terresdartois

Saint NICOLAS

 

St Nicolas

                        Dans la France septentrionale, comme dans l’Est, la véritable fête des enfants était dans les années d’après-guerre  non pas Noël mais la St Nicolas, le 6 décembre. Je me souviens avoir reçu  pour l’occasion une petite trompette de  métal bleu. À Lille, quand j’y étais étudiant dans les années soixante et que les facultés étaient encore installées dans la partie Second Empire de la ville,  pour cette journée spéciale, des bandes d’étudiants coiffés de la faluche  traversaient toute la journée les rues du centre en monômes de plus en plus joyeux au fil des bocks.

      St Nicolas est « multicartes » : protecteur des enfants grâce au miracle célébré dans la complainteIl était trois petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs, par extension  il patronne ces grands enfants d’étudiants et d’ailleurs plusieurs versions de la légende mettent en scène des clercs, des escholiers  c’est-à-dire des étudiants plutôt que de jeunes écoliers. Mais pourquoi sur l’image d’Épinal, ce vaisseau qui fend les flots pour entrer dans un port, cette ancre, ces balles? C’est qu’il est le protecteur des marins, des voyageurs et des pèlerins  pour avoir selon la légende et sa prolifération d’ajouts sauvé maints bateaux du naufrage.  Ainsi s’explique qu’à Cap-Breton, autrefois grand port de commerce et de pêche (jusqu’à Terre-Neuve) l’église, connue pour son clocher-phare arbore sur son modeste fronton une statue (bien mangée par  l’air marin) de celui auquel elle est dédiée.  Saint voyageur lui-même, à son corps défendant : évêque de Myra en Lycie, (en Asie Mineure, près d’Antalya, dans le Sud de la Turquie actuelle) très en honneur dans tout le monde orthodoxe, sa relique fut kidnappée,  et « transférée », « translatée », par des croisés à Bari  mais un seigneur français réussit à en distraire un doigt – une phalange plus exactement- qui devient le centre d’un pèlerinage à St Nicolas de Port près de Nancy. Énième avatar pour ce saint venu d’Orient qui se transforme  en patron de la Lorraine cependant que son culte se propage dans toute la France, les Pays-Bas et l’Allemagne rhénane. Et c’est ainsi que l’immigration germanique aidant, Santa Claus va préfigurer aux États-Unis ce Père Noël qui finit par l’évincer.

     Dimension  géopolitique  de ce  Saint  si lié chez nous à l’enfance et qu’on démembre sans vergogne aujourd’hui encore: en 2017 le pape François et le

st nic arrivée en Russie

patriarche de Moscou se sont mis d’accord pour offrir aux Russes l’occasion d’adorer chez eux la relique du protecteur de la Sainte Russie et la châsse quitte Bari pour la première fois depuis neuf cents ans. Le site officiel de l’Église orthodoxe russe narre la cérémonie avec minutie et componction. Un petit reliquaire contenant la parcelle de reliques [le journal La Croix précise prosaïquement « une côte », les medias russes ajoutent « une côte gauche, la plus près du cœur »] de saint Nicolas qui sera transportée en Russie, était placé sur l’autel pendant la liturgie. Après l’envoi, le prieur de la basilique Saint-Nicolas, Ciro Capotosto, a porté le reliquaire dans l’église haute. Après l’encensement au chant du tropaire à saint Nicolas, le reliquaire a été placé dans une châsse surmontée d’une icône du saint, fabriquée spécialement pour l’occasion par les orfèvres de l’entreprise « Sofrino ». […] Ensuite, la châsse a été portée en procession hors de la basilique. Un feu d’artifice, traditionnel pour les fêtes religieuses à Bari, a été lancé. La châsse a été solennellement transportée à l’aéroport et s’est envolée pour Moscou. Elle sera accueillie à la cathédrale du Christ Sauveur par Sa Sainteté le Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie. Les fidèles pourront y vénérer la relique jusqu’au 12 juillet, après quoi elle sera transportée à Saint-Pétersbourg.

St nicolas -MYRA_-002

 Pendant ce temps des archéologues (italiens ou turcs) affirment avoir fouillé à Myra ( actuelle Demre) la tombe présumée du saint, ensevelie profondément à la suite d’un tremblement de terre vers 500 ; des ossements ont été trouvés enterrés avec soin et d’en conclure que 1° le saint n’a jamais quitté la Turquie (peu importe les anachronismes, Nicolas ayant vécu à l’époque byzantine) 2° tout le tintouin  religieux  autour de Bari  ne concerne que les restes d’un prêtre et repose sur une vaste fumisterie !   L’antique commerce des reliques n’a pas fini de nourrir notre présent et de revivifier tous les nationalismes contemporains.      

   Et moi et moi et moi ? Dans mes fiches  j’ai des Nicolas, nombreux, en rapport avec la popularité  dont le prénom a joui par le passé tout comme aujourd’hui,  - avec un creux étonnant à cheval sur le XIXe et le XXe siècle.

nicol popularité

L’apogée du succès se situe pile au tournant du XVIIIe. Au sein  de mon bataillon de 17000 individus, 494 se prénomment

nico carte

Nicolas : on frôle les 3% dans un secteur géographique centré sur le Sud -Ouest de l’Arrageois, une réalité que ne démentent pas les chiffres fournis par la base Geneanet. Remarque purement anecdotique : les naissances de garçons un 6 décembre se comptent sur les doigts d’une seule main et trois seulement ont du coup reçu le prénom du saint du jour.

 

que faire lénine

Et maintenant, Что делать? / Chto dielat?  Que faire comme disait l’Embaumé de la Place Rouge? Ou en plus classique, plus neutre et plus léger Quid faciamus (exemple grammatical depuis des lustres  du subjonctif délibératif en latin) autrement dit en bon picard, quoiquin fageons ? Qu’allons-nous faire? Je pourrais prendre les familles où le prénom se transmet sur deux ou trois générations : c’est un chantier trop vaste et du travail de coulisses pas forcément intéressant pour un billet. Mieux vaut se recentrer sur les ancêtres directs. Mon premier choix était tombé sur une famille VAILLANT, plus ou moins impliquée dans ma lignée.  Leur nom est gage d’allant! Yallah ! Et joyeux Noël !

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Vive St Nicolas Homme

Sur St Nicolas et la construction de sa légende

https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article939

un blog   « à propos des reliques de saint Nicolas de Myre » avec des commentaires très orientés

http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?t=1121

le point de vue officiel de l’église orthodoxe russe

https://mospat.ru/fr/2017/05/21/news146173/

   

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recensements: le filon

 les recensements: un filon

Quelle aubaine, surtout dans les villages car dans les villes, la consultation vire au cauchemar. Alors que j’enquêtais sur Émile GOSSART, fils de paysans de Bavincourt devenu professeur de physique à l’université de Bordeaux, je retrouve à Caen  son premier poste (au lycée Malherbe),  et son domicile, et je me mets bravement  en tête de suivre sa trace dans les différents  recensements. Je mesure rétrospectivement la chance que j’ai eue – et une bonne dose de  patience- de mettre la main sur lui alors que j’ignorais tout de la configuration de la ville : il demeurait au 8 rue de l’Académie                        

  -6- Bauet artiste peintre 69 ans,  sa femme, son fils ingénieur 30 ans,  sa fille, une domestique Clarice Tribouillard 19 ans

 -6 bis- rentière avec deux domestiques

 - 8-  GOSSART  Émile 36 ans professeur,   sa femme, Jeanne GOSSART  11m / Pauline Roger 18 ans domestique

- 8bis chef du cabinet du préfet 28 ans,   sa femme,  1 enfant d'1mois une domestique de 18 ans (1886 recensement Caen/ Caen ouest 194 / 8 rue  de l'Académie)

  La rue est calme,  restée inchangée aujourd’hui, faite de maisons « bien habitées » construites au XVIIIè siècle à en juger par les gracieux balcons en fer forgé. Face au N°8 les grands arbres d’une propriété.  Le recensement offre une belle photo sociologique. Notre jeune agrégé est en voie d’embourgeoisement : ses voisins ont une certaine « distinction » comme dirait Bourdieu, sans faire partie des plus riches; chaque ménage est servi mais par un personnel jeune, peu coûteux mais pas forcément très efficace. En 1891, il a déménagé rue Bosnières,  pas très loin. La rue est résidentielle, avec les commerces nécessaires à la vie quotidienne.  Les maisons qui en subsistent   aujourd’hui  sont sans grâce, datant peut-être de Louis-Philippe  si on se fie aux ferronneries des balcons. Elles sont vastes, première qualité pour loger une famille qui s’est agrandie, et peut-être s’ouvrent-elles à l’arrière sur un jardin bien abrité.  Trois enfants désormais. Pour être au top de la précision, il me suffira de vérifier et de retrouver les dates exactes de naissance dans les tables décennales et les  registres sans risquer de perdre en route quelque progéniture 

1891 Caen Ouest rue Bosnières gauche vue 41    .21- , 19  - sellier, blanchisseuse, épicier   . 23- Gossart Émile 41ans professeur x Marie Cerquand 34 ans  / Jeanne 5 ans ; Louise 4 ans;  André 2 ans / Caupron Louise  15 ans domestique  . 23bis Vallée inspecteur contributions  directes.  25- de Beaurepaire ancien  conseiller à la cour.

J’ai l’impression qu’on ne roule pas sur l’or dans le ménage du professeur GOSSART: une petite bonne de quinze ans est-elle une aide suffisante pour aider la mère de famille à tenir son ménage,  s’occuper de trois enfants en bas âge et remplir ses obligations mondaines pour favoriser la carrière de son mari ?

 Dans le Pas-de-Calais, comme la mise en ligne des registres se faisait toujours attendre alors que les trois quarts des états civils de la France étaient accessibles d’un clic,  il fut décidé, pour faire patienter les généalogistes, de leur donner un os à ronger : on mit en ligne les recensements. Pour certains, c’était là une piètre consolation mais faute de grives… En fait, c’était un trésor, une vraie caverne d’Ali baba dont le public ne mesurait pas toujours  l’intérêt.  Tous les habitants d’un village inventoriés maison par maison. Chaque famille  photographiée telle qu’elle est constituée à une certaine date : nom, prénom, relation dans la parentèle, profession, âge et même parfois date  et lieu de naissance (en 1872), religion aussi et infirmités – crûment désignées : idiot, aveugle, bossu. Et encore indigent, vit de la mendicité, vit de l’aide du bureau de bienfaisance.  De recensement en recensement, tous les cinq ans, s’esquisse une histoire familiale. Des enfants naissent,  n’apparaissent plus: ils sont morts, ils  sont partis en apprentissage, ils se sont mariés, on les retrouvera quelques pages  plus loin -peut-être.  Une grand-mère  vient vivre ses derniers jours chez un de ses enfants puis s’évanouit. Des voisinages apparaissent, qui expliquent des alliances futures. Bref, c’est la vie qui se déroule sous nos yeux.

            Tout comme l’Administration de l’époque, moi petit généalogiste de l’an 2000, je  suis sûr en parcourant le recensement que j’ai rassemblé toutes mes ouailles. J’en apprends même de belles.  Sans le recensement de 1820 à Bavincourt comment pouvais-je imaginer en l’absence de tradition familiale, qu’au foyer de  Modeste LEBAS mon ancêtre  vivait une servante (-maîtresse), Victoire Rosalie FRANÇAIS, la mère de son fils? Certes, en faisant la liste des LEBAS nés dans le village, je l’aurais bien vu apparaître comme mère de Martial, d’Isidore et plus tard de Benjamin mais je n’aurais rien su de son statut dans la maison. . Grâce au recensement, les ménages officieux se dévoilent.

         Quelques mystérieuses disparitions s’expliquent soudain. Qu’était-il arrivé au couple Hyacinthe GOSSART- Flavie DELATTRE  après le recensement de 1886 ? Pas de décès à Bavincourt, ni dans les villages environnants.  Les trois enfants  se sont évanouis aussi dans la nature.  Installés quelque part certes mais où, et pourquoi ? Il faut un, ou deux coups de pouce pour venir à bout de pareille énigme. En épluchant  les actes notariés (c’est une plongée en apnée dans les grandes profondeurs) le hasard a voulu que je tombe sur un acte notarié précisant que Hyacinthe demeurait avant à Bavincourt  et maintenant à Fampoux (au Nord d’Arras). Que fait un chercheur avisé? Il file voir  illico (j’ai attendu plusieurs années en fait) dans les recensements de Fampoux et tombe sur la tribu GOSSART  (moins Émile que je retrouverai plus tard) au complet autour de Jules, curé de Fampoux : son vieux père 78 ans, maman 67 ans, une tante qui coulent des jours tranquilles dans la cure, et Eugénie, 35 ans la sœur dévouée qui joue le rôle de gouvernante (Fampoux, 1891 image 4). En 1886  son prédécesseur était François HANOT  qui vivait lui aussi en famille, avec sa mère Joséphine BRIEZ 74 ans, Palmyre HANOT 36 ans sa sœur et trois neveux et nièce de 14 à 8 ans qui portent le nom d’HANOT. Des enfants naturels de la sœur qui se réfugie chez son frère ? Encore un mystère qui se révèle  grâce  à un recensement.

                  Pour terminer,  je veux signaler une singularité  et un privilège  du Pas-de-Calais : alors qu’ailleurs, les  premiers recensements datent  de la Monarchie de Juillet,  1831, ou même 1836, en pleines transformations sociologiques ou matérielle,   ici, le premier recensement conservé date de 1820 : sa présentation est soignée, les renseignements sont précis. En particulier  sont mentionnés la date et le lieu de naissance. Ceci donne une photo précieuse des villages et des trajets individuels  certes en pleine Restauration après les bouleversements politiques du début du siècle mais en permettant de retrouver  quantité d’individus nés AVANT, sous l'Ancien Régime.  L’Histoire a été cruelle avec ce département  en y détruisant  monuments  et archives de toute sorte.  On saluera sans réserve ce petit coup de pouce.

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Vérification

 

Opportune Ste

Vérification

En dépit ou à cause du développement des numérisations et des sites de généalogie, sans cesse il faut Vérifier ce qu’on lit chez les autres –dans ces arbres tellement commodes mais qui parfois transmettent d’internaute à internaute  les mêmes erreurs, ce qu’on lit soi-même sur un acte original, ce qu’on en a compris et transcrit. Bref, à tous les stades, il faut se méfier de la précipitation, être Vigilant et ne pas céder à l’iVresse, au Vertige du foisonnement de l’information.

 

                   Le challenge AZ a d’ailleurs cette Vertu : s’obliger à faire le ménage. Explorer des sentiers  à peine tracés,  revenir sans se lasser sur un acte, prendre par un autre bout l’arbre d’un ancêtre, reconsidérer les données qu’on croyait sûres, changer de perspective. J’ai fourni moi-même plusieurs exemples involontaires de (re)découvertes, parfois en direct. Je viens d’en faire encore l’expérience toute fraîche. Je voulais écrire quelque chose sur les VOISEUX : Opportune V. est la grand-mère  de « grand-mère Mélina », mon arrière- grand-mère en fait.  Elle a un prénom propre à détourner le mauvais sort, et spécifiquement la stérilité des couples.

enfants d'Opportune V

Mission accomplie ? Pas vraiment: six enfants certes. Pourtant malgré un acharnement pathétique à procréer sans répit, les quatre premiers enfants, des garçons, survivent peu de temps. Les deux filles fonderont des familles. Peu fréquent globalement, le prénom Opportune apparaît surtout dans les Hauts de France actuels, avec de brusques sursauts de popularité au XVIIe, un regain de faveur (Opportune V. en témoigne) à la toute fin du XVIIIe et dans  le premier XIXe siècle. Le Voiseux « rural » que j’ai connu, peut-être un parent de grand-mère Lucienne était « coconnier » -un mot que Wikipédia dit caractéristique de l’Ouest mais on l’utilisait en Artois ; ailleurs on parlait de coquetiers- blouse grise d’instituteur ou d’épicier, béret  vissé sur la tête (je crois qu’il était chauve) : en le décrivant  je le vois très Roger Hanin dans « Au bon beurre » mais plus maigre.  Il passait toutes les semaines acheter le beurre  et les œufs des poules et même des pintades (une originalité par chez nous) qu’élevait  grand-mère.  VOISEUX n’est donc pas qu’un simple nom de plus pour moi. Encore un patronyme particulier : il n’existe  que dans le Pas-de-Calais et à un moindre degré en Bourgogne. Quant à son sens mes auteurs n’ont pas l’air très fixé : « voiseu », avisé  ou "viseor", habile.

                  Bilan de mes recherches: j’ai concentré mon effort sur  Opportune. À juste titre : c’est une ancêtre directe.  Le reste de sa fratrie  -6 frères et sœur- est passé au second plan, comme ses quatre oncles et tantes. Pour les retrouver, les recensements ont beaucoup aidé et plus tard Internet avec ces sites où les internautes déposent leurs arbres. Leurs informations sont bien utiles mais souvent partielles, surtout quand les fratries sont nombreuses et qu’on plonge sans bouteille, ni palme, ni tuba dans l’océan des registres paroissiaux dépourvus d’index ou de tables. On joue les Philémon dans  le naufragé du grand A.  Selon leurs intérêts propres les généanautes privilégient tel ou tel ancêtre : en superposant leurs arbres, on finit quelquefois par reconstituer la famille complète.  Aide précieuse en tout cas : elle fournit une première vue d’ensemble qu’il reste à affiner. Pour mes débuts  « à main nue », avec Antoine Jean-Michel DAUCOURT, l’ancêtre des DeAUCOURT  je fus gâté : sa femme Marie-Claire DINOIRE

 s’accoucha (on peut le dire : c’était la sage-femme du village) de onze enfants qui tous vécurent leur vie et eurent beaucoup

voiseux arbre

d’enfants. Je n’avais pas de logiciel ; je recopiais au fur et à mesure les nouveaux venus sur des post-it. La ramure de l’arbre ne cessait de s’étendre. J’avais la chance de mon côté : à Wailly, le village d’origine, ils étaient les seuls DAUCOURT. Pour me repérer dans ces registres touffus, il me suffisait de garder  comme inscrits sur ma  rétine les 8 lettres ou la fin en –COURT en tournant les bobines des microfilms.

           Ma visite de routine dans les parages des VOISEUX montre qu’il y a encore beaucoup à faire pour que chacun d’eux ait le minimum généalogique : date de naissance, du mariage, de décès. Leur fiche date de mes débuts : le chantier avait été ouvert en 2002  (mon logiciel note tout !), repris en 2014 : c’est à ce moment-là sans doute que j’ai décidé de compléter les fratries, mais  la chose était plus aisée, avec le développement des sites où les internautes déposent leurs arbres. J’ai recopié, je l’avoue. À la va-vite, « histoire » d’avoir toute la famille. Je n’ai jamais été déçu chaque fois que j’ai pris le temps de retourner à l’acte original: pas forcément parce que j’aurais débusqué des erreurs avec une joie mauvaise mais je trouvais des détails qui donnent épaisseur humaine à ces fiches d’état civil :   une signature, un témoin  connu par ailleurs, la mention d’un métier. Opportune mérite mieux que les à-peu- près que je relève : qui sont ces Germain- Augustin et Guillain -Augustin nés en 1807 ? Cette sœur qui épouse le beau-frère d’Opportune a une guirlande flottante de prénoms : Augustine, Mélanie, Catherine. Deux sœurs épousent deux frères : l’événement n’est pas rare mais mériterait plus d’attention. Quant au petit dernier, Narcisse II, « couvreur en paille « (c’est-à-dire qu’ il couvre les toits de chaume)  pourquoi l’ai-je entouré de tous ces points d’interrogation ?

Si je fais le total des travaux  à entreprendre après ces visites de chantier au fil de l'alphabet,  l'entreprise DEAUCOURT  n'est pas à la veille de fermer ses ortes ou de déposer le bilan

 

 

 

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Zéphyr

Zéphyr

 

 

Z 1880 Z drg

Fin du challenge AZ dans un dernier souffle. On atteint ces hauteurs à l’air raréfié de notre alphabet : W, X, Y, Z, lettres baroques, superbes dans leur graphisme, comme dans les mots précieux par leur rareté   auxquels elles servent d’initiales. On ne sort pas complétement indemne (un peu fort), inchangé  dirons-nous d’un marathon de 25 articles plus ou moins longs ou documentés. Il y a un pari d’écriture et de documentation. J’aurais pu évidemment me préparer pour éviter d’être chaque jour en train de me demander  sur quel sujet plancher. Mais, cette urgence a du bon – à condition d’être disponible – ou de pouvoir se rendre disponible. Bref, je suis parvenu (suis-je le seul ?) à moitié asphyxié   sur nos sommets alphabétiques quand un souffle  s’insinue dans mes poumons congestionnés, un zéphyr,  je dirai même plus une vingtaine de Zéphir, Zéphyr, Zéphirin que je découvre dans mes listes. Par exemple, ce petit (1m56) Zéphyr François DRUGY, aux yeux bleus que j’avais oublié dans l’ombre de son  frère aîné Léonard DRUGY, mythifié par la famille  pour sa mort précoce sous les coups d’un  voisin abruti.   Zé-F sort caporal de son service militaire ; il effectue ses périodes de réserviste dans une section d’ouvriers et de commis militaires : dans quelle activité précisément quand on sait qu’il est cultivateur ?

X marquette lille

À 28 ans, il se marie en 1889 avec une fille de Bailleulmont, Mélina Dégez, de 26 ans. À Bailleulmont, il vit avec sa femme, sa belle-mère (veuve) et une belle-sœur. On ne voit pas d’enfant au foyer. Il meurt  le 14 février 1896 à  Marquette-lez-Lille selon son dossier militaire, ce que  confirme le registre de Bailleulmont. Il y habitait rue d’Ypres, -

 

avec ou sans sa femme ? Il n’avait que 35 ans. Un parcours singulier. Il mérite certainement plus que cet examen à la va- vite, en coup de vent, pauvre Zéphyr ! Suite au prochain numéro ?

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YEUX

T'as d'beaux yeux tu sais!

 

T'as d'beaux yeux tu sais!

Y yeux

Yeux Lucien lcq

 Leur couleur. Comment la connaître, sans photo-couleur,  autochrome et même  en noir et blanc – les yeux bleus  si reconnaissables par leur pâleur ? Élémentaire  Watson, si du moins c’est un homme dont les dossiers- matricules ont été conservés. Jusqu’à il y a peu, c’étaient des pièces méconnues des généalogistes, et pourtant d’une richesse incroyable. Mais y accéder relevait du parcours… du combattant (oui,  facile…). La  filiation, la carrière, les différentes adresses de l’intéressé sont décrites avec précision et en tout premier lieu son signalement, son instruction, sa taille (dépassant rarement le mètre 70). Ce sont des mots bien sûr, dont l’utilisation est laissée à l’appréciation du rédacteur (même la taille, passant allègrement parfois d’1m55 à 1m70, comme l’y invite naïvement une rubrique « taille rectifiée ». Des mots qui offrent matière à imaginer.

                Yeux bleus, gris, châtains, et même roux. Pas beaucoup d’yeux noirs : mes recherches concernent  une population de gens du Nord en majorité. Yeux bleus du zouave Lucien LECLERCQ, l’arrière-grand-père que j’évoque régulièrement ici. Il a fait la campagne du Tonkin, y a gagné une médaille que j’ai longtemps vue, accrochée sur un mur de la cuisine chez grand-mère Lucienne sa fille. Il s’est fait photographier en tenue coloniale blanche des zouaves (il était avec un copain que j’ai effacé de la photo) ; pour la couleur locale un jeune tonkinois joue les serviteurs qui remplit généreusement leur verre. Exotisme et succès assurés lorsqu’ au pays la famille reçoit un tel cliché.  Yeux bleus de

poisson mat-SIGNALMarcel POISSON, l’enfant de l’Assistance mort en 1915 aux Éparges : Lucien et sa femme l’avaient élevé comme

 

YY anquetil

leur fils, ont même bataillé pour que son nom soit inscrit sur le Monument aux morts de Bavincourt, le village où le petit parisien qui se croyait maltraité par sa famille d’accueil avait passé toute sa jeunesse. J’ai eu longtemps dans l’esprit, avant qu’il ne s’efface de mon souvenir- l’agrandissement pâli, sali qui s’affichait au-dessus de la porte de la cuisine de chez grand-mère : une sorte d’Anquetil jeune.   Yeux bleus encore du breton de la famille, grand-père François JEGOUIC .

              Yeux roux de Paul Émile Joseph GOSSART.  Roux, des yeux ? Bizarre. En fait, c’est une chance qu’on le sache car normalement les fiches des dispensés (enseignants et ecclésiastiques) n’étaient pas remplies. Cousin-germain de NOTRE professeur de faculté Émile GOSSART et de son frère Jules le curé, Paul-Émile a mené jusqu’au bout sa carrière d’instituteur mais s’est empressé, la retraite venue, d’enfiler  bottes et bourgeron du « cultivateur » comme il tient à se faire recenser, de se bâtir  une ferme pour cultiver lui-même les terres dont il avait hérité. Une originalité à rebours de la tendance générale: la couleur de ses yeux ?

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XAVERINE

XAVÉRINE

                         Ailleurs, ce serait Xavière (on aura peut-être en tête l’auteur de rapports nuls chèrement payés). Par chi  c'est le féminin de Xavier ou de Fraançois-Xavier. Ça m’a l’air d’une évidence. Pas pour certains sites spécialisés dans les prénoms auprès des futures mamans: ils  y voient un dérivé du basque Etcheverry ou  de Franci (les francs) !  À mon tableau de chasse, j’en ai cinq,  nées dans l’Artois, en l’an III, l’an V (2 fois), une attardée née en 1832 –fille d’une des précédentes et une autre enfin qui vagabonde sur le fil du temps. Le hasard ? Pas vraiment : c’est dans l’Ouest de l’Île de France et du côté d’Arras que le prénom est le plus populaire – ou le moins rare. On ne va pas s’étonner qu’il ait été donné  seulement 19 fois depuis 1946 : il a toujours été rarissime. L’héroïne du jour, c’est Xavérine Charlotte GOSSART née le 1er Prairial de l’an V à la Herlière (à gauche sur le  grand chemin Arras-Doullens-Amiens à la hauteur de l’embranchement de droite vers Bavincourt). Sa mère Marie Aldegonde est originaire de Bailleulmont (à côté) ; son père Charles Antoine GOSSART est de Saulty (à côté aussi) ; en faisant un peu de ménage, je le relie à toute ma lignée de GOSSART. Ils ont trois filles Caroline, Catherine, Xavérine. (accessoirement prénommée aussi Charlotte). Xavérine épouse Éloi GORRIEZ berger fils  et petit-fils de berger et le suit à Bavincourt : il suffit de  traverser le grand Chemin et de s’enfoncer dans les bois pendant une demie-lieue. Ils s’installent rue des maillets, dans la partie pentue qui dévale  jusqu’à la voie d’Arras : la maison a ensuite toujours été occupée par notre  famille. Installation  sous d’heureux auspices: 8 enfants  en 13 ans  et  une dernière naissance, certainement imprévue, 7 ans après, à 42 ans : une belle  guirlande pittoresque de prénoms féminins – juste trois garçons, dont un Léon Hilarion  qui n’a résisté que deux mois au poids de ses prénoms. Parmi elles, Éléonore Aldegonde qui va épouser Martial, le grand-père de ma mémé Mélina. Et bien sûr l’autre Xavérine, Éléontine qui traverse tout le siècle et au-delà, mariée à un marchand chaudronnier d’Avesnes-le-Comte, dans sa minuscule maison de la rue des Maillets, tel est toujours son nom.

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Waouh! Walburge?

Waouh ! Walburge ?

 

            

walburge St Pierre de munich reliquaireQue ceux qui connaissaient l’existence de ce prénom ou qui en ont déjà rencontré une (c’est féminin) lèvent le doigt! Personnellement, j’ai fait coup double : Walburge GOTTRAN (1671-1747) épouse de David DACHEUX, Walburge LANTOINE (1681-1754) mariée à Pierre BRASSART. Elles sont contemporaines, elles ont toutes les deux vécu à Bavincourt, Artois. Elles devaient se rencontrer, à l’église, au lavoir, au détour d’un chemin, au puits : elles échangeaient quelques mots ou partaient en de longs conciliabules en patois (en picard, pardon) petite coiffe sur la tête…Je viens même d’en

walburg tapiss 1460traverse la mer du Nord avec 5 compagnes

retrouver  une troisième, Walburg Gottrant, toujours de Bavincourt, mariée à Nicolas CAUWET. Je connais ses parents, une kyrielle de cousins ; je peux la situer  relativement à d’autres mais impossible de l’accrocher à une date précise ni d’affirmer si elle est liée ou non à la première.

              Les sites spécialisés disent tout de la vie semi-fictive de Walburg(e) princesse saxonne qui quitte l’Angleterre à l’appel de St Boniface pour évangéliser les Saxons du continent. Avec cinq compagnes, elles traversent la mer du Nord : une tapisserie de la

walburge géograf

Renaissance raconte l’épisode. Ses reliques se retrouvent un peu partout : à St Pierre de Munich, à Liège où un quartier porte son nom, à Furnes, à Bruges. Des églises lui sont consacrées en Alsace, en Flandre française. La popularité de ce prénom aux consonances si peu picardes a toujours été mince, particulièrement en Artois, mais avec des sursauts réguliers qui surprennent.

                 Dans les deux cas rencontrés, comme d’habitude, impossible de trouver une explication à ce choix original: la troisième, est-elle parente de l’une ou l’autre? une marraine peut-être ? Mais les actes de baptême sont hors de portée. Difficile de reconstituer l’entourage faute de registres antérieurs à 1737.Heureusement les bombardements  de 14-18 ont épargné les archives de certaines études d’Avesnes–Le-Comte, le futur chef-lieu de canton où dès le XVIIIè siècle, les paysans de Bavincourt allaient régler leurs affaires, plutôt qu’à Arras.

                       Le samedi 22 juillet 1747 (jour de marché peut-être à Avesnes-le-Comte) une partie de Bavincourt  a fait le déplacement : Walburge LANTOINE  veuve de Pierre BRASSART  accompagnée de son beau-frère François BRASSART et de ses enfants Louis, Simon, Marie Jeanne, et Anne Joseph   sont chez leur notaire.  Sont également de la partie le cabaretier Pierre DERUY accompagné de son frère Nicolas,  sa femme Marie-Madeleine COCQUEL  et leur fille Marie Jeanne DERUY. On va dresser un contrat de mariage concernant Simon BRASSART et Marie-Jeanne DERUY mais auparavant, il s’agit de faire un arrangement chez les BRASSART : maintenant que l’aîné se marie, on va clarifier une situation restée en suspens depuis  le décès du père 6 ans auparavant en 1741. Les garçons et les filles renoncent entièrement à leur part d’héritage (maison et autres bâtiments, biens meubles) au profit de leur mère. Ainsi maman Walburge peut se considérer à l’abri du besoin, des humeurs de ses futures belles-filles ou de ses gendres.

lantoine Walburge arbre

Ce genre d’acte est un régal pour le généalogiste : une véritable photo de famille avec tous les noms, sans les visages malheureusement mais à quoi sert l’inverse, ces magnifiques photos de mariage qui rassemblent les deux clans sans qu’on puisse mettre un nom sur quel que visage que ce soit ? Rendons ici hommage à l’équipe de bénévoles qui m’ont permis de trouver  si facilement ce document : Jean-Claude Hérent qui a patiemment photographié une par une des centaines de pages (recto-verso), Daniel Morand qui les a déchiffrées et transcrites (et les  écritures de notaire sont aussi lisibles que celles des médecins) et l’Association Généalogique du Pas-de-Calais qui a édité tout ce travail (AGP AD du P-de-C 4E33 1735-1756 N°83,84)

                Comme tous les rats de bibliothèque qui fouinent pendant des jours dans les cartons verts des archives, j’ai parfaitement conscience du service inestimable qui est ainsi rendu car  pour l’autre Walburge, si j’ai aussi le même genre de document, c’est à la chance que je le dois  ou du moins à un patient, fastidieux dépouillement de liasses. Fastidieux ? Oui si on s’est donné un but précis : autant chercher une aiguille dans une botte de foin, sans être sûr d’ailleurs que l’aiguille existe. Gratifiant  en réalité -si l’on n’est pas pressé : on butine, on fait son miel, on tombe sur des raretés,  on compte sur le hasard  (mais avec un œil de buse) qui vous fait trouver ce que vous ne cherchiez pas  (la fameuse sé-ren-di-pi-té), on engrange (au cas où…). Un jour d’avril 2010, campagne de fouille organisée aux Archives départementales d’Arras, centre Mahaut d’Artois. La batterie du Lumix est rechargée. Installé près des larges baies je profite de la lumière du jour. Il faut rentabiliser la journée. Je parcours les  grands feuillets, la pupille dilatée sur quelques noms dont j’ai la liste devant moi : GOTTRAN, LANTOINE, LECLERCQ, LEBAS etc. Regard de lynx : repérer,  photographier, tourner la page, passer à un autre acte…. Retour à la maison, légender, classer,  déchiffrer et transcrire au fur et à mesure… lassitude.  

wal dach c-001

Déchiffrer ? Décrypter plutôt: Walburg  Gottran m’a donné du fil à retordre. Elle n’est pas le personnage central, seulement la sœur de la mariée.  Mais avec ce contrat du 20 juillet 1690 qui court sur 10 pages,  je tiens ma récompense : les Lantoine et les Leroy  au grand complet : sœurs, beaux-frères,  frères, belles- sœurs, parents, une description détaillée de la dot (en avance d’hoirie) : boitelées, mesures, razières de bled s’accumulent ;  de l’autre côté inventaire  modeste d’un atelier de charpentier, et le détail des frais de banquet de noces et autres. On prévoit même les dispositions pour des funérailles éventuelles (AD 62 4E32-6 20 juillet 1690)!

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Ursmer? vous avez dit Ursmer?

Ursmer ?

                                Ç ‘aurait pu être Urbain, Ursule, Uranie mais avec Ursmet j’ai tiré le gros lot : j’ai un Ursmet GERVAIS, en un exemplaire. Un hapax comme on dit. Il a vécu à Houdain, près de Béthune toute sa vie, du 9 mars 1777 au 16 mai 1847. Les secrétaires de mairie successifs, et déjà  le clerc de 1777 ont hésité: Ursmer, Usmer,  Ursmet, Ursmetz. Il savait écrire pourtant et pouvait donc épeler l’incongruité de son prénom. Même Google en a perdu de son assurance : il suggère des séquences   désopilantes du genre « X… avec ses sœurs met… ». Ils ne sont que 11 en France selon Généanet, tous concentrés du côté de Bruay. C’est bien la première fois que je rencontre cet animal. La première raison, c’est que Saint Ursmer a exercé ses talents sur un territoire très circonscrit qui correspond à peu près à la Belgique actuelle : Hainaut belge et français, Brabant flamand, Flandre orientale. C’était un évangélisateur du VIIe siècle, de ces temps mérovingiens dont Augustin Thierry fit le récit. Binche (célèbre pour ses Gilles du carnaval, aucun rapport comme je le croyais encore tout à l’heure avec la Bintje, cette fameuse patate à frites) conserve  ses reliques dans la collégiale St Ursmer. Il est né à Avesnes-sur-Helpe, en Thiérache, mais on peut s’étonner qu’il jouisse d’une audience –très confidentielle-  du côté de Bruay, en Artois. Le curieux de l’histoire, c’est que mon Ursmet a son double parfait,  ou un homonyme, Ursmer GERVAIS né le 25 août 1724 dans le Hainaut, à Trivières  près de La Louvières. Ils n’ont que je sache, aucun rapport de parenté mais au moins ses parents (Jean et Marie Agnès) pouvaient sans verser dans l’insolite décider  de le mettre sous la protection de ce saint auquel plusieurs églises de la région sont dédiées.

         J’ai eu beau chercher dans l’entourage de mon artésien,  je ne trouve rien qui ait pu expliquer la singularité du choix de François GERVET (c’est une des orthographes rencontrées) « peintre » (artiste peintre ? douteux) et de sa femme Justine GUILLIOT. Aucun prénom recherché. Le parrain est un Valentin Delautre fils de Martin berger de son état, la marraine une Félicité, fille de Noël  DESPREZ « joueur de violon ». Un original peut-être, celui-là ? Un paysan comme les autres avec un petit talent de violoneux qu’on appelle pour les noces et les bals.  Pressé d’étoffer  la fiche de mon « hapax »,  j’amorce des recherches express d’où il ressort que Ursmet a transmis son prénom, non pas à son premier-né (Charles- Norbert) mais au cadet -après trois filles- Jean-Baptiste Ursmet Joseph (1822-1912) qui est déclaré « briseur de grès » à son décès: à 89 ans casser des cailloux ? Même activité énigmatique pour un de ses fils, Alphonse à son mariage en 1883 – en 1911, le voilà charcutier…

 

 

    Mais où sont les autres Ursmet ? Et c’est alors qu’une sorte de miracle se produit, au moment même de rédiger ce texte : miracle si l’on veut, plutôt effet de mon étourderie. Le nez sur ces Ursmet Gervais, je ne me suis pas aperçu que j’avais déjà  en magasin d’autres Gervais, les descendants en fait qu’il a suffi de raccrocher  à leur arrière- grand-père. Beau désordre,  Watson ! Et comment se prénomment   ces petits jeunes ? Usmée et Usmar !  Et non Ursmée ou Ursmar,  un R de différence qui les a fait échapper à  mon listing « uRs- ». C’est vraiment ballot.  L’art de s’étonner soi-même en maniant la technique  comme un pied nickelé ! Sur la tête de  son premier né (1884-1920) Alphonse accumule tous les prénoms familiaux, le sien, celui de son père et donc du grand-père (plus ou moins bien compris) : Usmée, Alphonse, Jean-Baptiste, Joseph (1884-1920).  Le second  (ou le deuxième)   Usmar, Ovide, Alphonse, Joseph (1886-) bénéficie d’une variante plus authentique du fameux prénom.  Dans cet embrouillamini je comprends enfin pourquoi ces GERVAIS étaient dans mon fichier: à cause du dernier,  Usmar Ovide : il avait croisé  le chemin  d’un(e) de ces CHEMINEL toujours en vadrouille d’une génération à l’autre à travers les villages de l’Artois et qui au milieu du XIXe siècle firent leur entrée dans ma famille paternelle. Je me demande quel effet  leur faisait à tous ces U(r)smer & Cie la transmission  d’un nom de baptême aussi exotique din nou région. En tout cas ils tenaient à se transmettre scrupuleusement ce patrimoine, tel un titre de noblesse.

     

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Turlure

Turlure

                       

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Je suis dans les transes, -enfin  turlupiné, un peu, quand même. J’aurai dû rendre ma copie hier matin mais  j’étais déjà très en retard pour le S, et là pour T, je n’ai rien. Façon mauvais élève qui s’enfonce à (se) chercher des excuses : pourtant j’avais  tout prévu.  Dans mes listes j’étais tombé sur une Jeanne TURLURE, seule de son nom,  qui paraissait faire l’affaire.

   Déjà, les  sonorités m’amusaient (j’en demande pardon aux porteurs d’aujourd’hui), et j’avais en tête Toussaint Turelure, ce personnage du Pain dur de Claudel, novice défroqué, ex sans-culotte devenu « Pair de France, Maréchal Comte de Coûfontaine, Président du Conseil des Ministres » comme il se définit.  Mis au pied du mur, je m’aperçois que ma TURLURE est hors de portée : elle apparaît en arrière-plan d’un contrat de mariage de 1648, un de ceux qu’Adolphe Béthancourt avait relevés au XIXe siècle, et qui permettent de suppléer  en partie la disparition des originaux dans les bombardements.

       Contrat du 18 juin 1648 N°92 Antoine Gottran veuf de feue Jeanne Turlure, assisté de Théodore Gottran son frère, Michelle Goudmand fille à marier de feu Marin (Martin ?) et d’Antoinette Caudron de chimencourt, assistée de Marc Voiturier époux de Florence Goudmand et Jean Gossart époux de Marie Goudmand ses sœurs (2J9 /121v)

   Bref, mea culpa. « Turlure » n’était pas le bon choix.  Il y a même tromperie sur la marchandise. Je me suis laissé séduire par les sonorités amusantes du mot qui désigne une ritournelle devenue agaçante, mais aussi l’instrument qui la joue – la cornemuse et par extension le joueur lui-même, avec quelques allusions  grivoises J’ai trop misé sur les ressources de la Toile. Munitions plutôt insuffisantes pour affronter une période pauvre en données généalogiques lorsque l’objet de l’enquête n’est ni noble, ni bourgeois, et de surcroît installé  sur les futurs champs de bataille de l’Histoire.

  

 

 

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un SIMEON peut en cacher un autre

Siméon

Un Siméon peut en cacher un autre

                           On va parler de Siméon DRUGY l’arrière-grand-père paternel de mon père. Siméon I, car  il y a eu aussi, mais je l’ai longtemps ignoré,  un Siméon II. 4 Siméon seulement dans toute ma base de données, ces deux-là et deux OGNI, « objets généalogiques non identifiés » (je ne sais  plus pourquoi  ils sont là !).

             Simon, Siméon sa forme originelle, Shimon en hébreu : prénom biblique s’il en est. La Toile me dit qu’actuellement Simon est vingt fois plus attribué que Siméon. C’était déjà le cas au XIXe d’après mes fichiers. Il existe un St Siméon catholique, cousin du Christ : quelques communes en France  lui sont vouées. Mais Siméon relève surtout  de la tradition byzantine et orthodoxe.  Le plus connu, Siméon le Stylite, avait dès ses 11 ans la manie de s’installer en haut d’une colonne pour bavarder avec son Dieu. On connaît un Siméon Ier tout puissant tzar de l’empire bulgare, quasi contemporain de Charlemagne. Presque 2000 ans plus tard, en 1943, un Siméon II  devient roi de Bulgarie à 6 ans,  revient cinquante ans après comme premier ministre (2001-2005) d’une Bulgarie qui a cessé d’être une démocratie populaire.

                      Le choix par des paysans d’un prénom aussi rare et particulier laisse toujours perplexe, quand on sait le poids de la tradition et des rites  en la matière, même au XIXe alors que se répand un certain désir  d’innover, de casser les codes au nom de l’individualisme.

                     Rapide coup d’œil sur mes OGNI. Salomon Siméon FROMENT est né en 1826 à La Vicogne (Somme). Je suppose que c’est à son nom  qu’il doit de  figurer dans mes listes: je récolte tous les FROMENT du sud de l’Artois,  avec l’espoir de trouver un jour l’acte ou l’individu qui reliera quelques branches de ces FROMENT. C’est le petit-fils d’un Victor FROMENT (1752-1841) meunier à Havernas dans la Somme.  Pourquoi cette redondance de prénoms juifs – ou peut-être protestants ?  Énigme. Il a une petite sœur Ernestine Zénaïde,  une cousine Sophronie.  C’est, dirais-je, l’effet Thénardier – je pense à leurs deux chipies de filles élevées comme des princesses Éponine et Azelma.  Jusqu’au fond des campagnes,   la littérature de colportage a diffusé ses prénoms romanesques et décalés à la façon dont  les séries américaines servent de répertoire pour prénommer les enfants d’aujourd’hui. Pour d’autres cousins, on a puisé dans le  stock plus attendu des prénoms des oncles et tantes : Thérèse, François, Jean-Baptiste, avec quelques écarts comme Victor ou Célestine.

Siméon Carpentier (1840- 1869), fils et petit-fils de cordonnier aux alentours de Ficheux dans la campagne arrageoise. Il porte un prénom  en harmonie avec ceux, juste un peu rares,  du reste de la famille: Boniface et Séraphine pour ses parents qui baptisent leurs deux autres enfants Célina et Benjamin.

 Et voici l’arrière-grand-père de mon père, mon point de départ : Siméon DRUGY  (Foncquevillers 1830- Bavincourt 1920). Apparemment le prénom connaît une petite popularité  dans les premières années de la monarchie de Juillet. Pierre Augustin son père (pluviôse an IV- octobre 1872), tisserand, puis dans ses vieux jours chiffonnier, a été militaire : maréchal des logis dans les cuirassiers du régiment de Condé. Il a 4 frères et sœurs,  2 en réalité : le premier et la dernière sont morts en bas âge. Restent Élizabeth-Mélanie, Siméon et Nazaire  communément appelé Joseph. Pour les deux garçons, le ménage a, dirait-on, voulu un peu d’originalité: Saint Nazaire n’est guère connu  en France que pour avoir donné son nom la industrielle ville qui n’était à l’époque qu’un bourg, mais, surtout, localement à  Ablain-Saint-Nazaire, un village réduit en miettes pendant la première guerre mondiale. Pour son malheur, il était au pied de la crête de Lorette dont les belligérants voulaient s’assurer la possession pour dominer le bassin minier d’un côté, la plaine d’Arras de l’autre. Nazaire (né en 1831)  est faiseur de bas ; sa femme aussi et toute la belle famille. À un moment il sera cantonnier. L’acte officiel de son mariage ignore totalement son nom de baptême et ne connaît que  Joseph. Mais  qu’y comprendre : l’intéressé signe Nazaire DRUGY pour approuver une correction !

        Siméon son frère, faiseur de bas aussi puis, moissonneur, journalier,  apparaît toujours officiellement avec son prénom  originel. De son mariage avec DERSIGNY Fortunée Victoire (on a accumulé sur sa tête tous les signes de chance) naissent Sidonie Henriette (1857), Zéphyr François (1860) et un de mes arrière-grands-pères paternels. J’ai toujours entendu parler du couple que Léonard DRUGY   (mort en 1916) formait avec Marie-Blanche FROMENT (morte en 1922), mariés tard (à 35 ans pour lui, 37 ans pour elle) et disparus trop tôt. Ce Léonard ne pouvait qu’être le fils de Siméon, comme le révèle  le recensement de 1856 : le ménage DRUGY –DERSIGNY n’a qu’un enfant  Léonard 9 mois. Mais aucune trace de Léonard à l’état-civil, seulement un Jonas Siméon, le premier-né  auquel selon une vieille tradition le père transmet son nom. C’est seulement le Contrat de mariage du 12 novembre 1890 qui me fournira la preuve irréfutable : Jonas Siméon dit Léonard DRUGY.  Accessible beaucoup plus tard, son dossier militaire confirme une semi- officialisation « Jonas Siméon dit Léonard ». À peine l’avait-on baptisé  et dûment déclaré comme Jonas Siméon, qu’on s’empressait d’oublier ce fardeau (en outre peu pratique dans la vie quotidienne) pour choisir Léonard, prénom d’usage et de cœur. Le cas n’est pas rare, et s’explique entre autres par le désir de lever toute équivoque dans la parole quotidienne alors que le même prénom désignait des générations différentes souvent regroupées sous le même toit: Siméon I avait ainsi finit ses jours chez son fils Siméon II Jonas. Nous n'avons que rarement la preuve de cet usage  et c’est ainsi que nous fiant aux écrits,  nous affublons certains de nos ancêtres de prénoms qu’ils n’ont jamais portés! Mais la même interrogation demeure, redoublée ici. Primo : pourquoi  en avoir rajouté dans  la singularité avec ce Jonas rarissime à l’époque ?  Secundo : d’où sort ce prénom choisi de Léonard ?     

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