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24 juin 2017

U comme UNIVERSITAIRES 24 juin 2017

U comme UNIVERSITAIRES samedi 24 juin

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 La plupart de mes ancêtres étant des ruraux pauvres, ma base de données recèle peu d’universitaires. Tous se rattachent peu ou prou au seul de ma famille propre à avoir fait un carrière d’universitaire, Émile François  Eugène GOSSART (1849-1909)  dont j’ai raconté l’histoire à la lettre G. Il est le fils de  cultivateurs petits propriétaires qui ont le souci de favoriser les talents de leurs deux garçons pour les études : le cadet est curé, l’aîné, Émile, outre ses qualités intrinsèques a la chance de tomber dans une phase du Second Empire marquée, sous l’impulsion de Victor Duruy, le  tout puissant ministre de l’Instruction publique, par le souci de promouvoir de nouvelles élites, de développer les sciences  et l’enseignement sous toutes ses formes. Je n’ai pas réussi à sortir de l’ombre tous les moments de sa formation et certaines périodes restent mystérieuses.  Par exemple quel notable influent a bien pu lui mettre le pied à l’étrier  et l’inscrire, lui le petit paysan de Bavincourt,  à Paris et au lycée Louis-le-Grand, une véritable écurie (déjà) d’entraînement aux Concours ? C’est pourtant comme élève de cet établissement qu’il obtient en 1865 le second prix en version grecque et en mathématiques au Concours général de Seconde (qui ne concerne alors que  les lycées de l’ancienne Seine).  Il effectue un cursus universitaire classique certes mais toujours un peu en marge de celui que suivent  les favorisés du système, les enfants de la bourgeoisie parisienne : Normale Sup, les Lettres  ou le Droit.  Il s’investit dans la physique appliquée, matière novatrice, à l’abri des pesanteurs sociologiques,  liée à l’industrie et donc   susceptible d’assurer des revenus complémentaires. Il obtient son agrégation en 1881 (6ème sur 9) tout en étant déjà enseignant. À Caen  où il est nommé en 1886, il s’arrange pour travailler à la Faculté des sciences  et pouvoir ainsi mener à bien les expériences qui lui permettent  d’obtenir sa thèse  en 1889. Il lui faut ensuite patienter avant d’être maître de conférences sur place à Caen (1894) puis à Bordeaux (1895).

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C’est seulement en 1900, à 50 ans, qu’il devient professeur titulaire. Il n’en profite que neuf ans puis qu’il meurt en 1909.  Une carrière honorable mais sans éclat : même dans sa spécialité il a dû ferrailler pour défendre son département contre les ambitions de jeunes loups venus de Paris et mieux en cour. Faute de moyens, il lui faut renoncer à la recherche pure et se consacrer (non sans succès) à la vulgarisation des applications de l’électricité.

    Je ne sais pas si son mariage, à Avignon en 1884, quand il est jeune agrégé, lui apporte l’aisance financière; elle lui donne une assise sociale certaine. Son beau-père, Jean-François CERQUAND (Épinal 1816-Avignon 1888) désormais en retraite est en effet l’ancien inspecteur d’académie d’Avignon : par sa place dans la hiérarchie administrative comme par ses activités culturelles multiples au long de sa carrière, il s’est créé  à travers la France un réseau dans la bonne société de province, sans doute pas la plus riche  en tout cas la plus cultivée. Impossible d’énumérer les postes qu’il a occupé : c’est un véritable tour de France. Il est d’une autre génération bien sûr mais il n’est pas le premier à faire du  savoir un métier : oncle cordonnier, grand-père boulanger mais père instituteur en ville, à Épinal.  Lui-même tâte de l’enseignement secondaire dans la région, soutient à Strasbourg en 1853 une thèse de littérature grecque  de l’hospitalité grecque aux temps héroïques, obtient un poste de censeur  mais y renonce, préférant  -selon son propre aveu-un poste beaucoup moins envahissant d’inspecteur d’académie, qui lui permet de se livrer à des recherches personnelles. Sa carrière donne le tournis:

       censeur à St Etienne, inspecteur d’académie à Mâcon.1866  Perpignan.1868 Nice.1872 Amiens, Pau. 1876 Bordeaux,       Avignon. Retraite en 1878

U --Ceerqd basque

En vrac, je donne un aperçu de ses œuvres, érudition et poésies mêlées, avec cette inclination bien dans l’air de son époque pour la mythologie et le folklore

poésies: Harpies 1861, Sirènes 1862, Charités 1863

-1873  Ulysse et Circé   - 1876 Légendes et récits populaires du pays basque Pau . En1875 ,76,78, et 82 publications de contes recensés par les instituteurs de Sioule et de Basse-Navarre traduction et version en basque in Bulletin de la soc des sciences, lettres  et arts de Pau .1889 Mythologie celtique. 1882 reconstitue l'Académie du Vaucluse à Avignon

 Dès 1890 la revue de Gascogne émet des réserves sur la façon dont les contes ont été recueillis et traduits ou plutôt adaptés .Les critiques actuels sont moins négatifs : malgré un amateurisme certain, l’action de Cerquand et de es informateurs a permis de diffuser et surtout de conserver la trace d’une littérature orale aujourd’hui éteinte

U--Gossart émile livres-

U- goss 1939 andr-mar

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        Émile GOSSART est devenu un universitaire installé. Sa recherche piétine mais il rencontre le succès avec sa Grammaire de l’électricien. Il aime intervenir dans les sociétés savantes de la région sur les sujets les plus variés. Comme tout milieu professionnel le milieu universitaire  a tendance à l’endogamie. La reproduction – physiologique ou sociologique comme on veut- joue à plein. Avec qui marie-t-il sa fille aînée Jeanne? avec le fils d’un collègue : Pierre WALTZ, futur helléniste à la faculté de Clermont-Ferrand, fils  d’Adolphe WALTZ, professeur de littérature ancienne à Bordeaux  (un passionnant modèle lui aussi de méritocratie républicaine) dont l’autre fils René  occupera une chaire de littérature latine à Lyon. Quant au fils, André GOSSART qui fait d’emblée partie du sérail, le déroulement de sa carrière depuis ses études jusqu’à sa retraite est un catalogue quasi exhaustif  des différents rouages de l’Université. Khâgne à Louis le Grand, agrégation de grammaire, tournée de toutes les affectations possibles de la 6ème au Havre  à la khâgne de Janson de Sailly en passant par l’Algérie, l’Indochine et Le Caire, l’inspection d’Académie de Paris, l’inspection générale. Ne manquait qu’un ministère.  Et parce qu’il n’était pas qu’un administratif, il a aussi livré quelques ouvrages scolaires sur le moyen-âge, retombées d’une vocation inaboutie de médiéviste. Le grand-père Cerquand  au centuple.  

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23 juin 2017

T comme Turgy et son curé

comme TURGY et son curé      23 juin2017

 

   

T- Turgy église

Turgy près de Chaource. C’est un village pour une fois  et non un

T- turgy cassini

patronyme. Il a pour moi  surgi d’une rencontre de hasard comme je les aime. Je connais un peu cette région près de Chaource car des amis ont une maison de campagne dans un village  voisin, Vanlay. Or il se trouve que les zigzags d’une recherche sur la famille d’Henri CHANTAVOINE, poète et critique oublié de la fin du 19é siècle,  m’ont mené à Mussy-sur-Seine et de là à Turgy.  Un village qui n’a jamais été bien grand : 184 habitants en 1793,  réduits en 2014 à 45. Des fermes dispersées un peu au hasard dirait-on, et une église qui veille  à l’ancienne sur les plus vieilles tombes de ses morts.

    Dans ce charmant cimetière de campagne, écrasé de soleil lors de ma visite, quel coup de veine si j’avais trouvé  la tombe de Bazile Ménétrier  mais il était mort sous la Restauration et de toute façon, c’est à Chesley qu’il est décédé et donc enterré. Alors Bazile Ménétrier  et Turgy? Je m’occupe de la famille Ménétrier depuis un certain temps.   Ils sont implantés de longue date à Mussy-L’Évêque (le nom de Mussy-sur-Seine sous l’Ancien Régime), comme vignerons et plus récemment marchands tanneurs. Bazile est entré une première fois dans mon champ de vision comme témoin au mariage de sa nièce  Madeleine le 10 fructidor an VI à Mussy. Il était dit propriétaire à Turgy. Deuxième apparition : lors du mariage d’un frère, Louis le 27 janvier 1777; ce fut difficile de dénicher le lieu de l’événement car c’était dans la paroisse de la mariée, pas très loin de Mussy mais en Côte-d’Or, à Belan-sur-Ource.

 

 Bazile est alors diacre, voué à la prêtrise donc. Ce ne serait pas le seul de la famille.  On signale  en 1830 un Sébastien Ménétrier curé de Beauvoir  à 80 ans.  Une parente, Marceline Ménétrier décédée en 1814 à 87 ans avait fondé à Lagny une succursale de la communauté des dames de St Maur. Aurait-il entre temps renoncé à la carrière ecclésiastique ? Oui et non. Oui mais après en avoir tâté car j’ai bien sûr filé à Turgy, dont j’ai épluché les registres. La première tranche se termine  fin 1792 ; les derniers actes sont signés du maire Maugard mais  surprise: jusqu’au 24 septembre 1792, c’est la signature de MÉNÉTRIER curé de Turgy  qui orne toutes les pages antérieures

T- curé 18è

 

 : il y a de fortes présomptions pour qu’il s’agisse de Bazile. On remonte, on remonte le temps et sa première signature  date du 14 octobre 1778 (vue 143), après quelques mois de flottement à la suite du décès de ROGER, le curé précédent disparu le 4 mai 1778 à vingt-huit ans. Pendant 14 ans il a officié  à Turgy, occupé la cure (d'un rapport certainement mince) et tenu (fort bien) les registres. Je pense reconnaître son écriture tout au long et même ensuite, lors qu’il passe le relais à un officier d’état civil. Pour son dernier acte, il laisse déborder  son zèle opportuniste ou son enthousiasme réel à l’égard des idées nouvelles  Lan mille sept cent quatre-vingt-douze le quatrième de la Liberté. Il s'est calmé à l'acte suivant et  opte pour une dénomination plus officielle Lan premier de la république française.  

T- 1799 Mtr B sign maire

Dans le volume suivant, la signature refait vite son apparition, et parée d’un nouveau titre MÉNÉTRIER maire ou MÉNÉTRIER tout simplement jusqu’en 1808 (image 40). L’événement majeur, on l’a rencontré dès les premières pages, vues 7-8 : Bazile a pris femme.

    AD Aube Turgy  M 1793-1860 vues 7-8      aujourd'hui 12 ventôse l'an deux de la république française 5 h du soir  par devant Louis Villain

             -Bazile Ménétrier 42ans propriétaire demeurant en cette commune fils de + Nicolas Ménétrier marchand tanneur et de Marie Briois       son épouse demeurant à Mussy sur Seine Aube   - Edmée Regnard 29ansdemeurant à Turgy fille de Matthieu Regnard laboureur demeurant  à Grimaud, Yonne et de Marie Godot son épouse    -assistés de Pierre Bourguignat notaire à Chaource 41ans, Germain Dehuitmendre? chirurgien à Vanlay 37a, Nicolas Maugard maire de cette commune 36ans amis des futurs, Edme Gaudat ancien officier de dragons 67ans demeurant à Grimaud Yonne oncle maternel de la Mariée, Joseph Mujnet? secrétaire de la municipalité de Mussy 45ans.  acte de Naissance de Basile Ménétrier né le 7 février 1753 à Mussy de Nicolas Ménétrier et Marie Briois; acte de Naissance de Edmée Regnard née le 22 mars 1765 des parents susnommés[...]

        Prêtre défroqué. Il y avait d’abord eu l’épreuve déterminante -ou l’étape  transitoire-  de la prestation de serment à la Constitution civile du clergé. Dans le canton de Chaource, il semble que les prêtres assermentés aient été nombreux et MÉNÉTRIER  fut de ceux-là. Curé jureur. Certains à la vocation défaillante allèrent plus loin et profitèrent  de l’état d’esprit nouveau pour jeter leur soutane par-dessus les moulins. Bazile fut encore de ceux-là. Il se marie même dans sa paroisse. Apparemment ceux qu’il a baptisé, marié, confessé, conseillé semblent avoir parfaitement admis la chose puisqu’il n’a pas hésité à prendre femme dans le village (mais elle n’en était pas originaire). À Bavincourt, mon village natal du Pas-de-Calais, le curé   a suivi le même chemin, exactement à la même date de Ventôse an II. Le clerc du village devenu officier d’état civil célèbre son mariage avec une dame de Paris. Ce couple paraît ensuite avoir quitté le pays. Bazile est resté sur place; il est même devenu un notable, membre du conseil municipal,  et  maire jusqu’en 1808: il continuait en somme  son magister sous une forme laïque. Question prosaïque: de quoi cs curés redevenus des laïcs ont-ils vécu, une fois privés du bénéfice de leur cure ?

   

T Chesley égliseCapture

   Le père de Baudelaire, ancien prêtre lui aussi,  s’était fait peintre en miniatures. Bazile MÉNÉTRIER  se dit propriétaire. Il est d’une famille aisé, ce qui lui a permis de réaliser une excellente opération lors de la mise en vente comme  biens nationaux de certaines propriétés de l’Église. Plus d’un curé dans le diocèse acquière des bâtiments divers; certains rachètent tout ou partie des biens provenant de leurs bénéfices. Ainsi assurent-ils leurs arrières. Basile n’hésite pas à mettre dans l’opération 6.250£, et ce dès le 6 juillet 1791, lorsqu’il vient de prêter serment. Peut-être a-t-il déjà en tête de rompre avec l’Église et de se marier ?

      Très vite le couple a deux enfants : Mélanie le 7 messidor an IV (1796), qui se marie en 1813 à Chesley avec un fils de propriétaire futur adjoint au maire de Chesley, et Élise en l’an VI (1798) mariée en 1818. Bazile décède   à 70 ans à Chesley, bourg plus important que Turgy où se sont installés Mélanie et son mari. Sa femme Edmée REGNARD plus jeune que lui de 13 ans meurt à Chesley à 84 ans au tout début de la IIè République.  

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22 juin 2017

S comme SAUPRANY

S comme SAUPRANY   jeudi 22 juin

Ou Les Aléas de la recherche. J’ai joué à cache-cache avec lui et avec sa femme pendant plusieurs années, au gré de mon zèle à m’occuper d’eux, au gré aussi des mises en ligne des Archives du Pas-de-Calais. Longtemps, il n’y a eu que les Tables décennales ensuite les recensements qui par chance ici commencent dès 1820 et enfin les registres complets. SAUPRANY Jean-Marie, a décidé un secrétaire de Mairie, francisant  élégamment son nom qui s’écrit le plus souvent  SOPRANI, SOUPRANI ou même SAPRANI.

     C’est sa femme  que j’ai d’abord rencontrée, car elle est la fille de François-Marie DAUCOURT, l’ancêtre direct   objet  de mes recherches. Père et fille objets insaisissables. Lui,  venu de son Wailly natal, retrouvé avec femme et enfants  à Beaufort, perdu de vue un bon moment à la fin de sa vie alors qu’il coule tout bêtement ses jours  chez une de ses filles à Wanquetin.

S cart Soprani

Elle, un de ses huit enfants,  Célestine/Célinie apparaît, disparaît d’un recensement à l’autre : c’est toujours  par hasard que je la rattrape par la manche,  dans un village où m’a mené une toute autre recherche.  Quand j’ai l’idée rationnelle -mais saugrenue la concernant-, d’une battue autour des villages aux alentours de Beaufort, j'ai rarement  la main heureuse. J’ai donc fini par me fier au hasard, ayant toujours son nom en tête, au cas où.  Je tombe sur elle  à Sus- St Léger en 1846. Elle a 17 ans ; elle est domestique chez François Nicolas  Jacquemelle (le nom est répandu à Sus- St Léger) un célibataire de 41 ans dont je ne trouve plus trace ensuite dans le village. En 1851, sur le recensement de Beaufort  elle est domestique encore mais j’ignore où. En 1856, disparue de Beaufort : peut-être s’est-elle mariée, mais pas   trace de mariage  dans son village natal comme le voudrait l'usage. C’est Généalogie.com qui me sort de l’ornière en me livrant un mariage… à Gouy-en-Artois. Impossible évidemment de savoir comment elle a atterri là, s’y est mariée,  et y vit en 1851 toute jeune mariée avec un journalier de 30 ans, François Évrard et la mère de celui-ci  veuve depuis quelques mois. L’acte de mariage la dit servante. En fait j’avais bien repéré sur les Tables décennales  (alors seules disponibles) un mariage de Célestine mais avec un certain SAUPRANI  (le voilà enfin !), mais celui-ci m’avait échappé et de toute façon, faute de pouvoir consulter les actes, il m’a fallu attendre leur mise en ligne pour y  voir clair.

S- gouy rue

    Il y a donc  eu remariage: Evrard est décédé  au bout de deux ans, laissant une veuve de 24 ans libre car sans enfant. Cinq mois après,  Célestine convole avec Jean-Marie SOPRANI. L’acte de mariage va tout nous dire sur lui

   AD 62 Gouy 5 MIR 379/1  vue 1225  n°9 novembre 1854 10 h du matin

-- Jean Marie SOPRANI  (ne signe pas) tailleur d'habit né à Acquanera di santa Guistina canton de Beverla [Belluno Émilie Romagne] duché de Parme Italie le 7 juillet 1806 ainsi qu'il nous a représenté son acte de N demeurant à Sombrin    actuellement résident à Gouy fils de François  SOPRANI décédé  le 15 mars 1843 et de Marguerite  RUFFI décédée le 28 octobre 1822

-- Célestine DEAUCOURT  (signe) sans profession née à Beaufort  le 20 juillet 1828 demeurant à Gouy fille de François  DEAUCOURT 60 a  (signe) journalier demeurant à Beaufort  et de Joséphine CARON décédée à Beaufort  le 24 décembre 1852, veuve de François   Augustin Joseph  EVRARD décédé  à Gouy le 27 novembre 1853

pas de contrat de mariage. Témoins: François  Augustin VERNAY 62a cultivateur , Charles Joseph  ANSART 56a cultivateur , amis du M, Hippolyte Jacques Philippe Joseph  LEFEBVRE  42a brasseur et François  CAILLERET  47a garde-champêtre amis de la M tous demeurant à Gouy. Seul le marié ne signe pas

              Le marié demeurerait à Sombrin?  En tout cas il est passé entre les gouttes des recensements de 1851 et 1854 à Sombrin comme à Gouy!

S - Sombrin église

 Un italien dans un village de l’Artois même dans les débuts du IIè Empire, ça ne doit pas passer inaperçu. Tailleur d’habits ? On en manque dans ces villages, faute d’ailleurs de clientèle suffisante. Il vient d’Émilie-Romagne, illettré. On ne saura rien  du parcours qui l’a conduit dans ces contrées septentrionales. Et pourtant les étapes ont dû être nombreuses car il a 48 ans lorsqu’il se marie (et pour la première fois). Une vie d’itinérances  constantes, de tailleur ambulant peut-être, se déplaçant  dans des tournées annuelles ? Il a eu envie de se fixer. Mais le temps d’avoir deux enfants, 7 ans après son mariage il meurt à Beaufort, le village natal de sa femme. Il a 54 ans selon l’état civil mais  on n’en avoue pour lui que 48. Célestine n’a que 32 ans. J’ignore (pour l’instant) ce qu’elle est devenue avec ses deux filles sur les bras. Une recherche  sur le Web me révèle des SOPRANI actuellement implantés en France un peu partout;  Geneanet les montre au 18è et 19è siècles surtout dans les Vosges, certains marchands forains, d'autres musiciens ambulants, plus tard tenanciers de tirs oou de manèges. Gens du voyage peut-être comme on dit maintenant ?    

 

    

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21 juin 2017

R comme RICHE laure 21 juin

R comme RICHE Laure 21 juin

 

J’ai enfin trouvé le sujet du R, après bien des hésitations. J’avais plusieurs idées. Répit ? - avant  d’aborder à la  fin de cette course les sommets des Alpes et des Pyrénées réunies : ces lettres fatales  en français W, X., et Z. Mais quel contenu mettre? Registres ? j'écrirais quelques lignes autour de certains documents paroissiaux particulièrement épouvantables: ils font souffrir l’enquêteur tout au long du règne du curé qui les tient : pattes de mouche, entassement sans date,  et finalement indications rudimentaires et frustrantes. Je me suis rabattu finalement  sur RICHE,  que j’avais prévu dès le début sans trop savoir  que dire. Finalement, c’est Laure RICHE que je vais sortir de l’anonymat (Résurrection ?).

R- arbre

C’est la grand-mère paternelle de mon père. À son propos, consciencieusement je me suis livré  au travail traditionnel de recherche généalogique pour me faire une certaine idée du parcours de la famille RICHE ou LERICHE. Pas toujours facile de remonter dans l’arbre : on se promène entre  divers villages, voisins mais le parcours n’est pas fléché faute d’actes un peu bavards.

 

Cette famille originaire  de  Mondicourt proche de la Picardie  s’installe à  Bailleulmont, un village près d’Arras. On trouve des journaliers, mais aussi, plus original dans ma base de données, un bourrelier, et même Casimir, le père de Laure, est domestique, dans une place à Arras qui l’empêche d’être présent à Bavincourt  à des moments importants, par exemple à la naissance de Laure.  Rien de très marquant ou d’original. En outre, du fait d’une brouille sévère entre  mon père et une partie de la descendance de Laure  la transmission familiale n’a pas fonctionné: hormis quelques bribes arrachés trop tardivement à mon père,  je suis privé de tout ce tissu d’anecdotes, de souvenirs, de vécu personnel qui me permet  du côté de ma mère de faire vivre ce que disent les documents. Je n’ai pas connu cette arrière-grand-mère décédée en 1936 alors que j’ai quantité d’images intérieures, et des photos de Mélina, mon arrière-grand-mère maternelle. Et puis un jour, j’ai réussi à avoir quelques clichés de Laure, de son mari, d’une de leur fille, d’une tante. Une forme  évidente de résurrection. Et  soudain, une autre évidence s’impose aujoourd'hui dans la fraîcheur de ce matin alors que je réfléchis à la fiche « R », c’est le mot ressemblance . Car Laure

R -Laure Riche identité

 

 

 

 

a un visage peu commun, un peu masculin, disons-le, qui me trouble car j’y retrouve la profonde fossette du menton paternel,

R- Louis Deaucourt 1960

la même qu’ont son frère André

R_ André dct recadré

, son père Christian

R- Christian vers 50 ans identitéJPG-002

, sa tante Caroline

R-Caroline soeur Chri identité

. Laure et son mari Constant DeAUCOURT

R- Constant Deaucourt A-Gd-père

 

, grand gaillard à la moustache bonhomme, travaillaient au Château de Bavincourt (habité en fait alors par des roturiers avant que d’authentiques nobles, les de Boiry ne l’acquièrent). Ils habitaient dans les communs; la pièce principale avait une très grande cheminée en pierre. Constant était jardinier, Laure s'occupait dans les cuisines 

R- bct panorama égl chat-003

 

 

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20 juin 2017

Q comme Quitter tout

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Q comme QUITTER TOUT  mardi 20 juin

 

     Ce qui m’a donné l’idée de cette entrée, c’est le destin de Pierre Laligant (lettres L  et N) disparu dans le naufrage de la « Méduse » alors qu’il allait chercher fortune au Sénégal, en abandonnant son petit Mussy-sur-Seine. Dans  ma propre famille constituée des deux côtés de natifs de Bavincourt ou des villages voisins, rares sont ceux qui ont  rompu les ponts pour aller s'‘établir ailleurs. Le seul à l’avoir fait serait mon grand-père  maternel François Jégouic qu’un double exode a éloigné de sa Bretagne natale pour le faire atterrir à Bavincourt. Il a surfé dans un premier temps  sur la grande exode des bretons déferlant sur la gare Montparnasse pour s’installer ensuite dans tout l’Ouest parisien.

Q Bretagncart

Il travaille à  Versailles à l’Hôtel de France (nous l'a-t-il assez répété), face au château:

Q jég hotel de frc versailles

il s’y occupe des chevaux (au service militaire qu’il effectue  dans cette ville de garnison il acquiert d’ailleurs un diplôme d’hippologie). Son frère Yves s’emploie à Chilly-Mazarin puis à Clichy-la-Garenne où il s’installera d’abord comme charretier puis comme conducteur de bennes à ordure ; d’autres frères s’installent à Houdan -collecteurs de peaux de lapins et de ferrailles. Sur une fratrie de huit, cinq ont donc émigré dans la région parisienne. La guerre 14 est évidemment pour lui comme pour tous ceux de sa génération LA séparation des séparations. D’autant qu’à l’occasion d’un cantonnement à Bavincoourt, village à l’arrière du front d’Arras, il fait la connaissance de ma grand-mère. C’est là et avec elle qu’il s’installe après la guerre, non sans avoir connu les Dardanelles, «le front d’Orient », le Vardar et les femmes en pantalons qu’il évoquait souvent. C’était sa bouffée d’exotisme : ensuite, à part son pèlerinage annuel, même très âgé, dans ce qui restait de sa famille bretonne, il n’a plus jamais voyagé.

            Le service militaire et les guerres coloniales sont pour ces fils de la campagne l’occasion de départs lointains, de dépaysements profonds  mais momentanés et en général sans lendemain. L’arrière-grand-père Lucien a subi un service de quatre ans dont deux ans dans le 3è régiment de zouaves, ce qui lui a valu de participer à l’expédition du Tonkin  du 30 octobre 1885 au 30 juin 1886. Une sacrée aventure pour un petit gars (1m55) du Pas-de-Calais.Il en a ramené des crises carabinées de paludisme: dans la famille on se plaisait à raconter qu’un jour de fièvre paroxystique il s’était emparé d’un petit poêle à bois tout allumé, l’avait arraché de la cheminée et transporté dehors. Une photo d’un pittoresque certain garde la trace d’une période exaltante dont  il devait plus d’une fois remuer les souvenirs en remettant un seau de charbon dans son poêle flamand .

Q luci Zouav

Q lcq L Médaille Tonkin

De lui ma mère tenait une boîte en laque incrustée d’oiseaux en nacre (on l’a toujours) et un éventail en plumes de paon: de temps en temps on le sortait de son papier de soie pour l’admirer  mais les mites ont fini par en avoir raison. Il avait sa médaille du Tonkin, que dans mon enfance j’ai vu pieusement accrochée au mur chez ma grand-mère; des héritiers ignorants ou oublieux l’ont fait disparaître. Et il avait surtout sa pension d’ancien combattant du Tonkin qu’il avait dû âprement disputer...  à l’instituteur du village (il y a eu des brebis galeuses parmi les hussards de la République) qui profitait d’une homonymie pour détourner la pension à son profit.

            Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage

            Et puis est revenu plein d’usage et raison

            Vivre entre ses parents le reste de son âge

         Certains ont tout raté et reviennent au pays entre quatre planches, quand ce n’est pas la seule machine administrative qui se charge de l’annonce de leur disparition au loin.

N¨18 extrait mortuaire du registre des actes d'état civil de Blidah ( Algérie L’an 1845 18 févier à 3H de relevée par devant nous Anatole Pécoud commissaire civil de Blidah faisant fonction d’officier d’état civil sont comparus Jean Vincens 24 ans et Richard Julien François 24 ans infirmiers militaires de deuxième classe demeurant à Blidah lesquels nus ont déclaré que WALZ Henry 49 ans né à Romanswiller (Bas Rhin) interprète commissionné fils de Jean et de Babet Kahn est décédé  ce jourd'hui à 3h du matin à l'hôpital militaire de cette ville

          C’est  au cours de ma recherche sur Adolphe WALTZ et ses fils  (des universitaires spécialistes de l’Antiquité gréco-romaine) que  j’ai trouvé cette copie de l’acte de décès dans les registres de Romanswiller dont le père d’Adolphe était originaire. Henry WALZ, c’est l’oncle d’Adolphe.

   

Q romanswiller-b synagogue-003

D’après l’âge de son décès, il est né en 1796  à Romanswiller, un village proche de Strasbourg. Comme dans d’autres villages de la région, les juifs s'y concentraient au 18è siècle, le séjour à  Strasbourg leur étant interdit, sauf pour la journée,  et en payant un octroi par tête. En 1784, un recensement demandé par Louis XVI indique à Romanswiller 41 familles juives soit 206 personnes sur le millier que compte le bourg. Mais de WALZ, point.

Q romanswiller-cimetière

 

Et pour cause. Les juifs de France ont dû tout quitter en 1808 – symboliquement je veux dire : pour "parfaire" leur régénération civique l'Empereur par son « décret de Bayonne » leur impose dans un délai de trois mois d’avoir comme tout autre citoyen français un état civil fixe, c'est-à-dire un prénom à la naissance et un nom de famille, celui du père  mais transmissible, et non pas changeant à chaque génération.  Existe  du coup un registre spécifique « prise de noms». Henry ( N° 20) appartient à la famille 7. Son père Abraham (fils de)JOSEPH devient Abraham WALZ (il signe d’ailleurs en caractères hébraïques de son nouveau nom), sa femme Barbe KAHN  se fait simplement appeler Barbara KAHN, leurs enfants JOSEPH Caïm

Q w 1808 prise de noms Walz

et JOSEPH Hellen deviennent Heinry WALZ et Helena/Henriette WALZ.  Pourquoi WALZ, alors que JOSEPH semblait commencer à  fonctionner comme un nom «classique » en se tranmettant?  Volonté peut-être de passer inaperçu, les WALZ dûment estampillés catholiques dans certains recensements postérieurs étant nombreux ?  Cet abandon du nom, abandon de toute une tradition  est en tout cas répertorié, inscrit dans un mouvement qui ne dépend pas du bon vouloir des nouveaux citoyens.

  Ce qui interroge dans le cas d'Henry WALZ, ce sont les motivations, ou les événements  qui l'ont  conduit  à quitter son Romanswiller natal mais en dehors du grand mouvement qui emporte la plupart des juifs d’Alsace vers les centres urbains désormais libres d’accès depuis la Révolution. Son frère Lehmann (le père d’Adolphe) devient instituteur à Colmar, quantité d’autres  optent pour Strasbourg. Alors pourquoi s’installer à  Blida, -et pour y mourir? Lehmann a sauté sur l’occasion d’ouverture offerte aux juifs: des études modernes et pas seulement l’approfondissement religieux, le monde des Lumières, l’allemand et le français sans s’enfermer dans la seule pratique du yiddish et  de l’alsacien. Rupture avec le monde traditionnel de communautés contraintes à vivre en vase clos et trouvant en même temps une certaine satisfaction à ce repli sur soi. Mais Lehmann est le seul à faire le grand saut dans le monde nouveau. Abraham leur père était colporteur, leur mère avait des parents marchands de bestiaux, métiers habituels des juifs, moins par choix que par interdiction de cultiver la terre ou d’accéder à l’instruction dispensée dans les villes. Henriette la sœur se marie à un colporteur fils de colporteur d’un village voisin. Et Henry?  Je n’ai rien sur lui entre sa prise de nom et ce décès à Blida en 1845, à 49 ans, entre sa "naissance" civique et sa mort physique.

     Encore plus surprenantes du coup,  cette échappée  en Algérie, cette  bouffée d’exotisme  colonial.  Après les  vies  étriquées, confinées  dans un petit village alsacien,  accablées de clichés désobligeants, voici des clichés encore, certes,   mais qui sentent bon le sable chaud, dans cette « ville des roses » comme on surnommait Blida située au pied de l’Atlas, au seuil de la grande plaine de la Mitidja promise à la fertilité mais pour l’instant très marécageuse. Pour Henry, et pour de nombreux soldats ou civils à cette époque Blida est un tombeau : il y meurt à l’hôpital militaire.

Q W Blidah

Q Walz1845 Blida-chronol-001

De quoi ? Du choléra peut-être, toujours menaçant après l’épidémie de 1835.  Et qu’allait-il faire là-bas? « Interprète commissionné », c’est-à-dire interprète officiel -dans les fourgons de l’armée ou de l’autorité civile qui commence à se mettre en place alors que l’occupation française ne date officiellement que de 1839. En fait de langues, hormis  le français, et  le dialecte alsacien enrichi d’hébreu,  que connaît-il donc  qui lui permette de jouer les intermédiaires entre les autorités et  les « indigènes » ? Ce sont des arabophones, musulmans ou juifs. Un recensement de 1841 fait état de 175 européens, 270 musulmans et 113 juifs. Aurait-t-il appris l’arabe ? Peut-être bien,  en  se livrant à ce qu'il a toujours su faire, au colportage -dans le sillage de l’armée, vendant et revendant aux autochtones, aux soldats, aux civils européens qui se font de plus en plus nombreux à s’installer. C’est par cette activité  commerciale avec les soldats, à l’arrière des combats  qu’on  explique souvent l’implantation de petites communautés juives dans le Nord de la France,  près des places fortes, en marge des différents foyers de conflits du XVIIIe siècle. Comment le projet de venir faire des affaires en Algérie a-t-il pu germer  dans la tête d’Henry au fond de son Alsace ? Récits de vétérans, de villageois revenus au pays après leur service militaire ? Scénario plus vraisemblable encore : il fait son service là-bas, et décide d’y rester, séduit par les projets – qui font long feu-  de colonies militaires de vétérans ( les fameux soldats-laboureurs de Bugeaud)  d’autant qu’il s’est aperçu qu’il y a des juifs, et que tant bien que mal  lui et eux peuvent se comprendre, entre son hébreu mâtiné d’alsacien et l’hébreu liturgique que connaissent peu ou prou ses coreligionnaires de la Mitidja – encore que les juifs algériens parlent essentiellement arabe (plus tard, les rabbins venus de France pour « régénérer » le culte auront l’exigence exorbitante de prêcher en français à une assistance arabophone). Ces connaissances linguistiques approximatives lui permettront de jouer  un rôle d’auxiliaire précieux auprès de l’armée, d’intermédiaire entre les différentes communautés et les autorités militaires et civiles, tout en continuant son commerce. Impossible de savoir (pour l’instant) s’il a fondé là-bas une famille. Destin inattendu malgré tout, d’autant que je relève, grâce à ‘Geneanet’, l’existence à Médéa dans ces années- là d’un Joseph EL KAÏM,  justement les premiers nom ou prénom des WALZ. Troublant.

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19 juin 2017

P comme POSTALES (CARTES) Lundi 19 juin

P comme POSTALES (cartes)     lundi 19 juin

 

       

Péjac rec vers Henday 09-11-2013 15-41-16 09-11-2013 15-41-16

 Il faut toujours lire les cartes postales anciennes, si anodines semblent-elles, pas seulement les regarder. Un fouineur de mes amis  a ainsi mis la main sur une banale vue de la Koutoubia de Marrakech avec quelques mots  signés de… W. Churchill, enfin  « de la part de.. » écrits donc en fait par son secrétaire particulier. On peut rêver malgré tout et imaginer le vieux lion peignant  sous son immense parasol blanc dans les jardins de la Mamounia. Dans un autre style, je m’étais intéressé à une vue de la gare désaffectée de Saulty-L’ Arbret, je l’achète  car mes deux parents, pensionnaires  « boursiers » aux lycées de jeunes filles et de garçons d’Arras y ont pris le train chaque semaine de leur scolarité dans les années trente.  Au dos: « merci pour le paquet de poireaux à repiquer ». Dans ces années 1910, on envoyait des cartes comme aujourd’hui des SMS, pour oui, pour un non.

         J’avais décidé de me débarrasser d’un paquet de vieilles cartes trouvées chez ma grand-mère : la basilique de Lisieux, le Buissonnet (la maison de famille de la petite Ste Thérèse), le Mont St Michel, Lourdes sous toutes les coutures, Chenonceau, Chambord bref les sites touristiques français (souvent des lieux de pèlerinage)  les plus courus au début du siècle dernier dans les campagnes. Des photos cadrées sans originalité –surtout pas-, mal imprimées le plus souvent. Par un réflexe acquis en brocante je lis quand même la correspondance avant  de jeter ce fatras de banalités iconographiques et épistolières « Bonjour de Lens » « Meilleur souvenir de St Brieuc », «  ta marraine qui t’embrasse », « Je suis bien arrivée » signés de Zulma CAILLERET, Berthe, Adèle Dassonval, Paul, Arthur etc. à jamais inconnus de moi. 

arcachon cart babet -a

Et voilà deux cartes parfaitement insignifiantes, « Arcachon un coin de plage », « Hendaye la Bidassoa »  mais le destinataire n’est pas l’habituelle Lucienne LECLERCQ (ma grand-mère) :

cart babet -c

c’est  Marcel POISSON chez Mr LECLERCQ cultivateur à Bavincourt  tout l’espace accordé à la correspondance est rempli d’une toute petite écriture bien lisible, qui recouvre aussi totalement le dos d’une « vue de Cauterets »  banale, peu lisible,  écornée,  en partie « dépiautée » pour récupérer le timbre. On ne trouve que ce qu’on cherche dit-on : justement, c’est l’époque où je me suis mis en tête de m’intéresser à ce Marcel POISSON, un garçon de l’assistance élevé par mes arrière-grands-parents Lucien et Mélina LECLERCQ, auréolé dans  la famille de sa mort  aux Éparges à 18 ans en mars 1915.

poisson mat-SIGNAL

J’avais lu aux Archives de la Seine son dossier administratif tenu par l’Assistance Publique et entre autres les échanges de correspondance avec ses parents nourriciers devenus ensuite ses patrons. Il a un frère cadet dont il sera séparé. Avant la prise en charge définitive par l’administration, à plusieurs reprises les deux frères ont été « en dépôt », leur mère malade ayant dû faire  plusieurs séjours à l’hôpital. Elle décède. Leur père contacté plusieurs fois décide d’abandonner ses enfants car malade, à l’hôpital, il ne peut s’en occuper. Son frère de 4 ans est dirigé sur Berck pour soigner son rachitisme, lui à 7 ans est placé chez les LECLERCQ à Bavincourt. Qu’apportent  ces trois cartes ? De façon miraculeuse arrive à la surface l’existence qu’il a pu mener dans son quartier de Bercy (presque entièrement détruit pour faire place au stade), près de la gare d’Austerlitz,  et du boulevard de la Gare (devenu  boulevard Vincent Auriol). Les sept années de vie parisienne n’ont pas été que misère et solitude. S’est penchée sur la famille POISSON une ombre tutélaire, dame patronnesse  traditionnelle peut-être, ou bénévole de « la Mie de pain »  une œuvre  d'inspiration catholique  dans laquelle nombre d'artistes s’investissent .

mi de p dét

       Elle  a aidé comme elle a pu les enfants ; maintenant qu’elle a retrouvé l’aîné, elle l’entoure comme elle peut d’affection, s’inquiète au moment où elle apprend qu’il s’est engagé. Apparemment le reste de la famille le connaît bien et lui adresse des mots de sympathie.  La main est rapide et précise: celle d’une personne cultivée; propos aisé, fluide, débordant d’empathie et d’émotion : M. Péjac lit-on dans un coin rongé par l’usure, une femme d’après l’écriture et d’autres indices. Une  Babet ajoute quelques formules d’affection,  un Lucien Péjac qui va bientôt être mobilisé envoie un salut de futur camarade de combat. On s’inquiète pour Marcel en croisant des soldats revenant du front ou des « évacués » en débandade. Les sentiments forts qu’il suscite se disent sans détour mais sans pathos.            

afollée

           Mon cher Marcel,  Enfin nous avons eu de tes nouvelles. Je voulais aller voir avenue Victoria [siège de l’Assistance Publique]  car nous nous faisions vraiment du mauvais sang. Nous avons eu dernièrement l'occasion d'aller jusqu'à Montdidier et nous avions rencontré tant de jeunes gens de ton âge qui évacuaient les pays du Nord que nous pensions que si tu n'en avais pas fait autant c'est que tu avais été pris par ces sales Boches. Dieu soit loué! Tu es en bonne santé. Ta lettre n'a mis que 11 jours à nous parvenir l'autre avait mis un mois Réponds-nous aussitôt que tu auras reçu cette carte et donne-nous de tes nouvelles. Ici nous allons tous bien  Lucien va partir avec la classe 15. Je t'embrasse de tout mon cœur surtout écris-nous M Péjac.  en haut: je te souhaite le plus de chance qu'il se peut; d'ailleurs j'ai pleine confiance en ton étoile. Je suis de la classe 15 et vais partir vers le milieu de décembre. Tu es de la classe 16; peut-être nous rencontrerons-nous en soldats l'année prochaine! Une bonne poignée de mains. Bonne chance et bon courage. Lucien PéjacNous avons été heureux de te savoir en bonne santé je t'embrasse bien fort.  Babet

 Des attentions aussi pour ses  parents à qui on fait envoyer des pêches depuis Bordeaux, un geste plein de distinction qui a dû étonner ces paysans très simples.

    Mon cher Marcel    Nous expédions aujourd'hui de Bx à l'adresse de Mr et Mme Leclercq quelques pêches de Bordeaux. Tu nous diras à Paris où nous rentrons sauf Lucien si vous les avez reçues.  De bons baisers de tout le monde  et nos meilleures amitiés à tes parents   M Péjac   Babet  

Trois témoignages de tendresse et de bonté arrachés in extremis à la destruction. Un milieu gratifiant  pour ce gamin mal dans sa peau de futur ouvrier agricole – c’est ce qu’indiquent ses lettres au responsable local de l’Assistance-. À Bavincourt, il gardait le souvenir de cette bonne dame dans une légende qu’il s’était forgé et que me rapportait mon oncle: il affirmait être l’enfant naturel d’une comtesse qui viendrait un jour le chercher – alors qu’il gardait forcément en mémoire les  traits d’une mère disparue quand il avait 7 ans et d’un père  incapable d’assumer son rôle.

 

péj 1892 lumi-b

Et maintenant, il va falloir retrousser ses manches et en savoir un peu plus sur M. Péjac, Babet, Lucien Péjac. Un défi auquel il n’est pas question de me dérober. J’avoue ne pas être mécontent du résultat. Heureusement j’avais un appui solide: Lucien Péjac  appartenant d’après son mot  à la classe 15, était né en 1895. La chance était avec moi : j’ai fait le pari qu’il était né à Paris  et j’avais vu juste. Une fois l’acte de naissance retrouvé, en combinant Généanet, les arbres déposés, la bibliothèque généalogique,  et  les investigations dans les archives numérisées, j’ai pu reconstituer une bonne partie de cette famille.  J’ai eu un échange avec un descendant qui  ignorait complétement cet épisode parisien mais qui a pu me fournir les photos de Gilbert Péjac, dessinateur créateur de meubles, de lampes  dans le style Art Nouveau de sa femme Marie Estèbe, et me « donner des nouvelles »  de cette famille que j’avais appris à connaître.

      Les cartes postales ont parfois bon dos…

   

 



 

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17 juin 2017

O comme OLIVE

 

 

O comme OLIVE   samedi 17 juin

  

Oliv 1863 sign M x lcq

C’est un nom qui m’a amusé, un goût de Provence dans ces villages pluvieux

oliv arbr

et crottés de l’Artois. L’INSEE me dit qu’on trouve essentiellement les OLIVE dans les Pyrénées Orientales, l’Aude et les Bouches-du-Rhône. Je m’en serais douté. M’intéresse aujourd’hui  Augustine Joseph OLIVE  originaire de Bienvillers-au-Bois par son père (maçon fils de couvreur en paille), de Berles-au-Bois par sa mère (fille et petite-fille de ferronnier), à quelques encablures de Bavincourt, mon village familial.

 

C’est un personnage secondaire dans ma famille maternelle, la seconde femme (ou la deuxième c’est une partie du problème) de Jean-Baptiste Joseph LECLERCQ (Berles 1838-1902), père de Lucien Amédée Jean-Baptiste (Berles 1863- Bavincourt 1942),  mon arrière-grand-père maternel. Jusqu’à ce jour, je m’étais peu intéressé à elle. J’ai découvert une réalité bien différente de l’image  que je m’en faisais. Cultivant les clichés, je la voyais en affreuse marâtre mettant quasiment dehors  grand-père Lucien, le forçant à tout le moins à gagner son pain tout jeune.

oliv 1864 lcq jbp sign

      La mère de Lucien, Octavie Palmire « Aurélie » était en effet morte des suites de ses couches un mois après la naissance de son fils, juste un an après son mariage. On est chez Zola.

oliv 1862 Thuill M

Aurélie, native de La Cauchie  avait quatre frères; le père était mort 10 ans avant, cabaretier  mais surtout indigent secouru par la commune. Elle savait signer. Jean-Baptiste son futur, aussi. Ouvrier charpentier, il avait pu la rencontrer au cours de ses chantiers. À l’époque de son mariage,  il vivait avec sa mère, veuve depuis peu d’un mari charpentier également. Fils chéri certainement, venu après 13 ans de mariage et trois sœurs dont je ne sais pas grand-chose.

     C’est ici qu’OLIVE Augustine entre en scène comme seconde épouse. Car le remariage n’a pas traîné : six mois après la mort d’Aurélie. C’est qu’il faut s’occuper du petit Lucien : il n’a que six mois   et  la grand-mère va sur ses 67 ans. La vie n’a pas dû être rose pour cette jeune mariée de 21 ans, mère et épouse de rechange: difficile de trouver sa place  sous la surveillance constante d’une belle-mère peu encline à céder de ses prérogatives dans SA maison. Au recensement de 1866, deux ans après le remariage ce petit monde habite toujours la maison familiale rue de l’Église, dans le Petit Berles.

     Lucien a 3 ans : est-il choyé ou fait-on peser sur lui le reproche d’avoir causé la mort de sa mère ? Augustine sa belle-mère de 23 ans est-elle devenue la Cendrillon de la maison sous la férule de Marie-Catherine BAUCHET, ou bien a-t-elle su s’attirer les bonnes grâces de celle-ci?  Tous les scénarios sont à envisager mais il y en a un que j’étais loin d’imaginer avant ce challenge qui m’a incité à retravailler le dossier: la faire se volatiliser  du film sans tambour ni trompette. C’est ce que me force à constater le recensement de 1872 : le clan LECLERCQ est réduit à son trio de base et l’Augustine m’échappe. Morte, c’est possible encore qu’elle soit bien jeune ; peut-être  à la suite d’une grossesse difficile? Car curieusement le remariage est resté stérile mais aucune trace à Berles ou à Bienvillers (je n’ai pas cherché plus loin pour l’instant car le temps pressait). Ces « disparitions » sont toujours frustrantes et même vexantes : elles font négligé dans un arbre qu’on aimerait le plus peigné – c’est-à-dire complet – possible. Il y a là de la part de NOS

oliv cart cassini Bienvillers Berles

morts un scandaleux manque de tenue. Mais je l'aurai, je l'aurai...

     

olib berl o b

            Je ne suis pas au bout de mes surprises –elles sont toute fraîches car c’est hier seulement que je me suis mis à exploiter à fond ces recensements qui sont de véritables photos de famille prises tous les cinq ans. En 1872, une nouveauté: âgée de 83 ans la mère de Jean-Baptiste ne peut plus tenir un ménage ; on a donc embauché une « servante » de 42 ans, Pauline CARPENTIER native de Grévillers (près de Bapaume à 20 kms au Sud-Est ; on passe par Achiet-le-Petit et Bienvillers; il faut quatre bonnes heures à pied). L’année suivante la matriarche meurt et au recensement  de 1881, Lucien (17 ans) a disparu « remplacé » par  Aurélie, la fille de 4 ans de la « domestique » Pauline CARPENTIER. Je ne puis consulter pour l’instant les archives en ligne du Pas-de-Calais dont le serveur déraille mais cette gamine née juste après la disparition de l’ancêtre et baptisée du nom de la première femme de Jean-Baptiste est probablement fille de ses œuvres mais il n’est pas allé jusqu’à la reconnaître   Aux recensements suivants elle est « ouvrière agricole » et Aurélie grandit au foyer. Ce n’est qu’en 1901 que la fiction cesse: en compagnie de Jean-Baptiste sont recensées Pauline 66 ans « vivant maritalement avec le chef de ménage » et Aurélie 22 ans « fille de la précédente »  qui travaille chez un agriculteur du village. J’ignore où Lucien s’est installé et embauché lorsqu’on lui a fait sentir  - ou que lui-même a compris- qu’il était de trop dans sa maison. À 19 ans il fait son service militaire dans les Zouaves au Tonkin. A-t-il rompu avec son père ? Il est domicilié à Berles-au-bois lorsqu’il se marie en 1888 mais ce n’est qu’une situation administrative. En tout cas son père n’est pas cité dans les témoins – ce qui ne prouve rien, je l’accorde.

Dernier rebondissement, tard dans la soirée d’hier (bonne inspiration: aujourd'hui le serveur des Archives du Pas-de-Calais fonctionest paralysé). Lucien LECLERCQ est venu lui-même depuis Bavincourt  peut-être la veille. A la mairie de Berles il déclare le 31 mars dès 8 heures du matin le décès de son père survenu la veille à onze heures du soir. Gros émoi quand je lis l'acte: le maire écrit sous le contrôle du fils, présent,  LECLERC Jean-Baptiste Joseph veuf d’Augustine RÉMONT. Ultime avatar de la pauvrette. Une erreur, j’en suis sûr à 100% (presque) mais grossière. D’où vient-elle? 1°) L’acte n’a peut-être pas été relu et le Maire est sourd (cela arrive ! Anecdote personnelle: ma mère  que son père  breton voulait prénommer Yvonne en l’honneur de son frère Yves a été affublée pour la vie d’un improbable Hélyonne par un maire dur de la feuille et qui n’a pas voulu en démordre). 2°) Le déclarant est déstabilisé, ému, confus… ou mal réveillé et inattentif.  La preuve: il commet un énorme oubli en omettant de dire que son père est veuf en premières noces de sa propre mère Aurélie Thuilliez! A-t-il créé une confusion dans l'esprit un peu endrmi du maire en évoquant le père d'Augustine prénommé Raymond   et des RÉMONT qui existent à Bienvillers souvent associés aux OLIVE

Pauvre existence évanouie si tôt, effacée dans son ménage, niée par deux fois dans les registres. Cela fait beaucoup.  En lui consacrant la lettre, j'ignorais que j’allais lui redonner une petite chance de résurrection.

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16 juin 2017

N comme NAUFRAGE

N comme NAUFRAGE  vendredi 16 juin

 

        

méduse naugrg -b

Voici la solution de l’énigme à laquelle je m’étais heurté concernant Pierre Philibert III LALIGANT  (voir lettre L). J’aurais pu attendre la lettre R (je dirai pourquoi dans un instant) mais je crains de ne pas tenir jusques là. Résumé: le dénommé  disparaît  des registres  à partir de 1813, non sans avoir fait six enfants à son Ursule. Inutile d'élucubrer: il est  mort,  tout simplement. J’en deviens sûr lorsque je retrouve l’acte de remariage d’Ursule avec le gendarme VIGEANELLE. Décédé le 2 juillet 1816 à 36 ans. Mais où ? Silence étrange et frustrant chaque fois que l’événement est mentionné. Rien à Mussy où sont pourtant nés tous ses enfants, où en 1813, déclarant le dernier, il se dit cafetier, activité sédentaire s’il en est. Après s’être dit auparavant propriétaire, marchand. Un statut professionnel mal défini, au fond. J’en resterai pourtant … médusé  lorsque je connaîtrai le fin mot de l’histoire

      C’est au  hasard d’une recherche parallèle sur  son fils Philibert Émile, futur maître de forges, que je touche le jackpot : son acte de mariage le 28 décembre 1825 à Wassy précise fils de Philibert Laligant mort dans le naufrage de La Méduse le 2 juillet 1816. Je ne me tiens plus d’aise : ma recherche sur un inconnu infime rencontre l’un des faits divers les plus médiatisés du 19è grâce au fameux tableau de Géricault. La date donnée correspond à celle de l’échouement sur un haut fond au large de la Mauritanie  le banc d’Arguin, au sud du cap Blanc. Elle est devenue date officielle  de l’événement qui a connu en fait plusieurs épisodes. Les circonstances exactes de la disparition  de Laligant me restent donc inconnues : tempêtes, coups de lames sur les canots, âpres luttes pour la survie, affres de la faim et de la soif, le fameux radeau  - mangé peut-être..., tombé à l'eau ou noyé volontairement, resté sur la frégate dans une vaine attente. 

             

Méduse

  La question s’impose dans sa formulation la plus attendue: Qu’allait-il faire  dans cette galère, lui, le cafetier, qu’on imagine bien installé derrière son comptoir ? Cafetier, l’appellation  en 1813 est curieuse ; on attendrait plutôt cabaretier ; en 1803  il se disait d’ailleurs marchand. Dans quel négoce ? Faisait-il commerce de café, et plus largement de denrées exotiques?  Imaginons-le soudain pris par le démon de l’aventure, de l’exotisme du commerce des épices et rompant les amarres, ou plus prosaïquement séduit  comme d’autres colons par les nouveaux horizons qu’offre cette expédition partie de Rochefort.  Il s’agissait pour la Restauration de reprendre pied dans les anciens comptoirs du Sénégal  rendus à la France par l’Angleterre.  Il partait sans sa famille,  en éclaireur, tout aise d’embarquer à bord du navire amiral de la flottille, avec le futur gouverneur, et 400 passagers, colons, savants, soldats et membres d’équipage. Il existe des récits de rescapés (de Brédif notamment qui  put embarquer sur une chaloupe) mais pas de listes de passagers, à ma connaissance. L’impéritie du commandant Duroy de Chaumareys sera sanctionnée par trois ans de prison lors d’un procès retentissant qui fut celui de l’incompétence  d’un faux marin autant que d’un retour mal vécu à la monarchie.

naufra radeau

La radiation de l’ancien émigré des ordres de Saint-Louis et de la Légion d’Honneur marqua les esprits- moins, évidemment, que le tableau monumental et provocateur que Géricault expose deux ans seulement après le procès. Un tabou pèse sur l’épisode. L’État refuse le titre proposé  par le peintre « le radeau de la Méduse » et préfère un plus général  « scène de naufrage »; il achète le tableau,  le fait déclouer et rouler dans les greniers du Louvre. On comprend mieux  le silence dont les registres que j’ai consultés entourent la date fatale.  Chaumareys paiera au centuple son crime: libéré en 1820, il se retire dans son château près de Bellac mais on sait tout de son comportement honteux: dès qu'il sort, on l'injurie, les enfants lui jettent des pierres. Il ne sort plus et meurt en 1841 après 20 ans de réclusion forcée. Plus tard sa dépouille sera même transportée du cimetière à la fosse commune.

 

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15 juin 2017

M comme MODESTE et MARTIAL

 

 

M comme MODESTE et MARTIAL   jeudi 15 juin

     Ce n’est pas une suite revisitée de la série de Franquin Modeste et Pompon, ce ne sont ni des jumeaux, ni des émules des Saints Gervais et Protais ou de Cyrille et Méthode. Ils sont père et fils. Ce sont mes ancêtres côté maternel  à Bavincourt. Modeste LEBAS (1762-1821) et Martial LEBAS (1814-1890). Un jour j’ai posé à mon oncle une question toute bête : avait-il dans la famille entendu évoquer le nom de Martial ? Par simple curiosité -, peut-être bien aussi pour m’assurer que tout ce passé que je remuais n’était pas une simple invention de papier(s). Effectivement: sa grand-mère – mon arrière-grand-mère Mélina que j’ai bien connue- mentionnait quelquefois ce nom. Je ne poussai pas plus loin l’enquête car il avait eu un cancer de la gorge qui le rendait difficilement compréhensible.  J’avais donc devant moi quelqu’un qui avait entendu parler de Martial ! Cette simple réponse affirmative avait suffi pour donner vie et réalité à la  chaîne  des êtres qui nous  relie au passé.

  En fait dans l’histoire apparemment toute lisse des LEBAS à Bavincourt,  avec ces deux-là je me suis rendu compte que j’étais tombé  sur un secret de famille si bien enterré que faute d’en être informé à temps, je n’ai pu interroger avant leur disparition ceux qui auraient pu en avoir connaissance  ou avoir soupçonné son existence. De quoi s’agit-il ? Modeste s’est bien marié mais la mère de Martial n’est pas l’épouse légitime. Un enfant naturel ?  Et alors ? Certes  mais chez les LECLERCQ-LEBAS   c’est l’unique exemple de naissance hors mariage et par ailleurs les mystères s’accumulent autour d’eux. 

mod fienvil bct itine

 1er personnage énigmatique : la femme de Modeste Anne Séraphine FRANÇOIS. Le mariage a lieu  à Bavincourt le 24 messidor an III, bien qu’elle soit de Fienvillers en Picardie (ou plutôt la Somme doit-on déjà dire alors).  Sans doute parce qu’elle est là depuis longtemps. Aucun témoin venu de Fienvillers. A-t-elle coupé les ponts ? J’ai bien sûr enquêté là-bas : le père était tonnelier, décédé en 1784, la mère est morte en 1789. Séraphine est l’avant-dernière d’une fratrie de onze. Comment, pourquoi est-elle venue (comme domestique) à Bavincourt à 9 lieues de là et quelque 6 heures de marche? Ce ne peut être qu’une raison personnelle  car les échanges entre ces deux régions pourtant voisines sont inexistants. Elle se marie assez tard, à 28 ans ; lui en a 33. Rien de vraiment anormal. Ce qui l’est c’est que je ne trouve nulle part, malgré d’innombrables  relectures des registres, d’enfants nés de cette union.  Y a-t-il eu divorce, séparation? Je n’ai rien trouvé. Aucune trace non plus, ni à Bavincourt, ni à Fienvillers, ni à Arras de son décès. Une disparition sans cadavre ! En 1821 l’acte de décès de son mari Modeste ne dit pas veuf de…  mais époux de Séraphine FRANÇOIS.

  2ème personnage énigmatique : Victoire Rosalie FRANÇAIS. La servante-maîtresse.  Modeste déclare Martial le 26 janvier 1814, se reconnaissant pour être le père et de l’avoir eu de Victoire Rosalie FRANÇAIS âgée de vingt-cinq ans. À son mariage le 2 février 1841 Martial est dit  fils naturel de Modeste Lebas décédé le 4 /12/ 1821 lequel déclare être le père de Martial, registre année 1814 n°1 et de Victoire Rosalie Français, 51 ans sans profession personnelle ici présente".  Donc une naissance hors mariage assumée car il y en  une autre, celle d’Isidore LEBAS   le 21 février 1819, déclaré et reconnu de la même manière par son père mais il meurt à 3 ans. Le recensement de 1820 est précieux mais dérangeant :

              46- LEBAS  Modeste journalier marié 26 juin 1762_  LEBAS  Martial 18-2-1814 _ LEBAS  Isidore 20 fév. 1819  _ FRANÇAIS Victoire journalière 11 mars 1778

Précieux: enfin la date de naissance de Victoire (mais sur les recensements, il y a presque toujours une erreur de dix ans!). Enfant trouvée de l’hospice  de Paris,  révèle le recensement de 1841. Recherches vaines à FRANÇOIS  ou FRANÇAIS dans les registres comme dans l’état civil reconstitué. Sur geneanet, les nombreuses Rosalie/Victoire FRANÇAIS sont originaires des Vosges. Dérangeant : Modeste est toujours dit « marié » et non pas « veuf » ; ses deux enfants figurent à sa suite. Vient  à la dernière place, comme il sied à la domestique, la mère de ces enfants: « journalière ».

 

Mod 1831 lbs-rst

Après la mort de Modeste, elle reste dans « sa » maison, entourée de ses deux «fils naturels» (recensement 1831): notre Martial donc mais aussi Benjamin né dans la maison de feu Modeste LEBAS deux ans après la mort de celui-ci. Comme si c’était la chose la plus ordinaire, ce « frère utérin » de Martial n’est même pas spécifié « de père inconnu ». Benjamin se marie à 28 ans avec une fille de Saulty. Le ménage reste sans enfant. Qui est le père ? C’est la grande inconnue. Une affaire de famille, qui sait, et le déclarant  Jean-Baptiste LEBAS, qui vit à côté, pourrait bien se sentir concerné. En tout cas, on peut dire que Rosalie FRANÇAIS est une femme libre qui se moque – comme son maître Modeste-  du qu’en dira-ton. Au fil des recensements, je la vois assister au mariage de son Benjamin, puis vivre avec le ménage en 1856, 1861: elle a 82 ans. Et je la perds de vue : j’ai beau retourner toutes les tables décennales des villages de la région, celles des villes où un hôpital aurait pu l’accueillir. Apparue en 1814, disparue, envolée 50 ans après.

lbs 1877 matial SIGN don C Gossart 3 signature Martial Lebas 46-001 25-08-2008 11-45-23

Grand-mère Mélina née en 1867 a dû entendre parler plus d’une fois de cette « arrière-grand-mère » de fait, de ce Modeste, un drôle de pistolet marié sans être marié, qui escamote sa femme légitime et installe au foyer la servante. Sans compter cette incroyable quasi identité des noms FRANçOIS/FRANçAIS. Elle a forcément bien connu Martial, son grand-père,  mort lorsqu’elle avait déjà 23 ans. Pasplus que son père il ne savait signer. Et pourtant,  à la fin de sa vie, à 63 ans, il réussit à  signer au bas d'une donation faite à sa femme, ou plutôt à dessiner les lettres de son nom entourées d'essais touchants.

 

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14 juin 2017

L comme LALIGANT

L comme LALIGANT   mercredi 14 juin

 

            

laligant 1782 M Chltte-c

La famille  LALIGANT s’est mise en travers de mon chemin alors que j’enquêtais sur Henri Chantavoine, un allié lointain de mon parent Émile GOSSART. Professeur de khâgne à Henri IV, il fut un pilier de la critique littéraire au Journal des Débats à la fin du XIXe siècle. 

lalig 1874 Anais signM Henri x cousin- SIGN -002

Anne Anaïsse LALIGANT (1809-1881), c’est sa mère. Elle signe ainsi, d’une écriture précise et décidée.

 

Comme il se doit, j’ai essayé d’en savoir plus sur ces LALIGANT. Un parcours du combattant  plein d’itinérances et de surprises. Naïvement, je croyais ces LALIGANT originaires de Mussy-sur-Seine, à voir le culte que lui vouait H. Chantavoine : il avait fait de Mussy le lieu de tous les événements familiaux majeurs. Un joli bourg près de Chaource, connu pour son champagne et son fromage. En fait, seuls les Ménétrier, la famille maternelle d’Anaïsse, sont implantés à Mussy depuis des générations. Epouse d'un capitaine de gendarmerie elle m'échappe souvent au gré des affectations: Henri le futur critique est assez connu pour que sa notice nécrologique indique qu'il est né à Montpellier mais sur sa soeur restée dans l'anonymat,  rien nulle part. Le capitaine meurt à Mussy et d'après les recensements de 1872 et de 1881, sa veuve ne bouge plus de la maison de la rue Boursault; en 1881 (un an avant sa mort) voici du nouveau: apparaît une "Louise Vigeanelle  sa soeur" -demie-soeur, en fait, issue d'un remariage de sa mère Ursule. En route pour retrouver ce beau-père Vigeanelle. Grâce à l'aide collaborative, je plonge sur la gendarmerie de Langres et super-bonne pioche, parmi les témoins du remariage qui voit-on? Pierre-Urbain CHANTAVOINE, le père  de François, futur mari d'Anaïs. Le jeune Chantavoine a déjà 17 ans , elle n'a que 12 ans. il faudra attendre mais ce qui est sûr, c'est qu'au recensement de 1836, le jeune couple figure dans le personnel de la gendarmerie de Doulevant-le-Chateau. Idylle à la gendarmerie de Langres. C'était la séquence pipol.    

   On revient aux LALIGANT. Quelle est la profession du   père d'Anaïs, Pierre Philibert, 3ème du nom ?

Maulnes 1650- RGe

Propriétaire à son mariage en l’an X, marchand, dénomination vague, en 1802, « cafetier » en 1813. Qu’est-ce à dire ? Tient-il à Mussy un établissement où l’on sert des cafés ou bien s’occupe-t-il du négoce du café ?   J'ai dit Philibert III . Car c'est un trait distinctif de cette famille  originaire de Mimeure près d’Arnay- le-Duc: depuis le début du XVIIIe siècle, on y respecte l’usage de donner à l’aîné le nom du père. Avant le père d’Anaïsse, il y a eu  Pierre Philibert I, Philibert II (1753-1824) ;  pour le frère d’Anaïsse, Philibert IV, on adjoindra le prénom plus passe-partout d’Émile. La tradition disparaît avec la mort précoce du petit-fils Philibert V (1826-1828) d’ailleurs également prénommé François Émile.  On bouge beaucoup dans la famille, mais en restant aux alentours de Bar-sur-Seine, Langres, Arnay-le-Duc, et dans l’Yonne Cruzy-le Chatel (avec sur le territoire de cette commune un lieu-dit orthographié de toutes les manières : Maune, Mone, Meaulnes, Meaunes).  Quand  on n’est pas  propriétaire, on est marchand- fermier (l’ancêtre François à la fin du règne de Louis XIV à Mimeure),  receveur à cheval de l’administration des contributions indirectes   (Philibert II Langres 1753- Mussy 1824) ou directeur de la verrerie de Maunes à Cruzy le Chatel (Philibert I  vers 1777-1782 puis son frère Claude). La verrerie était installée dans un lieu étrange, un château pentagonal construit à la renaissance sur une source et son nymphée. Cette masse bizarre s'élève aujourd’hui au milieu d’une lande mais autrefois l'entourait une épaisse forêt bientôt dévastée pour alimenter un four de verre à bouteilles.

maulnes 2014-003

 

Les Louvois  qui en avaient hérité exploitent ensuite eux-mêmes la verrerie puis s’en débarrassent. Menacé de ruine il commence aujourd'hui à être restauré. L’article de Wikipédia détaille les avatars de ce monument unique.

             

laligant 1870 papetier c -004

Les LALIGANT étaient comme dirait le baron Seillière de la race des entrepreneurs. A 23 ans, lors de son mariage Philibert Émile, le frère d’Anaïsse est déjà régisseur de forges à Montreuil-sur-Blaise (Haute-Marne). L’autre mois, le hasard (Généanet en fait) m’a mis sur la piste d’un  Alexandre Gaston LALIGANT  établi dans le Pas-de-Calais,  à la tête d’un moulin à papier à Maresquel près d’Hesdin sur la Canche.

 

La papeterie ne fermera qu’en 2006 non sans avoir consciencieusement pollué le fleuve côtier. Après recherche, il s’avère que cet Alexandre-Gaston est le fils de Claude. Sa nécrologie tout en louanges   fait de lui « le fils de ses œuvres ». Certes il était allé chercher aventure bien loin de ses bases mais vu son entourage familial de notables provinciaux, on ne peut dire qu’il soit parti de rien. Quant au père d’Anaïsse, je me suis longtemps cassé les dents sur son cas. Après avoir donné six enfants à sa femme Ursule Ménétrier, il disparaît : mort ? Suicidé ? En fuite ? Ursule se remarie: joie, (déplacée peut-être mais c’est celle du limier qui flaire la piste) j’apprends que Pierre LALIGANT est mort le 2 juillet 1816. Mais où ? Silence. J’ai remué toutes les archives des villages possibles – heureusement qu’elles étaient numérisées et d’un accès facile. En vain. Mais la ténacité paie. La solution à une prochaine lettre – si j’arrive jusques là !     

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