terresdartois

Un rêve américain avorté

né un 16 juin

 

  Pour une fois, une dédicace:

à Jocelyn dont c'est aujourd'hui l'anniversaire

                   Le 15 aurait eu sa logique pour un blog qui flirte avec une parution bi-hebdomadaire. Ou encore le 18 mais l’ombre de

carte gale

l’illustre speaker de la BBC était vraiment encombrante. Ce fut le 16. Et voilà comment je suis tombé sur une mine de nouveautés en jetant mon dévolu sur Zéphyr Gustave DEAUCOURT.  Pourquoi lui ? Il n’y avait pas foule de candidats et  puis c’était  l’occasion de réparer ma négligence vis-à-vis de cette branche de cousins qui ont fait leur vie au Nord d’Arras alors que ma famille  s’est ancrée dans les campagnes du Sud, proches de la Somme. Ce sont aussi les premiers, dès le milieu du XIXe siècle,  à faire écrire leur nom avec un E. Les enfants de François-Marie DAUCOURT  ne se sont guère éloignés dans toute leur existence  de Beaufort le village natal mais  l’un d’entre eux,  Zéphyr,  va

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suivre ses deux garchons (prénommés Zéphyr tous les deux !)  à Bully-Grenay : ils  ont quitté les collines de l’Artois, ses paysages vallonnés de pâtures, de champs de blé et de betteraves pour fonder leur famille dans la plaine de la Gohelle, autour de Lens. S’ils sont nés à Noyelle-Vion, à côté de Beaufort,  quelques lieues auront suffi, une fois franchies la crête de Lorette et la côte de  Vimy,  pour les jeter dans un paysage et une société en pleine révolution : les paysans

bully gd rue

deviennent mineurs, houilleurs dit-on alors. Les gros villages traditionnels  groupés autour du clocher  changent de visage, de nom même parfois et deviennent des cités minières : ils se gonflent  de nouveaux quartiers en briques  tracés au cordeau, et dominés par les chevalements des puits. Les modes de vie sont bouleversés.

 

Des mots nouveaux surgissent : porions, galibots

min vert

 

galibots

min galerie

carreau de mine, fosses, corons, terrils. Pour les fils de Zéphyr Joseph, c’est une aubaine car il n’y avait pas d’autre perspective: dès 1861  ce ménage  de journaliers, qui avait perdu quatre enfants sur six , faisait partie des « indigents secourus par la charité ». Les compagnies  recrutent à tour de bras. Avant même leur service militaire, Zéphyr Gustave et Zéphyr-tout-court travaillent à la mine. Ils s’installent

courrières méricourt

à Bully - appelé plus tard Bully-Grenay puis  Bully-les-Mines et s’y marient. Des gueules noires.  La vie rythmée par les postes, les remontées et les descentes qui remplissent et vident les rues. L’entraide, l’estaminet. Les accidents. La silicose, les sirènes. La mort.

             Fin de l’histoire ? Non. J’ai eu la main heureuse : mon Zéphyr-Gustave  a un dossier militaire, plein d'intérêt (de façon inexplicable celui de son frère reste introuvable) . On connaît son physique : un châtain aux yeux roux ( dénomination bizarre pour des yeux) grand par rapport à la moyenne de l’époque : 1m72.

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Surtout, l’oiseau profite de l’aubaine pour voir d’autres horizons que le terril et les corons noircis: il a signé un engagement de cinq ans dans l’infanterie de marine, les fusiliers marins  qui sont à la manœuvre en Afrique et en Indochine. Il est gâté : c’est le

 

 

moment où Jules Ferry engage l’expédition du Tonkin. Le Chti est au cœur de l’action. D'abord ans le 1er Régiment d’infanterie de marine sur le Niger puis le Sénégal. Ensuite, avec le 4è RIM il embarque à Toulon pour  le Tonkin, la Cochinchine, Saigon de 1882 à décembre 1884. Revenir à Bully, descendre  à la mine, on imagine bien que ce ne fut pas de gaîté de cœur –et pourtant il aurait pu rempiler. Il ne l’a pas fait. Il s’est marié, a eu des enfants, a accompli régulièrement ses périodes dans l’infanterie de marine – bouffées d’oxygène dans tous les sens du terme. On sent pourtant  l’instabilité : peut-être en quête de meilleures postes, on le retrouve à Bruay en 1891, à Rouvroy en 99, à Méricourt en 1900. Une morale élastique aussi car il y a  ces 6 jours de prison pour vol en 1892.

                   Mais voici plus inattendu ; et là je crois que j’ai

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touché le jack pot – en réalité je ne m’en suis aperçu que ces temps-ci : dans la liste des adresses successives, après  diverses localités attendues dans le bassin minier, voici en queue de peloton une mention 10 février 1905 Chicago,  barrée. Quand je l’avais notée, j’avais cru que  l’employé aux écritures avait ainsi proprement corrigé une erreur. En fait maintenant je ne crois plus à l'erreur: la mention a été barrée parce que mon Zéphir Gustave est définitivement libéré de ses obligations militaires. L’armée n’a plus à connaître son itinéraire. Dommage car la suite de l’existence de notre mineur du jour est bien floue. Dans l’immédiat pourtant, me voilà requinqué : j'ai du grain à moudre comme disait André ( Bergeron, secrétaire totémique de Force Ouvrière). En route pour une nouvelle aventure sur la Toile, à la recherche d’une éventuelle émigration au Nouveau monde. Un fait plutôt rare chez nous, terre d’immigration de belges, de polonais, plus tard d’italiens ou d’espagnols. Un cousin d’Amérique ?

        Autrefois, vouloir retrouver sa trace aurait relevé du défi aussi hasardeux que de traverser  l’Atlantique à la rame   mais nos infatigables fourmis de Salt Lake City ont  tout répertorié et mis en ligne – ou presque. Recherche lancée. Bingo: DAUCOURT, surtout sous la forme DEAUCOURT  est un patronyme rare  et voici qu’apparaît sur l’écran un type de document rare  et émouvant: la liste de ces gens qui ont affronté dix jours en mer, seul ou avec femme et enfants : leur passé,  leur destination et donc leurs espoirs tiennent

en colonnes serrées, rébarbatives et pourtant si précieuses car s’y conserve la seule trace d’existences minuscules. Puissance de l’informatique : armé de mes seuls petits neurones et de mes pauvres yeux de vieil humain, aurais-je eu  l’idée de l‘existence d’un tel document ? Et même alors, une  chance infime de tomber  sur LA page où figurerait Gustave DEAUCOURT.

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              Il est bien là, débarqué à Ellis Island,  le 20 octobre 1903, en compagnie d’autres mineurs candidats à une vie meilleure, des Italiens mais aussi des Français du Nord (Noyelles, Hénin-Liétard -devenu ce fameux Hénin-Beaumont-, Roubaix) et même de Pau. Il est venu sans sa famille, comme en éclaireur, mais pas tout seul : à ses côtés, une connaissance de Méricourt, Henry BERTIN – un nom qui ne m'était pas inconnu. En généalogie il faut tout garder, comme dans le bricolage

ça peut toujours servir. Tout noter donc, même les témoins ou les parents de personnages secondaires. Effectivement, c’était le futur  beau-père  de sa fille Robertine (dans quatorze ans ! -le généalogiste joue les  Madame Irma à rebours: il sait prédire l’avenir déjà connu).

 

Ce ne sont pas des têtes brûlées  mais des chargés de famille: Gustave a 45 ans ; avec ses 41 ans Henry a un peu le  même pedigree : il a tourné dans les mêmes puits de mines depuis 13 ans ; grâce au service militaire passé en Afrique,  il a aussi connu d’autres horizons que le carreau de la mine et les terrils; physiquement, il est nettement plus petit 1m62, avec des yeux roux (lui aussi! le scribe doit être un fétichiste) , des taches de rousseur mais une instruction très élémentaire. Par quel réseau de propagande et de recrutement ont-ils été influencés? Les deux donnent pour référent et point de chute aux États-Unis un certain Joseph HELLE à Georgetown. Le vieux limier flaire une piste bien chaude. Les moteurs de recherche ronronnent de bonheur comme Pépita (ma chartreuse de gouttière).  

         Au rapport. Georgetown est alors une bourgade minière créée autour de la gare d'où partent les wagons de charbon.Entre 1890 et 1900 sa population augmente de 50% tandis que Danville, le chef-lieu du Comté de Vermilion à 20 kms double carrèment son nombre d'habitants. Chicago est à 150 kms. Ici l'extraction se fait en grande partie à ciel ouvert. Est-ce cette particulrité, prometteuse de conditions de travail plus confortables qui a attiré nos mineurs du Nord?

georgetown station de trolley 1910

RYndam carte couleurs

               Le Rijndam sur lequel ont embarqué les deux compères  ne transporte pas que des candidats à l’émigration, comme l’atteste un menu déclinant ris de veau glacé Talleyrand, faisan de Bohême à l'Anglaise, pêches Melba. Racheté par les USA  il deviendra ensuite un valeureux transport de troupes américaines durant la première guerre mondiale. Propriété d’une compagnie néerlandaise basée à  Rotterdam, il  a l’avantage de faire escale à Boulogne-sur-Mer.

               Joseph Helle. Le référent de ces  immigrés n’a aucune expérience de la vie américaine : il vient juste d’arriver un mois avant : sur la même ligne il a pris le Rotterdam. Âgé de 34 ans,  il arrive avec sa jeune femme et leurs quatre enfants de 11, 6, 4 et 1 ans. Ils sont de Méricourt, tout comme  le belge Aimé Zoute qui vient seul à 58 ans, et les Louis Bertin père et fils, des parents  c’est sûr (mais par quels liens je l’ignore encore) de celui qui accompagne  Gustave DEAUCOURT sur le navire suivant. On reconstitue ainsi toute une filière : la tête de pont est un ami à Georgetown Jean BRAULT,  un breton d’origine. Passé par Méricourt il va faire souche

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aux États-Unis et devenir américain. Les deux Bertin vont retrouver à Flaglers Iowa un beau-frère et le vieux belge y rejoint sa fille.

              Flaglers. 200 habitants en 1914, quelques maisons autour de la gare du chemin de fer qui embarque le charbon pour Chicago. Une église méthodiste, une poste, le téléphone, une école avec 3 maîtres, un magasin général. Un vrai décor de western. Un village fantôme maintenant : 50 habitants en 1990.

           On passe au dénouement. La greffe n’a pas pris. Contrairement à Jean BRAULT, les HELLE, les BERTIN et Gustave DEAUCOURT ne s’installent pas dans l’Illinois. Joseph  HELLE meurt à Méricourt le 10 mars 1906, et Henri BERTIN aussi. Que s’est-il donc

 

courrières méricourt

 

 

produit ? La catastrophe de Courrières (elle a lieu en fait à Méricourt mais la fosse 3  sinistrée appartient à la Compagnie des mines de Courrières) . Officiellement 1029 morts. Un  traumatisme  social et moral.

           Et Zéphyr Gustave ? Je sais seulement qu’en 1905 il est encore à Chicago. On le retrouve en  1914 à Mazingarbe (dossier militaire de son fils) puis en 1919 à Paris dans le 10ème  5 rue du Dahomey. Il est infirmier. Je perds alors sa trace, et celle de sa femme.

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De Zéphir Gustave reste une photo rescapée comme on disait des 13 mineurs sortis vivants après avoir errés durant vingt jours dans l’obscurité des galeries -en employant un mot picard  entré à cette occasion dans le vocabulaire français

  Le rêve américain : un leurre pour les chtis ? Pas pour tous. J’ai cherché à savoir ce qu’étaient devenus les Louis Bertin arrivés  par le Rotterdam  un mois  avant Gustave. En France le jeune Louis est déclaré insoumis en 1914 . Grave accusation : il faut attendre 1945 pour qu’on déclare le délit prescrit. Que s’est-il passé ? Inconnu au bataillon en France, il est connu comme le loup blanc par les services fédéraux américains: il est régulièrement recensé à Des Moines Iowa. En 1940, il est électricien dans un garage, et plus tard pompier ; il est marié à une Mary, père d’un James Louis de 7 ans. En fait il avait été naturalisé dès 1917 ! Apparemment il n'avait pas eu envie de repartir en France comme engagé volontaire avec les autres américains. Peur de complications inextricables avec cette accusation de désertion? Il meurt à 79 ans le 10 décembre 1971 à Des Moines  où il aura passé plus de soixante ans. Ses parents  sont  restés aussi: au recensement de 1930 (ils ont passé la soixantaine ) le père ancien ouvrier agricole s’est fait mineur, un fils Marceau vit de "petits boulots".  Comme leur fils  aîné, ils demeurent à des Moines. Je ne sais où ni quand  ils sont morts. Aux States probablement.


Saloir et pediâtrie

 

St Nicolas ( II)

                        Dans la France septentrionale, comme dans l’Est, la véritable fête des enfants était dans les années d’après-guerre  non pas Noël mais la St Nicolas, le 6 décembre. Je me souviens avoir reçu  pour l’occasion une petite trompette de  métal bleu. À Lille, quand j’y étais étudiant dans les années soixante et que les facultés étaient encore installées dans la partie Second Empire de la ville,  pour cette journée spéciale, des bandes d’étudiants coiffés de la faluche  traversaient toute la journée les rues du centre en monômes de plus en plus joyeux au fil des bocks.

      St Nicolas est « multicartes » : protecteur des enfants grâce au miracle célébré dans la complainteIl était trois petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs, par extension  il patronne ces grands enfants d’étudiants et d’ailleurs plusieurs versions de la légende mettent en scène des clercs, des escholiers  c’est-à-dire des étudiants plutôt que de jeunes écoliers. Mais pourquoi sur l’image d’Épinal, ce vaisseau qui fend les flots pour entrer dans un port, cette ancre, ces balles? C’est qu’il est le protecteur des marins, des voyageurs et des pèlerins  pour avoir selon la légende et sa prolifération d’ajouts sauvé maints bateaux du naufrage.  Ainsi s’explique qu’à Cap-Breton, autrefois grand port de commerce et de pêche (jusqu’à Terre-Neuve) l’église, connue pour son clocher-phare arbore sur son modeste fronton une statue (bien mangée par  l’air marin) de celui auquel elle est dédiée.  Saint voyageur lui-même, à son corps défendant : évêque de Myra en Lycie, (en Asie Mineure, près d’Antalya, dans le Sud de la Turquie actuelle) très en honneur dans tout le monde orthodoxe, sa relique fut kidnappée,  et « transférée », « translatée », par des croisés à Bari  mais un seigneur français réussit à en distraire un doigt – une phalange plus exactement- qui devient le centre d’un pèlerinage à St Nicolas de Port près de Nancy. Énième avatar pour ce saint venu d’Orient qui se transforme  en patron de la Lorraine cependant que son culte se propage dans toute la France, les Pays-Bas et l’Allemagne rhénane. Et c’est ainsi que l’immigration germanique aidant, Santa Claus va préfigurer aux États-Unis ce Père Noël qui finit par l’évincer.

     Dimension  géopolitique  de ce  Saint  si lié chez nous à l’enfance et qu’on démembre sans vergogne aujourd’hui encore: en 2017 le pape François et le

st nic arrivée en Russie

patriarche de Moscou se sont mis d’accord pour offrir aux Russes l’occasion d’adorer chez eux la relique du protecteur de la Sainte Russie et la châsse quitte Bari pour la première fois depuis neuf cents ans. Le site officiel de l’Église orthodoxe russe narre la cérémonie avec minutie et componction. Un petit reliquaire contenant la parcelle de reliques [le journal La Croix précise prosaïquement « une côte », les medias russes ajoutent « une côte gauche, la plus près du cœur »] de saint Nicolas qui sera transportée en Russie, était placé sur l’autel pendant la liturgie. Après l’envoi, le prieur de la basilique Saint-Nicolas, Ciro Capotosto, a porté le reliquaire dans l’église haute. Après l’encensement au chant du tropaire à saint Nicolas, le reliquaire a été placé dans une châsse surmontée d’une icône du saint, fabriquée spécialement pour l’occasion par les orfèvres de l’entreprise « Sofrino ». […] Ensuite, la châsse a été portée en procession hors de la basilique. Un feu d’artifice, traditionnel pour les fêtes religieuses à Bari, a été lancé. La châsse a été solennellement transportée à l’aéroport et s’est envolée pour Moscou. Elle sera accueillie à la cathédrale du Christ Sauveur par Sa Sainteté le Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie. Les fidèles pourront y vénérer la relique jusqu’au 12 juillet, après quoi elle sera transportée à Saint-Pétersbourg.

 

 Pendant ce temps des archéologues (italiens ou turcs) affirment avoir fouillé à Myra ( actuelle Demre)

St nicolas -MYRA_-002

la tombe présumée du saint, ensevelie profondément à la suite d’un tremblement de terre vers 500 ; des ossements ont été trouvés enterrés avec soin et d’en conclure que 1° le saint n’a jamais quitté la Turquie (peu importe les anachronismes, Nicolas ayant vécu à l’époque byzantine) 2° tout le tintouin  religieux  autour de Bari  ne concerne que les restes d’un prêtre et repose sur une vaste fumisterie !   L’antique commerce des reliques n’a pas fini de nourrir notre présent et de revivifier tous les nationalismes contemporains.      

   Et moi et moi et moi ? Dans mes fiches  j’ai des Nicolas, nombreux, en rapport avec la popularité  dont le prénom a joui par le passé tout comme aujourd’hui,  - avec un creux étonnant à cheval sur le XIXe et le XXe siècle.

nicol popularité

L’apogée du succès se situe pile au tournant du XVIIIe. Au sein  de mon bataillon de 17000 individus, 494 se prénomment

nico carte

Nicolas : on frôle les 3% dans un secteur géographique centré sur le Sud -Ouest de l’Arrageois, une réalité que ne démentent pas les chiffres fournis par la base Geneanet. Remarque purement anecdotique : les naissances de garçons un 6 décembre se comptent sur les doigts d’une seule main et trois seulement ont du coup reçu le prénom du saint du jour.

 

que faire lénine

Et maintenant, Что делать? / Chto dielat?  Que faire comme disait l’Embaumé de la Place Rouge? Ou en plus classique, plus neutre et plus léger Quid faciamus (exemple grammatical depuis des lustres  du subjonctif délibératif en latin) autrement dit en bon picard, quoiquin fageons ? Qu’allons-nous faire? Je pourrais prendre les familles où le prénom se transmet sur deux ou trois générations : c’est un chantier trop vaste et du travail de coulisses pas forcément intéressant pour un billet. Mieux vaut se recentrer sur les ancêtres directs. Mon premier choix était tombé sur une famille VAILLANT, plus ou moins impliquée dans ma lignée.  Leur nom est gage d’allant! Yallah ! Et joyeux Noël !

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Vive St Nicolas Homme

Sur St Nicolas et la construction de sa légende

https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article939

un blog   « à propos des reliques de saint Nicolas de Myre » avec des commentaires très orientés

http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?t=1121

le point de vue officiel de l’église orthodoxe russe

https://mospat.ru/fr/2017/05/21/news146173/

   

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drôles de saints

 

 1er  Novembre 

 Journée mondiale du véganisme (mon correcteur  de vocabulaire me refuse le mot et propose vaginisme !). Bel exemple d’humour involontaire que le choix de ce jour! En l’honneur de tous les animaux de boucherie auxquels les végans souhaitent une mort  heureuse?

      Les sites spécialisés dans les éphémérides  sont d’une lecture réjouissante. Dans ce rappel des événements du passé se côtoient le futile, l’insolite, le tragique ou l’historique ; on y mesure aussi notre forcenée capacité d’oubli.

Au hasard (presque)

1er novembre 1970. Le cinq-sept  brûle. Les plus anciens s’en souviennent-ils ? C’est le nom d’une boîte de nuit de l’Isère. Cent quarante-neuf morts. Quand même.

 1er novembre 1954.

1er nov parisien libéré

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On ne le savait pas : c’était le début de la guerre d’Algérie. Et l’émergence d’un mouvement inconnu, le FLN. Les fils de la Toussaint, selon le titre du livre d’Yves Courrière, le premier à avoir travaillé sur « les événements ». Ce jour  est désormais  jour de  fête nationale en Algérie.  Huit ans de déchirure en France, de bouleversements intimes rarement étalés au grand jour. Sursitaire, j’aurais dû partir  en 1962 mais les accords d’Évian me sauvèrent la mise.

Deux cents ans en arrière. 1er novembre 1755. Tremblement de terre de

 

voltaire poème désastre original début

Lisbonne , d’amplitude 9 estime-t-on aujourd’hui, suivi d’un tsunami  et d’incendies qui durèrent cinq jours.  D'immenses vagues destructrices  atteignirent en réponse  tous les bords de l’Atlantique, de l’Afrique du Nord,  à la Martinique et jusqu'à la Finlande, au fond de sa Baltique. À Lisbonne même,  entre 60000 et 100000 morts. Destructions  des bâtiments les plus prestigieux,  des églises, des bibliothèques, des archives  du royaume  -dont les comptes rendus des grandes explorations passées.  Pour le  Portugal,  c'est la fin de l’âge d’or.  D'aucuns pensent que l’impact sur les consciences de l’époque fut comparable à celui de la Shoah sur nous. En plein éveil des Lumières  se multiplient les interrogations métaphysiques sur le sens d’une pareille catastrophe,  sur la place du Mal dans le plan du Créateur. Chaque année, je faisais étudier en première des extraits du poème de Voltaire, un des rares exemples de poésie philosophique, surtout en un siècle si dénué de sens poétique. À l’ordinaire plus versificateur que créateur inspiré, l’angoisse sincère  arrache à Voltaire  des accents déchirants. ( On dirait du Lagarde & Michard, non?)

1er novembre 1950.

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Maintenant qu’on m’en parle, je m’en souviens : Pie XII avait décrété 1950 année  mariale   afin d’offrir un bel emballage à  l’Assomption de la Vierge que fort de son infaillibilité papale, il avait érigé en dogme . Pour être un bon catholique, il fallait croire qu’elle était montée au Ciel  et comme corps et comme âme sans subir la corruption charnelle. À la maison on était œcuménique : étaient punaisées côte à côte deux pages de la Voix du Nord (ou de Nord-Matin, peut-être, son rival socialiste) Pie XII proclamant 1950 année mariale et le portrait de Léon Blum grand format. Blum, soit : dans la famille on était de fervents SFIO mais pourquoi cette année-là ? Renseignements pris à l’instant, il était mort le 30 mars. 

     Tiens, au petit jeu des « je me souviens » à la Perec, me revient à l'esprit la journée de deuil national décrétée pour l’enterrement du général Leclerc. Sa photo parue en Une  - un poster avant la lettre- avait aussi été punaisée sur un mur de la maison Cité des marronniers,

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308bis. Mon informateur habituel me souffle que c’était le 8 décembre 1947. Je me souviens surtout être resté à la maison car il n’y avait pas eu école. Son avion s’était écrasé  près de Colomb-Béchar le 28 novembre . Il était né le 22 novembre 1902. Après la stupeur et l’affliction, des rumeurs   de complot accompagnèrent longtemps la disparition du libérateur de Paris et de Strasbourg, un héros aussi populaire à gauche qu’à droite, surtout en Artois dont  il était originaire, et malgré un passé maurassien avec lequel il avait rompu dès 1940.

1er novembre 1179 :   On remonte le temps à grande allure. Philippe -Auguste est sacré roi de France à Reims. Pourquoi mon site de base retient-il cette date ? Pas de quoi fouetter un chat : ce n’est ni le premier ni le dernier sacre à Reims. On reste en famille : son oncle lui donne l’onction ecclésiastique.  Plus singulier : le surnom d’icelui : Guillaume aux blanches mains. N’aurait-il pas eu par hasard  un concurrent,  Guillaume le Blond ?  On aurait  rejoué  façon Jean Genet la rivalité autour de Tristan entre la légitime (et traîtresse) Yseut aux blanches mains et la seule aimée, Yseut la Blonde.

Anonyme_-_Gisant_de_Guillaume_Le_Jeune,_évêque_de_Mende_(Lozère),_1296-1330

 

 

1er novembre 1908. Naissance d’Alexandre CHAZEAUX, « homme politique français » décédé en 2001. J’en demande pardon à sa famille,  mais  pour moi qui m’intéresse à la vie politique depuis l’Express de Servan-Schreiber  et Françoise Giroud,  Chazeaux est un inconnu parfait. Allons aux nouvelles. Il a été essentiellement actif à Marseille et dans les années cinquante. Un ancrage régional dans les rangs du MRP. J’aurais appris quelque chose. Le MAITRON, vous en dira bien plus, et mieux que moi.

Et maintenant, deux morts. Guillaume DURAND écrivain … et évêque. Diable ! Mais en 1296. C’était pour rire. Un grand personnage cependant, évêque de Mende  - avant même d’être prêtre mais dans la famille on est évêque d’oncle en neveu. Il ferraille contre les barons de la région et réussit à devenir comte du Gévaudan ; il participe à l’affaiblissement des Templiers, propose au Concile de Vienne le mariage des prêtres. Sur la route pour préparer une Croisade qui n’aura jamais lieu, il meurt à Nicosie en 1330.  L’église et le tombeau où il reposait furent détruits au XVIe siècle. Ne reste qu’un gisant de deux mètres  visible à Toulouse. « Écrivain » dit ma source. Bizarre  qualification. Théologien tout simplement ou "comment rater à moitié tout ce qu'on entreprend".

       Mort aussi de Jules Romain, mais pas l’académicien  Jules ROMAINS,

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 Farigoule de son vrai nom et mort  en 1972 -  je parle du peintre, décédé en 1596.

On fête tous les saints bien sûr, mais plus particulièrement  Spinule ainsi que Gralon.  Pensez à eux si vous en avez dans vos connaissances.  Ne pas oublier   Primitif et Facond deux martyrs du côté de Salamanque. J’ignore si des espagnols d’aujourd’hui se réclament de leur patronage. Vous aurez aussi deux Césaire pour le prix d’un, un martyr sous Trajan vers 110, le 22ème évêque de Clermont d’Auvergne mort en 627. Ajouter Côme et Damien,  des jumeaux que les orthodoxes fêtent le 1er novembre. Deux anargyres m’apprend-on. Des anargyres? Des derviches qui tournent de façon anarchique ? « Meuh non » comme dirait Gaston Lagaffe. La bonne coupe n’est pas anar-gyrios  mais an-argyrios qui signifie «  sans argent » en grec byzantin : ils ne se faisaient pas payer. Et pan sur le bec ! Comme si l’existence  de cette paire de martyrs sous Dioclétien ne suffisait pas,  histoire de brouiller inutilement les pistes, les diverses églises reconnaissent deux autres couples de jumeaux qui ont la

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même profession. Et fêtés à des dates différentes. Mais tous ces clones protègent médecins et/ou pharmaciens. Éclectisme ou ambivalence des symboles : au Brésil, ils sont protecteurs des enfants : le jour de la fête (le 27 septembre), on leur distribue des paquets de bonbons imprimés à l’effigie des jumeaux. Pour les habitants d’Isernia près de Naples  apparemment obsédés par l’impuissance  mais d’imagination fertile,  ce sont  des saints phalliques qu’on invoque pour des problèmes de fertilité – parce qu’ils sont jumeaux ? Phalliques vraiment nos deux savants engoncés dans  leurs simarres jaune et rouge ??

    

eponine ds la chambre de marius P jeanniot 1890

On n’aura garde de laisser de côté les Éponine. Personnellement, comme beaucoup d’entre vous, je ne connais que la fille des Thénardier, la sœur  de Gavroche, amoureuse de Marius   « une rose dans la misère », selon l’intitulé trouvé par le grand Victor pour un chapitre. Cinq Éponine recensées en 2018. Les porteuses antérieures qui savent déjà écrire sont   très satisfaites. Ainsi Epaty : je vous livre un copier-coller de son message : Je m'appelle Eponine et je suis fière de portée ce jolie prénom peut commun. On le complimente régulierement et je ne changerais pour rien au monde! Elle semble aussi très contente de son orthographe…

 Une autre femme attire mon attention, - l’unique en fait, dans toutes ces listes commémoratives, à se distinguer  par son œuvre et non par sa seule mort.

capet-autopportrait 1790

Capet marie gabrielle

-Marie-Gabrielle_Capet_-_dans son atelier 1808

Marie-Gabrielle CAPET née le 6 septembre 1761, décédée le 1er novembre 1818. Une aristocrate ? Une parente de Louis Capet et de Marie-Antoinette, la Veuve CAPET ? Fausse route totale. C’est son vrai patronyme. Elle est fille d’un domestique et d’une servante de la région lyonnaise. On ignore, selon mon informateur favori, comment à Lyon elle eut la possibilité de faire fructifier son talent et de devenir une de ces peintres du XVIIIème siècle qu’on se met à (re)découvrir : en 1791 elle fait partie des 21 femmes peintres qui exposent pour la première fois au salon du Louvre. Façon Vigée-Lebrun en plus modeste. Je ne vois qu’un  scénario possible : elle est la fille naturelle d’un aristocrate ou d'un riche soyeux lyonnais ; il reconnaît ses dons,  favorise ses premiers pas. Sans un efficace  coup de pouce,  difficile d’  expliquer qu’à l’âge de 20 ans, déjà lestée d'un sérieux bagage artistique, elle ait pu monter à Paris, devenir l’élève puis l’assistante, et la fille adoptive d’une pastelliste très en vogue Adélaïde LABILLE-GUIARD. Des appuis et son talent éclatant lui procurent une clientèle intéressante: la femme de l’intendant de Fontainebleau, le supérieur général de l’Oratoire, des fillles de Louis XV.

capet j hom en bleu

Durant la Révolution, elle passe au travers des gouttes et gagne sa vie en se spécialisant dans la miniature (comme le père de Baudelaire, prêtre défroqué et précepteur). Elle meurt le 1er novembre 1818, ayant cessé de peindre depuis plusieurs années. Voilà un personnage dont les années d'apprentissage méritent d’être sorties de l’oubli..  Elle est

CAPET_Marie_Gabriel_1751-1817_Peintre stèle

enterrée au Père-Lachaise. Je serais curieux de savoir si  sa tombe est encore visible. Un agréable but de promenade, en ce jour où le cimetière parisien éclate de beauté. Té ! À peine ai-je écrit cette phrase  qu’en cliquant légèrement sur mon écran, je découvre la tombe (division 11 chemin Mélul). Trop fort.

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 Poème sur le tremblement de terre de Lisbonne .1756                                                                            

Ô malheureux mortels ! ô terre déplorable !
Ô de tous les mortels assemblage effroyable !
D'inutiles douleurs éternel entretien !
Philosophes trompés qui criez: « Tout est bien »,
Accourez, contemplez ces ruines affreuses,
Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,
Ces femmes, ces enfants l'un sur l'autre entassés,
Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ;
Cent mille infortunés que la terre dévore,
Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours
Dans l'horreur des tourments leurs lamentables jours !
Aux cris demi-formés de leurs voix expirantes,
Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,
Direz-vous : « C'est l'effet des éternelles lois
Qui d'un Dieu libre et bon nécessitent le choix » ?

lisbonne treblemt de Ter et tsunami


Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :
« Dieu s'est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes » ?
Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants
Sur le sein maternel écrasés et sanglants ?
Lisbonne, qui n'est plus, eut-elle plus de vices
Que Londres, que Paris, plongés dans les délices ?
Lisbonne est abîmée, et l'on danse à Paris.
Tranquilles spectateurs, intrépides esprits,
De vos frères mourants contemplant les naufrages,
Vous recherchez en paix les causes des orages :
Mais du sort ennemi quand vous sentez les coups,
Devenus plus humains, vous pleurez comme nous.
Croyez-moi, quand la terre entrouvre ses abîmes
Ma plainte est innocente et mes cris légitimes.

On trouvera l’original  dans Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5727289v/f17.item.zoom

 Sur Marie Gabrielle CAPET : http://www.femmespeintres.net/peintres/hist/capet.htm

http://www.artnet.fr/artistes/marie-gabrielle-capet/

http://www.artinsociety.com/forgotten-women-artists-3-marie-gabrielle-capet-stepping-out-from-the-shadows.html

http://www.pastellists.com/Articles/Capet.pdf

 

La fille de Colombine a star is born

 

petite mise en jambe.

15 novembre 1812.

guilbert Mgr portrait

Naissance de Aimé Victor François GUILBERT. Encore un illustre inconnu comme mon site sait en dégotter. Fils d’un boulanger de la Manche, évêque d’Amiens (1879) , archevêque de Bordeaux  (1883) il est nommé cardinal en 1889 mais  il meurt trois mois trop tôt pour porter officiellement  le chapeau. Le 15 août 1889. Que souhaiter de mieux  pour un prince de l’Église en ces années marquées par la frénésie du culte marial ? Rien de remarquable semble-t-il à son actif. Un livre, peut-être : La Démocratie et son avenir social, qui paraît s’inscrire dans la ligne définie peu après par Léon XIII:   1891 doctrine sociale  de l’Église de l’encyclique Rerum Novarum; 1892 ralliement à la République dans le texte  Au milieu des sollicitudes  publié, contrairement à l’usage, en français avant de devenir l’encyclique inter Sollicitudines. Sacré Léon !

15 novembre 1905.

mantovani s orchestra

On avance. Naissance de MANTOVANI,  Annunzio de son prénom. Un italo-américain auteur de nombreux arrangements à la tête de son orchestre dans lequel il donne la part belle aux violons. Brillant, me dit-on. Sirupeux à coup sûr. Pour les mélomanes dépravés: voir plus bas le lien internet.   À ne pas confondre avec Bruno MANTOVANI, estimable compositeur de musique contemporaine et chef d’orchestre, directeur du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, plus progressiste dans son art que dans ses opinions: sur France-Musique il a suscité un beau tollé en 2013 en assurant  du haut de sa cinquantaine qu’une femme qui va avoir des enfants pouvait difficilement mener une carrière de chef d’orchestre « qui va s’interrompre du jour au lendemain pendant quelque mois et puis après j’allais dire vulgairement [va] assurer le service après-vente de la maternité: élever un enfant à distance ce n’est pas simple ». Actrices, cantatrices, et autres  mères-instrumentistes l’accablèrent de lazzi. L’imp(r)udent maintint son propos, ne regrettant que l’expression «  service après-vente ». Quand Ségolène Royale se portait candidate à la présidence de la République l’actuel président du conseil constitutionnel s’inquiétait  benoîtement :« qui va garder les enfants ? » .

 J’ai mon Mantovani perso : c’était dans les années cinquante un garagiste italien à la périphérie d’Arras, sur la route de Saint-Pol près de la Cité des marronniers où

mantovani rond pooint

pompe essence hopper

nous avons passé notre enfance. Il avait bricolé ses hangars avec des tôles faites de fûts d’essence récupérés de l’armée de l’air américaine,  recoupés et aplatis. Ce qui me fascinait, c’était sa station d’essence avec les pompes Mobilgas qu’on actionnait à la main, un réservoir se remplissait à la force du bras tandis que l’autre se vidait. Une vraie station  façon Hopper. Autour, la campagne,  la ferme Ramon où on allait chercher du lait,   plus loin celle des Vahé  dont les filles étaient mes camarades de classe, des pâtures, un petit bois pour les pique-niques de printemps à la recherche de  coucous ( les primevères sauvages s'entend).  Sur la hauteur  un champ de courses, qui ne s’animait que le lundi de Pentecôte,  un terrain d’aviation : les acrobates  de l’Aéro-club venaient perfectionner leurs loopings au-dessus de nos têtes. Dévalant jusqu’à la nationale une immense pâture où Ducroquez, un gros agriculteur de Duisans mettait des bœufs blancs à l’embouche : ils étonnaient car  nous ne connaissions  en fait de bovins que les Flamandes marron mais  déjà apparaissaient les  hollandaises pie,  qui gagnèrent la partie. À part l’hippodrome,  tout  a été englouti par un Mammouth avant-coureur d’autres hypermarchés, des tours, les HLM des Hauts Blancs-Monts, des rocades. Longtemps, l’endroit s’est nommé quasi officiellement rond-point Mantovani. C’est maintenant le rond-point Pablo Picasso. Le Mantovani de mon enfance    n'a pas disparu: il me semble qu'il survit sous les apparences d'un Midas rue des Bleuets. Quant aux marronniers, ils ont été victimes du grand remplacement  paysager : des peupliers, des platanes,  des prunus ….des arbres de lotissements quoi

Berneuil_eglise

 

Parmi la flopée de saint(e)s du jour,  en dehors du grand Albert père de l’Église ,  je relève saint Cessateur. Que les porteurs lèvent le doigt : on va s’empresser de les fêter. Mon correcteur d’orthographe se fâche et me  propose causateur, essayeur, testateur et même dessaleurMy god ! Saint Dessaleur ! Cessateur  s’appelle aussi Cessadre ; c’était un évêque de Limoges au VIIème siècle auquel était dédiée une église aujourd’hui disparue, ainsi qu’à une trentaine de kilomètres de là,  l’église de Berneuil, un village qui compte aussi 5 superbes dolmens. On en apprend des choses inutiles avec papa Doc !

À côté de ces augustes personnes, MA Clarice AUBY ne va pas faire le poids, je le crains. Elle a beau être « éligible »   à ce billet pour être une native du 15 novembre, et malgré une brochette de prénoms insolites din nou villache  à l’époque: Céline, Clarice, Angelina,  je ne sais d’elle que deux ou trois petites choses. C’est une DAUCOURT, petite-fille de François  DAUCOURT, le premier à avoir quitté le berceau familial de Wailly (à trois lieues au sud d’Arras) pour s’enfoncer un peu plus vers l’Ouest dans les collines de l’Artois. Pas loin : à quatre lieues de là. La mère de Clarice fut prénommée Colombine mais on l’appelait aussi  plus prosaïquement Catherine. C’était l’aînée. Le prénom est charmant  et ne manque pas d’exotisme au fin fond des campagnes de l’Artois mais la Commedia del arte vaut-elle brevet de vertu ? Imprudence, naïveté,  légèreté  de mœurs ? D’emblée Colombine se montra peu  sage. Ce 15 novembre, elle a 24 ans ; ce n’est plus une enfant. Son père vient déclarer que Clarice est née chez lui. Pas de père  connu. Colombine s’affirme domestique et demeure officiellement chez ses parents dans la maison desquels elle accouche. En fait, elle  vit à Amiens;  elle y entretient une liaison avec François AUBY un veuf qui se déclare ouvrier teinturier lorsqu’enfin, au 3ème enfant  né en 1852 il consent à officialiser sa relation et à reconnaître ses deux filles. Le petit Zéphir mort à deux ans, entre les deux naissances,  n’a pu porter le nom de son père. Sidonie la dernière-née meurt peu après le mariage de ses parents. Tout l’entourage noté en différentes circonstances vit

Poireau rue benoit malon

à Amiens dans le quartier ouvrier de Saint Leu  connu pour ses fabriques de tissage et de teinturerie installées dans les bras de la Somme. Mais Auby est un drôle de loustic. Quand sa fille Lucie se marie à Amiens en 1854, étant mineure elle doit avoir  l’autorisation d’un conseil de famille faute d’avoir obtenu le consentement de son père : il a disparu sans laisser d’adresse depuis 18 mois et les frères eux-mêmes ne savent  où le trouver. En réalité, il est parti avec Colombine et Clarice s’installer à Puteaux où il décède en 1876 .  Merci aux généanautes pour l’info ! Se serait-il fâché avec sa famille ? Mais pourquoi Puteaux? C’est là, rue Poireau (devenue rue Benoît Malon) que meurt à 37 ans notre Clarisse. Elle vivait  au 47 avec sa mère. « Artiste lyrique » déclarent les témoins. Fragile oripeau, cache-misère de qui vend ses charmes ?  Daumier, Devéria, d’autres moins doués ont montré ces filles souvent très jeunes adornées de leur mère -  une concierge souvent ou comme on disait alors une portière- qui fréquentent le Conservatoire de la rue de Madrid  pour entreprendre une carrière artistique dont elles espèrent une élévation sociale mais aussi dans l’espoir de se voir distinguée par  un  bourgeois qui l’installera dans ses meubles – avec maman bien sûr. Intégrées au corps de ballet, au  foyer  de l’Opéra,  telles qu’a su les magnifier plus tard Degas,  elles nourrissent l'espoir d’attirer le regard des vieux messieurs  qu’on y admet avec complaisance. Plus âgées, peut-être resteront-elles dans les coulisses, habilleuses-chiens fidèles espérant grappiller quelque chose dans la réussite d'une protégée.  Comment résister à citer  (voir le site Gallica à la fin) James Rousseau et sa Physiologie de la portière ornée des vignettes pleines d’empathie de Daumier. Malgré les clichés inhérents au genre, son observation fielleuse  mais subtile  des ambitions des femmes  du peuple  permet de se faire quelque idée de la vie que Colombine et Clarisse ont pu mener au 47  rue Poireau à Puteaux

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daumier mère d'actrice

Daumier portière

      L’ex-portière mère d’actrice se pavane dans le quartier mais devient l’esclave  consentante de sa fille. En était-il ainsi pour Colombine?  Quoiqu’il en soit, Clarisse disparue,  impossible  pour le moment de savoir où et comment Maman a fini sa triste vie. D’ailleurs , l’état civil l’avait déjà fait passer à la trappe :  l’acte enregistrant le décès de son mari  ne note que l’existence de la première femme considérée en 1876 comme vivante alors qu’elle était décédée à Paris en 1837, 40 ans auparavant. Apparemment, à  ce moment-là, AUBY avait aussi rompu avec Colombine et sa fille et les témoins venus déclarer son décès, un marchand de vin et un employé voisin,  disent un peu n’importe quoi : ils n’ont connaissance que de la première épouse, l’imaginent encore vivante et demeurant avec le défunt !

       le seize janvier 1876 à midi acte de décès de François AUBY teinturier âgé de soixante-dix-neuf ans décédé avant-hier à six heures du soir en son domicile 49 rue de la Croix à Puteaux […] marié à Sophie Riquier sans profession âgée de soixante-dix-neuf ans même domicile que le décédé .( AD 92 Puteaux D 1876 vue 4 n°10)

Encore des vies parties à vau-l’eau, perdues dans  les banlieues industrielles où elles  imaginaient trouver un nouveau

puteaux quai nat c

départ.

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Mantovani and his Orchestra :

https://www.youtube.com/watch?v=__tm_j8FPl0

Sexisme ordinaire :

https://www.francetvinfo.fr/culture/musique/classique/tolle-apres-des-propos-du-compositeur-mantovani-juges-machistes_3318379.html

Physiologie de la portière (1841) par James Rousseau vignettes de Daumier

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8530294w/f16.item.zoom

La Saint Louis

 

25 août

                     

aou fructidor

  . Avé l’assent ou sans ? SANS préconisait la commission de réforme de 1990 : aout. Tout nu? Personne bien sûr ne se conforme à la suppression de cet ornemental accent circonflexe qui donne quelque allure à un mot  autrement quasi invisible au sein de  cette suite baroque des mois de l’année. Encore qu’il se singularise, avant le pesant escadron  des derniers mois, par sa brièveté et par une prononciation assez flottante, complétement déconnectée de sa graphie. Tout plutôt que d’être confondu avec des homonymes insipides, ces ou/où, simples outils grammaticaux peu propices aux fantaisies.  

  Août se termine donc. Messidor n’est plus à l’ordre du jour.Les moissons sont rentrées depuis belle lurette, de nos jours.  En ce 25 août, Fructidor règne, et c’en est le 8ème jour.

  Sous le signe de la Vierge, notre pulpeuse Pomone du Directoire récolte les fruits de son travail

aou lunéville fructidor plat

(hypothétique) dans une  élégante corne d’abondance. L’Art déco dans sa version populaire s’est emparé du nom pour répandre  les formes rebondies et aimables des fruits sur maints services de faïence.

Ce 8 fructidor, c’est aussi  et d’abord  la Saint Louis,  ce qui explique mon arrêt sur image : c’est la fête de mon père, Louis DEAUCOURT. Il aurait eu 101 ans  - car c’est en même temps son anniversaire, puisque dans cette famille on avait trouvé commode de mettre les enfants sous le patronage du saint du jour : André naît à la St André, un 11 novembre, Geneviève venue au monde un 1er janvier hérite de sa patronne fêtée le trois. Louis aura les yeux bleus (virant au gris) et les cheveux blonds des DRUGY et des DEAUCOURT, la

dct ascend

profonde entaille au menton de son père et de sa grand-mère paternelle Laure RICHE. Et comment se nomme la maman du petit Louis, Marie,  Léonard ici pris en photo à six mois ? Blanche évidemment.  Comme Blanche de Castille la mère de Louis IX, la

st Louis N

 

Blanche et Louis dans ses bras

régente du royaume -  le caractère en moins car j’ai l’impression que ma grand-mère paternelle était complétement sous l’emprise du père de son enfant. Aucun faste royal bien sûr  pour cette naissance, rien de paisible non plus, à mon avis. D'abord pour la famille où  la naissance a lieu : après le décès précoce de Léonard, le père,  en 1916, mère et fille ont dû tant bien que mal survivre en pleine guerre et conduire la ferme. Même si l’enfant est, je pense, accueilli avec amour, sa venue est une tache sur  l’honneur des DRUGY –FROMENT : Blanche, malgré ses trente ans  est célibataire et  le mariage n’aura lieu avec le tout jeune père de dix-neuf ans que trois mois plus tard, à l’occasion d’une permission. C'est que, depuis avril, il est mobilisé dans l’artillerie du côté de la Champagne et ne sera renvoyé dans ses foyers que le 21 mars 1921.

      En même temps, les circonstances extraordinaires qui depuis quatre ans mettent en ébullition  ce village resté miraculeusement épargné par les destructions font passer au second plan l’éventuel scandale familial

 

petit journal supp dimanche une

aout 1918 attaque des canadiens à l'est d'arras

En effet,  ce 25 août 1918,  l’interminable guerre qui  n’en finit pas est en train de prendre un tournant décisif depuis  l’arrivée des volontaires américains. Foch ce jour-là justement reçoit son bâton de Maréchal, ce qui lui doit d'occuper la  Une du Petit Journal. Il coordonne avec tous les alliés et surtout les britanniques une grande offensive déployée sur plusieurs sites. Canadiens et Australiens servent de chair à canon pour la seconde bataille d’Arras et celle d’Amiens. Le petit village de Bavincourt, où Louis voit le jour,  se situe d'un cheveu à  l’arrière des combats mais  plonge dans  l’agitation générale : la guerre fait rage  tout autour : Tincques, Dainville, Arras, Neuville-St Vaast,  mentionnés dans son journal par l’artilleur canadien Bottomley sont à une vingtaine de kilomètres au Nord et les champs de  bataille de la Somme, au Sud, à une trentaine. Le mouvement incessant des équipages, des camions et des affûts de canons met le village en sens dessus-dessous.

       La circulation est très intense dans le pays, aussi en récréation les conversations ont pour objet les scènes vues en cours de route. Aujourd'hui ce sont de petits canons, des convois d'artillerie ; un autre jour, ce sont d'énormes tracteurs conduisant les pièces de marine. Une autre fois, ce sont les convois de blessés, les voitures d'ambulance. […] il y a tant à voir dans le pays: baraquements où logent les troupes d'infanterie, dépôts de munitions, réparations de canons, service de ravitaillement, fabrique de grenades, scierie mécanique... etc., toutes les prairies sont occupées. Septembre 1915 - Le village est occupé par un parc d'artillerie. Tous les jours, des convois vont ravitailler en munitions les canons qui sont en batterie […] Février 1916. Maintenant le canon gronde avec force. Les Anglais ont amené une artillerie formidable. Ils bombardent les villages occupés par les Allemands, mais ceux-ci sont tellement fortifiés qu'il est bien difficile de les en

journée du p de C aout 1918 gravure

déloger. Ce témoignage de la jeune institutrice d’alors, Marthe VAILLANT, sur les premières années du conflit à Bavincourt vaut toujours en cet été 1918 : l’artillerie  est partout à l’offensive ; le grondement continue des canons déchire les airs, abîme les tympans, effraie les nouveau-nés. En ce dimanche 25 août, on participe comme on peut à la journée du Pas-de-Calais organisée par le préfet pour récolter des fonds destinés aux personnes déplacées  billets de tombola, loteries, vente de cartes dessinées par Arthur MAYEUR.   Quant à couper le blé qu’on a pu semer sur les rares terres laissées libres par les cantonnements, à le rentrer dans ces conditions, qui pouvait y penser ?

       Pendant ce temps...

      à quelques (milliers de) kilomètres de là près de Boston naît le jumeau de Louis, Marie, Léonard DEAUCOURT: un américain fils d’ immigrés juifs d’Ukraine, qui tiennent un prospère salon de coiffure:  BERNSTEIN Léonard de son prénom le plus  connu, mais qui selon Wikipédia s’appelait à l’  origine … Louis !  Les

west side story pochette disc

similitudes s’arrêtent là car  si maman adorait reprendre les airs à la mode, Papa n’avait pas l’oreille musicale ;

 

il affirmait chanter faux et  ne connaître que le Vol du bourdon  et l’air Nuit profonde de Rameau. Sans qu’il en ait jamais rien dit, j’ai dû probablement lui casser les oreilles à repasser cent fois  West Side Story sur mon Pathé-Marconi -un grand frère de l’illustre Teppaz des sixties. La fameuse pochette rouge était bien fatiguée, écornée, déchirée à force d’en sortir et d’y remettre le vinyle ! Qu’on passe en boucle  In America  dans les EHPAD ! N’importe quel.le impotent.e en oublie ses infirmités  et se prend un court instant pour Georges Chakiris,  le vibrionnant danseur vedette !

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sean connery le nom de la rose

Et voici une devinette à la manque comme on s’en posait dans les cours de récré autrefois : quelle différence y-a-t-il entre Le Nom de la Rose  et Le Radeau de la Méduse ? Aucune : le Guillaume de Baskerville du  film, Sean Connery, est né un 25 août (1930), et le tableau a été présenté au public le 25 août 1819, pile il y a deux cents ans.

 Que faire maintenant de ma petite trouvaille généalogique, cet Abraham Louis

Ménétrier né le 25 août 1716 ?  Ce n’est pas un parent. J’ai fait sa rencontre en fouinant du côté des Chantavoine, alliés  à des miens

ménétrier 1716 N abraham louis détail

cousins. Ces  Ménétrier  ont prospéré dans les tanneries à Mussy l’Évêque (devenu platement Mussy-sur-Seine) en Champagne près de Chaource durant plusieurs siècles.  En ce début du XVIIIè siècle, les Jacques, les Claude,  les François Ménétrier remplissent les pages des registres de Mussy, tous cousins, maîtres ou marchands tanneurs, mégissiers, chamoiseurs.

 

Aucun Ménétrier n’est vigneron alors que la culture de la vigne assure les revenus d’une grande partie du bourg. Personne dans le village ne se prénomme Abraham ou Louis, sauf un cousin à lui né un peu plus tard en 1720 et décédé aussitôt. Mon natif du 25 août, j’ai eu beau chercher, je ne trouve de lui aucune autre trace que sa naissance. Les généanautes  amateurs  restent tout aussi bredouilles. Qu’il se prénomme Louis, un 25 août, pourquoi pas ? Mais Abraham ? Pas de (crypto-) protestants à l’horizon ni de juifs avérés en ce lieu, en ce temps. Cependant,  un Abraham Louis existe bel et bien, parrain représenté du deuxième : c’est un Docteur en Sorbonne, résidant à Paris rue St Eustache, prêtre probablement, parent du côté maternel - sur  lequel il serait intéressant de se pencher. J’ai mis la main sur lui trop tard pour aller plus avant aujourd’hui. Il ne perd rien pour attendre. N’est-ce pas ce qu’il fait depuis trois siècles ?

 

__________________ pour en savoir plus_________________

 

Louis Deaucourt, photo de classe 1926

 

Mlle Vaillant

Récit de Marthe Vaillant sur Bavincourt dans la  guerre. (Ma famille l'estimait beaucoup. C'est elle qui,  au début des années trente, avait incité  mes deux parents enfants de cultivateurs à  présenter le concours des Bourses et ainsi persuadé les familles de   les inscrire aux lycées d'Arras). 

 http://mairie.bavincourt.fr/wp-content/uploads/2014/07/guerre-14-18-r%C3%A9cit-de-Marthe-VAILLANT.pdf

 Journées du Pas-de-Calais de 1916 et 1918 :

http://www.archivespasdecalais.fr/Activites-culturelles/Chroniques-de-la-Grande-Guerre/Albums/Les-gravures-de-guerre-d-Arthur-Mayeur/La-Journee-du-Pas-de-Calais

Léonard Bernstein :

http://brahms.ircam.fr/leonard-bernstein

America :

https://www.youtube.com/watch?v=YhSKk-cvblc

 


R O L A N D 15 septembre

15 septembre on fête les ROLAND

                        Entre la rentrée new-look et la tradition séculaire du 1er octobre, j’ai choisi le 15 septembre pour la rentrée de mon blog – ce fut d’ailleurs durant quelques années la date officielle. Le vénérable manuel de 1893 qui me sert d’almanach, les saisons et les mots   édité par Alcide Picard et Kaan 11 rue Soufflot Paris ignore évidemment septembre, sauf  en dernière page pour quelque benoîte admonestation style « devoirs de vacances » avant la lettre :

sermon encart

Repos tout relatif pour les enfants des campagnes que les travaux des champs moisson, fenaison, la récolte des fruits et des pommes de terre, ou vendanges  éreintaient durant ces trois mois. Nos braves auteurs  Cuissart et Cavayé, tout à leur référence rhétorique à la vie champêtre, font semblant de l’ignorer.

15 septembre. La faillite de la banque Lehmann donnait naissance à la plus

lehman

belle pagaille depuis 1929. Le monde de la finance se trouva bien heureux  de voir ces États si vilipendés se précipiter  au secours des banques. Oublieuses et ingrates celles-ci sont depuis retournées à leurs acrobaties préférées.

15 septembre. On conseille de diviser les touffes de rhubarbe et d’arrêter l’arrosage des

figuier de barb

cactées. Pour la rhubarbe , on verra l'année prochaine: je vais laisser la menne se requinquer  après cet annus horribilis comme disait la Qeen; quant aux cactées, le régime sec auquel elles sont soumises aujourd’hui leur va comme un gant ; des esprits sérieux envisagent

 

même de replanter en figuiers de Barbarie  les haies bocagères mises à mal  par les sécheresses  à répétition. Un avatar rural  inattendu en somme de ce   grand remplacement que nous pronostiquent certains plumitifs auto-proclamés « intellectuels »

   

st broland breme

 

Chouette ! On fête les  Roland, un prénom naguère répandu en Alsace car impossible à germaniser. Un tour de force: les lois de l'évolution phonétique auraient-t-elles révélé des sentiments antiprussiens? Pourtant, 

roland riggga

 son origine franque ne fait aucun doute: c’est  Hruodland en francique  et depuis 1404, il a sa statue (énorme)  à Brême, devant l’hôtel de ville, comme symbole de l’indépendance de la cité hanséatique ! Je viens de découvrir qu’à Riga se dresse aussi devant l’hôtel de ville une grande statue  (récente) de Roland : ici on a franchi le pas:  trêve de canonisation officielle,  c’est saint Roland, et il donne son nom au quartier. La statue (d’August Volz) ne date que de 1897, offerte par la communauté allemande du pays, en imitation de celle de Brême. L’original  endommagé en 1942 est  à l’abri dans la cathédrale St Pierre. Je lis que  Roland symbolise ici comme dans d’autres villes hanséatiques la justice et l’indépendance des villes. J 'y vois plutôt, outre une ressemblance avec les autres figures extravagantes  qui ornent les immeubles art nouveau de la ville ( une grande partie érigée par le père d'Eisenstein) une image du redoutable chevalier teutonique.  Depuis Roncevalles, la machine à symbole s'est emballée! 

Et du côté ldes statistiques de Geneanet ? La France du

roland popu carte gale

Sud est peu représentée. Lorraine, Alsace,  Franche-Comté fournissent d’importants bataillons,   moindres cependant  que la Picardie, l’Artois et la Flandre,  sans compter  la Bretagne autour de Saint-Brieuc  ou de Nantes. Au XXème siècle, après un frémissement vers 1914-1916 ( 54ème rang)  l’heure de Roland arrive  vraiment dans  les années trente  et un premier pic en  1930  (28ème); pendant la seconde guerre il chute à peine (31ème en 1943) pour rebondir de façon spectaculaire en 1947.  Aux dernières nouvelles,  son éclat s’est sérieusement terni.

                

roland popu graph

Trop de chiffres ? Un dernièr godet pour la route. Et du jamais vu,  en France du moins. Voilà un prénom qui a l'audace de paraître dans l'innocence de la nouveauté  malgré le patronage d’un paladin venu du fond du Moyen-Âge avec son olifant. Quelques traces au XVIIe, quasiment rien au XVIIIe, encore moins au XIXe. Pourquoi cette mode fulgurante  au XXe, pourquoi aussi tant de discrétion dans les siècles antérieurs ? J’ai ma petite idée que je m’empresse de ne pas garder pour moi. En dehors des cercles de

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la vieille noblesse, difficile pour le commun des mortels de parer un rejeton  du nom d’un preux, d’autant que la  Chanson de geste  dont il est le héros  n’a été sortie de l’oubli en France que par les grands médiévistes de la deuxième partie du XIXe siècle ; elle n’a pas été relayée comme en Italie  par la popularité d’un Orlando furioso qui inspirait jusqu’au théâtre de marionnettes siciliennes. Aucune   puissante tradition catholique non plus autour d’un pèlerinage, d’une relique, d’une histoire édifiante. L’Église balbutie et ne peut offrir à la dévotion de ses fidèles  qu’un anachorète mutique des Apennins, Roland de Médicis décédé d'inanition probablement le 15 septembre 1386, 15 jours après sa découverte par des chasseurs dans les bois où il vivait depuis trente ans. On l’avait parfois

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entraperçu restant des heures sur un pied le regard vers le ciel.  Du coup sans doute, l’invoque-t-on (selon des sites confidentiels) contre les vertiges. Impossible de mettre un nom ou une origine sur les   deux  représentations du saint que j’ai pu dégotter  sur la Toile.  Faute de miracles patents il fut élevé tant bien que mal au rang de bienheureux par Pie IV, un pape de sa famille.   Car c’était bien un Médicis, un  vrai de vrai (ou un homonyme – mais rien n’est simple: on en discute !)  qui avait fui les fastes princiers de sa « tribu ». En fouinant, je découvre qu’un saint Roland bien de chez nous, 3ème abbé du monastère cistercien de Chézery  (dans une profonde vallée du Bugey) né en 1150 en Angleterre, décédé vers 1200 et qu’on fête le… 15 septembre.

  Un pèlerinage local s’était instauré, le prénom était à la mode en Franche-Comté mais les  bénédictins avaient eu  la légéreté de laisser rentrer les femmes dans l’abbaye – une source de désordre, une entorse insupportable à la régle monastique. La  mauvaise réputation qui s’attacha du coup à l’abbaye  contribua à son déclin. Les reliques  du saint sont désormais dans l’église.   On l’invoque pour les maux d’yeux, de tête, d’estomac et contre la sécheresse. Alors, tous en prière mes sœurs et mes frères !                Voilà donc un prénom pas très catholique, je veux dire sans véritable  rayonnement universel  (katholikos  « qui vaut pour  tous »). Est-ce pour cela  que sa vogue fut tardive ?  Mais quel  élément changea la donne ?  Mon vieux limier est lancé sur  la piste …comme d’habitude. Comme d'habitude, reviendra-t-il bredouille, la langue pendante?

 

   Ce n’est pas ma population d’ancêtres issus de Bretagne, de Champagne et surtout de Picardie et d’Artois qui va contredire ces singularités: je n’y ai rencontré, XXème siècle exclu, qu’un seul Roland.

                 Roland PRONNIER. Il est marchand de vaches au village de Ficheux près d’Arras en Artois, fils et frère de marchand de vaches. Une activité assez rarement notée dans les registres. Il est mort le 9 mars 1745 à 63 ans. Né donc en 1682 : Arras et l’Artois n’étaient français, - ou plutôt rattachés à la France-  que depuis une vingtaine d’années. Pourquoi fut-il prénommé Roland ? Un Roland dans la parentèle environnante ? Pour cette époque antérieure à 1737, les données sont souvent fragmentaires, au hasard de contrats de mariage recopiés par Adolphe Béthancourt pour résumer des archives notariales depuis parties en fumée. Son parrain était-il déjà un Roland ? Peut-être ce Roland DURIETZ rencontré au détour d’un acte de baptême ? Mon marchand de vaches est l’avant dernier d’une fratrie de sept qui ont suivi leur bonhomme de chemin au village ou dans le coin. L’aînée, Marie-Ghislaine est décédé à 80 ans, le cadet de Roland est aussi marchand de vaches. Le benjamin est cordonnier mais en même temps sergent de Messieurs de St Vaast Ficheux_église2 car l’Abbaye d’Arras qui est à l’origine de la fondation de Ficheux en est le Seigneur principal. Plusieurs fermiers cultivent ses 135 ha; elle perçoit deux tiers de la dîme. Des paysages qui encadrèrent ces existences, plus rien n’est visible. La reconstruction du Pas-de-Calais a permis du moins    l’élévation d’une belle église toute pimpante de briques et de bêton comme au temps de sa (re)construction.[ il suffit de cliquer sur la photo pour mieux l'agrandir]

 

 

ficheux armoiries

Elle est  depuis toujours sous l’invocation de Saint Maurice, un original encore ( dont j'ai parlé ailleurs), légionnaire égyptien à la peau noire et aux cheveux crépus -. Les décrets de la "distinction"  étant pleins de mystère,  la noblesse semble s 'être réservé ce prénom  (on pense à Maurice de Saxe) et rares sont les "manants" à avoir placé lerus bébés  sous son patronage.

J’adore le blason de la commune, tiré des armoiries du Mayeur Nicolas CAUWET « d’argent à trois poules de sable, becquées et membrées de gueules  et posées deux et une »  Les règles archaïsantes du langage héraldique hissent à la noblesse de l'aigle ou du faucon notre brave volatile de basse-cour.

En miroir, économie de moyens, sublime simplicité  du récit de  la mort du héros du jour dans la transposition de Joseph Bédier

roland chanson joseph bédier

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2 9 / 0 9 / 2 0 1 9 la Saint Michel

29/09/2019 la Saint Michel

 

                         

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St Michel le gd Raphael détail

 

 

J’avais pensé écrire un billet sur le 30 septembre  ne serait-ce que pour éviter le marronnier du 1er octobre. Un coup d’œil  sur le calendrier et j’ai compris que j’avais une superbe occasion en avançant d’un jour, au 29. Date  a priori  arbitraire.  Mais pour l’amateur de chiffres, 2 9. 0 9. 2 0. 1 9,  voilà une belle combinaison qui  en sus   - merci Madame la Chance- me  multiplie les « coïncidences » : je vais publier un dimanche, jour faste pour les bloggeurs que leur public a tout  loisir de retrouver.  Autre découverte : pour 2019 c’est la nouvelle année juive,  la veille de Yom Kippour. Et gros lot (à l’aune de mon point de vue  de petit -fils de paysans) pour l’ancienne France rurale, c’est aussi un pivot de l’année : la Saint Michel. Récoltes faites, on paie les gages et les fermages. Des baux de toute sorte expirent ou se renouvellent sur les marchés et les foires que la coutume a fixés ce jour-là. D’autant que les métiers les plus divers, du pâtissier au parachutiste, ce sont mis sous les ailes du saint. Un Saint ? Un drôle de saint alors.

            « Saint Michel archange » : tel est son nom complet  car il n’a rien d’un saint, je veux dire un vrai, avec une enveloppe corporelle plus ou moins mise à mal  et brinqueballée dans  une vie réelle, romancée ou imaginaire qu’on peut raconter  en prenant appui sur  du tangible "ce qu'on peut toucher" un bout de relique,  et même (soyons fou) un  tombeau. Il sort tout dré des profondeurs de la mythologie biblique, de l’Ancien Testament et  réactualisé  par Saint Jean dans son Apocalypse. Figure œcuménique des religions du Livre, créature supraterrestre, toutes voiles dehors comme dans le « grand » St Michel de Raphaël, à la tête de  la légion céleste il a bouté, hors du Ciel - il boute (car la lutte du Bien contre le Mal n’aura de terme qu’avec la fin des Temps) Lucifer, l’Ange rebelle, le dévoyé porteur de lumière, et ce avec l’aide de Raphaël et de Gabriel. Le –EL de cette triade céleste n’est pas là seulement pour la rime : s’y révèle sous trois formes le Dieu désigné par   la racine EL  des langues sémitiques qu’on retrouve dans Allah ou dans Élohim (ainsi le livre de la Genèse désigne-t-il   Dieu:  un pluriel,  de majesté disent certains,  ou comme une trace résiduelle et assumée  mais en douce du polythéisme originel? ). Trois anges, qui n’ont rien de ces êtres évanescents, maniérés ou gentillets que l’art saint-

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sulpicien a multiplié  jusque dans la moindre chapelle. Des anges, c’est-à-dire en grec des envoyés de Dieu, investis de son omnipotence, déclinant chacun une de ses qualités : Gabriel  « Dieu est puissant»  Raphaël « Dieu guérit » et Michaël « Qui est [comme] Dieu ? ». Aïe !  Voilà une interrogation  étrange  pour désigner un pouvoir.  C’est en tout cas le sens que je vois donné partout: aucun site  consulté  n’a l’imp[r]udence  de   s’étonner ou de formuler une interprétation.  S’agit-il de rappeler à la Créature que Dieu l’a faite à son image et qu’elle doit donc respecter le contrat ? Avec cette triade, je me suis lancé étourdiment dans une problématique  théologique trop vaste pour moi. J’abandonne.

     

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Archange, envoyé suprême : l’imagerie s’en est donné à cœur joie  pour des représentations très belliqueuses: tel Saint Georges ou Persée,  cuirassé, casqué, javelot brandi ou glaive menaçant, comme nimbé d’un vaste plumage exotique, il s’apprête avec la fougue de la jeunesse à pourfendre la bête, dragon ou vieillard  satanique. Des versions plus « civiles »  le  montre arborant une balance dans laquelle il pèse les âmes. Le grand Justicier en somme. Dans la version moderne de ses armoiries la ville russe d’Arkhangelsk n’a pas hésité  me semble-t-il à le transformer en avatar  façon B.D. du Nijinski du Sacre du Printemps.

    Nous voilà bien loin des marchandages et des arbitrages des foires de nos campagnes. On y revient, et grâce à ce détour on comprendra comment devant une telle figure mythique,  le commun des mortels de l’ancienne France ait pu hésiter  à attribuer le prénom à un simple humain : le costume est un peu trop grand. Néanmoins Michel jouit d’une honnête faveur aux 17è et 18è siècles ; il disparaît quasiment au 19è siècle pour  -ceci expliquant peut-être cela- recevoir une consécration incroyable au milieu du vingtième siècle, suivie évidemment d’une disgrâce à la mesure de son succès. Il ne sent pourtant pas la naphtaline , il ne réveille aucune image surannée et vieillotte  à la façon  - sauf chez certains bobos-  de Jules, Arthur ou Léon.  MICHEL! Le grand retour  approche!.

   Et chez mes ancêtres, quid du 29 septembre,  et des Michel ?  Comme pour atténuer l'audace d'un tel choix on l'associe d'ailleurs souvent à Pierre ou à Jean. C'est ainsi que le plus lointain ascendant DAUCOURTque j’aie pu me dégotter se prénomme Antoine Jean-Michel  -maître –cordonnier, né vers 1700 à Bapaume. Le prénom n’est guère en faveur en Artois, beaucoup plus en Flandre, et dans le Hainaut : la cathédrale de Bruxelles est  placée sous le double patronage de Saint-Michel et Sainte Gudule. Son apparition est en général insolite et décousue . Concernant mon ancêtre,  comme aucun document  à son sujet n’existe avant 1737, impossible  de savoir d’où il peut tenir son prénom ; d’un parrain peut-être ?  Il y tenait, c'est sûr,    car malgré la place  et le temps ainsi occupés,  il a toujours déroulé sur les registres l'intégralité de ses trois prénoms.   Et pourtant pas un de ses onze enfants ni de ses nombreux petits enfants  n’a hérité  de Michel – ni d’ailleurs d’Antoine. Les deux prénoms  restent inusités dans toute la postérité

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   Situation différente chez les DRUGY, une autre branche paternelle: j’ai trouvé un petit massif de Michel autour  de Michel DRUGY (1667-1729) dont le fils  Jean Michel né à Bucquoy le 14 novembre 1667 a également pour parrain un Michel GABY (inconnu par ailleurs). Il passe le relais à un petit-fils Jean-Michel tisserand, valet de charrue

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qui meurt sous le Directoire le 26 juillet 1799 à Bucquoy laissant  derrière lui  quarante petits enfants  (un fils aura 18 enfants). Dans cette prolifique descendance pas un Michel, sauf une petite Augustine Michel que le patronage  de l’archange ne sauvera pas d’une mort prématurée à 14 mois : la malchance ou la  maladie avaient d’ailleurs pris pension chez le ménage  du tisserand  Jean Silvain DRUGY  et de sa femme Ludivine THÉRY : l’aînée n’avait survécu que deux mois ;  lui meurt à 28 ans peu après Augustine ;   son fils posthume vit quelques jours.  Seule Clémentine, la deuxième enfant,   a échappé à la malédiction et s’est propulsée jusqu’au milieu du siècle suivant.

         Encore un billet qui se termine en mélodrame artésien, après avoir plané dans l’immensité intemporelle de l'éther et   de ses super-héros.  

 

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15 octobre, 2 4 V e n d é m i a i re

 La Veuve en ses jardins

                             à notre mère Françoise qui m’a appris à lire.

24 Vendémiaire, le premier mois de l’année du calendrier républicain.

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Vendemiaire

La pulpeuse vendangeuse de Lafitte s’abrite coquettement d’un soleil encore chaud. Dans sa corbeille, la Balance  du signe zodiacal et de superbes grappes  qu’essaie de boulotter une chèvre gourmande. Le raisiné ne va pas tarder à couler, jus de la vigne ou sang du guillotiné  : la vis du pressoir tourne,  s'abat la lame de la guillotine  -la Veuve en argot du milieu d'autrefois.

 On fête sainte Thérèse d’Avila, la Grande sainte Thérèse. La petite est de Lisieux et du XIXe. Après Claire Brétecher, que dire de la fondatrice du Carmel?  La Vie passionnée de Thérèse d’Avila est parue en feuilleton dans le Nouvel Observateur tout au

thérèse d'avila brétecher

 long de l’année 79 : quarante ans pile - et pas une ride pour cette démonstration d’admiration  humoristique, n’en déplaise aux grincheux qui criaient au sacrilège!  Ses rencontres avec son copain St Jean de la Croix dont un nuage de mouches annonce de loin la présence, ses lévitations intempestives qui se terminent  en général par des chutes calamiteuses malgré la présence de jeunes nonnes chargées de la surveiller « on ne voulait pas s’immiscer, ma mère ». À lire sans délai  chez Dargaud  (publicité gratuite)!

 

gabriello

Le jeu des anniversaires offre toujours des rapprochements surréalistes.

 15 octobre 1917 : L’espionne MATA HARI est fusillée au fort de Vincennes. En 1945, c’est au tour de Pierre LAVAL, à Fresnes. Beaucoup moins "glamour".

 1896 :   en plus léger (façon de parler),  naissance de GABRIELLO, chansonnier,  de son vrai nom André … GALOPET. Un homme de poids : il présidait le « Club des 100 kilos ». Cultivant avec astuce son bafouillage,  il distillait des histoires salaces dans les cabarets parisiens   et apparaissait parfois dans le  Grenier de Montmartre, dont sa fille Suzanne Gabriello était un pilier – une émission  de Paris-Inter qu’à la maison, on écoutait fidèlement dans les années 50. Jacques Grello, Robert Rocca, Pierre-Jean Vaillard etc…, les plus âgés d’entre nous se souviennent.

 15 octobre 2019.  Le Sofitel de Lyon organise une soirée "champagne et caviar" - pour l'intronisation de Gérard Collomb peut-être?

15 octobre 2019 . Ça ne s’invente pas :   de son côté l'ONU organise la journée mondiale du lavage de mains. La Saint Ponce- Pilate en somme.

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     C’est tout ? Voilà que  je mets la main sur Pierre Adrien DAUCHET. Il est né à Wailly  le 15 octobre 1740, fils de « jardiniers » c’est-à-dire de maraîchers comme les trois quarts de la population de Wailly  chargée avec les villages voisins d’Agny et d’Achicourt d’approvisionner Arras -à une  quinzaine de  kilomètres. À Wailly, il  sort de l’ordinaire : il est maçon. Mort à Arras le 30 prairial de l’an II ?  De quoi donc ? Lartésien-blogueur sent frétiller ses neurones: prairial, prairial, mais bon sang bien sûr ! Les sinistres décrets de prairial ! Il est donc mort d’un mal qui répand la terreur puisque le même jour, au même endroit disparaissent sa femme, son fils aîné et ses deux filles. La peste ? Oui , la peste rouge. Son incarnation ? Joseph LEBON, le si mal nommé (dans une vie antérieure,  élève chez les Oratoriens on l’appelait « le bien-nommé ». Comme on peut changer! Le petit père des peuples avait lui aussi en son temps tâté du séminaire). Dans la ville natale de Robespierre, il applique avec un zèle de psychopathe les décrets qui suppriment tous les moyens de la défense et instaurent la Grande Terreur.

         Les DAUCHET ont joué de malchance : Paris avait supprimé les tribunaux révolutionnaires de province depuis le 27 Floréal mais

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l’affreux  Joseph, tout en étant nommé à Cambrai, gardait un œil sur ses Arrageois. Quel était donc le crime  de ces campagnards ? L’État civil est muet car leurs morts relèvent de la Justice. Tribunal Révolutionnaire, Paris, BNF  ouhlala…Faut-il lâcher si vite la proie ? Déception, frustration et puis miracle une fois de plus d’un clic sur la Toile : je rencontre un saint homme : l’auteur anonyme de l’article « Joseph Lebon » dans Wikipédia. Précis et honnête il indique (c’est la moindre des choses mais…) ses sources pour une information de première main : un ouvrage de 1864 La Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord : histoire de Joseph Le Bon et des tribunaux révolutionnaires d'Arras et de Cambrai,  par Auguste PARIS qui  nous a mâché le travail en transcrivant les archives judiciaires. En bonus, un index de tous les guillotinés de la région. Le cadeau  est royal,  mais je déchante : pour se le procurer il va falloir fouiner dans les catalogues des bouquinistes, commander, attendre. - Que nenni : cet anonyme est une perle,  un saint homme vous dis-je : il indique le lien ( on le trouvera  à la fin du billet pour consulter l'intégralité du texte originel) qui permet d’atteindre le Graal, et de ce pas je vous résume l’histoire lamentable et dérisoire des DAUCHET.

           L’éclairage se déplace de Pierre Adrien à Pierre Joseph, son fils. Celui-ci a voulu échapper à la réquisition et s’est caché pendant plusieurs mois au fond d’un trou creusé dans une grange. Mais comment se sortir de ce guêpier ? Par le haut : plus l’histoire sera grosse, plus elle sera crédible : avec son entourage, il met en scène … sa résurrection. Ni plus ni moins.

       "Il n'avait jamais été doué d'un esprit bien solide; pendant sa réclusion sa tête se troubla. Après un sommeil léthargique, il fit accroire à sa mère et à ses deux sœurs qu'il était ressuscité. Dauchet père était moins crédule; mais il avait bu une bouteille et la raison ne lui permettant plus de savoir ce qu'il faisait, il convoqua ses voisins pour les rendre témoins du prétendu miracle (rapport du district de Wailly )

      Un   scénario digne d’un épisode de la saga de Don Camillo – sauf  qu’on est en pleine Terreur et que le Peponne du coin est seul aux manettes : nul contre-pouvoir d’un Don Camillo artésien; on ne badine pas avec les manifestations intempestives de la religion.

              II résulte que dans la maison du dit Pierre Dauchet maçon, il s'est tenu un sabbat et des grimaces qui rappellent le fanatisme catholique.[…]  Sans avoir pu pénétrer le motif qui les a portés hier soir à faire une orgie dans laquelle ils ont donné des marques d'un fanatisme et d'un égarement de raison qu'il est à propos de comprimer, [le district] arrête qu'il sera aussitôt fourni à Dauchet fils une veste, une culotte, des bas et des souliers au lieu du linceul dont il est couvert et qu'il sera mis en état d'arrestation avec son père dans la maison dit des Baudets, et que la femme et les filles dudit Dauchez seront emmenées dans la maison Abbatiale

Il s'agissait de Pierre-Adrien (55 ans) maçon, de Marie -Françoise Patoux 50 ans sa femme, Séraphine 27 ans et Augustine 24 ans

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sœurs du délinquant et de Pierre le ressuscité surnommé "le Saint". On ne laissa dans la maison qu'un vieillard de 92 ans, Antoine Patoux aveugle et infirme, l'aïeul.

 Mais Joseph Staline/Lebon  ne figure pas en deux dimensions sur une affiche punaisée dans la maison de Peuple; ce n'est pas un hologramme. iI est là, en chair et en os ; il accourt de Cambrai où il « officiait »  et exploite la situation  -à moins qu’il n’ait compris que l’affaire risquait de sombrer dans le ridicule si elle ne prenait pas la dimension d'un complot contre l'Etat. Là où les villageois s’étaient empressés de rendre figure humaine au « miraculé »,  il retourne la mascarade contre son auteur   et en tire parti  grâce à une mise en scène tragi-comique d’une cruauté sans nom.

          La population est convoquée au temple de la Raison dès sept heures du matin. Les prévenus sont placés sur une estrade élevée. Au milieu "le Saint" couvert d'un sale drap de lit, des livres  en mains, plusieurs à ses côtés, un Christ à ses pieds et une bougie allumée entre ses jambes

Joseph Lebon  en personne terrorise les accusés puis fait promener en procession toute la famille dans les nefs latérales de l'ancienne église. Une sorte d'adaptation  républicaine du "charivari" qui moque les époux mal assortis. Sauf qu'il n'est pas question d'en rester à ce carnaval punitif. Ce n'était qu'un prélude grotesque . Ils sont ensuite  renvoyés  devant le  tribunal révolutionnaire où leur condamnation ne fait pas un pli, en application pour la première fois à Arras des fameux décrets de prairial .

"le prétendu saint fut à l'échafaud en mascarade c'est-à-dire son drap de lit sur le corps en guise de chape, son Christ derrière le dos ; ses livres et ses bougies l'accompagnèrent, portés  comme des saintes reliques par les valets du  bourreau"

                 

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  Pauvres anonymes malencontreusement entrés dans l’Histoire pour aussitôt  tomber dans le Néant au son de claps aussi lugubres que la musique imaginée par Poulenc dans le Dialogue des Carmélites pour accompagner la décapitation des religieuses(ainsi  revient-on à Ste Thérèse d'Avila).Mais leur revanche est quand même superbe si on y réfléchit : les registres minutieusement tenus par le système répressif  chargé de leur  ôter la vie, les ont paradoxalement sauvés de l’oubli ;  ils accèdent à une existence individuelle, et du coup s'animent et prennent couleur les vies et les mentalités de tous ces villageois emportés dans les pires moments de la Révolution.  Joseph LEBON  Thank you!

--------------------------------- pour en savoir plus------------------

 Auguste Paris, La Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord : histoire de Joseph Le Bon et des tribunaux révolutionnaires d'Arras et de Cambrai, t. 1, Paris / Arras, Putois-Cretté / Rousseau-Leroy, 1864, 2e éd., VIII-376 p. (lire en ligne [archive]).

Auguste Paris, La Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord : histoire de Joseph Le Bon et des tribunaux révolutionnaires d'Arras et de Cambrai, t. 2, Paris / Arras, Putois-Cretté / Rousseau-Leroy, 1864, 402 p. (lire en ligne [archive]).

 https://archive.org/details/laterreurdansle01parigoog/page/n228

Sainte Catherine

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Sainte Catherine

                        Je sais : nous sommes le 30 novembre. Hors délai mon billet. Mieux ou pire: je ne suis pas sûr de parler de la sainte ni de  catherinettes. Je comptais trouver dans mes données une Catherine  qui sorte un peu de l’ordinaire. À croire que l’inspiration était engourdie par le froid de retour : rien de passionnant dans mes listings desséchés – ou alors je n’ai pas su les faire parler. Et puis en épouillant mes fichiers j’ai retrouvé une vieille connaissance qui m’a réservé quelques surprises. Elle ne se prénomme pas Catherine mais Colombine – ça rime finalement. J’imagine assez la Colombine du théâtre sous les traits de cette catherinette des années cinquante: soubrette piquante et  rusée,  paysanne délurée habile à prendre les manières des dames chez qui elle sert et prompte à mener par le bout du nez ce lourdaud d’Arlequin, ce pleurard  de Pierrot.

 Dans un hypothétique casting, je doute que malgré son prénom,  Colombine DAUCOURT ait eu quelque chance d’obtenir le rôle: car son destin n’a rien de glorieux ni de romanesque, malgré, cependant, sa part de mystère. « Domestique » comme disent les recensements, fille de ferme ou souillon en vérité,  plutôt que servante maîtresse, je la vois mal  aussi pimpante que ma catherinette de carte postale à l’œil rieur et aux joues roses. Plutôt les traits tirés de fatigue, la peau basanée et recuite par le soleil et les intempéries,   pauvre fille usée et abusée  …mais qui sait jusqu’à quel point, car  finalement elle retombe sur ses pieds comme on va voir.

      Colombine DAUCOURT ou DOCOURT est la sœur de mon trisaïeul paternel Augustin Denis. Un an les sépare. Future aînée de huit enfants, elle naît le 14 avril 1821 à Beaufort, un petit village de 288 habitants en 1820 (avant sa fusion avec Blavincourt) près du chef-lieu de canton Avesnes–Le-Comte mais  à l’écart de la route royale Arras- Amiens. Arras est à 25 kms, Amiens à 50. Son père, François Marie est couvreur en paille.  Colombine ? Un prénom rare. Par quel mystère  cette irruption de la commedia del arte au fin fond de l’Artois? Comme un héritage inconscient de la liberté révolutionnaire, dans cette famille, quand il s’agit des filles, on n’hésite pas innover : on rompt le fil d’une transmission, on ne cherche pas à faire plaisir à une parente.   En outre, ici, la mode des terminaisons  romanesques en –ine a des antécédents  du côté de la mère, Joséphine Florentine CARON. Grand-mère se prénomme Clémentine, une sœur va s’appeler Célestine (ou Célinie, les scribes hésitent), il y aura ensuite une Élisa et pour finir une Angelina. Les garçons n’ont pas droit à ces fantaisies : le premier né porte bien selon la tradition le prénom du grand-père, Augustin-Denis ; ensuite on ose quand-même un Jean-Baptiste et un Zéphyr, beaucoup plus original qu'on reprendra à qui mieux mieux. Pour ses propres filles, Colombine joue l’originalité flamboyante comme pour effacer avec panache l’opprobre de ces naissances hors mariage : Célinie, Clarice, Angelina  (1845-1892) puis Sidonie Louise (1852-1853). Effet d’un souci populaire de distinction puisée dans les feuilletons à quatre sous que la mère, même illettrée (elle ne sait pas signer) connaît par ouï-dire? On songe aux fameuses filles Thénardier baptisées Éponine et Azelma par Hugo, sans compter Euphrasie le  vrai prénom de Cosette (le prénom de sa mère  Fantine sonnerait plutôt  à l’instar de Fanfan, Fanchon comme un diminutif de Françoise). Le fils sera plus platement un Zéphyr.

     Affaire  classée donc : dans tous les recensements et tous les actes que j’ai pu trouver l’héroïne du jour apparaît constamment sous la dénomination de Colombine. Mais alors, mézalors  pourquoi(re)devient-elle à 70 ans une  Catherine des plus ordinaires dans l’acte de décès de sa fille en 1892? En tout cas in extremis je retombe sur mes pieds -sans l’avoir fait exprès! C’était peut-être  son prénom usuel ? C’est bien possible: l’arrière-grand-père DRUGY   que tout le monde appelait Léonard  n’existe que comme Siméon dans les actes officiels  sauf dans un acte de vente qui spécifie Siméon dit Léonard.  Pour Colombine/Catherine la question reste en suspens : pour l’heure, je ne sais toujours pas où elle est décédée.

      Je n’en ai pas fini avec ma lointaine cousine. Elle m’a donné du fil à retordre. À l’image du reste de la tribu d’ailleurs, qui disparaît  définitivement de Beaufort  en 1861. Je savais où s’était installé mon ancêtre direct Augustin Denis : à Saulty.  Après avoir battu consciencieusement  jusqu’au harassement tous les villages de la région je finis par retrouver  François le père (entre temps veuf) et le ménage de sa fille Élisa à Wanquetin, Célinie deux fois mariée à Gouy-en-Artois,  Zéphyr faisant de son côté souche à Noyelle-Vion, encore «valet de charrue» mais tous ses enfants vont bientôt prendre le chemin des mines en plein essor. Dans cette drôle de famille,  la Colombine réussit à se distinguer avec  à son actif trois enfants naturels. De quoi jaser dans le pays ! Deux sont nés à Beaufort chez ses parents : Clarice née le 15 novembre 1845 est élevée par ses grands-parents au moins jusqu’en 1851, Zéphyr né deux ans après, le 3 avril 1848,  ne vit que 21 mois. Je n’ai découvert l’existence (brève: 9 mois) d’une Sidonie-Louise (née en le 14 juillet 1852 à Amiens -Amiens ?) que la semaine dernière au hasard d’un site de rencontres (généalogique). Encore une enfant naturelle. Imp(r)udente Colombine ? Esprit libre ? Pauvre fille ne sachant pas résister aux invites ?  Et pourtant femme mariée. Je le savais depuis un certain temps : l’acte de naissance de  sa première fille Céline-Clarice-Angélina précisait « naissance légitimée par le mariage de Colombine Docourt avec François AUBY le 29 novembre 1852 ». Soit. Zéphyr, mort avant ce mariage ne pouvait être reconnu, et la dernière alors née juste avant le mariage? - qui suis-je pour juger? Dirai-je benoîtement.  Oui mais quand même ! Colombine !  Et manque un point essentiel dans cette information: OÙ le mariage a-t-il eu lieu? Impossible de mettre la main sur le couple au cours de mes virées (virtuelles) dans les registres aux alentours de Beaufort.  J’ai fini par renoncer.

                

auby 1826 x riquier-Signature Marié

Ne jamais s’avouer vaincu. Le temps a passé. Je me suis abonné à Geneanet le site a évolué et de nouvelles informations apparaissent. Un clic désinvolte (genre on-ne-sait -jamais) sur Clarisse Docourt et j’apprends -quinze ans après la création de sa fiche- tout à la fois sa mort à Puteaux le 18 avril 1892 – quel chemin parcouru depuis Beaufort Pas-de-Calais!- , son état d’ »artiste lyrique », et de clic en clic que son père François Auby – ça je le savais- et sa mère Colombine se sont mariés à …AMIENS ! J’ai tiré un fils et j’ai découvert le pull tricoté  par François AUBY (merci à lui). Pendant que moi j’étais dans l ’impasse, lui avait accès à tout ce qui concernait son ancêtre. Miraculo ! Miraculo ! Alléluia

L’acte de mariage est explicite :

 […] reconnaissent qu'il est né d'eux deux enfants le premier inscrit sur les registres de Beaufort 15 nov. 1845 sou les nom et prénoms de DOCOURT Célinie Clarice Angelina et le 2ème à Amiens pour l'année courante le 14 juill. DAUCOURT Sidonie Louise lesquels enfants ils reconnaissent pur leurs filles(AD 80. Amiens 5MI D188 1852 n°408 vue 412) Trois témoins sur quatre sont des ouvriers teinturiers, collègues de travail du mari.

              Mais l’affaire se complique : AUBY est veuf de Sophie RIQUIER qu’il a épousée à Amiens en 1826. Ils ont eu une fille, Lucie Alexandrine (26.11.1833 Amiens- 25.2.1890 Ailly/ Somme) Elle meurt le 10 avril 1837 à Paris dans le 8è ancien. Quand, comment 

anastasie et javotte

Colombine a-t-elle rencontré AUBY ?  à Amiens probablement où elle est allé se placer. Mais la retrouver par le biais des recensements dans cette immensité est impossible. Au moment de leur mariage, ils habitent dans le quartier Saint Leu  au Nord de la cathédrale, 51 Chaussée Saint- Pierre. Rien ne subsiste des immeubles de l’époque. Si Colombine n’a que 31 ans à son mariage, AUBY a largement dépassé la cinquantaine (55 ans pour être exact) lorsqu’il lui passe enfin la bague au doigt. Pourquoi ont-ils attendu aussi longtemps pour régulariser leur union qui a commencé au moins en 1846,  huit ans après la disparition de la première femme d’Auby ? Les patrons de Colombine n’acceptaient peut-être pas une femme mariée chargée d’enfants. À moins que l’obstacle soit à chercher dans  la famille de la première femme, les Riquier qui pouvaient voir d’un mauvais œil le remariage du père de leur petite-fille avec une  future marâtre tentée de privilégier ses propres enfants. Le syndrome de Cendrillon.

 Clarisse meurt le 18 avril 1892 à quatre heures du matin chez sa mère âgée de 70 ans 42 rue Poireau à Puteaux. Elle est célibataire. L’acte lui donne trente-sept ans : sa mère se trompe de dix ans. Artiste lyrique ?  Soyons clair : c’est une dénomination cache-misère  pour désigner une fille entretenue sinon carrément sur le trottoir. Mais après tout, peut-être se produisait-elle dans un beuglant ou dans les cours. La révélation est toute fraîche et je n’ai pas eu le temps de pousser plus looin mes investigations.

    Pour finir, un document vraiment curieux : l’acte de décès de François AUBY,  ce père que j’ai mis des années à identifier

       le seize janvier 1876 à midi acte de décès de François AUBY teinturier âgé de soixante-dix-neuf ans décédé avant-hier à six heures du soir en son domicile 49 rue de la Croix à Puteaux […] marié à Sophie Riquier sans profession âgée de soixante-dix-neuf ans même domicile que le décédé .( AD 92 Puteaux D 1876 vue 4 n°10)

 Colombine est passée à la trappe : en son lieu et place l’employé municipal  ou le maire adjoint a ressuscité Sophie Ricquier, la première femme dont le décès a dûment été enregistré à Paris en 1837 (40 ans auparavant) Erreur administrative de taille et triste oraison funèbre pour cette « Catherine » dont j’ignore toujours  le lieu et la date du décès. Pas à Puteaux en tout cas. « Colombine ou la disparition »

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Maurice BOUCHOR, vous connaissez?

 Maurice Bouchor un faux inconnu

 

                                    

 

                 Des écoles portent son nom, le troisième âge se souvient peut-être d'une récitation . Mais il y a d'autres surprises. Bien sûr

maurice thorez fils du p 1949

 c'est un Maurice moins connu que l'auteur des Rois Maudits ou que le natif de Menilmuche.  Un animalcule comparé au grand  Maurice THOREZ  l’auto-proclamé Fils du peuple - que l'oubli  ensevelit peu à peu. 

         M a u r i c e  B O U C H O R : 16 novembre 1855- 17 janvier 1929 ! Entre bouchon et bouche d’or, quand,  petit, je lisais son nom en bas d’une récitation ou d’une dictée, c’est à l’une ou l’autre de ces associations saugrenues qu’il me faisait penser. Car je l’ai connu dès l’école primaire, comme plus d’un-e de ma génération. Butinant de lilas en lilas pour un billet précédent, j’ai retrouvé  mon Maurice Bouchor  là où je l’attendais le moins : en auteur du poème de l’Amour et de la Mer  (1876) mis en musique par  (entre autres) Ernest Chausson en 1886.  Sa musique délicate et nostalgique transfigure l’évocat ion d’une aventure amoureuse   racontée avec des mots très ordinaires  que  trop souvent la diction brouillée de l'interprète rend à peine audibles: tout le monde n’a pas la clarté de Gérard Souzay – si décrié par Roland Barthes- ou de dame Félicity Lott. Dans  cette œuvre fin de siècle à la fausse simplicité japonisante je préfère les accents verlainiens  des dernières strophes désertées par l’absence irrémédiable  d’avenir. 

      Une œuvre écrite à vingt et un ans.  Bouchor fréquente alors Germain Nouveau, Jean Richepin, toute une « nouvelle vague » opposée aux Parnassiens  - je n’ose dire aux vieilles barbes car lui-même en arbore alors une- impressionnante par sa blondeur et sa longueur.

       Il a eu de la chance, Maurice: ses vers, au fond assez plats sur un sujet rebattu, sommet de l'écriture blanche, ont été immortalisés grâce à la musique de Chausson qui en extrait  toute la substance et développe les résonances de chaque mot.  

   Un itinéraire hasardeux conduit ce poète prometteur à la recherche d’une spiritualité diffuse, christianisme,  bouddhisme (dans  la foulée ce colosse se convertit au régime végétarien), et finalement  un humanisme laïque  qui lui fait écrire cette véritable profession de foi  ( impensable de nos jours) dans le livre du maître de la 3ème série de Chants populaires pour les écoles en 1909 : « je dis que l’on peut se passer de l’une [la foi spirituelle] comme de l’autre [la foi confessionnelle] et trouver de suffisantes raisons, qui sont peut-être les plus nobles, de vivre et de bien agir, en même temps qu’un réconfort puissant et l’enthousiasme nécessaire aux plus difficiles transformations sociales, dans la simple conscience de son devoir, dans l’amour des hommes et dans quelque haute espérance, moins éloignée et plus concevable que celles dont les religions font le viatique de leur fidèles. Ainsi s’explique son engagement sans faille pour l’école laïque: par la volonté d’offrir aux plus démunis, et dès leur plus jeune âge, l’accès à la poésie, au rêve, aux œuvres  littéraires. Dans l’école, à travers l’école, n’aimons-nous pas, nous tous, le peuple qui nous y donne ses enfants, appelés bientôt- trop tôt- à la dure vie du travailleur, ouvrier ou paysan ? (ibidem).

     Dès les années 1880-1890, pour un théâtre de marionnettes de sa fabrication il écrit des sortes de mystères (sur Tobie, la Vierge Marie, Sainte Cécile) il adapte Shakespeare (la Tempête).  Des artistes amis  (on cite Maillol et évidemment son frère peintre)) créent les décors ou récitent les rôles. Des critiques de poids, peu suspects d’aventurisme esthétique, se mêlent avec enthousiasme au public d’enfants: Anatole France, Jules Lemaître, Ernest Renan, Francisque Sarcey, Puvis de Chavannes. On joue d’abord à Paris puis là où il est demandé. Il parcourt les campagnes en compagnie du musicologue Lucien Tiersot pour recenser et sauver de l’oubli des  mélodies populaires;  il en adapte les paroles pour  des  recueils de chansons destinées aux  écoles. Infatigable, il voyage à l’étranger : l’Angleterre bien sûr et le reste de l’Europe, les États-Unis, Alger, Ceylan. Cette ouverture au monde le conduit à transcrire pour les enfants des contes d’Orient ou d’Asie.

              Encore un malheureux écrivain  dira-t-on,  ravalé au rang d’auteur scolaire! La faute à  l’école laïque- qui l’a phagocyté en enrôlant une partie de son œuvre dans un catéchisme républicain. Sauf qu’ici, c’est l’auteur lui-même qui a voulu, de son plein gré, consacrer son talent  à des préoccupations pédagogiques. « C’est avec l’allégresse la plus vive, et sans être affligé d’inutiles regrets en pensant à d’autres projets abandonnés, que j’entrepris ces divers travaux » (ibidem).  Aussi les remarques condescendantes de certaines notices sont-elles mal venues, d’autant que c’est grâce à son investissement pédagogique qu’il n’a pas sombré dans l’oubli car l’œuvre poétique, avouons-le,  a mal vieilli, comme en atteste la première tranche (on n'ose parler de "croûton") du  « pain », incontournable récitation d’autrefois aux intentions louables mais à la rhétorique désuète.

                   Il s’est dépensé sans compter pour cette diffusion de la musique populaire , sillonnant la France des écoles normales et des écoles de village pour faire chanter les enfants,  c’est-à-dire leur donner un supplément d’âme (un mot trop lourd peut-être pour ce qui devait être un plaisir) en tout cas leur rendre, leur transmettre ce qui faisait partie de leur patrimoine laissé à l’abandon et bientôt oublié si l’on n’y prenait garde « … Je fis mon tour de France, méthodique et complet, pour le recommencer ensuite en zigzag, allant d’abord partout où l’on m’ appelait, puis, quand cela devint impossible, où j’avais le temps d’aller » (ibidem). Les écoles baptisées « Maurice Bouchor » n’ont peut-être pas toutes reçues sa visite mais on ne doit pas en être loin! Petite anecdote pêchée dans la presse locale de Normandie : il existe dans  un quartier périphérique du Havre une école considérablement agrandie entre les deux guerres, en briques rouges, élevée sur les bases d’une ancienne. Elle fut en partie bombardée et reconstruite  comme le reste de la ville. Et voilà que récemment, au cours d’une rénovation,  dans ses murs les plus anciens, on a retrouvé des papiers qu’on croyait perdus,   laissés par M. Bouchor  lors d’une de ces fameuses visites!  De la fin du XIXe à la moitié du XXe il n’est guère d’écoliers de la communale  qui n’ait un jour ou l’autre appris une récitation, subi une dictée ou lu un conte signés Maurice Bouchor. Rien d’étonnant que je l’aie rencontré ici ou là dans les livres de lecture légués par ma mère institutrice durant quelques années

                Du côté des adultes, dans le cadre des universités populaires il  donne des conférences devant des ouvriers, il lit des extraits des classiques  qu’il adapte pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Son entreprise, singulière à l’époque, lui vaut éloge et considération.

       Dreyfusard,  membre actif de la ligue pour les droits de l’Homme, il s’engage  au premier rang dans la campagne en faveur de la réhabilitation de Jules Durand. De qui s’agit-il ? C’est un syndicaliste havrais  meneur de la grève illimitée contre la mécanisation intensive du déchargement des bateaux de charbon. Il a été arrêté en septembre 1910  et dans un procès TGV condamné à la guillotine dès novembre  pour avoir, selon l’accusation, incité à l’assassinat  d’un  chef d’équipe non-gréviste au cours d’une rixe -à laquelle  il ne participait d’ailleurs pas.  La campagne d’opinion dans laquelle Bouchor ne ménage pas sa peine réussit à faire commuer la condamnation à mort en sept ans de prison puis aboutit à la réhabilitation du syndicaliste  - qui n’en saura rien car son séjour en prison l’a rendu fou et il termine sa vie en hôpital psychiatrique.

        

       

 

 

lil Bouchorparoles hymn frç-002 Nouvelle rencontre avec ce nom sonore, en cinquième, au lycée d’Arras en cours de musique : monsieur Dufour, notre professeur aveugle nous fait apprendre des chants : les volontaires les meilleurs feront partie de la chorale  chargée de donner un petit récital en prélude à la distribution des prix. On est en 1955-56. Au programme un poème du susdit dont je me souviens encore, plus de soixante ans après : « Peuples des cités lointaines qui rayonnent chaque soir Sentez-vous vos âmes pleines d’un ardent et noble espoir… » L’air, entraînant, se grave  facilement dans la mémoire: le professeur a dû nous en dire l’auteur; je l’oublie jusqu’à ce que, un peu plus âgé,  je reconnaisse dans ce chant  l’Hymne à la joie de la IXe Symphonie de Beethoven. Eh oui ! Dans le cadre de son action militante, l’infatigable Maurice ne pouvait  passer à côté de pareille occasion de faire connaître, de faire chanter dans toutes les écoles de France  l’idéal de paix universelle proposé par Schiller et Beethoven : ce fut un « hymne à l’humanité future » aux multiples strophes, parmi lesquelles les deux qui me sont restées en mémoire.

   Fin de l’histoire ? Non. Voici un dernier rebondissement, tout récent. L’Ode à la joie (arrangée par Karajan , - Karajan deux fois inscrit au parti nazi, en Autriche puis en Allemagne , les voies du Seigneur sont vraiment insondables!) est devenu l’hymne européen on le sait. Et je m’aperçois,  à l’occasion de cette recherche-ci, que les paroles françaises retenues sont celles que j’ai apprises il y a soixante ans. Pour mieux les mettre en situation, une strophe introductive  a été ajoutée par un certain Jean Ruault (ou Robert Dulac) sur lequel le Web est muet. Un site peu regardant  attribue à ce dernier  (et à Schiller) la paternité de toutes les strophes: à la trappe Monsieur Maurice. Un autre site  s’embarrasse encore moins  de scrupule ou de précision: à Bouchor toutes les paroles mais la  musique revient à … un anonyme. On s’esbaudit évidemment grassement devant tant d'aplomb dans l'ignorance. Mais après tout, le comble paradoxal de la gloire pour un tel géant  ne serait-il pas de disparaître en tant qu’individu, de rentrer dans  la masse confuse du peuple auquel il a su donner lavoi.e/x d’espoir?  Aux anonymes l’Humanité reconnaissante.

                        Avec de tels états de service, Maurice Bouchor ne pouvait manquer d’être décoré de la Légion d’Honneur, au titre du ministère de l’Instruction Publique. Il fut fait chevalier le 31 décembre 1890, à 45 ans. Il est qualifié d’homme de lettres. Il n’a pas encore publié  ses adaptations pour les écoles des chants populaires qu’il a commencé à recenser avec le musicologue Tiersot.

 

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                Puisque je suis dans la base Léonor qui recense tous les décorés de la légion d’honneur, dans la famille BOUCHOR je demande Joseph Félix (15 septembre 1853-27 octobre 1937). C’est le frère aîné de Maurice. Artiste peintre déjà décoré, promu officier de la légion d’honneur en 1922 au titre du ministère de la guerre. Diable ! A-t-il comme d’autres peintres ( Léger ou Vlaminck, Delaunay,) œuvré au camouflage des camions et des premiers blindés ? Beaucoup plus original – et gratifiant : « services extraordinaires rendus par le candidat : En août 1914 ayant demandé malgré son grand âge [61 ans] à reprendre du service a été mobilisé et agréé comme peintre militaire. À ce titre a fait 100 portraits de généraux et tableaux militaires reproduits par le service de propagande à 1 million et pour l’armée américaine à 4 millions. A fait des expositions de propagande de ses œuvres de la guerre en Suisse, aux Etats-Unis, à Boston,à Chicago, à Minnéapolis et à New-York ». Pour se faire accepter, la gigantgesque machine à broyer les existences a besoin de montrer  que ses chefs sont des personnalités diverses tbien sûr mais toutes bien sûr  pétries comme ce général Joffre à la moustache si bienveillante et aux yeux rieurs. La troupe figurera quand même, anonymement,  dans des « tableaux militaires », des scènes de vie quotidienne presque apaisée dont bien évidemment toute horreur est bannie : au poste le plus avancé, abrités par les solides boisements de la tranchée, les poilus jouent aux dés, discutent; ils ont lavé leur linge qui séche, tout propre. Des pionniers américains en somme, n’était au loin le front que trahit –discrètement- une abondante fumée.  Art délibéré de la  propagande  qu’accentue la technique choisie par le peintre. Un Lucien Jonas, autre peintre–dessinateur embrigadé lui aussi dans  l’entreprise, mais souvent installé au plus près des combattants a opté pour le croquis, ou l’aquarelle qui nécessite si peu de matériel.  Bouchor a choisi, même sur  le terrain, une technique lente et encombrante (la peinture à l’huile sur chevalet) peu compatible avec l’instantanéité, la précarité et l’inconfort de la vie sur le front et dans les tranchées. Mission de propagande parfaitement accomplie cependant: la lenteur de la technique introduit une distance et un recul par rapport à l’événement ainsi rendu plus acceptable.« Bourrage de crâne », décervelage. Il n’en est pas le seul acteur certes  mais son attitude contraste avec la démarche d’un frère qui, lui, a entrepris  au contraire d’ouvrir les esprits:  rendre accessible aux ouvriers  la culture savante  ou tranmettre aux  enfants avant qu’elle ne s’évanouisse la culture populaire de leurs ancêtres.

          

 

 Merci le Web: je viens de tomber sur l’affiche d’ une exposition actuellement visible à Noyon.  L’autoportrait utilisé   est un régal tant la situation est incongrüe.  Palette et pinceaux à la main, le peintre bedonnant un peu boudiné dans sa vareuse bleu horizon fait son devoir de soldat: pour l’Histoire, il  œuvre  en grand uniforme sur « le terrain », bien droit sur son tabouret. À l’arrière-plan,  le « terrain » donc. Une scène militaire qui respire l’ordre et le calme: tentes et faisceaux parfaitement alignés; le cavalier prend la pose  sur son cheval. Rien ici de L’Enfer décrit par Barbusse ou des Croix de bois de Dorgelès. Parfaitement insoucieux de réalisme, Bouchor Joseph-Félix assume son rôle de peintre officiel en  arborrant  la médaille de la légion d’honneur pendue à son large  ruban rouge. En fait il n’est pas encore officier  mais déjà chevalier- dans le cadre je suppose du ministère de l’instruction publique et des beaux-Arts mais le dossier est vide- à titre civil donc mais  subrepticement, l’environnement guerrier suggère qu’il fut décoré à titre militaire. Soldat d’opérette. Comme s’il  désirait conserver un souvenir d’une de ces périodes de manœuvres que les civils devaient effectuer dans un camp militaire, Joseph-Félix semble poser devant une toile peinte dont se servaient alors les photographes. Un comble pour un peintre que cet hommage involontaire rendu à un « art » rival qui va triompher et tuer le genre du portrait peint et de la peinture d’Histoire.

 

 

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Finalement tout se résumerait bien à une histoire de barbe et de moustaches. Le seul point commun entre nos deux frères, ne serait-ce pas ce goût pour une barbe impressionnante  adornée chez le peintre tiré à quatre épingles d’une menaçante moustache en croc, surmontée chez le poète pédagogue d’une énorme moustache livrée à elle_même ?

 

 

 

 

 

_________________     P O U R L E S CURIEUX    ____________            

 

 

 

                               -école  Maurice Bouchor du Havre        

 https://aucoindelavenue.wordpress.com/ecole-maurice-bouchor/

   Un blog sympathique sur cette école où furent retrouvés des documents appartenant à M. Bouchor

 

https://www.qwant.com/?q=%C3%A9cole%20maurice%20bouchor%20le%20havre&t=all&o=0:cfc37615250846d83d301132bdb311b6

https://actu.fr/societe/au-havre-lecole-maurice-bouchor-est-toute-de-rouge-vetue_546779.html

-        Œuvres

http://charles-bordes.over-blog.com/article-maurice-bouchor-82044796.html

http://livrenblog.blogspot.com/2010/10/maurice-bouchor-et-son-theatre-de.html

http://tybalt.pagesperso-orange.fr/LesGendelettres/biographies/Bouchor.htm

https://fr.wikisource.org/wiki/Auteur:Maurice_Bouchor

liste des œuvres de M. Bouchor. C’est ce site pourtant sérieux qui attribue à un anonyme la musique de l’hymne à l’humanité future

https://fr.wikisource.org/wiki/Anthologie_des_po%C3%A8tes_fran%C3%A7ais_du_XIX%C3%A8me_si%C3%A8cle/Maurice_Bouchor

Anthologie des poètes du XIXe siècle vol IV  Alphonse Lemerre 1888

https://fr.wikisource.org/wiki/Anthologie_des_po%C3%A8tes_fran%C3%A7ais_contemporains/Tome_premier

chez Delagrave  1906. Bouchor p. 517

-       - Affaire Jules DURAND

 

https://www.julesdurand.fr/livres-articles-de-revue-et-autres-ecrits/les-%C3%A9crivains-contemporains-de-durand/maurice-bouchor-1855-1929/

https://www.google.com/search?q=jules+Durand&rls=com.microsoft:fr-FR&rlz=&gws_rd=ssl

https://www.julesdurand.fr/les-amis-de-jules-durand/

le combat de M. Bouchor pour  libérer Jules Durand

-        L’Hymne Européen

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hymne_europ%C3%A9en Histoire de l’hymne européen et des versions nationales

http://www.cjafa.fr/spip.php?article36

différentes versions françaises

 

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