l'homme,

23 mai le gaulois édito entrée ds paris

« Joie patriotique »  du Gaulois et ton martial de ses reportages?. Hier, […] nous devînmes maîtres  du Champ-de-Mars. Cette opération s'exécuta si rapidement et habilement que les fédérés furent surpris. Tout ce qu'il y avait de gardes nationaux au Champ de Mars est tombé entre nos mains  presque sans coup férir. (23 mai 1871). Les files de  prisonniers  emmenés à Versailles avant d’être jugés perdent toute humanité à coup de clichés éprouvés et de  termes constamment péjoratifs (cette bande de brigands, ces messieurs, les individus, les susdit corps) mines patibulaires des hommes, les femmes misérables,  habillées en cantinières » ,  femmes de mauvaise vie bien sûr.   

     Depuis ce matin  les citoyens de la Commune arrivent à Versailles par détachements, et ce n'est pas sans intérêt ni sans étonnement que les honnêtes gens contemplent  ces beaux échantillons de  la race communeuse.   […]Presque tous ces hommes étaient en uniforme, on remarquait des pantalons de mobiles, des capotes d'infanterie. Un certain nombre de turcos de la Commune et de vengeurs de Paris figuraient dans cette bande.
     Il y avait aussi des cantinières, au nombre de six. Une d'elles pleurait, mais les autres conservaient un aplomb imperturbable.[…]

    Plus de quatre mille prisonniers, faits dans la journée, ont été interrogés dans cette maison, [près de la porte de St Cloud] après avoir été désarmés et fouillés […] Un détachement de trente cantinières fédérées a été dirigé sur Satory.

prisonniers arrivant à Versailles le monde illustré 3 juin 1871-002


   A trois heures, il est arrivé un nouveau convoi de plus de douze cents insurgés, conduits par la gendarmerie. La population a fait à cette bande de brigands le même accueil qu'à la précédente.

        À cinq heures, quelques hommes du 42è de ligne ramènent à Versailles un autre convoi de prisonniers. Parmi eux, se trouvent une trentaine de misérables femmes, dont plusieurs habillées en cantinières. Deux fourgons chargés d'armes pris aux insurgés ont été conduits à la caserne d'artillerie. Dix-huit cents insurgés ont été conduits hier et cette nuit au camp de Satory.
           Quant aux femmes prises dans la fournée, elles ont été  amenées à la prison Saint-Pierre. […]Parmi les femmes amenées hier, et dont quelques-unes appartenaient aux amazones de la République, on a reconnu, en uniforme, une fille qui a joui longtemps au quartier latin d'une malsaine popularité.(Le GAULOIS 23 mai 1871)

Un véritable spectacle que le quotidien se fait un devoir de faire partager à ses lecteurs  dans chaque

25 mai le gaulois prisonniers

numéro. La livraison du 3 juin du Monde Illustré met parfaitement en scène  la fin  de la guerre sociale qui s’est jouée là : femmes élégantes,  messieurs en haut de forme entourent  et admirent une troupe valeureuse qui encadre de pauvres hères traînant la patte (ils viennent de marcher pendant 40 kilomètres)  avançant avec peine tête baissée, le visage fermé. De charmants enfants dignes de la Comtesse de Ségur ont suspendu un instant leurs jeux pour regarder de tous leurs yeux ;  un ballon perdu, des chiens  qui traversent la route  ou jappent sur le cortège.

       [...] Ce fut un feu croisé d'interpellations. Une espèce de colloque s'établit entre les prisonniers et les spectateurs. Ceux-ci de protester de leur innocence ils avaient été entraînés, etc., etc. Malheureusement des  sergents de ville de Montmartre reconnaissaient successivement des repris de justice, des communeux enragés qui avaient cherché à les assassiner. Un quidam s'étant permis de dire que ces gens-là méritaient de la pitié, un gendarme lui répondit. – De la pitié ! Pour ces gens qui nous traquaient comme des bêtes fauves! […]   Deux voitures étaient chargées de prisonniers blessés et de vieillards qui n’auraient pas pu faire la route (25 mai 1871)

      La foule des « honnêtes gens »  finirait-elle par éprouver quelque compassion chrétienne à la vue de tant de misère? Telle est  l’interprétation pleine de componction donnée par Le Gaulois du 29 mai   qui refuse, quant à lui ,de s’attendrir et n’hésite pas, contre les femmes,   à utiliser son répertoire habituel.

                 

29 mai gaulois osse tour st jacques-001

Aujourd'hui, à midi, ont eu lieu, à la cathédrale, les prières publiques ordonnées par l'Assemblée nationale. Dès onze heures et demie l'église Saint-Louis était pleine; .[…] À une heure, au moment où la foule se dispersait encore recueillie et émue des chants divins de l'église, passait, rue Satory, une bande de prisonniers hâves, sales, déguenillés, mêlée de mégères à l'œil fauve et louche, à la physionomie haineuse. Quel contraste ! Mais ce qui nous a plus particulièrement frappé, c'est que, contrairement à ce qui a lieu souvent, les prisonniers n'ont été accueillis par aucune acclamation violente. Est-ce que, dans le cœur de ceux qui venaient d'implorer du Dieu de bonté les bénédictions pour notre pauvre patrie, la pitié se serait fait jour? Nous le croyons; l'Église ouvre son sein à la brebis égarée; la mère- patrie est prête à ouvrir ses bras au fils repentant. (Le Gaulois 29 mai 1871)

           

 

  Premier bilan officiel  dans une dépêche adressée  au gouvernement le 25 mai à 7 heures du matin: Nous sommes maîtres de Paris, sauf une très petite partie qui sera occupée ce matin. Les Tuileries sont en cendres. Le Louvre est sauvé. La partie du ministère des finances qui longe la rue de Rivoli a été incendiée. Le palais du quai d’Orsay dans lequel siégeaient le Conseil d’Etat et la Cour des Comptes ont été incendiés également (sic) Tel est l’état dans lequel Paris nous est livré par les scélérats qui l’opprimaient et le déshonoraient. Ils nous ont laissé 12000 prisonniers et nous en aurons certainement 18 à 20.000. Le sol de Paris est jonché de leurs cadavres. Ce spectacle affreux servira de leçon, il faut l’espérer,  aux insurgés qui osaient se déclarer partisans de la Commune. La justice du reste satisfera bientôt la conscience humaine, indignée des actes monstrueux dont la France et le monde viennent d’être témoins.  La « très petite partie » restée

 

27 mai le monde illustré édito

29 mai gaulois fin de belleville et père lachaise-001

aux mains des « insurgés »  a donné du fil à retordre. C’est seulement le 29 mai que Le Gaulois  peut annoncer la fin des combats.  Sous la plume de l’éditorialiste du Monde Illustré  la férocité des  derniers affrontements   - sans compter les pelotons d’exécution-se pare d’esthétisme   et de théâtralité.

            Malgré la quantité d’exécutions sommaires, il reste une masse d’insurgés prisonniers. Que faire d’eux ?  Prisons parisiennes, Oléron, Belle-Isle, les pontons de Brest, plus tard Cayenne et la Nouvelle

29 mai gaulois conseil de guette chatelet fosse tour st jacques

Calédonie: les lieux de détentions ne manquent pas et la justice sait être expéditive : les conseils de guerre fonctionnent à plein régime, tel celui installé dans le foyer du Châtelet.

            Dès le début des opérations la question de la répression est posée.  Le Gaulois du 22 mai redoute  une de ces amnisties qui ne sont qu'une prime d’encouragement données aux entrepreneurs de démolition sociale. Il peut se rassurer :M. Thiers a dissipé toutes les illusions que les rapports des diverses ligues de conciliation avaient répandues dans le public.[...] la loi fera son œuvre jusqu'au bout, sans s'arrêter aux sentimentalités hypocrites et aux pleurnicheries perfides de ceux qui sont toujours prêts à excuser le crime, pourvu que le crime prenne la politique pour masque.

29 mai gaulois prisonniers vers Brest

            Le mot de Thiers « tout avec la loi, tout pour la loi, tout par la loi » fait bonfir l'illustre:« Qu’avez-vous fait, Fusillades sommaires, tueries sans jugement, cours martiales de hasard, justices improvisées, c’est-à-dire aveugles » ,  « Férocité des deux côtés. La Commune a exécrablement tué 64 otages. L’Assemblée a riposté en fusillant six mille prisonniers ( fait du général Issey, cent pour un, sans compter les autres faits : Gallifet, Vinoy etc.) »  (Choses vues Folio p.266). Longtemps il va mener  pour l’amnistie un combat quasi solitaire ; dans l’immédiat son soutien à l’asile politique ne lui vaut  qu’avanies : deux soirs de suite la maison où il loge à Bruxelles est attaquée par une foule hostile  sans que la police se soucie d’intervenir ; le gouvernement belge lui signifie son expulsion ; il part avec sa famille à Luxembourg. L’épisode lui inspire une profonde amertume À mon âge  on peut avoir le temps de rentrer en exil mais on n’a plus le temps d’en revenir. J’accepte cette éventualité. Mourir dans l’ exil est maintenant mon droit( P.267)

      

braquehais mai 1871 statue de Napoléon et peut être Courbet en képi à droite

 L’autorité a une arme secrète, grâce à l’ingéniosité – ou la perversité du ministre de l’intérieur, Ernest Picard. Ceux qui ont joué les fiers-à-bras en posant sur les barricades  ont du souci à se faire :   le ministre a fait saisir tous les clichés, dont beaucoup avaient été réalisés par Bruno Braquehais qui se retrouve  ainsi involontairement instrumentalisé. Un de ses clichés aurait servi à inculper Courbet  dans l’abattage de la colonne Vendôme Ce matin encore, M. le ministre de l'intérieur vient de recevoir sur sa demande une collection remarquable de photographies d'insurgés qui sont photographiés devant les barricades de Paris. Tous les insurgés qui ont posé seront ainsi reconnus et payeront probablement très cher cette épreuve photographique
   On remarque au milieu de ces insurgés le général du Bisson, qui a été un instant commandant en chef de la garde nationale. Les signalements d'un grand nombre d'insurgés seront ainsi fidèlement conservés à la Préfecture de police, grâce à l'initiative de M. Ernest Picard

La Semaine Sanglante

Sauf des mouchards et des gendarmes,

maximilien Luce victimes des Versaillais

On ne voit plus par les chemins,

Que des vieillards tristes en larmes,

Des veuves et des orphelins.

Paris suinte la misère,

Les heureux mêmes sont tremblants.

La mode est aux conseils de guerre,

Et les pavés sont tout sanglants.

Refrain

Oui mais !

Ça branle dans le manche,

Les mauvais jours finiront.

fusillés cercueils

Et gare ! à la revanche

Quand tous les pauvres s'y mettront(bis)

   On traque, on enchaîne, on fusille

Tous ceux qu’on ramasse au hasard.

La mère à côté de sa fille,

L'enfant dans les bras du vieillard.

Les châtiments du drapeau rouge

Sont remplacés par la terreur

De tous les chenapans de bouges,

les troupes accueilies par la population Le monde illustré 3 juin 1871

 

Valets de rois et d'empereurs/   Refrain

     Demain les gens de la police

Refleuriront sur le trottoir,

Fiers de leurs états de service,

Et le pistolet en sautoir.

Sans pain, sans travail et sans armes,

Nous allons être gouvernés

Par des mouchards et des gendarmes,

Des sabre-peuple et des curés./ refrain

      Le peuple au collier de misère

Sera-t-il donc toujours rivé ?

Jusques à quand les gens de guerre

marc ogeret la semaine sanglante

Tiendront-ils le haut du pavé ?

Jusques à quand la Sainte Clique

Nous croira-t-elle un vil bétail ?

À quand enfin la République

De la Justice et du Travail ?

                                      ----u-o-------y oo y- y y oo y---------o-u---

Désir : http://philia.online.fr/dossiers/d-04,0.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Chute_de_la_colonne_Vend%C3%B4me

La semaine sanglante   (paroles  Jean-Baptiste Clément,  sur l’air du Chant des Paysans de Pierre Dupont)  Marc Ogeret

https://www.youtube.com/watch?v=o8Xh_RGS3_Q   ( paroles en sous-titres)

https://www.youtube.com/watch?v=Tv05gRD0YDQ

Le temps des cerises :

Bienvenue au pays des algorithmes : tapez le temps des cerises et vous aurez  une bonne dizaine de créateurs de jeans et de restaurateurs 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Temps_des_cerises

temps des cerises rue de la cerisaie ext

 

cerisesYves Montand Live Olympia

https://www.youtube.com/watch?v=yRbnlJuLFAs

https://www.youtube.com/watch?v=ncs4WlWfIZo

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Temps_des_cerises

 

                                                  o---j-j-j m-m-o-M-o-j -j j--o--

8 mai la Victoire mais aussi Désiré ou Boniface

 

L’événement majuscule cache des patronages plus anciens et sans relief : celui de Désiré  de Bourges haut fonctionnaire mérovingien et évêque de Bourges décédé le 8 mai 550, celui de Boniface IV, Pape de 608 à 615, vous avez le choix, … et « Félicie aussi » m’indique un de mes vieux calendriers

 À la Saint-Désiré, tu peux découvrir ton nez

  Au jour de saint Boniface, toute boue s'efface

 

tintin finir mal

Tout ne va  pas pour le mieux :  les saints de glace rôdent dans nos campagnes déjà bien mises à mal

En 1871, à Paris, c'est l'impasse. Le Petit Journal (resté dans la capitale) prône à longueur d’éditorial la conciliation, sans aucun espoir d’être entendu . Pas question, pour le Gouvernement de Versailles : le mot même lui semble hypocrite : ainsi raisonne  le Garde des Sceaux venu défendre devant l’Assemblée  sa nouvelle loi sur la presse Oui, la force matérielle qui s’est constituée dans Paris sous le nom de Commune pour commettre de si abominables excès trouve des apologistes qui deviendraient bientôt

27 avril P Jal edito conciliation

ctre la commune

8 mai P Jal inter'diction de Jx dont le P Jal

ses imitateurs si elle triomphait. Ce ne sont pas les ennemis d’un gouvernement quelconque mais de toute société humaine ; vous ne devez pas hésiter à les poursuivre.   Et ne vous laissez pas arrêter lorsqu’ usant d’un langage plus modéré en apparence sans être moins dangereux, ils se font les apôtres d’une conciliation à laquelle ils ne croient pas eux-mêmes : mettant sur la même ligne l’Assemblée issue du suffrage universel et la prétendue Commune de Paris […], pour être plus hypocrite, ce langage n’est pas moins coupable : il énerve le sentiment du juste et de l’injuste ; il habitue à considérer du même œil l’ordre légal et l’insurrection, le pouvoir créé par le vœu de la France et la dictature qui s’est imposée par le crime et règne par la terreur ( « le Gaulois » de Versailles 26 avril 1871). Voilà le Petit Journal dans le collimateur des Versaillais. C’est  la Commune qui résout le problème en décidant  de son interdiction. Il est vrai que ses positions nuancées ne sont pas dans l’air du temps

 

     Le 28 avril la sortie  spectaculaire et inédite de francs-maçons parisiens vers les remparts de la capitale n’aboutit à Versailles qu’ à la réception pour la forme d’une délé-

6 mai mondde illustr fcs maçons grav

gation de trois francs-maçons. La franc-maçonnerie devait-elle prendre parti? Bagarre idéologique dans les loges et le Gaulois a beau jeu de dénoncer une action minoritaire selon lui, mais qui ne manquait pas de panache. Récit du Monde Illustré:A dix heures du matin, les loges maçonniques de Paris, au nombre de cinquante-neuf, des trois rites. -Grand-Orient, rite Ecossais et rite Misraïm, sont réunies dans la cour du Carrousel. Pittoresque tableau : les dignitaires, le cordon bleu ou rouge en sautoir; les reins ceints du tablier symbolique, les chevaliers rose-croix, les chevaliers kadoches à l'écharpe noire frangée d'argent, se mêlent, se pressent parmi les officiers des loges portant sur la poitrine leurs insignes, sous les bannières multicolores, blanches, vertes, bleues, rouges, et non moins variées par les signes et les devises. Il y en a une sinistre comme un drapeau de deuil : blanche et noire en damier. 'La plus remarquée est celle qui a joué le grand rôle de la journée. Elle est toute blanche et porte cette inscription : AIMONS-NOUS LES UNS LES AUTRES . Les délégations les plus nombreuses étaient celles de la Persévérance, d'Ivry; du Globe, de Vincennes; de Clémence et Amitié, de Paris; du Libre examen, de l'Etoile polaire et des Amis de la patrie. [...].Une foule considérable, attirée par la curiosité de voir pour la première fois s'étaler au grand jour les insignes de ces réunion, entourées jusqu'à présent d'un mystère profond, accompagnait le cortège le long de la rue de Rivoli jusqu'à l'Hôtel-de-Ville. Plus tard, le cortège évalué par le Monde Illustré à deux mille personnes se dirige vers l’Arc de triomphe. La pluie a commencé à tomber à ce moment. Le cortège a tenu bon cependant jusqu'au moment où, arrivé à l'angle de l'avenue de Friedland, il a entendu des bombes tomber et éclater à une distance de vingt ou trente mètres, tout au plus.[…]Malgré la démarche des francs-maçons, les batteries de Courbevoie et du Mont-Valérien continuaient à répondre aux batteries fédérées. […]On tient conseil et on décide que les porte-bannières seuls, accompagnés d'un délégué de chaque loge, iraient jusqu'aux remparts et qu'on enverrait devant un parlementaire pour demander la suspension du feu pendant la démonstration. L'armistice a-t-il été convenu? On en douterait au bruit que fait toujours le canon dans le lointain; mais la députation put arriver toutefois jusqu'aux remparts, où elle planta ses drapeaux sans être dérangée par le moindre projectile.

6 mai mondde illustr tr_ve neuilly déménageC'est la Persévérance d'Ivry qui a planté le premier drapeau. Trois délégués de la maçonnerie sont partis, dit- on, pour Versailles.

Une courte trêve le 25 avril  avait permis aux habitants de Neuilly d’être évacués dans Paris  où leur accueil avait été organisé: pas forcément des nantis-  plutôt des villageois, à voir  dans le Monde Illustré, le barda que certains réfugiés traînent avec eux . Le canon du Mont Valérien continue à tonner, des renforts arrivent de partout – Bismarck a judicieusement libéré tous les prisonniers français. Le Gaulois se réjouit de ces concentrations de

29 avril le gaulois belleville ds les bx quartiers

29 avril le gaulois les insurgés brulent leurs morts

 

troupes et s’attarde sans retenue sur l’ivrognerie, la barbarie et le sans-gêne des bellevillois qui viennent occuper sans vergogne les logements vides des beaux quartiers. Car s’ajoutant aux départs durant le premier siège, s’inaugure un  autre exode que commente le Monde Illustré : celui des

22

nitaire des blessés alccolisés morts

parisiens les plus aisés  qui fuient par le passage obligé du bac de Conflans-Sainte-Honorine      Du côté  des instances de la Commune , la fièvre obsidionale  entraîne raidissement, règlements de compte, fuite en avant , tentation des représailles, interdiction des derniers journaux qui croyaient en la liberté de la presse et ne se privaient pas d’ironiser sur le comportement des « chefs militaires » . Le reporter du Siècle (bientôt interdit) décrit  le général Dombrowski  à sa pose déjeuner façon guinguette Le général et son état-major ont déjeuné d'une tranche de jambon cru et d'un morceau de pain rassis. Le petit vin blanc du curé de Neuilly pétillait dans les verres. Court de taille, maigre, blond, le commandant en chef des fédérés n'a point ce qu'on appelle la prestance militaire; mais son regard clair, ses traits fermement dessinés, annoncent une énergie qui ne se laissent point abattre par les difficultés.

              Dombrowski puis son successeur Cluseret limogés,  voici  enfin un véritable militaire : Louis ROSSEL. On ne tarit pas d’éloge sur son compte. Mais comment peut-il transformer en soldats disciplinés des civils qui ont pris de mauvaises habitudes et sentent bien qu’ils sont dans la nasse? On ramasse les armes des

rossel tactique

réfractaires : sans résistance – car beaucoup ont fui et les maisons restent vides.  Au bout de quinze jours, Rossel jette l’éponge, s’attirant la haine de Pyat qui mijote de le faire condamner à mort.Pas nécessaire. Arrêté en juin 1871, Rossel

rossel portrait b préfère être exécuté plutôt que la condamnation à l’exil que lui propose Thiers. La longue notice que lui


rossel photoconsacre Le petit Journal  le présente comme un personnage énigmatique, inquiétant même : « sur les choses qu’il connaît, il a des idées qui ne sont pas toutes pareilles aux idées des autres. C’est une intelligence que le citoyen Rossel, est-ce un homme ? un fou ou un coquin ! [je garde la ponctuation, assez ambiguë] Capitaine du génie à Bourges quand la guerre éclate, sa hiérarchie dédaigne ses demandes de participer à l’action. Il est tenté par le journalisme  mais reste dans l’armée finalement. Envoyé à Metz  (où Bazaine s’est enfermé) il a compris le désastre et envoie au Temps un plan de résistance qui poursuit jusqu’au bout la logique des francs-tireurs et dessine les contours d’une guérilla de libération. Un de Gaulle à sa façon. Fait prisonnier, il s’échappe, rejoint Gambetta et participe à la campagne avec l'armée de la Loire. Paris-Journal conclut : on pense en écoutant le citoyen Rossel : voilà un homme qui a quelque chose. Quelque chose ? Soit. Mais quoi ? De l’ambition.  Si telle  était sa seule motivation, il aurait peut-être dû choisir le camp des Versaillais plutôt que de se mettre trop tard au service d’un combat impossible. Un perdant magnifique ? 

            

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sociale ambulancières méprisées

7 mai la sociale a André Léo Rossel

Figure oubliée, moins certainement que la romancière et journaliste André Léo. Elle s’appelait Léodile  BÉRA.  Pour être crédible, elle choisit un nom de plume masculin – qui ne trompait personne : Rossel sans broncher  lui donne du  « madame André Léo », mais le pseudonyme est un hommage discret à sa maternité : ce sont les prénoms de ses jumeaux, qu’elle a élevés seule, ne vivant que de sa plume de romancière et de journaliste après la mort prématurée de son mari, un journaliste dans la lignée du socialisme de Pierre LEROUX.    Une féministe  moins médiatisée peut-être que Louise Michel,  mais tout aussi sincère  dans son engagement pour une république sociale, qui concernerait autant  le peuple des campagnes que les ouvriers et qui donnerait aux femmes toute leur place. Dans La Sociale, elle lance un appel aux campagnes, elle publie un reportage sur les avanies subies par des ambulancières dont on refuse les services. Les lettres qu’on a retrouvées la montrent lucide sur les excès et  les insuffisances  des instances dirigeantes, tout en gardant sa foi dans "le vrai peuple".

      Toutes les atrocités des Prussiens sont dépassées; la haine croît hélas! La population crie vengeance! Et la Commune répond: œil pour œil, dent pour dent! On voudrait ici empêcher ces représailles; ce sera peut-être difficile. J’y tâche, pour ma part.[…]  

29 avril p Jal place vendôme fiesta

Paris a le calme des grandes fièvres. On y vit aussi paisiblement qu’à l’ordinaire, sauf le tambour qui bat et le canon qui gronde […] Je suis arrivée en pleine guerre civile. Nos pauvres gardes nationaux se font héroïquement écharper. Ils n’ont aucune pratique militaire, pas de chefs capables, tout improvisé, peu d’artillerie, trois forts seulement. Un

barricade_rue_d'Allemagne

gros de 50,000 hommes se bat comme des lions, mais se fait surprendre et tailler en pièces; le reste est mou. La discipline, l’habitude manquent, et le succès. […] Il n’y a plus que des maisons vides dans les quartiers occupés par la bourgeoisie qui décidément a la gangrène de la peur. C’est dégoûtant. Ils n’avaient rien à craindre. Ils pouvaient protéger les autres en cas de défaite, et ils se sauvent. Il n’y a de bon et de beau que le populaire. Je l’aime sincèrement. Ils sont bien naïfs, bien fous parfois, bien injustes souvent, mais dévoués, généreux, sincères (6 avril 1871)

Nous perdons presque tous nos blessés; mais cela ne décourage pas les défenseurs de Paris. Ils se battent comme des lions depuis plus de huit jours, et leur énergie ne fait que croître.   Les femmes encouragent leurs maris. Ce pauvre peuple si longtemps trompé se venge de l’odieuse capitulation, qui seule lui a ouvert 

thiers dictateurles yeux sur le compte des hommes du 4 septembre. (11 avril 1871)

 Le fils du père Duchêne du 3 mai peut bien crâner en moquant la lenteur des représailles du "dictateur Thiers", la situation militaire de "l'insurrection"  comme on dit à Versailles est désastreuse.

Il est urgent la  mater car ailleurs, là-bas, en Algérie on aurait bien besoin des troupes coloniales engagées d’abord dans la guerre contre la Prusse puis reconstituées et amassées à Satory ou dans Versailles. Le petit Journal  dès le 27 avril  fait le bilan des opérations  tentées en Kabylie pour mettre fin  à divers soulèvements ; le 7 mai, à côté d’un article sur le mariage des anciens prêtres  son correspondant  en Algérie  raconte le drame de Palestro  et se livre à une rapide analyse « sur les causes des troubles ». « Ce n’est pas seulement parce que nous sommes vaincus par les Prussiens et parce que la guerre civile succède à la guerre franco-prussienne que les Arabes s’insurgent. Le moment eût été mieux choisi pour eux alors que toutes nos forces disponibles étaient dirigées contre l’invasion allemande et que Paris était bloqué et assiégé.[…] Lorsque notre ancien allié El-Mokhrani a levé l’étendard de la révolte, il n’a soulevé que quelques tribus et si la répression eût été immédiate, si le Gouvernement eût envoyé sans hésiter quelques régiments, c’en était fait de l’insurrection[…] c’est notre inaction qui a donné à ce mouvement l’importance menaçante qu’il a aujourd’hui. L’histoire ne repasse pas les plats  dit-on mais c’est ce même discours qui fut répété à satiété pendant la guerre d’Indochine puis à propos de l’Algérie.   Malgré ses préoccupations immédiates, le gouvernement de Thiers  entouré de généraux qui connaissent l'Algérie comme leur poche  a été prompt à réagir : deux transports de troupes l’Eure et l’Intrépide sont entrés dans le port d’Alger, venant de Toulon. « Ces troupes  sont composées de chasseurs d’Afrique et d’artilleurs. D’autres sont attendues pour former un corps expéditionnaire de dix mille hommes précise Le Gaulois du 28 avril qui se veut rassurant « leur présence seule devient une garantie pour les colons qui dans le premier moment d’alarme avaient pu s’exagérer des appréhensions d’ailleurs bien facile à comprendre. La confiance renaît déjà dans les esprits et nous sommes assurés que dans quelques jours la sécurité sera définitivement rétablie dans cette partie de la plaine ». Belle confiance…Mais il est facile d’ironiser quand on connaît la suite de l’Histoire.

    

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1945 12 mai ech d alger sétif

Elle bégaie pourtant, CLIO. Ce 8 mai 1945  que nous commémorons  comme le triomphe des alliés sur l’empire hitlérien  prend en Algérie une tout autre signification : c’est une date fondatrice. Le  défilé de la victoire à laquelle les troupes coloniales ont contribué dégénère à Sétif et à Guelma en manifestation nationaliste suivie d’un massacre d’Européens qui  en retour entraîne  pendant une semaine une répression féroce ainsi que le reconnaîtra en avril 2008 l’ambassadeur de France en Algérie, Bernard Bajolet,  à Guelma, devant les étudiants de l’université du 8 mai 1945 : « le temps de la dénégation des massacres perpétrés par la colonisation en Algérie est terminé  […] Le 8 mai 1945, alors que les Algériens fêtaient dans tout le pays, au côté des Européens, la large victoire sur le nazisme, à laquelle ils avaient pris une part, d’épouvantables massacres ont eu lieu à Sétif, Guelma et Kherrata».  Comment ne pas s’arrêter sur chaque mot de la proclamation que le nouveau gouverneur civil  ( vice-amiral néanmoins) adresse en arrivant à Alger en avril 1871, alors qu'un bon tiers de l'Algérie est entré en rébellion sous le commandement d'El Mokhrani, un fidèle allié qui a loyalement prévenu le bureau arabe de ce qu'il allait entreprendre

   

kabylie révolte 1871 el mokhrani

Arabes et Kabyles,   En prenant en main les rênes du gouvernement de l’Algérie, mon premier besoin est d’entrer en communication avec vous. Vous nous avez donné des preuves  de dévouement en mêlant votre sang au nôtre. La France a admiré la vaillance de vos enfants ; elle ne l’oubliera jamais, et vous en tiendra généreusement compte. Pourquoi quelques-uns d’entre vous se sont-ils laissé égarer jusqu’au point de lever une main sacrilège sur une mère qu’ils venaient de servir loyalement ? Certains m’ont assuré que le motif de la rébellion

amiral gueydon

de ces quelques chefs, jadis si fidèles et si aimés par nous, était que la discorde régnait et que l’autorité était chancelante. Cela ne sera pas, je vous l’affirme ; croyez-en ma parole, afin d’éviter les grands maux que cette erreur pourrait attirer sur vos têtes.[…] Musulmans fidèles ! restez les amis de la France, je serai le vôtre, et tout ce qu’un ami peut faire sera accompli en votre faveur .   le gouverneur général civil, Vice-amiral comte de GUEYDON (Le gaulois 28 avril 1871)

* * * *      Une nouvelle qui n’a rien à voir sauf qu’elle concerne aussi un méconnu de l’Histoire qui bénéficie d'une reconnaissance tardive mais éclatante: le supercalculateur de Saclay a été nommé Jean ZAY, en souvenir du Ministre du front populaire créateur (entre autres multiples initiatives) du CNRS avec Jean Perrin, assassiné par la milice le 20 juin 1944.

Jean zay supercalculateur à Saclay

 

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André Léo: Lettres parues dans  L’union démocratique  ( Nantes) du 27 avril 1871:

Correspondance de Paris, par André Léo… – La Commune de Paris (macommunedeparis.com)

El Mokhrani:

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_de_Mokrani

 

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9 avril dans la famille Baudelaire, je demande le père

  b  a u d e l a i r e

a n n i v e r s a i r e

 b i c e n t e n a i r e

   

1821 acte de N baudelaire copie

L'Acte de naissance original a été détruit en 1871, il est remplacé par un extrait in extenso délivré par la Mairie du XIe arrondissement, le 11 juillet 1842 retrouvé par hasard dans un dossier des Archives de la Seine.

« L'An 1821, le 11e jour du mois d'avril, onze heures du matin, par devant nous, Antoine-Marie Fieffé, adjoint à M. le Maire du XIe arrondissement faisant les fonctions d'officier de l'état-civil, est comparu M. Joseph-François Baudelaire, ancien chef de bureau de la Chambre des Pairs, âgé de 61 ans, demeurant à Paris, rue Hautefeuille, 13, quartier de l'École de médecine, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, né avant-hier, neuf, à trois heures de relevée, en dite demeure, de lui déclarant et de dame Caroline Dufays, son épouse, mariés à Paris, au deuxième arrondissement, le 9
  septembre 1819, auquel enfant il a déclaré vouloir donner les prénoms de Charles- Pierre ; les dites déclaration et présentation faites en présence de M. Claude Ramey, statuaire, membre de l'Institut, âgé de 65 ans, demeurant rue des Maisons de

1821 acte de bapt Ch baudelaire enchères

Sorbonne, n° 11, premier témoin, et de M. Jean Naigeon, peintre, conservateur du musée royal du Luxembourg, âgé de 62 ans, demeurant rue de Vaugirard, le n° 7, second témoin. »

       Baudelaire nous a appris l'autre jour en conversant qu'il avait été tenu sur les fonts baptismaux par Naigeon (l'athée Naigeon) et Mme Ramey, la fameux du sculpteur  note Poulet-Malassis (Crepet p.7) Le personnage qui fait ainsi son entrée officielle dans le monde nous a laissé le meilleur de lui-même :  ses poèmes. Sans doute valait-il mieux ne pas le connaître : l’homme était détestable,  les témoignages contemporains  sont unanimes . Du coup,  la « biographie » de Jean Teulé Crénom, Baudelaire! est un exercice vain, pénible à lire d’ailleurs , - et raté s’il s’agissait de comprendre le mystère  de la création poétique. Quel rapport entre le cynisme, l’ingratitude, la goujaterie de Charles B. et l’enchantement que procurent « Harmonie du soir » ou « la Chevelure »?  Évoquer la vie matérielle,  reconstituer minutieusement l’existence terrestre du créateur  n’expliquera jamais le secret de ses poèmes, la force de ses provocations, son évocation du désarroi  ou des aspirations à l’idéal.

    On le sait mais on ne peut s’empêcher. Claude Pichois a multiplié à l’infini les recherches factuelles  sur les personnages croisés par Baudelaire, ses adresses multiples   ou ses lectures: il aura satisfait  son ambition d’une biographie totale à l’américaine et le fétichisme des admirateurs,  -sans  pour autant expliquer  la trouvaille poétique ou l’indicible.

       

baudelaire père

baudelaire charles tombe avec sa mère et le gal Aupick cim mtparnasse

 Au risque de me contredire, je veux cependant un instant attirer l’attention  sur un personnage carrément oublié ou évoqué d’un mot : le père de  Charles. Normal, le jour de son anniversaire de parler de ses géniteurs, non ? La mère, on la connaît : Caroline Archembaut-

mère de baudelaire acte de n copie pour M x Aupick

Defayis .  Omniprésente, elle l’accompagnera jusqu’à la mort, quand il  ne saura plus dire que cré nom . Le père ? Non, ce n’est pas celui qui figure sur la stèle du caveau familial à Montparnasse,   ce croque-mitaine, l’affreux suppôt du pouvoir , le  général-sénateur,  natif peut-être de Gravelines ,  Aupick, le bien nommé ! Dans la famille Baudelaire, je demande le  père, le véritable auteur de ses jours, qui lui a transmis la moitié de ses gènes:   le premier mari de Caroline Archembaut-Defayis ,   François Baudelaire .  Si Charles a toujours trouvé Aupick en travers de sa route, si leurs démêlés sont connus,  rien n’est dit , à ma connaissance,   des premières années, (mal "documentées"  mais si capitales, on le sait, pour la formation d'une personnalité) que le petit Charles a passé avec son père  François. De  vrai, ce dernier devait  plutôt cultiver l'art d'être grand-père : il avait soixante-trois ans alors que Caroline , orpheline pauvre qu’il fallait caser n’en affichait que  vingt-six. Le voyant général Aupick en père fouettard a relégué dans l’ombre Pierre-

Baud père 1759 N

François Baudelaire, un homme de l’ancien monde qui avait , de par son passé, une grande expérience des enfants et ne  pouvait  manquer de peser dans la formation du futur poète  .  Né en Champagne sous Louis XV sans doute  dans un milieu de vignerons, François a reçu une éducation soignée  sous la protection de l’Église qui lui  assure, comme à tant d’autres, une promotion sociale inespérée.  Un pensionnat à Sainte-Menehould, puis Paris et le collège Sainte-Barbe où d’élève il devient répétiteur et  se tourne vers la prêtrise mais il ne semble jamais  avoir officié  dans  une paroisse car il est engagé par le duc de  Choiseul-Praslin, Antoine-César, un aristocrate éclairé partisan d'une monarchie constitutionnelle,  pour être le précepteur de ses deux fils. Dans l'entourage du duc, il se lie avec le marquis de  Condorcet: il figure  sur l’acte d'identification du savant retrouvé mort empoisonné dans sa cellule à Bourg-la-Reine; même, selon Mme Aupick, il lui aurait procuré le poison qui lui épargna  la guillotine. Il sera, dit-on,  l’amant de sa veuve Sophie de Grouchy. Durant  la  Terreur il a vivoté  d’une  petite activité de peintre –miniaturiste et de professeur de dessin: la nouvelle bourgeoisie, tout à son rêve de distinction ,  se fait portraiturer et  cultive les arts d'agrément , quitte comme la fille du boulanger de son quartier à lui payer ses leçons de dessin en petits pains bien croustillants . On se débrouille, on s'adapte quand il faut nourrir un ménage.  En effet, comme tant de clercs, il a  jeté  placidement son froc aux orties et s'est marié en 1797  avec Jeanne JANIN, peintre également."Moi ,fils d'un prêtre" s'exclamait -haine, dépit, fierté? -le poète  "de sa voix la plus aiguë et la plus sifflante" affirme un témoin. A la différence d'un  Joseph Lebon ou d'un  Fouché,  prêtres oratoriens qui  rejettent aussi leur état ecclésiastique et se marient, il ne verse pas du côté des enragés pendant la Terreur. Bien au contraire: il continue de s’occuper de ses deux

baudelaire fcs scene de rue gd champetre remettant un pli huile 40 x 32

anciens élèves:  les nourrir au sens propre du terme et  préserver leurs biens tout le temps que leur père  moisit  en prison, avec chaque jour la menace de la guillotine.  Grâce à son réseau de connaissances, sous le Directoire, Baudelaire père est nommé "commissaire-adjoint au triage des livres des bibliothèques des couvents, des émigrés ou des condamnés." Il entre ainsi en relation avec le peintre Naigeon et le sculpteur Ramey , qui deviendront des amis mentionnés sur  l’acte de naissance   de Charles. La fidélité souterraine aux aristocrates, maîtres, employeurs ou bienfaiteurs n'est pas exceptionnelle.  Ressort romanesque puissant, comme dans  Une ténébreuse Affaire de Balzac, dans la vie réelle elle  aurait pu coûter cher à François Baudelaire. Elle lui permet, la tourmente passée,  d’être engagé comme chef de bureau au Sénat grâce à l'appui  du frère de ses anciens élèves, le sénateur Choiseul-Praslin  (accessoirement  père de ce duc de Praslin qui par l'assassinat de sa femme en 1847 acheva de discréditer  la Monarchie de Juillet). Le voilà logé  au Luxembourg dans un appartement de huit pièces, puis dans une maison  rue de Vaugirard. Par ses fonctions de trésorier il suit de près les travaux d’embellissements des bâtiments et noue des relations étroites avec tous les artistes dont l’Empire s’entoure. Plus tard, il  promènera son fils, qui en gardait le souvenir,   dans ces  superbes jardins du Luxembourg dont il lui faisait admirer les statues.  Il prend sa retraite en 1817. Resté veuf en 1814 avec un fils de neuf ans,

D père de baudelaire copie acte

baudelaire fcs 1821 l'abreuvoir gouache papierClaude-Alphonse (qui deviendra magistrat à Fontainebleau), il s’installe rue Hautefeuille.  Son entourage lui trouve un parti intéressant : une fille de diplomates, orpheline désargentée, Caroline Archembaut-Defayis née à Londres. Mariage de raison des deux côtés  mais Mme Aupick garde "un bien doux souvenir" de son premier mari,  un esprit original que des proches  comparaient "à La Fontaine pour la naïveté et la bonhomie" (Crepet P. 6-7) Lorsqu’il meurt en 1827 , Charles a six ans. Il  lui laisse un patrimoine important que le conseiller de tutelle Me Ancelle  aura la tâche ingrate de ne servir

qu’avec parcimonie à ce dandy dépensier. Mais relayé par Caroline,  il lui  légue un héritage sans prix: des sensations, des raffinements, des images, des préoccupations issus d’un monde englouti qui ressurgit au détour de maints poèmes, une éducation artistique  précoce qui permettra à Charles Baudelaire-Defayis  ( il souhaite affirmer cette double filiation) de  se faire connaître, à même pas vingt-cinq ans, 

baudelaire salon de 1846comme un critique  incisif de la vie artistique de son époque, doté d'un  regard aigu sur la transformation de sa ville et sur une modernité autant détestée que repérée et dépeinte avec acuité .

"faire tous les matins ma prière à Dieu, réservoir de toute force et( de toute justice, à mon père, à Mariette et à Poë, comme intercesseurs" ( Mon coeur mis à nu Crept p.9)

Quels signes matériels, quels objets  le poète gardait-il  de ce père à peine connu et pourtant véritable ombre tutélaire: ? François Baudelaire  possédait de nombreuses statues en plâtre dont un Hermaphrodite; la sculpture n'a jamais intéressé Charles. Il était en revanche très attaché à deux "têtes d'expression" de Greuze dont il avait hérité,  ironiquement

prud hon constance Mayer

désignées à sa mère comme ses "deux faux Greuze" et qu'il se soucie à plusieurs reprises en 1860 de  faire restaurer "l'une de ces têtes, celle que tu crois laide, est une excellente chose, et je ne comprends pas que M. Aupick consentît à avoir chez lui des choses en si mauvais état" ( Correspondance générale III, 321). Prud'hon comptait parmi les amis de François Baudelaire . Pas plus que son père Baudelaire n'apprécie les grandes machines officielles comme le célèbre "la justice et la vengeance divine poursuivant le crime" . Son goût le porte aux  oeuvres non "finies": L'aimable Prud'hon, que quelques uns disent déjà préférer au Corrège; Prud'hon, cet étonnant mélange, Prud'hon ce poète et ce peintre qui , devant David, rêvait la couleur! Ce dessin gras, invisible et sournois, qui serpente sous la couleur(  catalogue expo 1958 n°15)

 

 

 

baudel panzera gramofone

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.
 
 Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
  Où gît tout un fouillis de modes surannées,
  Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher
  Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché. Spleen.

                                                - oHHH- oo-HHHo - 

Recueillement

 Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

baudelaire carjat 3 quarts 2800 E

Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s’endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l’Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

              --0--uuu--0--

Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,

L’univers est égal à son vaste appétit.

Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !

Aux yeux du souvenir que le monde est petit

                                       -----------((((oo+oo))))------------

informations sur François Baudelaire

Généalogie:      https://gw.geneanet.org/brenac1?lang=fr&iz=3779&p=joseph+francois&n=baudelaire

https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph-Fran%C3%A7ois_Baudelaire

catalogue de l'exposition du centenaire des Fleurs du Mal  ( pas de reproduction malheureusement ) 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5839355j.image.r=BAUDELAIRE.f35.hl

Crepet Eugène et Jacques  Biographie de Ch Baudelaire  (une mine. Exemplaire numériséde la Bibliothèque du Michigan. "Crepet " dans mon billet)

https://www.geneanet.org/archives/ouvrages?action=detail&livre_id=49798&page=9&book_type=livre&search_type=livre&name=BAUDELAIRE&with_variantes=0&tk=dded0ca3d61a1d21

  "La  Vie Antérieure"  mis en musique par henri Duparcq

"défense de déposer de la musique" au pied de mes vers avertissait Hugo. Duparcq l' a osé  pour "La vie antérieure" et "L'Invitation au voyage". On ne regrette pas ... au contraire  comme dit la pub du ministère de la santé. Roland Barthes a dit pis que pendre de Gérard Souzay, lui préférant de loin Charles Panzera . Dont acte . Mais Jessy Norman a plus de tonus.   https://www.youtube.com/watch?v=SbjGFVLP0ys

Jessy Norman       https://www.youtube.com/watch?v=erm2dBe7XiA

                                                         - -o - o- - - 

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23 avril ST GEORGES

P L U I E de St GE O R G E S

...Coupe aux cerises la gorge.

   

st georges Uccello

Belle rime , adage cruel!  Le soleil insolent de cette journée leur a sauvé la mise, (si elles ont survécu aux rigueurs des semaines passées). Une kyrielle de dictons escorte le  vainqueur du dragon, dont la notoriété n'a d'égal que le manque de fondement historique: s’avance la triade des saints cavaliers qui précèdent les saints de glace. Période  délicate : beau temps et gelées  secouent le végétal. II ne demande qu’à s’épanouir et risque de payer cher  ses élans printaniers.  Le jardinier trop pressé  va au-devant de déboires mais il ne peut s’empêcher de tenter un premier semis de haricots. Tous ces patronages  inquiétants, on  les amadoue par des petits noms, Georget, Marquet (Marc), Vitalet. La météo de cette année a trompé la sagacité de nos aïeux : arbres  fruitiers, vignes, hortensias et les rosiers eux-mêmes ont grillé.  Certains dictons seront ressentis comme une mise en garde bien ironique quand  le mal est fait . A chacun son style, et pas seulement le sadisme du titre . Leçon de calcul : Quand il pleut à la Saint-Georges, sur cent cerises, il en reste quatorze. Rimailleur: S’il pleut le jour de la Saint-Georgeau, pas de fruits à noyau, ni guignes, ni bigarreaux. Épique :  Saint-Georges arrive souvent sur un cheval blanc. Ne pas s’y tromper : le chevalier blanc fait le grand nettoyage, à coup de  gelées  blanches  pittoresques mais traîtres. Optimisme raisonnable: Georget, Marquet, Vitalet (28 avril) et Croiset (3 mai, autrefois la Sainte Croix), s'ils sont beaux, font du bon vin. Pour la méfiance berrichonne, aucu ! aucu ! aucune hésitation ! comme on disait autrefois dans les manifs,  Marquet, Georget, Philippet trois casseurs de gobelets.  La casse fut en avance cette année.

                 Honneur à un grand folkloriste et ethnologue français, né justement ce jour de la St Georges : Arnold Van Gennep - en 1873. Un esprit original, et (comme disait la réclame) souvent décrié, jamais égalé dans son patient inventaire des contes et des traditions populaires, de France et de Navarre († 7 mai 1957).

       Le 23 avril 1853 est une date que devraient connaître tous les amateurs de jardins partagés : c’est la naissance  du nordiste l’abbé Lemire, à Vieux Berquin près d’Hazebrouck. Une personnalité étonnante passée du légitimisme de sa jeunesse au catholicisme social puis à la gauche radicale  (enfin...version 1924),

aubervilliers a

à l’origine du développement, sinon de l'invention  des jardins ouvriers créés  dans un esprit paternaliste ironiseront certains, pour détourner  l’ouvrier du cabaret –foyer de l’ alcoolisme et des idées pernicieuses-, lui  permettre aussi de retrouver ses racines paysannes et , c’est bête comme choux, de nourrir sa famille. Mieux vaut un hectare de jardins ouvriers qu’un hectare  de légumes  volé pour y construire comme à Aubervilliers un solarium destiné aux jeux olympiques « Des potirons, pas du béton » scandaient récemment des protestataires, qui sembleraient avoir eu gain de cause. 

  

   

bière decret Reinheitsgebot_Bier timbreJardiner donne soif. 23 avril 1516 : en Bavière décret sur la pureté (déjà ?) …de la bière (Reinheitsgebot). Rien que du houblon, de l’orge et de l’eau. Toujours en vigueur malgré certains accommodements voulus par « l’Europe ». Première AOP en somme.

Une pensée pour Turner né le 23 avril 1775, Prokofiev le 23 avril 1891 (son   conte musical Pierre et le Loup aurait enchanté Van Gennep) et un arrêt sur la naissance le 23 avril 1929 de George STEINER († 3 février 2019). Polyglotte, champion de  la culture européenne, on l’a comparé à Érasme.  J’adorais ses causeries érudites, distillées  d’une voix précise tard le

steiner george

steiner proverbe

samedi soir dans  le cadre de "Metropolis", l’émission de la Sept puis d’Arte. Sa désespérance était aussi profonde que son savoir : Nous sommes ceux qui viennent après. Nous savons désormais qu'un homme peut lire Goethe ou Rilke, jouer des passages de Bach ou de Schubert, et le lendemain matin vaquer à son travail quotidien, à Auschwitz. (Langage et science 1969) 

Et pourtant, confiait-il au journal Le Monde en 2013 « Maintenant que je suis tout près de ma fin, je m'agrippe à une boutade que je trouve d'une profondeur époustouflante. Elle vient des cercles yiddish de Brooklyn : 'Est-ce qu'il y a un dieu ? - Bien sûr, mais pas encore.' Ce 'pas encore' m'apporte une certaine force intérieure »

       L’année 1871 dont nous commémorons les 150 ans ne vérifie  que trop le pessimisme de George Steiner. Sous le regard de l'ennemi qui occupe un quart du pays, voilà cinq semaines que la Commune installée à Paris  légifère  et qu’à Versailles le gouvernement de Thiers s’appuyant sur  des troupes régulières tentent de réduire « l’insurrection ». Les offensives militaires du côté de la Commune sont vouées à l’échec faute de troupes véritablement entraînées autres que les gardes nationaux, dont beaucoup essaient d’échapper au conflit.

15 avril le monde illustré blessés de l'avenue de Neuilly amenés à la mairie devenue ambulance

 L'hypothèse invraisemblable  d’un second siège, d'une capitale

15 avril le monde illustré retour combats de chatillon

bombardée par son propre gouvernement est devenue réalité.Le Mont-Valérien envoie des obus sur tous les points des remparts où on lui paraît travailler trop activement. Le plus souvent il atteint les villas les plus rapprochées de l'enceinte. Quand nous passons à la porte d'Auteuil, nous entendons cinq obus passer au-dessus de notre tête. Ce sont les premiers qui tombent dans Auteuil. Chaillot aussi a reçu ses premiers projectiles.[…]Le viaduc d'Asnières est occupé par une batterie fédérée et on y fait avancer de temps en temps des locomotives blindées qui ont donné avant-hier soir et hier sur les batteries versaillaises du château de Bécon. Voilà ce que décrit Le  RAPPEL du 23 avril 1871 dont l’éditorial, signé Auguste Vacquerie  (un proche de Charles et  Victor Hugo)   est une adjuration :

AUX FRANÇAIS.  Mais c'est affreux, cette tuerie qui ne cesse pas ! On se laisse étourdir; l'émotion s'use par sa vivacité même; on vit - si cela peut s'appeler vivre — à travers le massacre et le fratricide; on renonce; l'esprit est comme la barbue abandonnée à la dérive et se laisse aller au fil de l'eau.
       Mais c'est affreux!     Il y a là-bas, à l'autre bout du monde, à Versailles, des gens qui, de temps à autre, demandent des nouvelles aux ministres, comment se porte l'égorgement, combien on a tué de Parisiens, et qui trouvent qu'on n'en a pas tué assez[...] Il y a de misérables journaux qui ont poussé à la guerre en 1870 et qui en 1871 poussent à la guerre civile, et qui crient : À Paris ! comme ils criaient - À Berlin !  I

hugo vive la france

 Et il y a ici des gens qui, le soir viennent s'accouder au parapet des ponts pour avoir le spectacle des éclairs du bombardement et pour écouter le dialogue du Mont-Valérien et du Trocadéro ; plusieurs ont des lorgnettes, les prêtent aux femmes, sont galants, plaisantent.

    Et pendant ce temps-là, il y a des mères auxquelles on rapporte le corps de leur fils, et il y a des enfants qui avaient un père hier et qui n'en ont plus aujourd'hui![…] Quel que soit le vainqueur, sa victoire sera

barric rue de la chapelle-001bien avancée lorsqu'elle possédera — un cadavre !

      Ah ! Voici vingt jours qu'on se rue les uns sur les autres, les uns criant : Vive Paris ! et les autres : vive Versailles! Et qui donc criera : vive la France? Est-ce qu'il n'y a vraiment pas d'autre solution aux questions sociales que la fusillade et le bombardement?  

Dans des propos prémonitoires de ce que sera la reprise de Paris (une véritable guérilla urbaine) le journal analyse la situation à Neuilly

On doit voir à Versailles, par cette horrible expérience de Neuilly, combien la guerre des rues est à la fois désastreuse et inutile. Et si elle est ainsi dans Neuilly, dans Paris que serait-elle? Une étrange particularité de cette guerre à bout portant, c'est l'immobilité stratégique des combattants.
Depuis le jour où les troupes versaillaises ont franchi le pont de Neuilly [….] aucun progrès n'a été fait de part et d'autre. On se massacre sans résultat. Si les fédérés avancent de 100 mètres aujourd'hui, ils les

23 avril le Gaulois derision sur le travail de nuit

reperdent demain. C'est une guerre d'embuscade permanente; on se fusille nuit et jour

22avril le monde illustré asnieres etc transfo

derrière les arbres, derrière les murs, derrière les persiennes. Chaque maison est une citadelle à prendre, et, pendant qu'on s'entre-tue pour la garder, les mitrailleuses font leur office funèbre; le canon gronde, les obus effondrent les maisons et l'incendie achève ce que la mitraille a épargné.

 Le Gaulois dont  l’imprimerie et les bureaux  parisiens  ont été fermés dès la fin mars s’est réorganisé  à Versailles d’où il ricane sur les mesures sociales, celles interdisant par exemple le travail de nuit des boulangers. Il ironise sur la rumeur d’une « attaque formidable des chouans de Versailles » et se félicite des nouvelles troupes  qui vont prendre part à « NOS opérations » pour le maintien de l’ordre et le triomphe de la République honnête et sincère-  Fermez le ban !  Le Petit Journal renvoie  dos-à-dos les deux camps de ce qu’il n’hésite pas à nommer une guerre civile menée par « MM. Les stratégistes de Versailles et par leurs

 

23 avril P Journal barricade de Wagram et ambulance

23 avril P Journal bombardements Asnierescitoyens confrères de Paris ». Très critique sur la façon dont les fédérés mènent les opérations, il souligne  le zèle intempestif de tel garde national ou décrit avec précision  les progrès d’une barricade pour ses lecteurs prudemment restés chez eux. Le Monde illustré tout à sa nostalgie des « jours heureux » sur les bords de la Seine, déplore la situation, ne juge pas mais donne à VOIR l’arrestation de l’archevêque de Paris tout comme le cortège considérable accompagnant le convoi des

15 avril le monde illustré obseques gdes nationaux dcd Courbevoie Madeleine suite blessures 37

 

15 avril monde illustré archev de P arreté détail

morts de Châtillon : l’opération engagée par les fédérés pour répondre à l’offensive versaillaise du 2 contre le dépôt  de Courbevoie s’était soldée par  de nombreux morts et blessés, une débandade des troupes parisiennes et 1500 prisonniers emmenés à Versailles puis à Belle-Ile. Depuis Bruxelles, Victor Hugo note : Paris, muré de nouveau, s’éclaire de nouveau au pétrole. Plus de gaz. On se bat à la barrière de l’Etoile. Ce qui n’empêche pas la foire au pain d’épice à la barrière du Trône. Tel est Paris . (12 avril Choses vues p.165). Il constate aussi qu'à nouveau,  le courrier circule difficilement « je ne reçois plus de lettres de Paris. La poste n’y est plus distribuée. La crise devient aiguë (3 avril, Choses vues). En effet, Thiers a fait transférer tous les services de la Poste à Versailles: le  centre de tri s'est installé au château dans la salle des batailles voulue par Louis-Philippe. Pour sortir de cette impasse, des tentatives de conciliation ou de pourparlers se font jour, tant cette guerre entre Français défie l’entendement après les souffrances subies durant un siège  et une vraie guerre,  menés par la Prusse. Gens de bonne volonté,

hugo un cri

commune idiote Hugo

comme la Ligue de l'union républicaine dont fait partie Clemenceau ,  ou les francs-maçons sortis en procession dans leur habit d'atelier essaient en vain de s’entremettre pour au moins obtenir une trève qui permettrait aux habitants de Neuilly d'être évacués. Les positions s'hystèrisent. Lockroy, ancien éditorialiste du Rappel, ancien député et membre de la Ligue de l'union,   est emprisonné à Versailles. 

                 Le Rappel s'efforce de se montrer impartial, stigmatisant les bombardements  aveugles des Versaillais, mais aussi  la décision du préfet de police de supprimer quatre journaux . Il a un allié de poids : Victor Hugo dont il relaie la parole. Le poète,  qui n’en peut plus d’être coincé à Bruxelles

hugo représailles

par le règlement de la succession catastrophique de son fils Charles juge sévèrement  la situation dans son journal intime  Cette Commune est aussi idiote que l’Assemblée est féroce. Des deux côtés, folie. Mais la France, Paris et la République s’en tireront (Choses vues 9 avril).  Le Rappel du  18 avril publie son poème  « Un cri »    Malheur aux hommes, quels qu’ils soient […] /Qui remettent la ville éternelle en prison, /Rebâtissent le mur de haine à l’horizon/ […]/ Paris mort, l’astre éteint, et qui n’ont pas frémi / Devant l’éclat de rire affreux de l’ennemi !

Suivra le 21 avril « Pas de représailles » repris par  tous les journaux français et européens se félicite l'auteur :Le talion n’est pas un reflux légitime.[...] Ce qui fait qu'il est bon d'avoir été proscrit / Je sauverais Judas si j'étais Jésus-Christ

hugo judas

Une véritable provocation ! Mais les échos qu'il a  sur le fonctionnement intime de la Commune ne sont guère rassurants. Il nourrit en particulier un fort préjugé contre  Charles Delescluze. Ernest Lefebvre, un intime, arrive à Bruxelles, ayant démissionné l'avant-veille de membre de la Commune. "Il nous a dit: "Ceci est le dilemme, démissionnaire aujourd'hui, fusillé demain. Cette Commune est folle. On y délibère en secret. On y parle le revolver au poing. Delescluze et Pyat provoquent les résolutions violentes et s'esquivent au moment du vote"[ndlr: vieille recette éprouvée!]. Lors de leur décret sur les suspects, E. Lefebvre ayant demandé l'appel nominal, Delescluze, qui voulait voter sans qu'on connût son vote s'est emporté et a menacé E. Lefebvre.Le préfet de police Rigault dit  "-j'admire Marat , mais il était mou" (Choses vues  9 avril). Plus loin, le 24 avril, il note "le citoyen Delescluze déclare qu'il ne quittera pas la Commune et qu'il se fera tuer. j'en doute."  Eh bien  si, pourtant.

                                                 Tout compte fait, soyons fous!, je vais tenter de semer des haricots. On prévoit une semaine de douceur. ce sera une première. Haricots de St Georges, costauds!

haricots verts

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https://eglise.catholique.fr/saint-du-jour/23/04/saint-georges/

 http://www.gilblog.fr/berry_blog/les-saints-de-glace-davril.html

Reinheitsgebot — Wikipédia (wikipedia.org)

Jules-Auguste Lemire — Wikipédia (wikipedia.org)

 

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Baudelaire bis

9 avril La mère maintenant dans la famille Baudelaire !

caro aupick signature 1850

Quarante ans après, Mme AUPICK  se souvient  de son premier mari: Il a été 

 h é r o ï q u e

8 novembre 1867.  Après la mort de Charles, elle écrit à Charles Asselineau, ami de son fils. Elle lui envoie des tableaux qu’elle le prie d’accepter en souvenir

     Les deux tableaux dans votre caisse sont pour vous, mon enfant, Charles les avait suspendus lui-même dans sa chambre ; celui à l'huile, vieux tableau, est un Saint-Antoine dans sa solitude, où il se croyait obsédé par le démon ou un mauvais ange ; il a près de lui une croix. M. Baudelaire s'était amusé à faire pour pendant à ce tableau, un tableau profane. A la place du saint, il a mis une bacchante qui tient un thyrse au lieu de la croix de Saint-Antoine ; elle est entourée d'amours au lieu d'anges.(Crepet p.13)

Décidément l’ancien prêtre  avait pris ses distances avec la religion.

boilly diligence

Un des rares tableaux que Baudelaire conservait de la collection paternelle était « l’arrivée de la diligence » ,  –une copie  d’après l’original  (1m x 0,60m ) au Louvre d’un tableau de Boilly que Michelet interprète comme une « touchante scène de famille », un retour d’émigrés ( Révolution française VIII ,1872 p.259). Dans des notes (Œuvres posthumes) Baudelaire en a laissé une description en vue d’un petit poème en prose dont on ne connaît que le titre « la Cour des messageries » (catalogue expo de 1958 n°19). En 1864, il le réservait à Manet.

En 1868, à la demande d’Asselineau qui prépare une biographie de son ami, elle se livre plus longuement sur son premier mari qu’elle pare de toutes les qualités, jusqu’à en faire un héros , sinon de la contre-révolution du moins de fidélité aux amitiés anciennes. Même si, selon les spécialistes sa mémoire n’est pas toujours fidèle, elle est la seule source précise sur celui qui guida les premiers pas du poète(Crepet p.264)

M. Baudelaire n'a pas été secrétaire de Condorcet, mais son ami. Mais cela importe peu ; j'aime mieux cela que s'il avait été dit qu'il a débuté, en quittant le collège, par faire l'éducation des fils de Praslin. Ce malheureux nom de Praslin aurait fait tache dans cette belle notice.

précepteur

On aurait pu croire qu'il a été l'instituteur de l'assassin [le duc de Choiseul- Praslin, pair de France, assassin de sa femme en 1847] tandis que c'est le père de l'assassin qui a été son élève[Charles Raynard Laure Félix 1777-1841 qui fit partie du conseil de famille à la mort de François]. Puisque me voilà en train de vous parler de M. Baudelaire, dont j'ai conservé un très doux souvenir […] je ne puis résister au désir de vous donner quelques détails qui vous intéresseront peut-être sur le père de votre ami.

 M. Baudelaire était un homme très distingué sous tous les rapports, avec des manières exquises, tout à fait aristocratiques. Est-ce étonnant, ayant vécu dans l’intimité des Choiseul, des Condorcet, des Cabanis, de Mme Helvétius ? Il avait connu tout ce monde d’élite chez le duc de Choiseul-Praslin, quand il était précepteur de ses enfants. Dans ce temps-là, un précepteur chez un grand seigneur, n’était pas dans une position quasi servile, comme le sont les précepteurs, de nos jours, ainsi que les pauvres institutrices. Les enfants de Praslin ne demeuraient pas chez leurs parents, comme c'était l'usage alors dans les grandes familles. Ils avaient leur maison avec leurs précepteurs, leurs domestiques, leurs voitures. M. Baudelaire jouissait là d'une grande liberté, recevait du monde donnait des dîners et souvent au duc et à la  duchesse  de Praslin. Quand la Révolution a éclaté, M. Baudelaire a déployé un bien beau caractère ; il a été héroïque. Cela m'a été confirmé par de vieux amis à lui, ses contemporains. Il a risqué vingt fois sa vie pour le duc et la duchesse qui, dans ces malheureux temps de proscription, ont dû se sauver en laissant leurs enfants à M. Baudelaire. Je ne sais s'ils étaient

amis

condamnés à mort; mais leurs biens étaient confisqués, ainsi que ceux de Condorcet ; celui-ci était en prison.

                         M. Baudelaire ayant retrouvé quelques amis de collège dans le parti révolutionnaire, et qui y étaient influents, de ces vieilles amitiés qui survivent au temps, aux événements, aux opinions, il s'est servi d'eux dans l'intérêt de ses amis, tout en leur disant de dures vérités sur la voie où ils étaient enlisés, sur leurs excès, sur le but vers lequel ils marchaient, et tout cela avec une éloquence qui les subjuguait. Ils admiraient sans doute ce courage et cette audace qui semblaient courir au-devant de la mort qu'il méprisait pour lui-même, pourvu qu'il pût sauver ses amis. » Il était infatigable dans ses démarches ; il courait, jour et nuit, les prisons, les tribunaux. […].

              Lorsque j'ai connu M. Baudelaire, c'était chez M. Pérignon, mon tuteur, chez qui j'ai été élevée, par sa femme, avec ses filles. Il avait aussi des fils. C'était une famille nombreuse, très riche, une maison princière par le luxe et la dépense. M. Pérignon et M. Baudelaire étaient d'anciens camarades de Sainte-

baudelaire père

la font

 

Barbe et étaient restés très liés. Il était l'ami de la maison ; il y était choyé, fêté. J'entendais constamment faire son éloge.

          Ce vieillard (il me paraissait vieux — j'étais si jeune ! — avec ses cheveux gris frisés et ses sourcils noirs comme de l'ébène) me plaisait par son esprit si original. On répétait souvent dans la famille (je m'en souviens) : Baudelaire, avec son esprit si brillant, a aussi la naïveté et la bonhomie de La Fontaine. Je me rappelle que les jours de gala, lorsqu'il y avait beaucoup

baudelaire fcs 1821 promenade le long de la berge

d'invités à dîner à Auteuil, campagne de  M. Pérignon, et que je voyais M. Baudelaire descendre d'une voiture armoriée avec un laquais à cheveux blancs, l'air vénérable, galonné sur toutes les coutures, tout resplendissant d'or, et qui restait debout derrière lui, à dîner, pour le servir, comme c'était l'usage alors d'emmener avec soi un domestique pour vous servir à table, M. Baudelaire me faisait l'effet d'un grand seigneur. Quand, depuis, étant sa femme, je lui ai raconté cela, il me dit : « Mais, enfant, vous ne pensiez donc pas que cette voiture aux armes du Sénat et ce domestique étaient mis à ma disposition pour les convocations que j'avais à faire, et, lorsque je m'en servais pour mon compte, je ne manquais jamais de donner un louis au cocher, au retour, comme si j'avais pris une remise ».

      Si le père Baudelaire avait vu grandir son fils, il ne se serait certes pas opposé à sa vocation d'homme de lettres, lui qui était passionné pour la littérature qui avait le goût si pur ! Il avait été répétiteur, en rhétorique, à Sainte-Barbe, pendant deux ans, tandis que le proviseur, qui l'aimait beaucoup, lui cherchait une éducation à faire. Il aurait été bien fier de le voir entrer dans cette carrière, malgré tous les déboires, toutes les tortures qui y sont attachés, et que Théo Gautier décrit si bien !

fusées

 

On laissera au poète, le dernier mot 

                                                     

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BOILLY «L’ arrivée d’une diligence dans la cour des Messageries »

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CREPET  Eugène et Jacques biographie de Ch. Baudelaire

https://www.geneanet.org/archives/ouvrages?action=detail&livre_id=49798&page=9&book_type=livre&search_type=livre&name=BAUDELAIRE&with_variantes=0&tk=dded0ca3d61a1d21

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