terresdartois

Ma manifestation

Urgence du 19 février.

 

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Actualité oblige et le hasard d’une opération « place nette » : dans un cahier de recherches de 2017, je tombe sur une rubrique « vivre à Romanswiller » consacrée aux WALTZ, une famille alliée à la fin du XIXe siècle  à mon cousin Émile GOSSART.  Une longue histoire dont j’ai déjà abordé plusieurs aspects dans ce blog (tags Waltz, Walz, juifs d’Alsace).

               Il y a une synagogue à Romanswiller, un cimetière

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juif aussi. J’espère que l’un et l’autre échapperont à l’imbécillité profanatrice.  Je ne les ai jamais vus. Je les connais parce que Romanswiller est  le berceau des WALTZ.  Aucun rapport avec Jean-Jacques WALTZ  plus connu sous le pseudonyme de Hansi. Ils ne s’appelaient pas WALTZ ni WALZ à l'origine.

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C’était un temps où les juifs  ne se transmettaient pas toujours un nom fixe mais, comme dans beaucoup de sociétés traditionnelles, on ajoutait à son prénom la formule « fils/fille de ».  Coutume très agaçante pour une administration « moderne » – et pénible pour les généalogistes. L’Islande perpétue la tradition mais en France Napoléon "protecteur -à poigne- des juifs" y a mis bon ordre en 1808 dans son « décret de Bayonne ». Plus tard il fut imité par l’administration coloniale . Furent donc ouverts  des registres de  « prise de nom » dans les départements de l’Est. Pourquoi le patriarche a-t-il choisi WALZ ? Le nom est courant dans  l’Alsace d’alors, porté par des familles recensées comme  catholiques ou protestantes.  Le décret interdisait tout prénom ou nom tirés de la Bible.

            Abraham fut un citoyen zélé.  Rien ne l’obligeait à changer : des KAHN, BLUM, DREYFUS, LEVY ont

W 1808 prise de nom - B

souvent gardé leur nom traditionnel hébraïque, qui d’ailleurs fonctionnait déjà comme un  nom de famille transmis de génération en génération. La famille d’Abraham était exactement dans ce cas : tous se nommaient Joseph. Nom trop biblique ? Mais Joseph n’est-il pas le nom du père nourricier de Jésus-Christ ? Les « JOSEPH » ont donc décidé d’être des WALZ, des français obéissants, prêts à se mouler dans le modèle qu’on leur proposait, le prix à payer pour leur « régénération »  comme disait l’abbé Grégoire, pour sortir du ghetto social, géographique, mental où les maintenaient aussi bien les non-juifs pétris d’a priori que    leurs propres  religieux qui craignaient de ne plus avoir la même emprise sur leurs esprits. Tous les WALTZ ne saisissent pas les possibilités d’ascension sociale. On reste colporteur, en tournée toute la semaine, ferrailleur, marchand de bestiaux,  boucher, prêteur peut-être encore, même si la pratique est largement décriée. Seul Lehmann  (1809-1880) ose amorcer pour  lui et  sa descendance un parcours remarquable  de réussite « républicaine » quasiment idéale. Il rompt avec l'ancien monde confiné et quitte Romanswiller pour Colmar. Il choisit d’être instituteur et avec sa femme, sage-femme, il fonde une famille qui croit à l’instruction moderne. Leurs fils Adolphe  (1840-1926), et Émile  (1848-après 1901) ont de belles carrières. Émile, engagé dans le journalisme devient  grâce à son engagement républicain après la défaite de 1870, un de ces cadres sur qui le jeune régime peut s’appuyer avec confiance : il est sous-préfet dans divers départements. Son frère Adolphe (1840-1926), plus brillant et moins dilettante sans doute   s’offre un parcours universitaire parfait depuis le lycée de Colmar : Paris (Charlemagne, Louis le grand),  l’École Normale Supérieure, l’agrégation, et après divers postes de lycée et une thèse de latin , professeur à la faculté de lettres de Bordeaux , tout en mettant durant son passage à Mont-de-Marsan, une belle pagaille dans le milieu conservateur avec son Avenir Landais qu’il fonde avec quelques remuants collègues. Après  1871, il opte pour la France, fait venir à Paris ses parents. 

W adolf 1908 incid 17 1 lalantern

Sa femme, apparentée au capitaine Dreyfus, était décédée prématurément. Ils eurent deux fils, universitaires eux aussi, spécialisés eux aussi dans les littératures gréco-latines, Pierre  (1878-1945) dans le monde grec, René (1875-1959) du côté de Sénèque. C’est comme cela que je l’ai rencontré (ainsi que ses fils)  à un double titre, comment étudiant de lettres classiques, et comme cousin éloigné de son beau-fils Émile GOSSART  dont j’ai raconté ailleurs le périple.  Il est mort en 1926, décoré depuis trente ans de la Légion d’honneur,  à 86 ans,    dans le 16ème rue du Dr Blanche, si appliqué à être intégré dans le monde de son temps  (malgré son intérêt pour le monde gréco-romain) qu’en 1880, déclarant le décès de son père, il ignorait  complétement le nom de ses grands-parents colporteurs décédés une cinquantaine d’années auparavant ( en 1828 et  1838).  

w émil 1894 antisém_a-002

 

  Monde idéal ? Pas d’antisémitisme ? Que si. Je n’ai rien lu qui permette de dire qu’Adolphe eut à en souffrir  dans sa carrière. Seul un esprit paranoïaque donnerait une telle dimension à l’incident relaté par La Lanterne (17-1-1908) Mais son frère, Émile,  le sous-préfet, essuya de plein fouet les attaques de la presse conservatrice de son époque. Les deux fils d’Adolphe eurent des fortunes diverses : à Lyon, René, qui après la guerre afficha son prénom complet officiel de René-Isaac, régna sur les lettres classiques et… le scoutisme régional en plein régime de Vichy, cependant que sa femme Henriette protestante convertie au catholicisme se consacrait à des mouvements chrétiens d’éducation populaire.  À Clermont-Ferrand, moins de chance pour Pierre WALTZ, doyen de la faculté de lettres. Malgré ses gages de loyalisme, il fut une des premières victimes des mesures anti-juives décrétées par Pétain. Révoqué en décembre 1940, il ne récupère sa chaire qu’en 1945. Il décède peu après.

   Retrouver quelques bribes de ce passé, les faire connaître.  Voilà ma contribution

Requiescant in pace      

w 1830 fegersheim cimet jui

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La disparition

LA DISPARITION

Malgré le titre , sur le carnet rose de février : deux naissances à chaque bout du mois: le 7 février... 1735 Jean Louis Dominique BERSEIN (1735-1784), et 

1 carte ign berck arras

soixante- dix ans plus tard sa petite- fille  le 26 février 1806 Catherine Joseph BRESIN  (1806-1872). Une famille énigmatique, une petite branche qui a poussé par aventure sur le tronc principal des LECLERCQ.

  

 

Catherine : elle naît à Gaudiempré à l'Ouest d’Arras. C’est la grand-mère  de mon grand-père maternel Lucien Amédée LECLERCQ.

Son  grand-père, Jean-Louis Dominique : hors de la sphère arrageoise habituelle, il est natif de la baie d’Authie, estuaire mouvant  d’un fleuve côtier parallèle à la Somme et à la Canche et qui sert  en partie de frontière entre les nouveaux départements de la Somme et du Pas-de-Calais instaurés par la Révolution. Il naît à Coigneux, là où se situe la source de l’Authie ; il meurt à Groffliers au début de l’estuaire que Berck limite au Nord. «  Employé aux fermes du Roi et douanier »,  avec ses collègues il arpente les dunes  (sur le

4 berck poste douanier baie d'authie-003

fameux chemin des douaniers), avec pour tâche de contrecarrer ou gêner par leurs rondes la  contrebande active avec l’Angleterre. Le port lui-même en cette fin du XVIIIè est ensablé et les barques de   pêche  adoptent la technique de l’échouage. Un noble se plaint que sa garenne de Groffliers « qui rapportait jusqu’à 1200 livres par an n’est plus affermée depuis que les sables ont bouché les terriers et couvert les herbes qui servaient de nourriture aux lapins » («  Wikipédia »)

 Aussi instable que le chenal de l’Authie à son embouchure, la graphie du nom.  Bersein, Bersin, tant qu’on se cantonne aux villages du littoral devient Bresin, Brezin dans les villages de l’Arrageois.  D’un

3 berzin 1776 M-signat-001

3 bresin 1798 M jl x lcq

4 brezin 1798 fille N b-001

« pays » à l’autre,  la prononciation change: à la faveur du R roulé qui autorise aussi bien Re que eR,  le  S désormais entre voyelles se prononce Z d’autant qu’à l’écrit,  sa forme particulière qui le surmonte d’une aigrette le fait lire comme un Z. On rencontrera même plus tard BrAzin, Vrésin, Vraisin. L’intéressé est aussi versatile : il peut signer la même année à un mois d’intervalle Bersin ou Bersain. Quant à l’origine du nom, Bersin ou Bresin,  les spécialistes  ne se prononcent pas. C’est un patronyme rare dont les porteurs  se situent surtout en Mayenne  , dans la Somme et le Pas-de-Calais. Un autre foyer existe du côté de la Côte d’Or  

 Voilà pour les personnages secondaires. Mon « héros » est au milieu : c’est le père de Catherine, le fils de Jean-Louis Dominique. Par lui le nom de BREZIN fait son apparition dans l’arbre LECLERCQ : j’ai nommé Jean-Louis BREZIN.  Je préviens: on n’en a pas terminé avec les flottements et les ambiguïtés. Je suis tombé sur lui en m’intéressant au mariage d’Augustine LECLERCQ, l’arrière-grand-mère  de Lucien Amédée LECLERCQ, à Gaudiempré.  

       

2 brezin arbre

  15 frimaire an VI Gaudiempré 

- Louis Joseph  BREZIN journalier 25 ans 23 j demeurant à Gaudiempré  fils légitime des feus Jean Louis et Angélique de may né le 12 novembre 1772  à Berck

- Augustine Joseph  LECLERCQ  travaillant à son ménage [plus tard fileuse] 23 ans 2 mois et demi fille de Jery masson âgé d'environ 68 ans et de feue Marie Barbe  Le doux  née le 20 septembre 1774 à Gaudiempré.

   témoins:  Pierre Guislain  Dechelers garde forestier 54 ans ami du Marié,  Pierre Auguste Monvoisin 57 ans scieur de long,  Pierre Guilain LECLERCQ  percepteur de Gaudiempré  32 ans frère consanguin de la Mariée,  Grégoire Bonnerre cultivateur 37 ans parrain de la Mariée . Tous sont de Gaudiempré et signent sauf la mariée et P-A Monvoisin (AD 62 MIR 368/1 vue 738).

 Natif de Berck? Voilà qui intrigue. Comment a-t-il atterri à l’intérieur des terres, à plus de 80 kilomètres de ses bases ? Fallait-il aller chercher du travail aussi loin ? À en juger par ses témoins  (garde forestier, scieur de long) il a travaillé dans les nombreux bois des environs. Mais l’arrière-pays de Berck est couvert de forêts. Je remarque cependant qu' à Gaudiempré  il n’est pas en terre inconnue: son père,   son grand-père sont originaires d’un petit village distant de quelques kilomètres de Gaudiempré,

1 coigneux gaudiempré a pied

 Coigneux, là  où l’Authie prend sa source. En plus, découverte de dernière minute, un de ses oncles issu du même village s’est marié à Gaudiempré avec une LECLERCQ.    Un autre motif peut-être aussi pour rompre avec la routine: l’agitation révolutionnaire est passée par là. Les temps sont troublés, on bouge dans tous les sens sur les frontières du Nord. Il a bien dû à un moment ou un autre  être réquisitionné comme « volontaire » pour défendre la Patrie en danger. A -t-il pensé échapper à la conscription en s’évanouissant dans une campagne au fond de l’Artois où il était peu connu ?   Si c’est le cas,  c’est plutôt raté comme on va voir.

       Et ce prénom ? Louis Joseph ou Jean-Louis ? Il  ne serait pas le premier à avoir un prénom usuel différent du prénom officiel. Baptisé Louis Joseph à sa naissance, il l’est encore  à son mariage mais ensuite, Jean-Louis seul est attesté : le 23 brumaire an VI Jean-Louis BrAzin  reconnaît que la petite Augustine dont Augustine LECLERCQ accouche chez son père  « est de ses œuvres ». A la naissance de  sa seconde fille Catherine, le 26 février 1806 on note « le père Jean-Louis Brazin  absent pour l’armée ». La cause est entendue : dans les autres actes qui le concernent, il sera toujours Jean-Louis. Pourquoi pas ? C’est la moitié du prénom du père. Sauf que dans la fratrie, existe un autre Jean-Louis, un demi-frère, né en 1778 d’un second mariage. Celui-là est attaché à Berck comme la moule à son rocher. Il s’y marie parmi les relations de son père avec la fille d’un préposé aux douanes, a deux enfants prénommés équitablement comme leur grand-père Louis et Dominique. Chez Louis-Joseph,  cette façon de se « rebaptiser » en s’accaparant le prénom d’un autre trahit, je le soupçonne, une certaine jalousie envers un frère tard venu, illégitime en somme, qui lui vole sa place de petit dernier chouchouté et… une part d’héritage (même minime).

               On revient à ce mariage. L’intéressé demeure à Gaudiempré dit l’acte. Depuis suffisamment longtemps  pour qu’on n’ait pas jugé nécessaire de faire  publier des bans à Berck…au risque de bigamie.  Ce mariage était nécessaire.  Il régularise un état de fait, l’existence d’une fille née un mois avant, 

6 brezin 1830 M cath x thuillier b-001naissance voulue ou pas, fruit d’une aventure qu’on pensait peut-être sans lendemain, d’une imprudence d’un moment ou  de l’impatience des corps. Curieuse stratégie de contrôle des naissances: après une hâte intempestive, il faut attendre dix ans pour que naisse Catherine, en l’absence du mari « aux armées », conçue  apparemment à l’occasion  d’une permission  vers février de l’année précédente – à moins  que le départ pour l’armée n’ait eu lieu qu’ensuite. Dix ans ? Aucun enfant entre temps, je n’ai rien trouvé en tout cas. A-t-il participé durant toute cette période aux campagnes napoléoniennes ? Même vivant ce fut un père et un mari bien absent.

               L’armée justement.  Elle l’a donc pris en 1806  ou même avant. S’il a échappé à la conscription révolutionnaire,  il n’a pu échapper à l’Ogre, à sa soif de conquête, à ses triomphes comme à sa dégringolade.  La Grande Armée l’a avalé. Est-il à Iéna en  1806 ? Allemagne,  Pologne, Russie, Espagne, les champs de bataille où laisser la vie sont innombrables. Dans les registres,  il n’existe plus qu’en creux. Quand sa femme meurt en 1816, elle est dite épouse de Jean-Louis Brezin sans plus de précision.  Au recensement de 1820 les deux filles, orphelines de fait habitent ensemble mais   comme si de rien n'était elles  donnent leur  père militaire pour chef de foyer.  En 1823, au mariage de sa fille aînée avec Jean-Baptiste Marquis, il est là sans être là  « Bresin Augustine … fille de BRESIN Jean Louis et de LECLERCQ  Augustine sa mère décédée à Gaudiempré le 26 février 1816 et nièce de Pierre Guillain LECLERCQ », l’oncle  appelé à la rescousse comme père de substitution…En 1830, on veut en finir en affirmant clairement  les choses : « Catherine Josèphe BRESIN  fille de feu Jean-Louis BRESIN soldat présumé mort aux armées attendu qu’il n’a  paru aucunes nouvelles de lui depuis le 29 mars 1812 ».

     La disparition…Du moins peut-on la dater ! La dernière fois qu’il était venu à Gaudiempré  il avait 40 ans, sa femme 38, l’aînée 15 et la cadette 6. L’épouse sera restée sans nouvelle pendant 4 ans quand elle meurt en 1816. On peut imaginer que les filles, en attendant leur mariage furent recueillies par un des nombreux LECLERCQ dont Gaudiempré paraît le berceau tant ils y sont nombreux.

         Quelle était sa feuille de route le 29 mars 1812 ? Les « affaires » reprennent : le tzar mène la 6è coalition  et Napoléon se lance dans la campagne de Russie. Dans cette armée de vingt nations et de 650000 hommes, il  y avait  peut-être

 le soldat BREZIN. Gît-il  momifié dans la 

1810 Napoléon ombre

légende napoltourbe des marais de la Bérézina ? A-t-il survécu dans quelque village d’Ukraine ou de Pologne, entouré de petits Brezin sujets du tzar ?

             

 

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janvier. le couple du mois

Janvier.

 Le couple du mois

danseurs paysans fin 18è

 En tête de gondole ce matin: Pierre Antoine PRUVOST et Marie-Thérèse DEBÉTHUNE. Un couple parmi la vingtaine de mes ancêtres qui se sont mariés en janvier

    Ils font partie de la famille maternelle de mon père. C’est le côté DRUGY. Le point de jonction va être leur fille Florence qui épouse en 1751 un Michel DRUGY et leur fils Antoine les  dotera en deux mariages de 18 petits-enfants. 

1 carte Bucquoy

Tout ce monde évolue à Bucquoy  et ses alentours, Essart-les-Bucquoy, Gommecourt, Gommiécourt etc....    À 25 kilomètres au Nord: Arras et Bapaume à une dizaine. Inutile d’aller sur place s’imprégner du cadre où vécurent ces ancêtres.  Du passé l'Histoire y a fait table rase. Allemands et Alliés occupèrent et pilonnèrent chacun leur tour la région pendant la première guerre mondiale; en 1871 s'y étaient tenus les furieux combats de la bataille de Bapaume entre les Prussiens et l’armée de Faidherbe. L’église  de Bucquoy  ruinée en 1916 avait déjà dû être  été reconstruite en 1871.

         Pierre-Antoine et Marie Thérèse s’épousent donc à Bucquoy le 30 janvier 1720.

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Le Régent règne: il a forcément les traits de Philippe NOIRET

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dans Que la fête commence. Eux sont des mariés bien jeunes pour l’époque : 23 ans  pour lui, 18 pour elle. Pierre-Antoine est « manouvrier » : il se loue chez les autres au gré des besoins. Il a peut-être par chance un patron attitré qui l’aide à cultiver un lopin en lui prêtant un bœuf ou un cheval, un chariot, une charrue.  Marie-Thérèse est probablement servante ou journalière au gré des demandes selon les saisons , gardant  à l'occasion un troupeau tout en filant la laine.

         Pourquoi se marier si jeune?  Pour comprendre, Il suffit de s’attarder   sur les dates de naissance, de mariage, de décès  - 

drg arbre debéthune

des renseignements transparents à force d’être automatiques –et

pourtant parfois si difficiles à obtenir. Elle est orpheline ; ses  parents ont disparu la même année, presque en même temps,  septembre/octobre.  Ce n’est pas n’importe quelle année : 1710, année de famine, d’inondations, d’hiver rigoureux, qui fait suite à deux années aussi calamiteuses. Dans les registres de sépultures, les curés se contentent de noircir d'une écriture resserrée des listes de morts énumérés à la suite, sans plus de détails. Une épidémie paraît frapper la famille en ce fatal automne 1710 : Marie-Catherine MARTIN meurt  en même temps que son dernier-né de deux ans, Pierre-Philippe ;  un mois après vient le tour du père, Nicolas DEBÉTHUNE. Ils avaient déjà perdu en mars 1709 Marie-Élisabeth, à 18 ans.

          Inutile de forcer le trait : pour la famille PRUVOTle bilan  fin  1710 ne peut être pire.  Marie-Thérèse - neuf ans- se retrouve seule avec son frère Pierre-Albert  (5 ans)  à la charge de l’aînée âgée de 18 ans. Celle-ci ne tarde pas l’année suivante à fuir en convolant avec un journalier de 18 ans. Mariage précipité pour légitimer une naissance ? Non, j’ai vérifié : la première naissance ne survient qu’un an après. Auprès de qui les deux orphelins ont-ils pu chercher refuge ? Chez un oncle ? Une tante ? Leur sœur  aînée ? Situation provisoire qui doit cesser au plus vite, ce qui explique ce mariage précoce. Quant au petit dernier, Pierre-Albert, impossible de savoir où il est passé.

             Les "tourtereaux" semblent s’être donné un peu de bon temps, ou simplement le temps de la réflexion avant  de se lancer dans la procréation : leur aîné Adrien  vient au monde  deux ans après.  Ensuite  tous les deux ou trois ans,  la famille s’agrandira de six autres rejetons. Uniquement  des filles. Une pause de six ans, et vingt ans après leur union  naît Marie Marguerite. L’enfant vit deux jours, et meurt en même temps que sa mère qui avait 41 ans. À quarante-sept ans Pierre-Antoine est à la tête d’une progéniture  nombreuse  étalée entre vingt ans et six ans. Des bras qui peuvent s’employer comme lui chez les autres mais aussi  des bouches à nourrir, un ménage à tenir, encore qu’il y ait suffisance de filles  pour s’en occuper – avec le souci de leur trouver un mari et de les doter,  si modestement que ce soit. 

         Le veuf  n’est donc pas un parti reluisant. Il met deux ans à trouver la perle rare qui voudra bien de lui et de ses 7 enfants  dont 4 filles  de 15,  12, 9, 8 ans. Ce sera une veuve « récidiviste » de 41 ans : Marie-Anne DELAIRE. De son premier mariage avec Hugues DRUGY elle a deux garçons de 17 et 15 ans. Leur père était mort  prématurément à 36 ans, la laissant avec des bébés de 1 et 3 ans. Elle les a élevés seule pendant 10 ans, jusqu’à ce qu’un Pierre VASSEUR, veuf lui aussi, l’épouse  en 1740 et meurt aussi vite. La voilà de nouveau veuve,  à 41 ans. Ses deux garçons travaillent certes et rapportent leur paye à la maison mais ils  vont s’établir sous peu: elle va se retrouver seule sans grande ressource. Notre Pierre-Antoine a charge de famille mais au moins représente-t-il une certaine sécurité. Un arrangement gagnant –gagnant en somme. Finalement, ils vieillissent seize ans ensemble. Elle disparaît en 1760 ; il lui survit encore 15 ans pour mourir au bel âge de 78 ans. Il y avait trente-trois ans qu’avait disparu Marie-Thérèse la mère de ses enfants .

                 

drg arbre pruvost rdg delaire

On rebondit: DRUGY ? Vous avez dit DRUGY ? - Hugues DRUGY  le premier mari de Marie –Anne Delaire.  Mais j’en ai un autre en magasin: Jean-Michel DRUGY  qui épouse  Marie-Florence, fille de Pierre Antoine le 3ème mari. Homonymie ? Non. C’est le propre fils de la Delaire. Aucun lien de sang certes entre Jean-Michel et Florence, -pas plus qu’il n’en existe entre Phèdre et Hippolyte.  on frise pourtant  l’inceste moral. L’Église  est devenue bien laxiste – ou tolérante : elle laisse faire, préférant une union consacrée à une vie "dans le péché". Bru et belle-fille, gendre et beau-fils se confondent. Les deux infortunes s’allient.  Au programme pour  Jean-Michel le tisserand  et sa femme Florence : sept enfants. Parmi eux,  Antoine, tisserand également, qui en deux mariages aura 18 enfants. Il fallait bien ce nombre car seuls dix survivent,  dont finalement cinq garçons pour assurer- si cela a un sens- la pérennité d’un nom rare.

       Moralité : toujours faire confiance au hasard. Ce couple avait attiré mon attention pour s’être  mariés en janvier.  Motif  bien frivole et arbitraire. Et voilà que surgissent la petite glaciation,  la funèbre fin de règne du Roi-Soleil,   les stratégies contradictoires des humbles  pour faire face à une mortalité infantile effarante : à la fois contrôle des naissances et natalité débridée; des  veuvages à répétition compensés par des remariages parfois acrobatiques pour s’assurer contre la misère et resserrer les rangs. En sus grâce aux équivoques du vocabulaire français pour désigner les parents par alliance ou par un  remariage, Pierre Antoine Pruvost, deux fois veuf, se retrouve parâtre et beau-père de Jean-Michel DRUGY son gendre et beau-fils.  Quant à sa fille Florence, n’était son existence minuscule, elle était  digne de faire les titres d’un Ici Paris du temps: « Elle épouse le fils de sa belle-mère ».

 

clerc chauve

Post Scriptum : l’orthographe des noms  donne  ici  lieu à un véritable concours d’inventivité. Passe pour

drg 1724 delecq x dupuis-001

Pruvost, qu’on pourrait parfois lire prevot. DRUGY est peu affecté  hormis  un rare drugi /drugis : le tréma quasi systématique sur le Y drugÿ assure la pérennité de la finale.  DEBETHUNE s’écrit parfois debétune. Ce sont vétilles à côté du sort réservé à DELAIRE, graphie que j’ai fini par choisir arbitrairement comme la forme standard (rencontrée  pour d’autres familles). Aucun porteur du nom ne sachant signer, on est tributaire des

 

fantaisies du scribe : delherq, delhercq, delhecque   sur le modèle du « clercq ».  Le R se prononce  certainement mais la confusion des jambages permet de rencontrer ou lire des delhuque, delhucq….  Et  puis, virage à 180°, à la réflexion -c'est mon dernier mot-  je vais modifier  le nom et opter  pour  delecq malgré tous les arbres qui propagent DELAIRE! 

Épiphanie

 

Le jour des ROIS

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                        JANVIER mois transitoire malgré le calendrier: Janus jette un dernier coup d’œil à l’année écoulée et se tourne déjà vers celle qui commence : on fait l’inventaire des stocks, on prend de bonnes résolutions. J’ai eu la curiosité – un peu vaine- de voir comment ce premier mois de l’année avait marqué mon troupeau d’ancêtres. Le clan maternel   (228 personnes) LECLERCQ –LEBAS  est en hibernation quasi-totale : seule une Marie-Guislaine DESAILLY y a eu l’idée de trépasser- le 9 janvier 1738. Du côté paternel, parmi les 320 membres  de DAUCOURT & Cie toutes branches confondues, on a bougé modestement : 11 mariages et 7 enterrements étalés sur les XVIII et XIXe siècles  et 4 naissances. C’est le bataillon breton (du côté du grand-père maternel) qui s’agite le plus malgré sa  modeste taille de 88 engagés. Cinq mariages (surtout dans la dernière semaine de janvier), onze naissances d’enfants conçus dans l’euphorie printanière mais pas un seul mort. Je ne vais pas épiloguer  sur les bizarreries relevées. Hasards du calendrier? L’expression sonne comme un aveu d’ignorance. Qu’importe. Puisqu’on vient de « tirer les rois » comme on disait autrefois, et que l’Épiphanie tombait pour une fois un dimanche, j’ai eu envie de braquer  un instant mon projecteur – en fait  plutôt le superbe stylo- led offert  comme étrennes par  mon coiffeur- sur les naissances bretonnes, même si, à la réflexion, je ne suis pas très sûr  que la Bretagne d’autrefois ait fait un sort autre que religieux au 6 janvier .

            Dans la famille JÉGOUIC  j’appelle  par ordre chronologique, Marie SILSIGUEN, Etienne-Marie JÉGOUIC, du 6 janvier 1824 et Françoise LHERMITE née le 7 en 1829.

 

silsiguen étymologie

Marie Silsiguen : née le samedi 7 janvier 1713 à Bothoa plus précisément Ker auter an gall  (désormais u n quartier rattaché à St Nicolas du Pelem) comme la plupart de ses frères et sœurs. Pour faire simple, c’est la grand-mère de l’arrière-grand-père  de mon grand-père François. Sous l’Ancien Régime, Bothoa était une immense paroisse. Elle fut démembrée en 1836 et 1860 et n’est plus qu’un hameau de Plounévez-Quintin où d’ailleurs eut lieu son mariage avec François  Jégouic.

   SILSIGUEN est un nom rare, à peu près exclusivement localisé à Plounévez-Quintin selon les données de Geneanet. Nul ne se prononce sur l’origine du nom. Prudence bizarre.  Il suffit de consulter un dictionnaire pour avoir au moins un début de réponse. Dans le dictionnaire de moyen-breton que j’ai sous les yeux, le mot  désigne … une saucisse. En nom propre, il a donc fonctionné au départ comme un sobriquet moquant ou un goût prononcé pour ce mets ou une silhouette – allongée,  ramassée c’est selon, ou bien c’est une allusion grivoise.   Notre Marie est l’aînée de dix enfants. Ses parents se sont mariés plus d’un an auparavant le 26 novembre 1711 à Bothoa : François Sébastien SILSIGUEN (1692- 1742) n’avait que 19 ans et Françoise CHEVANCE (1685-1739) déjà 26. Quelle profession exerçait-il ? Il est déjà beau d’avoir l’âge du marié et des filiations car le curé Louis le Gall  semble plus préoccupé de tracer partout son élégant et immense paraphe  que de tenir scrupuleusement  ses registres :

Le gal curé 1711 fcs X Chevance b

les actes sont souvent transcrits après coup, regroupés avec d’autres !   De toute façon, pas de mystère, ce sont des « sans dents » comme dit l’un, des gens « qui ne sont rien » comme dit un autre, des « croquants » comme il se disait jadis. Le couple s’installe à Kerauter an Gall chez le mari  puis à Plounévez-Quintin. Il est à la tête d’une vraie tribu de filles.  Marie (1713-1782), Louise ‘1714-) ,  Anne (1716-1747),  Marie Pélagie ( 1719-1719) , Louise  (1721-) ,  une autre Marie ( 1722-) , Julienne ( 1725-1725) , Jacquette et Philippette (1726-) , Mathurin (1730-1788). Deux bébés disparaissent précocement mais Françoise accouche de jumelles à 41 ans après 4 ans sans naissance. Et puis in extremis, 4 ans après encore, un garçon Mathurin -à 46 ans. J’ignore encore si tout ce beau monde a survécu. Nos services enquêtent.

 Quant à notre petite née le lendemain de l’Épiphanie, a-t-elle voulu fuir le rôle ingrat de l’aînée occupée à torcher ses sœurs ? Elle s’empresse de convoler à quinze ans avec mon ancêtre Jégouic premier prénommé François, un « vieux » de 31 ans. Notre curé amateur de calligraphie  a regroupé deux actes de mariages, se contentant de noter qu’il n’y a pas eu d’opposition et qu’il a accordé sa bénédiction nuptiale à « François Jégouic  de la paroisse de Bothoa et Marie Silsiguen de cette paroisse en présence de Claude Jégouic  François Silsiguen pères des mariants  et plusieurs autres ». Le ménage s’installe un temps à ker lenévez, dans la « banlieue » de

Bothoa rue du bourg

Plounévez-Quintin mais changera plusieurs fois de lieu, toujours aux alentours de Plounévez. Curieusement, la première naissance repérée n’intervient qu’en 1733,  5 ans après le mariage de 1728.  Serait-ce que l’union  n’aurait pas été immédiatement consommée vu l’âge de la mariée ? Durant plusieurs  années Marie s’est-elle contentée de tenir le ménage de son mari ? Les naissances ensuite se suivent à un rythme raisonnable. Dix enfants, étalés sur vingt ans, également répartis entre filles et garçons. À 40 ans Marie a un dernier enfant, qui meurt célibataire à 26 ans. Les autres illustrent parfaitement la tradition bretonne de la famille nombreuse : Alain  marié  à Marie Calvé aura  9 enfants. L’ancêtre direct  Sébastien et sa femme Louise Le Louët auront 12 enfants mais, autre phénomène récurrent  de l’ancienne France, la moitié meurt à moins d’un an.   En tout cas. Vive la petite reine Marie  et sa nombreuse descendance ! 

Un petit roi, un vrai, daté du 6 janvier, en 1824, sous la Restauration: Etienne Marie JÉGOUIC. Ce Jégouic-là appartient à une autre branche, sans rapport avec l’autre : ils sont tous de Laniscat et non de Plounévez-Quintin. Mais après consultation d’un autre arbre de Généanet (chantalguyjeg1) je m’aperçois que le plus ancien connu de ces  Jégouic est aussi de Plounévez…Tous ont donc quelque chance d’être cousins …  au moins à la mode de Bretagne. L’aînée des huit enfants d’Étienne-Marie, Marie-Anne Jégouic épouse  Yves Jégouic : je tiens là les parents de grand-père.

         

laniscat st gelven abbaye bon repos

  Un mot sur Laniscat - théoriquement  la ville n’existe plus. Un peu comme Bothoa devenu un simple quartier de Saint-Nicolas du Pelem,  Laniscat  a perdu son autonomie : elle s’est fondue dans une « agglomération » dont le nom ressemble à une blague administrative Bon-Repos-sur-Blavet. Un nom d’EHPAD, de camping, d’hôtel ou de villa à l’ancienne ou encore appellation technocratique d’une ville nouvelle quand il importe de ne fâcher aucune commune du regroupement, Laniscat, Saint-Gelven ou Perret. Le Blavet coule bien toujours là et le Daoulas dans ses gorges mais  Bon Repos fait référence… à des ruines : celles de l’Abbaye cistercienne du Bon Repos  qui n’a ni

laniscat 1853 jgc x l'hermit

porte ni fenêtre.

    Et pour finir j’appelle maintenant Françoise Louise « Mathurine » L’HERMITE née le 7 janvier 1829 à Ker Yvalan, hameau de Laniscat.  Je connais mal mes troupes bretonnes : la nominée est la femme du précédent, née à un jour près quatre ans après son mari Étienne Marie Jégouic ! Mère de huit enfants, elle est elle-même troisième d’une nichée de sept (plus un mort-né). Jégouic ne sait pas signer mais chose assez rare elle signe à son mariage. Son père le fait aussi, tant bien que mal :  des bâtons tremblotants en faisant un gros pâté effacé, étalé -d’un revers de manche malencontreux peut-être ?

Voilà mes enfants-rois de Bretagne. On doute  qu’ils en aient été plus heureux !

Août

 Août

             Aucun sens de l'actualité pour ce jour de Toussaint!. Mais c’est en août, au cœur de l’été qu’a éclaté la guerre qu’on vient de commémorer durant quatre années. Alors, en ce mois qui va voir la fin de  cette (première) guerre mondiale et de ce long travail de remémoration, j’ai envie de commencer par le commencement, A, alpha première lettre de l’alphabet,  ce sera comme Août.

               En Picardie, en Artois,  d’où sont originaires la plupart de mes ancêtres,  far ech’ mois d’août, c’est faire la moisson -de la fin juillet à quelquefois mi-septembre. Tous les bras  sont réquisitionnés, surtout quand les machines agricoles n'existent pas ( même si Pline l'Ancien a décrit une moissonneuse gauloise). Faucher, lier, rassembler les bottes,  les charrier, les engranger, battre le blé, toutes opérations longues et tributaires de la météo. L’abondance de la récolte  va dicter l’existence du paysan  - et du pays-   jusqu’à la prochaine récolte,  la fameuse « soudure » source des crises et des famines de l’Ancien Régime. Les accidents  et les péripéties de la vie passent au second plan. Pas question d’organiser un mariage, sauf  cas de force majeur quand la naissance illégitime, hors mariage se profile. Tout le monde préférerait aller à la noce avec l’esprit libre une fois récolte faite. Naître et mourir, c’est Dieu qui décide, quand la contraception reste rudimentaire et la médecine  bien aléatoire. Même au cœur de l’hiver pourtant, sous les épais édredons,  on connaît les pratiques  pour éviter une  naissance qui risquerait en plein été de troubler le travail des champs. La Mort aussi, la grande faucheuse paraît suspendre sa faux par les chaudes nuits d'été, écœurée de tant de concurrents : pour reprendre son activité, elle attendra des jours meilleurs, bien humides et malsains, en janvier ou février.C'est ce que disent mes chiffres : ils embrassent plus de deux siècles et concernent mes ancêtres, essentiellement ruraux de l’Artois et de Bretagne (pour un quart). Sur 299 mariages recensés, 7 seulement ont eu lieu en août ; 11 naissances se sont produites en pleine moisson sur 306. Les morts ne sont pas bien nombreux non plus : 13 en tout sur 455!

               

               Mariages d’août: dans la famille DAUCOURT je demande Jean-Philippe TOUPET de Saulty près                         d’Arras. C’est lui, comme aïeul d’Alphonsine CHEMINEL, qui permet à cette famille (toujours par les chemins depuis la Normandie elle n’a pas volé son nom)  d’entrer chez les trop stables DAUCOURT. Il est charron comme le seront ses deux fils. Le mariage a lieu le 19 août 1747.  L’été n’est pas le moment le plus actif pour construire un chariot, cercler les roues ; en revanche, les réparations vont bon train. Les attelages sont très sollicités : un essieu se brise, la voiture trop ou mal chargée verse, un timon ou une roue casse : il faut intervenir sans attendre. À la grâce de Dieu: puisque mariage il faut, on priera pour que le travail à l’atelier ne pâtisse pas des festivités de  la noce mais les invités ont de quoi faire grise mine  de  ne  pouvoir banqueter  et danser longtemps loin de la moisson  qui par tout  le pays a sonné le branle-bas de combat et ne peut attendre.

                  Le mariant a 25 ans, la future Marie Adrienne Focillon en affiche déjà 27. L’acte est rédigé de façon parfaitement canonique. Toutes les étapes ont été respectées.  Les trois bans ont été publiés. L’abbé Prévost, curé de Saulty donne benoîtement sa bénédiction au jeune couple, reçoit leurs consentement et promesse de mariage  en présence    de la mère du mariant (le père est décédé), de son oncle maternel, du père de la future mariée et de son parrain. Tout le monde signe- plus ou moins bien,   y compris la mariée et la mère du marié, Marie-Anne Cléret. Toutes les formes ont été scrupuleusement respectées. À ceci près qu’il y avait urgence : sur la même page du registre (en ce temps-là on notait à la suite baptême, inhumation, mariage comme ils se présentaient), dix lignes plus bas  apparaît l’acte de baptême du petit Nicolas, né  le 17 7bre, soit un mois après. Même en relâchant sa robe à la taille, Marie-Adrienne Focillon  aura eu du mal à ne pas   révéler un  ventre triomphant.  Le mariage vient-il légitimer un «accident» ou bien les promis avaient-ils imprudemment/ impudemment « pris un acompte » sur leur union future  dès janvier 1747 en batifolant un peu trop sérieusement au cœur des longues soirées d ‘hiver ? Pas de mésalliance en tout cas : les pères (charron pour celui du marié), tonnelier s’agissant de la mariée) appartiennent au même milieu d’artisans ruraux.

 

              Après cette imprudence « fondatrice » qui a dû faire jaser,  le couple s’impose un strict contrôle : Jean-Philippe naît cinq ans après. Encore deux ans, voici une fille Jeanne Joseph puis plus rien jusqu’au décès de l’épouse à quarante-sept ans. Curieusement le veuf attend dix ans pour se remarier. Il a 54 ans et l’élue, Marie-Anne Tilloy en a 49. La noce a lieu le 24 juillet 1776,  en été encore, mais sans doute les  moissons n’ont-elles pas encore débuté.  Pourquoi  a-t-on demandé (et obtenu) une dispense de deux bans?  Pourquoi tant de hâte après avoir attendu si longtemps ? Est-ce simplement pour pouvoir célébrer tranquillement la noce avant les gros travaux des champs ? Étrange tropisme par ailleurs  dans cette famille. La  sœur, Jeanne Marguerite Tilloy,  se marie aussi un 23 juillet, en 1782, sans qu’il faille sauver les apparences: il a 30 ans, elle  avoue sur l’acte 46 ans (49 en réalité). À moins que ce mariage arrangé ne permette à   l’époux d’échapper à une réquisition militaire qui menace.

                Et qui est l’élu de notre cougar ?  Mais Jean-Philippe Toupet bien sûr,  le fils du veuf Jean-Philippe épousé par sa sœur 6 ans avant.  Docteur Sigmund, à l’aide ! L’Église est bien moins sourcilleuse  que trente ans auparavant à l’égard de cette situation quasi incestueuse.  Elle prête ici probablement la main à un arrangement qui permet aux biens déjà maigres d’un charron de ne pas s’éparpiller. Par ailleurs pas besoin de dot pour la cadette qui est restée « vieille fille » après avoir consacré sa jeunesse à tenir le ménage. L’aîné, le Nicolas né un mois après le mariage de ses parents, a tiré son épingle du jeu : comme son père, il se débrouille bien avec l’écriture (son frère sait juste dessiner les lettres de son nom). Il a attendu d’avoir 35 ans pour se mettre en ménage. D’un premier  mariage, il a trois garçons (deux vivants) sobrement prénommés Antoine, François, Pierre. Son remariage rapide lui donne trois filles, la première née en Prairial de l’an VI  sera, l’inventivité révolutionnaire touche aussi  la campagne artésienne-  Sclermonde (Esclarmonde peut-être, héroïne cathare, et prénom de plusieurs comtesse de Foix ?) suivie d’un peu plus sages Florentine et Philippine. C’est cette Philippine qui par son mariage     introduit  l'instabilité  CHEMINEL dans la famille DAUCOURT.  


le Défroqué tranquille

    Le Défroqué tranquille

Bavincourt église et presbytère 1909

 À Bavincourt Pas-de-Calais village natal des trois quarts de ma famille, le dernier curé chargé de tenir le registre de l’État civil n’a pas fait long feu, même s’il était aussi curé de Barly, le village voisin. Son prédécesseur à Bavincourt, le curé Delattre était mort brusquement un jour d’avril 1791 et après presque une année de remplacement par les curés du voisinage, Le Néru arrive en mars 1792. Sans doute est-ce l’oiseau rare : on lui attribue  en même temps Barly. La guerre autour de la Constitution civile du clergé bat son plein.  Je doute que Le Neru ait été un réfractaire, surtout lorsqu’on lit sa façon enflammée de dater à Barly, par exemple l’acte de bénédiction de la cloche : Aujourd’hui jeudi treize septembre mil sept cent quatre- vingt douze l’an quatrième de la Liberté, le premier de l’Égalité a été procédé à la bénédiction de la cloche… . À moins qu’il n’ait laissé la bride sur le cou à son clerc Hauttecoeur. Pourtant c’est bien son écriture avec ces grandes hampes qu’on  retrouve dans sa signature. À Bavincourt,  s’agissant du même événement, son style est plus réservé, strictement administratif : Aujourd’hui samedi vingt-quatrième jour de décembre mil sept cent quatre-vingt-douze l’an premier de la République française…. Bizarre cette différence de style. Les paroissiens de Bavincourt n’avaient pourtant pas la fibre contre-révolutionnaire, eux qui allaient mettre le feu en 1793  à tous les registres conservés au village, terriers bien sûr et état-civil : tant pis si certains comme Jean Germain Voiseux 67 ans et Aimable Soyez 61 ans ne peuvent fournir les pièces  nécessaires à leur mariage du 9 brumaire an VI.   Le dernier acte de écrit de la plume de Le Néru  sur les registres de Bavincourt  est un acte de décès du« 27 décembre 1792 l’an premier de la république française. À Barly il clôt deux siècles d’enregistrement par le clergé avec un acte de baptême daté, toujours avec la même originalité,  de l’an mil sept cent quatre-vingt-douze l’an premier de l’Égalité de la république française. Plus de registre paroissial tenu plus ou moins correctement dans un coin de la sacristie,  au presbytère ou par le clerc. Le curé  est privé de son rôle temporel  au profit  de l’officier d’état civil élu, qui exerce  de façon très officielle dans la maison commune.  Exit Le Néru ; apparaît Stanislas Cocquel.

Le ner curé 1794 M bct signature

 Que devient notre curé réduit au chômage partiel ? Les archives diocésaines pourraient parler – à condition  de faire le déplacement à Arras.  Pas la peine. Quelques feuillets plus loin,  il assiste  en mai 1793  l’instituteur-clerc du village Alexandre Dassonval qui déclare la naissance d’une fille.  Il est toujours curé du village. Un peu plus loin encore : coucou  le revoici… de l’autre côté de la barrière : il a un état civil, un prénom, un père, une mère  c’est un être de chair et  il  S E  M A R I E.

Aujourd’hui quinzième jour du mois de ventôse an second de la République une et indivisible dix heures du matin par devant moi Stanislas Cocquel membre du conseil général de la commune de Bavincourt  élu le vingt-cinq janvier  mil sept cent quatre- vingt treize (vieux stil)[…] sont comparus pour contracter mariage d’une part François Nicolas Le Néru âgé de trente- sept ans ci-devant curé domicilié dans la municipalité dudit Bavincourt  fils de feu Nicolas Le Néru et d’encore vivante Anne Hébert marchand tous deux domiciliés à Torquesne Calvados d’autre part Marie Madelaine Tuchot âgée de trente-sept ans fille de François Tuchot vivant de pension et de feue Marie-Louise Cardon son épouse tous deux domiciliés en la ville de Paris ci-devant paroisse de St Roch. Les futurs conjoints étaient accompagnés de Guillain Courcol vivant de ses biens âgé de quarante ans domicilié à Barly  son bon ami, Germain Cocquel âgé de cinquante-six ans cultivateur, Hubert Briois cinquante ans vivant de ses biens et Alexandre François Joseph Dassonval instituteur bon ami des parties, les trois derniers domiciliés à Bavincourt […].  Tout le monde signe, sauf Germain Cocquel ; La demoiselle Tuchot signe très mal.  D’où  d’ailleurs notre curé   sort-il sa promise ? Il l’a  tout simplement amenée avec lui,  mais à quel titre ? Mystère.  À peine sont-ils arrivés dans le pays – on parlerait aujourd’hui de parachutage- qu’il la propulse marraine  d’un de ses premiers baptisés, histoire peut-être  de donner un rôle de dame patronnesse  ( ex-religieuse peut-être?) à celle qui est probablement déjà sa maîtresse – le coquin !  À part ses origines normandes, cette relation venue de  Paris, rencontrée , (imaginons) lorsqu'il était jeune vicaire? et son passage météorique au fin fond de l’Artois, je ne saurai rien de sa reconversion à la vie civile. En tout cas, il n’a pas eu peur d’affronter le qu’en dira-t-on en se mariant là où il a exercé son sacerdoce et l’étonnant, qui renseigne assez bien sur l’état des esprits c’est que les notables locaux ne semblent pas avoir trouvé anormal ce mariage de celui qui les écoutaient encore  "à confesse".quelques mois  auparavant!   

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Lyonnet

                      

LYONNET

                           A.LYONNET.  Il a écrit  ce livre de lectures édité par ISTRA que j’aime à évoquer. Je me suis aperçu au fil de mes petites enquêtes sur lui qu’il était à la tête d’une série de livres pour l’école primaire, de Français, mais aussi d’Histoire, de Géographie, de Sciences de l’observation. Directeur de la "collection A. Lyonnet"  il ne pouvait suffire à la tâche: il s’adjoint donc  un collègue, Pierre Besseige. Juste un détail – mais le diable, n’est-ce pas, a l’art de s’y cacher- : pourquoi cet A. mystérieux alors que Besseige affiche son prénom en toutes lettres, PIERRE BESSEIGE? Fausse modestie de la part du patron? Le protocole administratif ne joue pas, l’un et l’autre étant inspecteurs d’académie. Mise en valeur typographique de l’auteur réel, Besseige, auquel on redonne son entière individualité avec la mention de son prénom? Ou alors un petit tour de passe-passe: l’ordre alphabétique est respecté mais  au niveau des prénoms et non des patronymes comme  il est d’usage. Avec sa seule initiale le prénom du directeur de collection prend finalement plus d’espace que celui de son collaborateur qui bénéficie de caractères plus hauts mais plus étriqués. Ainsi  ménage-t-on les amours-propres. Et voici qui met par terre ma si belle  analyse : je viens de découvrir  un livre d’histoire de la même collection  qui inverse les noms ! Afin de préciser discrètement que le responsable principal en est Pierre Besseige? - je chipote ?   La vanité d’auteur existe partout, même dans l’édition de manuels scolaires. Les deux compères sont en retraite après avoir accompli une belle carrière mais il y a peut-être quelque contentieux caché entre les deux : Besseige est décoré de la légion d’honneur, Lyonnet devra se contenter des palmes. Aussi se montre-t-il pointilleux sur ces détails de préséance typographique, comme les vedettes de théâtre ou de cinéma discutaient âprement la grandeur des lettres de leur nom sur les affiches.  

      A. LYONNET!  Ce A.  m’a résisté longtemps. C’est au hasard d’un site sur Istra, la maison d’édition alsacienne, que s’est révélée sa « vraie nature » : ANTOINE, tout simplement, - comme son père et son arrière-grand-père me dit  Geneanet (site de Richard Arnould).  Les Antoine LYONNET abondent dans le Vivarais et l’Ardèche. Craintilleux est leur berceau. Notre futur inspecteur est né à Saint-Étienne  où son père était venu  travailler à la fameuse Manufacture d’Armes. Sa femme  est originaire de la banlieue minière, L’Horme.  Besseige son collaborateur vient de Montceau-les Mines. Ainsi s’explique peut-être la volonté  qu’ont l’un et l’autre de ne pas montrer que la France rurale: un centre d’intérêt est consacré à la mine et aux mineurs dans le livre de mon enfance.

     C’est Antoine père (c’est le prénom fétiche de la famille) qui quitte la campagne pour l’usine à Saint-Étienne. Sa femme est couturière.  Le fils aîné Barthélemy accomplit son service comme infirmier mais pendant la guerre, il sera affecté spécial à l’usine d’armement. Il a une formation de dessinateur et par son mariage il devient soyeux. Antoine ? Il s’est marié  dès 1905, alors qu’il était professeur à l’école normale de Châlons-sur-Marne.  Réformé pour faiblesse à trois reprises, il est quand même mobilisé en 1914, et blessé à la main. En 1917, il est affecté comme inspecteur primaire à Saint-Claude-  vu les vides laissés  par la guerre dans la hiérarchie de l’Instruction publique. Il poursuit sa carrière dans l’Est et c’est à cette occasion qu’il entre probablement en contact avec les éditions ISTRA : 1920 Guebwiller, 1921 Colmar, 1925 Dijon. Il atteint le couronnement de sa carrière comme Inspecteur d’Académie à Guéret. La retraite l’atteint en 1932. Il peut alors se consacrer entièrement  à sa collection de manuels chez l’éditeur alsacien, en compagnie de son « associé » Besseige qui obtient son bâton de maréchal, retraite et légion d’Honneur, en 1935.

la CHIENNE de Colomb-Béchar

 

 

                      la Chienne de Colomb-Béchar

                     

C amitiés de

        Non, ce n’est pas un article  sur la cause animale. Pour ce pont de Toussaint frisquet, je me suis dit qu’un peu d’évasion ne nous ferait pas de mal vers ce désert où selon la célèbre métaphore de Michel Debré le coq gaulois a réchauffé ses ergots. Au temps pacifié d’après la fin de la colonisation et avant le retour de conflits d’un autre genre, comme bien d’autres j’ai mis à profit ma coopération militaire pour  céder sans arrière-pensée à l’attrait  du Sahara  au cours de plusieurs périples du côté de Figuig ou dans le grand Sud Algérien jusqu’à Tamanrasset. Et voilà que l’ami J.-F. Domenget me montre  un texte  dont le titre (trompeur) me replonge dans ces espaces magiques.

C Colomb-Béchar rue principale

      Je n'ai jamais vu chez une bête une abjection plus saisissante que celle  de cet aubergiste, à Colomb-Béchar. Placés dans les mêmes conditions de dégradation, l'homme et la bête ne se dégradent pas différemment. La chienne de Colomb-Béchar avait une bedaine qui traînait à terre, la patte grêle, l'œil vide, et à la gueule la bave de la haute-idée-de-soi ; il ne lui manquait que de conduire une six-cylindres. La saleté et la prétention, ces deux sœurs, avaient noué le ruban d'un rose crasseux qui pendait à son collier […]Aux repas, elle allait de table en table, percevant sa dîme sur chaque dîneur, ne manquant pas une table, méthodique comme un chevalier de la sébile, et tout ce temps remuant furieusement la queue, moins par convoitise que par bonne grâce, car, si intéressée qu'elle fût, elle "aimait" aussi, j'en suis sûr, et souhaitait d'être aimée.

           

 

    Impitoyable  Montherlant !  Ce  « portrait » si anthropomorphique est extrait de Service inutile (1934). Faut-il s’étonner qu’un humain, un certain Claude-Maurice ROBERT  s’y soit senti visé ? L’auteur ne lui était pas inconnu  -c’est une litote car pendant les nombreux séjours en Algérie du futur académicien (entre 1928 et 1932, trois ans et dix mois au total calcule-t-il un jour),  il fut son guide, son complice et son rabatteur à Alger. Il le conduisit  dans un long périple à travers le grand Sud algérien lorsqu’il se documentait sur La  Rose de sable.  Un parfait inconnu aujourd’hui. On tente ici et là de le sortir de l’ombre, comme le fait cet ami, passionné de Montherlant depuis une cinquantaine d’années. En effet, le dénommé Claude-Maurice ROBERT  a fortement inspiré le personnage de Colle d’Épate dans le dernier roman ddu Maître  Un Assassin est mon maître (1971). L’original aurait été bien en peine de protester : il était mort depuis huit ans. Avant  de le réduire à une caricature bouffonne, le romancier avait été fasciné par ce « destin hors-série »  comme il le désigne, célébrant sa connaissance profonde des Aurès, de toutes les oasis jusqu'à Djanet. Il rendait aussi hommage à son courage physique pour affronter ces courses à cheval ou à dos de chameau en n'ayant qu'un seul bras.  Il était en effet amputé du côté gauche comme il se voit sur la photo de l'Echo d'Alger  qui illustre un long exposé de l' oeuvre de "notre collaborateur" et de ses voyages .  

   Aux frais du journal certainement, il a donc sillonné en tout sens ces contrées que dans les années 70 j'ai eu la chance de pouvoir parcourir à bord d'une solide 203 : Touggourt, Ouargla, GhardaÎa, Timimoune, Tamanrasset, l'ermitage du père de Foucauld. Des noms magiques. De ces périples il a tiré des ouvrages introuvables aujourd'hui.     Réfugié au désert pour y (re)trouver la beauté d’une nature dans toute sa rudesse native, la liberté des plaisirs sans le regard constant d’autrui sur sa mutilation ou ses mœurs, il vit en djellaba ou en burnous à Colomb-Béchar puis à Laghouat. Il passe ses soirées à l’hôtel Sahara en compagnie du propriétaire  de l’hôtel,  et de quelques petites notabilités européennes ou arabes se souvient un blogueur  qui affirme avoir transcrit  à la machine quand il était jeune lycéen le manuscrit de  "Laghouat" un poème auquel ROBERT tenait beaucoup .  C’est là que Jules ROY, grand admirateur de Montherlant,  fait sa rencontre en 1942. Il le connaissait de nom et le tenait pour un  professionnel de la poésie facile. « Il vivait en marge, habitait une maison de pisé, portait le burnous et ne fréquentait que les indigènes ; en plus il était manchot. Il en fallait moins pour être considéré comme un individu original, sinon louche, et intriguer la société européenne aux conventions étriquées. J’étais curieux, j’allai le voir et me trouvai en face d’un solide rouquin au visage aigu

 

    

 

     Non sans perversité, le rouquin solide lui fait lire et trier un énorme amas de correspondance  reçue de l'Illustre -qui n'apparaît pas sous son meilleur jour . Après mon départ de l’oasis, une lettre anonyme me dénonça aux autorités [vichystes] car il était coutumier du fait (« Mémoires barbares » et Journal 1925-1965 « les années de déchirement »):  on le surnommait "le scorpion".

    Personnage sulfureux donc. S’il passe les hivers dans les oasis du grand Sud,  il est en même temps  très au fait de la vie intellectuelle d’Alger et de la France métropolitaine. De  1923 à 1928 il tient une chronique à L’Écho d’Alger  et plus tard L’Écho publie  à plusieurs  reprises des reportages de son « collaborateur » qui obtient en 1934 le Grand Prix littéraire de l’Algérie « pour une œuvre tout entière consacrée à l’Afrique du Nord ».

robert photo

Dans la grand-ville abdique-t-il  de son anticonformisme?  On en doute. Pourtant     d'après la photo dédicacée qu’il envoie à sa correspondante et admiratrice  Jeanne Sandelion, il connaît les codes et sait  les utiliser: regard ténébreux, profil d’aigle, lumière étudiée tombant sur l’arête du nez busqué, les pommettes et les ondulations de la chevelure, façon studio Harcourt. Où est  la chienne de Colomb-Béchar traînant sa bedaine entre les tables du restaurant?  Merci à mon ami l’Érudit de nous permettre d’approcher  une de ces figures singulières que les colonies ont attirées, nourries, ou révélées à elles-mêmes.

           Claude-Maurice ROBERT  a  su se rendre antipathique à plus d’un, au point  qu’on lui a contesté sa décoration, qu’on a  même soupçonné  son amputation d’avoir d’autre cause qu’un fait d’armes. Que peut en  dire le généalogiste? Maintenant que les archives sont si faciles d’accès, il est bien armé pour faire quelques mises au point en consultant les actes d’état civil, le dossier militaire  et plus si chance. Et puis l’homme en question est une belle proie pour le curieux: comment a-t-il  atterri là ?  Origines champenoises répète-t-on.  Mais encore? « Né en 1893, mort à Alger en 1963 » disent plusieurs notices. Yallah!

           

C Rob 1893 marge acte de N

Mais premier obstacle, imprévu : Claude-Maurice ROBERT est inconnu au bataillon dans les différents sites de généalogie ! En rusant on réussit à faire apparaître un Claude-Robert ROBERT né le 24 avril 1893 à Rançonnières Haute Marne. L’acte de naissance indique en marge (usage bien commode pour le généalogiste, hélas  trop vite abandonné) décédé  le  20 avril 1963 à Alger. Je tiens mon homme.  La bizarre reprise du nom en prénom a peut-être bien tout bêtement  pour origine un malentendu, au sens propre, au moment de la déclaration de la naissance. On comprend que l’intéressé ait voulu se débarrasser d’un pareil sparadrap. Mais sur tous les papiers officiels, il sera toujours Claude-Robert ROBERT.  Pourquoi ce choix personnel de Maurice ? Je ne sais. Il tenait en tout cas à ce double prénom qui sonne bien et donne du relief à un nom-prénom très répandu.

             

C Rob arbre revu vu

  Les familles de ses deux parents sont originaires de Rançonnières ou des villages voisins. On est vigneron, cultivateur propriétaire. Rançonnières est à la fin du 19ème siècle un village qui s’essouffle: de 400 habitants en 1800, il n’en compte plus que 250  et aujourd’hui une centaine. Pour qui étouffe dans ce coin perdu, Langres est à 25 kms, Chaumont, la préfecture à 45 kms, Bourbonne-les-Bains la station thermale  à 15. Grâce à la ligne Paris- Mulhouse de la Cie des Chemins de fer de l’Est, par Troyes, Chaumont ou Langres, Paris n’est pas loin.

              Claude-Maurice ROBERT  est le dernier né de neuf enfants  - six   en fait, trois n’ayant vécu qu’un ou deux mois. Les deux aînées sont des filles.  Quinze ans le séparent de sa sœur Hortense, dix de son premier frère. Le père n’est pas exemplaire : en 1894, (Claude-Maurice n’a qu’un an) il écope de deux mois de prison pour coups et blessures mais surtout en 1901, aux Assises de Chaumont, il est condamné à cinq ans de prison pour complicité de vol. La mère obtient le divorce en 1910 ; on la retrouve gouvernante à Nice l’année suivante. Elle meurt dans l’Yonne en 1946. Le père devenu puisatier se remarie à Dijon en 1915 puis je perds sa trace.  

               Hortense, l'aînée, se marie en 1906 et s’installe à Coupray, un petit village à l’Ouest  à plus de cinquante kilomètres: elle embarque avec elle son petit frère.  Pour les garçons, le service militaire est l’occasion de découvrir d’autres horizons. Aucun ne revient au village. Trois,  y compris Claude-Robert suivent une filière (un parent ? une connaissance ?) qui les conduit à Paris ou dans sa banlieue : ils y sont garçons épiciers ou « employés de commerce ». Pas besoin de formation particulière. Mais aucun n’est illettré : ils ont reçu la solide instruction de l’école de la République et se formeront sur le tas. C’est un point majeur qu’il faut souligner : Claude-Maurice ROBERT n’est certes pas un pur autodidacte, mais il n’a suivi aucun enseignement secondaire, il n’a d’autre diplôme que son certificat d’études -une vraie rareté dans le monde littéraire de l’époque. Avec aplomb, savoir-faire et culture, il tient chronique dans le grand quotidien de l’Algérie, il discute d’égal à égal avec des Montherlant, et des Jules Roy qui ont reçu l’éducation classique des « bons pères » tout comme avec les célébrités qui viennent profiter de l’exotisme colonial.

                       Donc tous épiciers ?  Sauf Marceau.  Ce frère de 6 ans plus vieux a envie d’horizons lointains et  dès qu’il est en âge il part s’engager à Toulon dans les troupes coloniales. Il participe à la pacification du Maroc puis en 1914 il rentre en France comme sergent à la tête de  ses tirailleurs sénégalais. Blessé en 1918  il est cité à l’ordre du bataillon pour  avoir sauvé son chef: en 1974 enfin, ayant eu la chance de vivre jusques là, il sera pour ce fait décoré de la Légion d’Honneur – à 84 ans. Les commémorations ont du bon : tous les dossiers militaires ont été numérisés et sont d’accès simple. Et c’est ainsi qu’on découvre que les hommes de cette famille – le père lui-même et trois de ses fils sur quatre- sont passés par les troupes coloniales. 

C chasseur d'Afrique 1915 autochrome-

        Celles-ci revêtent des formes de recrutement variées: uniquement européen, ou mixte, d’Afrique du Nord ou du Sénégal. Elles sont en plein essor : pour réarmer une  France qui se dépeuple, on cherche le matériel humain là où il est, faisant fi de la méfiance et du racisme. Déjà le père, en 1888 avait été versé dans la réserve au sein des bataillons d’Afrique.  Fernand le premier fils, épicier toute sa vie de 1903 à au moins 1931,  et dispensé de service militaire, se retrouve la guerre venue dans le 20è Régiment d’infanterie de tirailleurs nord-africains. Il est blessé deux fois du côté de Vimy et obtient la médaille militaire.  Marcel,  épicier avant et après son "régiment ", accomplit tout simplement son service à Belfort dans l’artillerie. Il  est rappelé en 1914 dans l’armée d’Orient. Dépaysement assuré. Il meurt en 1916 près de Salonique, décoré de la croix de guerre pour « le plus bel exemple de courage et d’esprit de sacrifice ». Et voici Claude-Maurice, le "héros" du jour. Garçon épicier, il s’engage le 6 janvier 1912 à la mairie de St Maur dans le 51è R.I. La suite, qui va décider de son destin n’est peut-être pas volontaire: il est en fait sous le coup d’une condamnation  de trois mois de prison pour escroquerie (il en sera amnistié en 1921) et selon la loi,  à sa sortie de peine il est versé au 4è bataillon d’infanterie légère, à Gabès.

 

C Ito bélvéd

         Ce sont  les fameux bat’d’af, régiments disciplinaires où l’on pensait mater les fortes têtes ( ou réputées telles) mais qui ne servirent souvent qu'à forger des réseaux du milieu criminel. Après un passage très court en Tunisie et en Algérie, il participe aux opérations de guerre dans le Maroc occidental jusqu’à la déclaration de la guerre. Une partie des troupes coloniales reste en Afrique du Nord pour maintenir un ordre fragile. C’est ainsi qu’à Ito, dans le Moyen-Atlas, ( le panorama est superbe) le 21 août 1914,  pendant son service de sentinelle de nuit, [il]a été atteint d’une balle à l’avant-bras gauche tirée par un marocain qui s’était approché de camp, provoquant la fracture des deux os de l’avant-bras gauche par balle de moyen calibre . « A obtenu la médaille coloniale agrafe « Maroc » par décret du 28 avril 1914 » (donc avant sa blessure). 

      Ainsi Claude-Maurice ROBERT n’a rien d’un imposteur ; il avait une profonde expérience des contrées et des hommes d’Afrique du Nord. L’ambiance du régiment disciplinaire n’a pu que former et endurcir sa personnalité. Il aurait pu être un malfrat. Un mystère reste entier : comment, sous l'influence de qui dans ces années passées  au milieu d’hommes rudes, peu éduqués souvent, pour lesquels lire, s’instruire, écrire  étaient des activités peu viriles  a-t-il eu  l’envie, l'occasion, la  force de caractère, le temps aussi de se construire une culture classique,  de  parfaire ses connaissances, de se trouver et de déployer  un goût pour l'écriture?  Un Blaise Cendrars trop académique? Il ne suffit pas d'être manchot.   Plutôt peut-être un Jean Genet qui s'avancerait masqué ?            

                        En ces temps de  commémorations de la fin de la 1ère guerre mondiale, d’autres conclusions s’imposent au-delà du cas particulier de Claude-Maurice ROBERT. Cette fratrie  qui s’étale sur dix ans a été touchée de plein fouet : à la mobilisation les quatre frères ont 31ans, 27, 24 et pour le plus jeune 21. Les plus âgés ont un état, les deux autres s’étaient déjà engagés, au moins pour un temps dans la carrière militaire : l’armée offrait un avenir, une promotion, une ouverture sur un ailleurs grâce au développement et au renforcement de la politique de colonisation. Les quatre se retrouvent en même temps combattre : trois au front, en Artois, en Orient ; le cadet est resté sur place au Maroc, non pas « planqué » mais occupé à contenir les poussées de rebelles qui pensent tirer parti de l’affaiblissement de la puissance coloniale.   Bizarrerie de la politique militaire vis-à-vis des populations soumises: dans le même temps où l’on s’efforce de contenir  une rébellion et d’étendre l’emprise de la France malgré les circonstances, ailleurs, et même quasiment dans les mêmes régions on n’hésite pas  à utiliser la force noire ou nord-africaine et à lui faire confiance, au grand dam de l’adversaire germanique. Est-ce vraiment un hasard,  une attirance cultivée dans la famille, ou un effet de cette  politique militaire si la fratrie ROBERT est au cœur de l’engagement des colonisés dans la Grande Guerre, si les deux cadets se retrouvent œuvrer au même moment sur le théâtre d’opérations au Maroc ?  Pour Marceau, ce ne sera qu’un moment dans sa carrière militaire. Pour le plus jeune, l’expérience qui le marquera dans sa chair lui permettra aussi de trouver sa voie/voix...

-----------------           Une longue notice de Boywiki due à Guy DUGAS tend à sortir de l'ombre Claude-Maurice ROBERT.

https://www.boywiki.org/fr/Claude-Maurice_Robert

                                                 


            

     

 

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Noël ou presque

                 NOËL ou presque

Comment résister à un  p’tit dernier (billet) pour la route vers 2019 quand on naquit un 24 décembre, en pleine guerre, à  18 heures heure allemande et donc selon le méridien de Berlin ! Un 24-12. Et mon numéro de CCP où était virés mes  premiers salaires était 22-44-22, une variation autour de mon année de naissance. La numérologie aurait-elle quelque fondement ?

 Personnellement pour ma  part je suis donc un Noël raté en somme, né trop tôt,  en avance sur le petit Jésus ! Coïncidence malencontreuse que cette confusion entre deux occasions festives de cadeaux ? Ou au contraire, regain d’attentions et double cadeau ?

 Parlons peu, parlons chiffres. Dans mes collections centrées sur le Sud de l’Artois  les Noël/ Noëlle représentent 0,8% des individus côté maternel,  0,74% côté paternel,  (soit 123 sur 16000) et seulement 0,6% du côté de la Bretagne (8 sur 1300). On pourrait croire que  ce sont surtout des bébés nés le jour ou la veille qu’on a ainsi baptisés. Eh bien non !  Ils ne sont que 16 sur les 123 : en Bretagne, l’unique représentant né ce jour-là a été prénommé  Yves, comme presque tous les garçons là-bas : Yves Jégouic  né le 25 décembre 1688.  NOËL est donc un prénom à part entière, quasiment déconnecté de la fête chrétienne.  Mais pour trouver un Saint Noël, il a fallu attendre Natalis abbé de Rilnamanach  fêté -c’est un peu ballot- le 27 janvier ! On connaît aussi un  Saint Natalis d’Ulster, un saint Noël, missionnaire jésuite envoyé au Canada et tué  par un Iroquois – ou un Huron- qu’il avait convert - ou cru convertiri.

             Dans le passé, le prénom fut surtout populaire dans la première moitié de XVIIe siècle, avec un déclin continu  au long des deux siècles suivants. Sa géographie concerne surtout la partie Nord du pays, la Bretagne et l’Occitanie. De nos jours, prénom à éviter  si vous ne voulez pas  que votre enfant ait envie de rentrer sous terre chaque fois qu’on l’appelle, à moins qu’en bobo kamikaze vous vouliez être en avance d’une mode : il est complétement en perte de vitesse depuis les années 1960 après avoir culminé en 1948. Les porteurs/teuses (complexité de l’écriture incluse  - et pour la lecture à voix haute, c’est pire) ont en moyenne 64 ans me dit le site notre famille.com dans les intervalles laissés libre par une pub intermittente de la SNCF pour le Ter Val de Loire-Centre ( en grève ces temps-ci d'ailleurs).   

       Dans ma population archivée,  six seulement partagent  avec moi le privilège ambigu d’avoir devancé le futur Messie de quelques heures. Qui sont mes jumeaux ou jumelles ? La plus ancienne qui se présente est Marie Alexandrine LEFEL/ LEFELLE, née le 24 décembre 1707 à Estrées-Wamin, à l’Ouest d’Arras dans les premiers méandres d’un fleuve côtier, la Canche qui se jette à Étaples en face du Touquet. C’est encore l’Artois mais la Picardie est à une lieue. Le bourg le plus proche est Avesnes-le-Comte. Les LEFELLE y ont leur notaire: leur nom apparaît dans plusieurs actes de partage qui permettent de reconstituer la famille. En ces années de petite ère glaciaire, où se succèdent froids extrêmes, canicules, inondations sans compter la pression fiscale d’un monarque aux abois  c’est miracle que la petite Alexandrine ait survécu aux famines et aux maladies. Il est vrai qu’elle est  fille de paysans aisés : son grand-père était lieutenant de la Seigneurie de Wamin, tout comme son beau-père Jean RANSON, le second mari de sa mère.

           Que fait-elle là d’ailleurs  au milieu des LEBAS ?    En fait cette jumelle d'il y a trois siècles se situe aux confins de ma galaxie maternelle. Elle « n’est que » la belle-mère de Marie-Thérèse LEBAS, une cousine germaine de Modeste LEBAS, mon ancêtre direct, personnage au centre d’un mystère familial que j’ai évoqué ailleurs, et arrière-grand-père de mon arrière-grand-mère  Mélina dite aussi « Trompe-la-mort » car elle est morte à 89 ans après avoir été "extrêmisée" une douzaine de fois.J'arrête car j'ai l'impression  de pasticher la tirade du  pompier  de  la Cantatrice chauve das sa fable "le rhume". Elle épouse un charpentier  de Saulty de 15 ans son aîné mais qui vivra jusqu’à 102 ans. Elle le suit à Saulty  où naissent leurs sept enfants. Je note parmi eux  Étienne, cabaretier dans les années de la Révolution  à L’Arbret un relais de poste   naît de la création de la route royale d’Arras à Amiens. Isidore et Nicolas reprennent le métier du père. Jean-Baptiste le dernier, celui qui épouse Marie-Thérèse LEBAS  se déclare « potier de terre »  en l’an VIII et panetier, c’est-à-dire qu’il moule des pannes, nom local des tuiles artésiennes ou flamandes.

 Voilà. J’ai complété la famille de cette lointaine jumelle. J’ai pu remonter beaucoup plus  loin que d’ordinaire, sans être freiné par  ce rideau de fer de 1737 : à Estrées-Wamin, les actes ont été conservés tant bien que mal (parfois dans un état pitoyable) depuis la fin du XVIIe siècle ; sa voisine Saulty fait mieux : les plus anciens registres de baptême datent de 1664, au moment où l’Artois passe sous l’autorité de la France. Tout serait donc parfait mais le diable et les détails font bon ménage, on le sait. Au moment où je tape le point final sur mon clavier pourquoi ai-je la fâcheuse – ou judicieuse- idée de revoir l’acte original de baptême de Marie Alexandrine et patatras : un  gribouillis me saute aux yeux  que je n’avais même pas pris en considération à première lecture   « un enfant femelle Née le jour davant ».Une fausse jumelle du 23 décembre ! Pas de chance.

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Saint NICOLAS

 

St Nicolas

                        Dans la France septentrionale, comme dans l’Est, la véritable fête des enfants était dans les années d’après-guerre  non pas Noël mais la St Nicolas, le 6 décembre. Je me souviens avoir reçu  pour l’occasion une petite trompette de  métal bleu. À Lille, quand j’y étais étudiant dans les années soixante et que les facultés étaient encore installées dans la partie Second Empire de la ville,  pour cette journée spéciale, des bandes d’étudiants coiffés de la faluche  traversaient toute la journée les rues du centre en monômes de plus en plus joyeux au fil des bocks.

      St Nicolas est « multicartes » : protecteur des enfants grâce au miracle célébré dans la complainteIl était trois petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs, par extension  il patronne ces grands enfants d’étudiants et d’ailleurs plusieurs versions de la légende mettent en scène des clercs, des escholiers  c’est-à-dire des étudiants plutôt que de jeunes écoliers. Mais pourquoi sur l’image d’Épinal, ce vaisseau qui fend les flots pour entrer dans un port, cette ancre, ces balles? C’est qu’il est le protecteur des marins, des voyageurs et des pèlerins  pour avoir selon la légende et sa prolifération d’ajouts sauvé maints bateaux du naufrage.  Ainsi s’explique qu’à Cap-Breton, autrefois grand port de commerce et de pêche (jusqu’à Terre-Neuve) l’église, connue pour son clocher-phare arbore sur son modeste fronton une statue (bien mangée par  l’air marin) de celui auquel elle est dédiée.  Saint voyageur lui-même, à son corps défendant : évêque de Myra en Lycie, (en Asie Mineure, près d’Antalya, dans le Sud de la Turquie actuelle) très en honneur dans tout le monde orthodoxe, sa relique fut kidnappée,  et « transférée », « translatée », par des croisés à Bari  mais un seigneur français réussit à en distraire un doigt – une phalange plus exactement- qui devient le centre d’un pèlerinage à St Nicolas de Port près de Nancy. Énième avatar pour ce saint venu d’Orient qui se transforme  en patron de la Lorraine cependant que son culte se propage dans toute la France, les Pays-Bas et l’Allemagne rhénane. Et c’est ainsi que l’immigration germanique aidant, Santa Claus va préfigurer aux États-Unis ce Père Noël qui finit par l’évincer.

     Dimension  géopolitique  de ce  Saint  si lié chez nous à l’enfance et qu’on démembre sans vergogne aujourd’hui encore: en 2017 le pape François et le

st nic arrivée en Russie

patriarche de Moscou se sont mis d’accord pour offrir aux Russes l’occasion d’adorer chez eux la relique du protecteur de la Sainte Russie et la châsse quitte Bari pour la première fois depuis neuf cents ans. Le site officiel de l’Église orthodoxe russe narre la cérémonie avec minutie et componction. Un petit reliquaire contenant la parcelle de reliques [le journal La Croix précise prosaïquement « une côte », les medias russes ajoutent « une côte gauche, la plus près du cœur »] de saint Nicolas qui sera transportée en Russie, était placé sur l’autel pendant la liturgie. Après l’envoi, le prieur de la basilique Saint-Nicolas, Ciro Capotosto, a porté le reliquaire dans l’église haute. Après l’encensement au chant du tropaire à saint Nicolas, le reliquaire a été placé dans une châsse surmontée d’une icône du saint, fabriquée spécialement pour l’occasion par les orfèvres de l’entreprise « Sofrino ». […] Ensuite, la châsse a été portée en procession hors de la basilique. Un feu d’artifice, traditionnel pour les fêtes religieuses à Bari, a été lancé. La châsse a été solennellement transportée à l’aéroport et s’est envolée pour Moscou. Elle sera accueillie à la cathédrale du Christ Sauveur par Sa Sainteté le Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie. Les fidèles pourront y vénérer la relique jusqu’au 12 juillet, après quoi elle sera transportée à Saint-Pétersbourg.

 

 Pendant ce temps des archéologues (italiens ou turcs) affirment avoir fouillé à Myra ( actuelle Demre)

St nicolas -MYRA_-002

la tombe présumée du saint, ensevelie profondément à la suite d’un tremblement de terre vers 500 ; des ossements ont été trouvés enterrés avec soin et d’en conclure que 1° le saint n’a jamais quitté la Turquie (peu importe les anachronismes, Nicolas ayant vécu à l’époque byzantine) 2° tout le tintouin  religieux  autour de Bari  ne concerne que les restes d’un prêtre et repose sur une vaste fumisterie !   L’antique commerce des reliques n’a pas fini de nourrir notre présent et de revivifier tous les nationalismes contemporains.      

   Et moi et moi et moi ? Dans mes fiches  j’ai des Nicolas, nombreux, en rapport avec la popularité  dont le prénom a joui par le passé tout comme aujourd’hui,  - avec un creux étonnant à cheval sur le XIXe et le XXe siècle.

nicol popularité

L’apogée du succès se situe pile au tournant du XVIIIe. Au sein  de mon bataillon de 17000 individus, 494 se prénomment

nico carte

Nicolas : on frôle les 3% dans un secteur géographique centré sur le Sud -Ouest de l’Arrageois, une réalité que ne démentent pas les chiffres fournis par la base Geneanet. Remarque purement anecdotique : les naissances de garçons un 6 décembre se comptent sur les doigts d’une seule main et trois seulement ont du coup reçu le prénom du saint du jour.

 

que faire lénine

Et maintenant, Что делать? / Chto dielat?  Que faire comme disait l’Embaumé de la Place Rouge? Ou en plus classique, plus neutre et plus léger Quid faciamus (exemple grammatical depuis des lustres  du subjonctif délibératif en latin) autrement dit en bon picard, quoiquin fageons ? Qu’allons-nous faire? Je pourrais prendre les familles où le prénom se transmet sur deux ou trois générations : c’est un chantier trop vaste et du travail de coulisses pas forcément intéressant pour un billet. Mieux vaut se recentrer sur les ancêtres directs. Mon premier choix était tombé sur une famille VAILLANT, plus ou moins impliquée dans ma lignée.  Leur nom est gage d’allant! Yallah ! Et joyeux Noël !

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Vive St Nicolas Homme

Sur St Nicolas et la construction de sa légende

https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article939

un blog   « à propos des reliques de saint Nicolas de Myre » avec des commentaires très orientés

http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?t=1121

le point de vue officiel de l’église orthodoxe russe

https://mospat.ru/fr/2017/05/21/news146173/

   

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